‹ Histoire d'AngleterreChapitre 13 sur 70 · MAISON DE BRUNS WICK-HANOVRK · texte numérisé non relu

MAISON DE BRUNS WICK-HANOVRK

précédente; mais la flotte qui devait le transporter en Ecosse ayant été dispersée par les tempêtes, ce ne fut qu'en 1745, l'année même de la mort de Walpole , qui n'avait survécu que trois ans à sa chute, qu'il s'embarqua à Nantes pour l'Ecosse. C'était un jeune homme de vingt-cinq ans, ayant une grande taille et un beau teint. Une expression de mélancolie obscurcissait ses traits pleins de distinction. Ses manières étaient polies, son caractère paraissait bon, son courage était capable des entreprises les plus désespérées, la force de sa constitution admirable ; et rien ne manquait à ses connaissances dans les exercices et les talents qui conviennent à un homme. Toutes ces qualités favorisaient énainemment celui qui se disposait à jouer le rôle de restaurateur d'une ancienne dynastie. Mais d'une autre part, son éducation avait été étrangement négligée sur certains points qui étaient de la dernière importance pour lui assurer des succès. Ceux qui avaient été chargés de l'élever, au lieu de lui faire connaître les droits et la constitution de la nation, s'étaient appliqués à graver dans son esprit ces maximes surannées de droit divin héréditaire et d'obéissance passive qui avaient perdu Jacques II. Il avait aussi été nourri dans kfoi catholique, qui avait été si fatale à ce monarque, et il se présentait ainsi à la nation anglaise, sans aucune modification de ces principes politiques et religieux, si odieux à ceux qu'il appelait ses sujets.

Gharlès-Ëdouard débarqua le 25 juillet dans l'une des Hébrides. Il n'était accompagné que de sept personnes, panoi lesquelles le père de notre maréchal Macdonald. Cependant il ne tarda pas à voir accourir autour de lui un assez grand nombre de montagnards. Les circonstances étaient même assez favorables. Il n'y avait pas dans toute l'Ecosse trois mille soldats, en dehors des garnisons, et en- ^re étaient-ce des recrues. John Cope, qui commandait en J^cosse, n'en résolut pas moins de marcher immédiatement contre le prétendant. Mais, arrivé à quelques milles de l'avant-garde jacobite, il reconnut que les partisans de Charks-Édouard étaient beaucoup plus nombreux qu'il ne s'y attendait, et se dirigea vers Inverness, pour s'y mettre en

234 chàpitrb uxin.

sûreté. Le chevalier profita de cette retraite pour s'avancer hardiment vers le sud. Il pénétra le 15 septembre dans Perth et, quelques jours après, il faisait son entrée triomphale dans Edimbourg. Il portait le costume national : un habit court en tartan, une toque bleue surmontée d'une rose blanche; l'ordre et l'emblème du chardon \ semblaient choisis pour l'identifier avec le peuple qu'il appelait aux armes. l\ entra dans le palais d'Holyrood aux acclamations de la multitude. Mais les hommes en état de porter un regard au delà de ce qui n'était que cris et démonstrations extérieures, distinguaient déjà des symptômes de faiblesse dans les moyens P^r lesquels le chevalier devait exécuter sa périlleuse entreprise. A la vérité, les duinhe wassels ou gentilshommes des clans étaient équipés militairement, en grandcostume montagnard, avec toutes les armes qui en font partie , c'est-à-dire mousquet, pistolet, claymore (sabre), dirk (poignard), et target (petit bouclier). Mais, la plupart des autres n'avaient qu'une seule arme, une épée, un dirk, un pistolet, une faux attachée droite au bout du manche, ou même rien qu'un bâton. Ce dénûment n'empêcha pas, quelques jours plus tard (2 octobre), les jacobites de battre complètement le général Cope, à Prestonpans,ou plus exactement à Preston (douze kilomètres E. d'Edimbourg). Ce général était revenu du nord par mer, et était débarqué à Dunbar le jour même oix Charles-Edouard entrait à Edimbourg. Les montagnards, suivant leur coutume, poussèrent, à la vue de l'ennemi, des hurlements afireux, tirèrent en courant sur leurs adversaires, puis, jetant leurs fusils après les avoir déchargés, se précipitèrent, la claymore à la main, pour combattre corps à corps. £d dix minutes tout fut fini. De l'infanterie de George II , comptant environ deux mille cinq cents hommes, à peine deui cents s'échappèrent; tout le reste fut tué ou fait prisonnier. Artillerie, drapeaux, caisse militaire, bagage, tout tomba au pouvoir des vainqueurs. Les sauvages montagnards virent le luxe d'une armée civilisée avec une surprise qu'on ne peut dépeindre et qui rappelle celle des Suisses pillant le

1. Le chardon est la plante nationale de l'Ecosse, comine le trèfle de rirlsndc.

MAISON DE BfcDNSWIGK^HANOVRE. 235

camp de Charles le Téméraire. Ils ne concevaient pas à quoi pouvait servir le chocolat, et les montres, les perruques, tous les objets de toilette, étaient pour eux des sujets d'étonneoient. On eut beaucoup de peine, malgré le froid des nuits, à les engager à coucher sous les tentes des soldats anglais; ils préféraient dormir en plein air.

