Beaumont - Vassy, Hiitoin det États européens
sans l'emploi de beaucoup de bras, infiniment plus que ni demandaient et cette exportation restreinte et les de l'intérieur. II y avait donc une coïncidence dépla dans ces deux causes du ralentissement de la fabrication, cela au sein d'iui pays où sur cinq habitants trois ne vivi que par Tindustrie.
La générosité publique essaya de pourvoir par des scriptions à Teffroyable misère des ouvriers : on obtint ce moyen plusieurs millions sterling ; mais ces somm quelque considérables qu'elles fussent, étaient encore i suffisantes. Il y eut des émeutes dans différentes parties royaume, et notamment à Londres, où elles prirent un ractère alarmant. Dans un nombreux meeting, un pers nage nommé Henri Hunt, qui jouissait d'une certaine ce brité comme orateur politique, harangua le peuple avec grande véhémence. Il fut remplacé par un nommé Wa qui, joignant le fait à la parole, forma les auditeurs en lonnes, enfonça à leur tête la boutique d'un armurier, pui se porta sur la banque et de là vers le royal exchange, populace ne put pénétrer dans aucun de ces deux étabi sements et bientôt la cavalerie la dispersa. Watson s'échapj en Amérique, sous le déguisement d'un quaker, mais plai sieurs de ses complices furent pendus devant la boutiqiH même de l'armurier (1817).
Ces rigueurs, loin de ramener le calme, ne firent qtfexas*pérer davantage les mécontents, et il y eut encore en 1818 d'assez nombreuses émeutes. Cependant, comme dans près» que toutes les émeutes anglaises, tout se borna en génétâ à des maisons démolies par la populace et à force coups dl bâton distribués par les constabies. Très-rarement la yeomanry et les troupes firent usage de leurs armes. Vhabeas corpus fut suspendu et de nombreuses arrestations eurent lieu. On pouvait espérer enfin le prochain rétablissement de l'ordre, lorsqu'une question brûlante , déjà agitée bien des fois dans le parlement, y fut soulevée de nouveau par l'un des chefs du parti whig, par sir Francis Burdett. Cette question, c'était la réforme du parlement.
Le parlement se compose, ainsi que nous l'avons constaté
GJîOKGE ni (1760-1820). 345
Jèslafin du xnv siècle, de deux chambres; la chambre Qte, où siègent les lords spirituels et temporels; la mbre basse, où siègent les députés des communes. Dans principe, les lords spirituels étaient plus nombreux dans chambre haute que les pairs laïques; mais leur nombre insi que leur influence diminuèrent naturellement à Tavément du protestantisme. Trente-six pairies ecclésiastiques nt alors supprimées, et chaque nouveau règne vit créer nouveaux lords temporels. Ainsi, sous Henri VU, la ambre haute ne comptait que vingt-neuf lords; il y en eut inquanteetun sous Henri Yill et Elisabeth; quatre- vingtizesous Jacques P''; cent dix-neuf en 1640; cent trenteuf en 1660, et il y en avait trois cents en 1820. Quelques positions pour la réforme de la chambre haute furent ites sous le règne des deux derniers Stuarts : une autre iOtion présentée sousGeorgel", et tendante à restreindre le it possédé par la couronne de créer des pairs à volonté, t rejetée par la chambre des communes qui, disait-elle s-sagement, ne voulait pas changer la chambre haute en me étroite et indépendante oligarchie. Quant à la question savoir quelle réforme devait être introduite dans la ^diambre des communes, ou même jusqu'à quel point la 'thambre des communes avait besoin d'être réformée, elle [fut fréquemment controversée et très-diversement résolue. Les torys, considérant la chambre des communes comme bne corporation qui, de tout temps, était demeurée la même, soutenaient que, par cette raison, on ne pouvait pas tt on ne devait pas la modifier. Les vsrhigs répondaient que c'était précisément parce que la chambre basse n'avait pas depuis longtemps éprouvé de changements dans son organi* «ation qu'il devenait urgent d'en faire.