On a reproché à Charles-Edouard de n'avoir pas profité de sa victoire de Preston pour envahir immédiatement l'Angleterre; mais on oubliait que cette fois, comme après chaque succès, beaucoup de montagnards étaient allés mettre leur butin en sûreté, et que le prétendant rentra dans Edimbourg avec moins de deux mille hommes. Quand il en ressortit, pour envahir enfin le nord de TAngleterre, il était parvenu à en réunir cinq mille cinq cents; lorsqu'il arriva sous les murs de Carlisie (26 novembre) une nouvelle désertion lui avait enlevé plus de mille hommes. Il fallait véritablement de Théroïsme pour franchir la Tweed avec une [armée aussi peu disciplinée et où chacun entendait bien ne servir qu'aussi longtemps que cela lui conviendrait et conûime il lui plairait. Maître de Carlisie, le prince y fit connaître sa ferme résolution de pousser jusqu'à Londres, à travers le comté de Lancastre. 11 ne put engager son armée à le suivre qu'en lui promettant une insurrection des jac bites anglais, ainsi que la descente d'une armée française et en donnant lui-même l'exemple du courage et de la persé*vérance. Pendant cette marche longue et pénible, il partagea avec gaieté toutes les fatigues de ses soldats. 11 portait ordinairement le costume montagnard, et marchait à pied à la tête d'une des colonnes, insistant pour que lord Pitsligo, qui était vieux et infirme, prît sa place dans sa voiture; jamais il ne dînait, mais il faisait le soir un repas solide. Vers onze heures, il se jetait sur son lit sans se déshabiller, et se levait à quatre le lendemain matin. Dans toutes les villes il avait grand soin dé s'approprier le montant des contributions publiques; et, là où il avait été fait des souscriptions pour le gouvernement, ce qui avait eu lieu dans toutes les places considérables, il exigeait une somme semblable de chaque souscripteur. La route était couverte d'une foule

236 CHAPITRE XtXlII.

empressée de voir défiler l'armée, et qui faisait tout haut des vœux 'pour le succès de Charles-Edouard : mais quand on offrait des armes à ces curieux, et qu'on les invitait à s'enrôler, ils s'y refusaient, disant pour excuse qu'ils n'entendaient rien à ce métier. A Manchester, le prince recruta deux cents hommes, encore sortaient- ils de la populace. Il pénétra ainsi jusqu'à Derby, à cent soixante kilomètres de Londres, et à moins d'une journée de marche d'une armée ennemie, de plus de dix mille hommes, que commandait le duc de Cumberland, troisième fils de George IL Une seconde armée anglaise, égale en nombre à celle des montagnards, se trouvait à deux ou trois marches en arrière de l'armée d'invasion, pour lui couper la retraite, et George II se préparait à se mettre lui-même en campagne à la tête de ses gardes. Néanmoins le prince voulait profiter d'une marche d'avance qu'il avait sur le duc de Cumberland, pour arriver avant lui à Londres, lorsque lord Murray vint au nom de tous les commandants, lui dire que les Écossais croyaient avoir fait tout ce qu'on pouvait attendre d'eux, et qu'il n'y avait plus qu'à battre en retraite, à moins que le prince ne pût montrer une lettre d'un seul Anglais de distinction, invitant l'armée écossaise à marcher sur Londres. Charles- Edouard résista, mais vainement. Le 17 décembre, l'armée des montagnards commença sa retraite vers le nord.* Ils avaient, en venant, montré une discipline exemplaire : maintenant, irrités par le désappointement, ils pillèrent dans les villes et les villages qu'ils traversaient, pourtant sans aucune férocité. Une simplicité singulière se mêlait parfois à leur esprit de rapine. Le fer étant rare dans leur pays, on en vit plusieurs, en partant de Derby, en mettre des barres sur leurs épaules, dans l'intention de les emporter en Ecosse. Cependant Charles-Edouard devait goûter une fois encore toutes les joies du triomphe. Le duc de Cumberland avait abandonné sa poursuite pour retourner dans les comtés du sud, où l'on craignait une descente des Français, et il avait été remplacé par le général Hawley, vieillard fanfaron et brutal. Ce général pénétra en Ecosse, à la s^ite du prétendant, avec huit mille hommes d'excellentes troupes;

Page 1