Dans le principe, les villes ne se préoccupant guère que de l'indemnité qu'elles étaient obligées de payer à leurs députés, n'en envoyaient que contraintes et forcées. Sous Edouard III, la chambre dles communes se composait de cent cinquante membres, et de deux cent vingt-quatre sous Henri VIII. Edouard VI créa vingt-huit sièges nouveaux; Marie Tudor, dix-sept; Elisabeth, quarante-huit;
346 aupiTBS xxxiY.
Jacques I*', onze, et Charles P', six. Depuis Charles II, Uà souverains anglais n'accordèrent plus de nouvelles voix àU chambre des communes, mais Tadmisssion des membns écossais en 1706, et celle des membres irlandais en 1801f doivent être regardées comme deux modifications très-in^ portantes de la chambre basse. Depuis le commencement du xix*" siècle, elle se composait de six cent cinquante-hait membres, dont quatre-vingts nommés par les comtés d'Anl gleterre , vingt-cinq par les grandes villes, cent soixante* douze par les bourgs, huit par les ports de mer, deux pd! les universités, douze par les comtés et douze par les villes du pays de Galles ; trente par les comtes et soixante-cinf. par les villes ou bourgs de TËcosse; enfin, cent par TlK lande.
Autrefois, chaque électeur de comté devait posséder une propriété allodiale (freehold) ; ceux qui ne possédaient qu| par bail emphytéotique ou par l'espèce de tenance partico* lière appelée copykold, n'avaient pas voix aux élections. Pour donner une voix, il fallait que la propriété rapporta un revenu réel de cinquante francs au moins, et fût pos« sédée depuis plus d'un an, excepté si elle avait été acquis^ par succession ou par mariage. Chaque électeur n'avait qu'une voix, quels que fussent le nombre et l'étendue de ses propriétés; mais le droit d'élection, dans les villes et bourgs, n'était pas acquis d'une manière aussi uniforme que dans les comtés, et chaque localité avait à cet égard ses usages particuliers; ainsi, dans certaines villes, toute per sonne payant des impositions directes avait une voix; I Bath, au contraire, le député était nommé par le hiaire, les aldermen et le conseil municipal ; à Bristol, par les propriétaires de biens allodiaux rapportant cinquante francs; à Coventry, par t^ous les individus ayant acquis le droit de bourgeoisie après avoir été pendant sept ans en apprentissage dans la ville, etc., etc.
Beaucoup de localités, depuis le moyen âge, avaient subi les transformations les plus complètes. Des bourgs, autre* fois considérables, avaient fini par lïe plus consister que dans le château du seigneur et les maisons de ses fermiers;
G£ORGi m (1760-1820). 347
mis n'en avaient pas moins conservé le droit de se faire re«*
risenter. C'était ce qu'on appelait les bourgs pourris. Là, député était nommé par un seul électeur, par le propriétaire du château qui vendait souvent sa voix jusqu'à pt cent , huit cent et même neuf cent mille francs, telle sorte que parmi les membres du parlement , les s étaient nommés par des milliers d'électeurs, les autres r une trentaine comme ceux que désignaient les corporans municipales, d'autres enfin par un seul électeur, prolétaire d'un bourg pourri. D'un autre côté, tandis que Id Sarum ne consistait plus qu'en six maisons appartenant utes à la même personne, qui pouvait se nommer elle*ème, puisqu'elle constituait à elle seule tout le collège ectoral , tandis que Gatton n'était plus représenté que par l&n vieux pan de mur, véritable mine d'or pour son unique propriétaire électeur, des villes considérables s'étaient éle* fées là où, au moyen âge, n'existaient que quelques misélables chaumières. Il en résultait queces villes, avec soixante jpiile ou même cent mille et plus d'habitants, n'étaient pas présentées, en regard de tel mur de pierre, de tel jardin, nt le possesseur conservait le droit d'élire pour chacun et môme deux députés.
I Pour être élu, il ne fallait être ni étranger, ni ecclésiasitique, ni mineur, mais posséder une propriété de six cents |livres sterling (quinze mille francs) dans les comtés, et de trois icents livres sterling (sept mille cinq cents francs) dans les villes; les députés des universités, que nommaient les doc^ leurs et professeurs , étaient seuls dispensés de justifier de cette possession immobilière. Les maires et employés communaux ne pouvaient point être élus dans leur propre ville, mais seulement dans d'autres; enfin, on pouvait élire des personnes demeurant en dehors de l'arrondissement électoral.
Quel que grand que soit le respect des Anglais pour les vieux usages, pour les vieilles lois, il était impossible qu'ils ne fussent pas frappés des monstruosités de leur système électoral, et l'idée d'une réforme avait été soulevée à diverses reprises dans le cours du xvui* siècle. Depuis les motions
348 CUAPITRE XXXIV.
réitérées du second Pittpour une réforme parlementaire, q sujet n'avait jamais été perdu de vue ; et, si ce grand homai| d'État crut devoir renoncer à ses projets durant les année^ les plus terribles de la lutte de l'Angleterre contre la réva| lution française, ce ne fut point par suite d'une modific»<^ tion dans ses principes, mais parce qu'îl jugeait que l temps de lutte n'étaient favorables à aucun grave cbangem intérieur. Après 1815, les mêmes obstacles n'existaîe plus, les mêmes appréhensions ne pouvaient survivre, et faudrait s'étonner, si l'on ne connaissait le caractère aQ« glais, qu'une semblable réforme ait mis quinze ans à triom<9 pher.
Le 1*' juillet 1819, sir Francis Burdett proposa à la cb bre des communes, la réforme radicale du parlement, pa^ l'établissement du suffrage universel, et un renouvellement annuel de tous les députés. Comme il savait bien qu*unl réforme, quelque petite qu'elle fût, ne serait point adoptée^ il voulait, en établissant la sienne sur les plus larges hBses^ y intéresser les masses. Les possesseurs de bourgs pourri^, les élus de ces bourgs, leurs amis, en un mot, tous cev£i qui s'intitulaient conservateurs ^ s'unirent pour repousser lii[ motion extravagante de l'honorable baronnet, sans la dis^ cuter et même sans vouloir envisager les résultats que pourraient avoir leurs votes sur l'esprit de ces masses, auxquelles sir Francis Burdett avait, en quelque sorte, fait un appel.
Cependant le rejet dédaigneux de la proposition avait causé une grande sensation dans les comtés , où une effervescence des plus vives se manifesta bientôt. Les partisans* de la réforme se donnèrent une organisation militaire, c'est* à-dire se divisèrent en compagnies, choisirent des officiers, et s'exercèrent publiquement au maniement des armes. Cette multitude armée pouvait donc, au premier signal de ses chefs, se permettre des démonstrations dont il n'était donné à personne de calculer les conséquences.
Pour montrer leurs forces et prouver leur mépris des lois électorales existantes, ces radicaux se réunirent à fiirminghatn, dans le but d'élire un député. La ville de Birmingham n'était pas, en effet, malgré ses cent mille haW'
GEORGE m (1760-1820). 349
lants, représentée à la chambre des communes. Plusieurs ilmdidats se présentèrent sur les hustings. Le poil (rélection) jlbt ouvert, et les soi-disant électeurs réunirent leurs suffrages sur sir Charles Wolseley.
; Le 21 juillet, quatre-vingt mille individus s'assemblèrent iPftns un faubourg de Londres, et prirent des décisions d'une Holence inouïe. Mais la plus fameuse de ces réunions se ^t à Manchester, le 16 août 1819.
' Plus de cent mille personnes étaient convoquées à ce Ineeting, pour entendre le célèbre Hunt, qui devait présider la séance, et les autorités, dans la crainte de troubles aves, avaient donné ordre aux constables * d'être tous à ur poste. La yeomanry, cette garde nationale achevai mposée de fermiers et de petits propriétaires, vint se Iranger en bataille sur la place; le 15*" régiment de hus* Itards était à cheval, prêt à la seconder; enfin, plusieurs leompagnies d'infanterie et d'artillerie étaient consignées ^ns leurs casernes. A dix heures du matin, la tête du cor* ^e entra dans la ville. Les radicaux marchaient au pas l^icéléré sur cinq de front, portant des bannières sur lesi^uelles on pouvait lire : Suffrage universel. — Parlements Mnuels. — Vote du scrutin secret. — Abolition des lois sur les céréales. — Vnion et liberté. Ils se rangèrent dans l'ordre le plus parfait autour de l'estrade du président. Hunt arriva à midi, monté sur un char, ayant à ses côtés la présidente des femmes réformatrices qui tenait un drapeau à la main. La foule s'était ouverte pour laisser passer son chef; mais à peine Hunt commençait-il son discours, qu'une vive agitation se manifesta dans les rangs de l'assemblée, et Ton vit paraître tout à coup, au pied de l'estrade, un officier de police suivi de quarante yeomen. Le magistrat signifia au président un warrant qui le déclarait, lui et ses adhérents, prévenus d'avoir provoqué, illégalement et dans un but séditieux , l'assemblée réunie en ce moment. L'escorte
1. Les constables sont des agents de police dont le nombre s'accroît, pour les jours d'émeute, à la volonté de l'autorité. Quand l'ordre est menacé en Angleterre, une foule de citoyens se présentent pour prêter serment comme constables spéciaux, c'est-à-dire temporaires. Rien n'honore plus la nation anglaiise et n'est I^luB propre à préveuir , dans son sein , de sanglantes collisions.
350 CHAPITRE XXXIT.
était trop faible pour imposer le respect à la foule furieuse; Tofficier de police fut insulté, et les yeomen, se croyant con* traints de repousser la force par la force, firent reculer leurs chevaux sur les masses compactes qui les entouraient. Les magistrats, remarquant de loin ce mouvement, donnèrent aussitôt aux hussards Tordre d'aller dégager les yeomen ; mais la yeomanry avait compris le danger des sienSi et s'était déjà précipitée de son côté sur la foule épouvantée, qui se dispersa en tous sens. Cinq cents personnes environ furent foulées aux pieds des chevaux ou frappées de coups de sabre ; un grand nombre d'entre elles moururent des suites de leurs blessures.
Ce triste incident fut le dernier qui signala le règne dtt George III , de ce roi tory qui avait réconcilié raristocratd anglaise avec la maison de Hanovre portée au trône et soii^ tenue, au moins pendant les règnes de George I*'* et d| George II , par les whigs , c'est-à-dire aux yeux des torys, par les représentants du principe révolutionnaire. L'ex^ tinction de la famille des Stuarts, en 1807, par la mort di| cardinal d'York, avait facilité cette franche réconciliation £! mais que d'autres grands événements remplirent ce règnf d'un prince qui , pendant tant d'années, fut en démence:^ depuis le traité de Paris qui inaugura la prépondérance mari» time de l'Angleterre jusqu'à Waterloo qui l'agrandit et U consolida ! Si l'émancipation des Ëtats-Unis fut une défaite, le gigantesque empire fondé par la compagnie des Indes sur les bords du Gange fut une ample compensation, et l'An* gleterre, maîtresse de la mer, satisfaite d'avoir soustrait l'Europe à la prédominance de la France, n'allait plus avoir qu'une préoccupation, celle de procurer des débouchés i son industrie dont la prospérité pouvait seule prévenir une lutte terrible entre sa population ouvrière et la plus riche aristocratie du monde.
JBONSflRATION DE THISTLEWOOD (fiÉVRIER 1820); DIÎSORDRES; PROCÈS DE LA REINE CAROLINE (1820). — SUICIDE DE GASTLEREAGH (1822); MINISTÈRE DE CANNING (1822); LE PRINCIPE DE NON-INTERVENTION. — ÉMANCIPATION DES CATHOLIQUES ROMAINS (1829); 0*CONNELL; MORT DE GEORGE 17 (1830).
. c:«Biqilrattoii de ThlAttewooil (fféTrler 4 9 #•) ; dé«or4i>c« )
procès de la reine Caroline (t9t9).
Lorsque George III expira, le 21 janvier 1820, son fils hitné dirigeait déjà les affaires depuis neuf ans avec le titre \ée régent : rien ne fut donc changé que ce dernier titre, I remplacé par celui de roi. Lord Castlereagh resta Thomme ff^rédominant dans les conseils de la couronne où Ton suivait ^aveuglément sa politique dure et oppressive. Aussi la nation I n'avait rien de bon à augurer de George IV, qui était tory |«omme son père, et n'avait aucune de ses vertus privées. ; Une conspiration des plus graves fut même découverte fort [peu de jours après Tavénement du nouveau roi. [ Arthur Thistlewood, son chef, avait d'abord servi dans les Indes en qualité de sous-officier, puis il était passé en Amérique et de là en France, et avait rapporté de ces deux pays I des idées toutes républicaines. Complice du jeune Watson I dans les troubles de 1817, il avait été jugé avec lui, et, après son acquittement, avait envoyé un cartel à lord Sidmouth, offense pour laquelle il fut condamné à payer une amende et à être incarcéré de nouveau. Rendu à la liberté, Thistle* wood consacra toutes ses pensées et tous ses actes à la réa* lisation de la terrible vengeance qu'il avait rêvée. S'associant aux individus les plus dépravés de la populace de Londres, il eut bientôt réuni autour de lui un certain nombre d'iiom* mes aussi méprisables et non moins déterminés que lui. Quarante ou cinquante devaient assassiner les ministres, pendant que leurs complices s'empareraient simultanément des canons du parc d'artillerie et de ceux du dépôt de ^ Light-Horse^tation dans Gray's-Inn-Lane. Une fois rnsï*
ires de ces deux points, ils comptaient s'emparer de ManskHi*- House, palais où ils voulaient établir leur gouvernemenl provisoire. Ils devaient également attaquer la banque et mettre le feu à différents quartiers de Londres. Les bonjitrés convinrent de profiter, pour exécuter leur complot, d'un diner qui devait être donné, le 21 février, chez lord Haf« rovsrby et où tous les ministres devaient se trouver réunis; mais ils furent arrêtés peu d'instants avant Theure fixée eux pour frapper leurs victimes. Thistlewood et quatre ses complices furent condamnés à mort et exécutés. Ce mi sérable avait dit, pendant son procès, que son désir avi été de venger le peuple anglais de ce qu'il nommait « h massacres de Manchester; » aussi trouva-t-il quelqui sympathies dans la foule devant laquelle il mourut av< courage*
Cette conspiration , tout à fait isolée , n'avait sans doul aucune ramification dans le pays ; cependant elle coînci< avec quelques mouvements populaires qui se manifestèrei dans les comtés du nord de l'Angleterre et en Ecosse. Dai la partie ouest du Yorkshire, les ouvriers mécontents avaiei durant tout l'hiver, rassemblé des armes à feu et fabrii des piques ; mais lorsque arriva l'époque de l'insurrectioii générale, deux ou trois cents d'entre eux répondirent seuil à l'appel. Un détachement de cavalerie les dispersa, et leiar enleva leur étendard de couleur verte ainsi qu'un assez grand nombre de fusils. En Ecosse , une proclamation incendiaire fut affichée sur les murs de Giascow, le 2 avril 1820, et les ouvriers en vinrent aux mains avec la yeomanry et la troupe de ligne. L'avantage resta aux soldats : trois ouvriers furent exécutés et les autres graciés. Il faut louer le gouvernement de sa clémence, mais vraiment il ne devait pas agir autrement envers des malheureux qu'une effroyable misère et une grossière ignorance poussaient seules à ces lamentables désordres. .
La conspiration de Thistlewood , ainsi que les troubles du Yorkshire et de Giascow, n'avaient pas empêché de commencer de somptueux préparatifs pour le sacre du nouveau roi, lorsqu'ils furent suspendus tout à coup par l'incident
CEORGE IV (1820-1830). 35:)
'. le plus inattendu, par le débarquement subit de la reioe en i Angleterre.
Nous avons vu que Caroline de Brunswick avait rompu toute relation avec le prince de Galles un an à peine après sa malheureuse union. Lasse de sa triste position à la cour d'Angleterre, elle s'était décidée, en 1814, à voyager sur le continent. Débarquée le 16 août à Hambourg , sous le titre 'ie comtesse de Wolfenbuttel , elle visita successivement Brunswick, séjour du prince son frère, de celui qu'on suritomma , pour le courage qu'il déploya contre les Français , fArminius prussien, Strasbourg, Berne, où vint la voir sa cousine Anne Pétrowna, femme du grand-duc Constantin, Genève et Milan ; c'est là qu'elle prit à son service, comme •ourrier et valet de pied , îe trop fameux Bergami , que, peu ie mois après, elle éleva bu rang de cbambellan. telle fut Itientût la faveur de cet Italien près de la princesse , que toute sa famille, sauf sa femme, fut placée dans la maison He Son Altesse Royale. En 1S15, Caroline obtint du roi de Kcile pour Bergami le titre de baron de la Franchina, puis visita avec lui Messine, Catane, Syracuse, Tunis, Malte, Athènes, Constantinople, Jérusalem où Bergami fut créé chevalier du saint-sépulcre, et d'un ordre de Sainlc-Caroline que lt| princesse imagina de créer à cette occasion. De rewarà la villa d'Esté, sur le lacdeC<5me, en septembre 18)6, : elle récompensa les services du nouveau chevalier par le don d'une jolie maison de campagne, située aux environs de Milan, et qui fut appelée villa Bergami ou la Barona. La princesse était toujours en Italie, lorsque la mort frappa successivement la princesse Charlotte*, sa fille, et George III, qui, tant qu'il avait joui de ses facultés mentales, avait passé pour protéger sa belle-fille. Depuis la mort de la reine, femme de Geoi^e III et qui avait précédé son m;iri mi iimibeau , on avait prié Dieu pour le roi , pour le prince et la princesse de Galles, et pour toute la famille royali' : Ips journaux apprirent à Caroline qu'en vertu d'un ordre du conseil
354 CHAPITRE XXXT.
(12 février 1820) on prierait à Tavenir seulement pour le roi. Â cette nouvelle, elle annonce aux ministres son retour en Angleterre et débarque à Douvres le 6 juin 1820.
Nous avons déjà dit combien George IV était mépriaé comme homme privé : il n'était pas moins détesté comme roi. La nation anglaise, une fois la lutte avec la France terminée, était revenue à ses instincts de liberté, et le conseil!^ 1er intime du roi , Castlereagh , n'était pas moins odieux ai^ nord qu'au midi de la Manche. Le peuple, en haine éÊ George IV, prit fait et cause pour la femme qu'il n'avs^ cessé de persécuter, et la reine fut reçue à Douvres aux ae» clamations de la foule rassemblée sur la grève et sur lee: hauteurs voisines.  son départ, la populace détela les chd' vaux de sa voiture et la traîna longtemps. Même enthou^ siasme sur toute la route , ainsi qu'à Londres où elle entrai précédée d'un cortège de plus de cent mille personnes. '
Le parlement était alors assemblé; George IV se r^(fit dans la chambre des lords, comme pour donner son asseiH» timent à plusieurs bills récemment adoptés. Mais, dèi qu'il se fut retiré, un message royal, porté à la chamlivif des lords par le comte de Liverpool, à la chambre def communes par lord Castlereagh, recommanda au parte' ment d'examiner les documents relatifs à la conduite de \$ reine qui allaient leur être fournis : il s'agissait d'une faut^ que, du reste, les ministres déclaraient ne pouvoir être qualifiée de haute trahison , et ne pas devoir emporter» comme pour les malheureuses épouses de Henri VIII, kr peine de mort; on accusait hautement Caroline d'adultère,, mais d'adultère commis hors du royaume et avec u étranger. Telles étaient les circonstances atténuantes (fi devaient préserver Caroline du sort d'Anne Boleyn ; et il princesse avait encore une meilleure sauvegarde dani l'opinion publique, qui n'aurait pas permis 9ça xix* siède le renouvellement des sanglantes scènes du xvi*. Lt chambre des communes vota une adresse favorable a» message royal, qui accusait Caroline d'entretenir, depuis 1814, des relations adultères avec Bergami; et Tinstaûce fut aussitôt ouverte devant la chambre des lords. Cepen-
GEORGE lY (1B20-1830). 355
dant un accommodement par arbUres* avait d'abord été tenté ; le célèbre Brougham et Denman, avocats de la reine» avaient eu dés conférences avec lord Wellington et lord Castlereagh, arbitres du roi, pour arranger amiablement l'affaire. Les avocats de la reine demandaient que le nom de Sa Majesté fût rétabli dans la liturgie; les arbitres du roi ne voulurent point y consentir. Ils oflfraient une pension de cinquante mille livres sterling (un million deux cent cinquante mille francs), à la condition expresse que la reine habiterait Milan ou Rome; elle devait y être traitée en souveraine, mais seulement dans ces résidences fixes. Ces conditions ne furent point acceptées, et le procès commença : de scandaleuses révélations furent faites ; le roi mît un acharnement indicible à toutes ces poursuites, car il détestait la reine. Devant les lords eut lieu la plus ignoble des enquêtes; on remua tout le bourbier domestique d'un ménage italien. La déconsidération de George IV s'augmenta, s'il est possible, surtout lorsque, après cette triste procédure, le ministère se vit contraint par l'opinion publique à retirer le bill cause de tant de scandales. C'était une victoire pour la reine ; elle voulut contraindre George IV à lui faire rendre tous les honneurs dus à son rang, et elle soutint qu'elle devait être couronnée avec lui. Le matin du jour fixé pour la cérémonie, 11 juillet 1821, elle se présenta aux portes de l'abbaye de Westminster, mais toutes les entrées étaient gardées par la force armée, et elle se vit repoussée dans toutes ses tentatives pour pénétrer à l'intérieur.
Quinze jours après cette nouvelle et dernière scène de scandale, Caroline de Brunswick fut atteinte d'une maladie mortelle, et succomba à une inflammation des intestins. Son corps devait être, par ses ordres, transporté de sa résidence de Brandenburg-House à Brunswick. Le gouver- Bement y consentit, mais après- avoir tracé la marche du cortège, de façon qu'il n'entrât pas dans la capitale. Le peuple, désirant donner à la malheureuse princesse un dernier témoignage de sympathie, exigea au contraire que le corps traversât les rues les plus fréquentées. Une rixe
366 CBAPITRE XXSV.
violente s'engagea: Les soldais , allnqués de âifers fireot feu et tuèrent ou blessèruiu quelques pei mais le peuple n'en eut pas mointi le dessus, et les trais durent permettre au cortège lie suivre le Strand et traverser la Cité.
Caroline de Brunswick fut ensevelie h Brunswick, terre natale, à cdté de ses pères. Un inscrivit sur sa l'épîtaphe qu'elle-même avait tlicltie: Ci-git CarolA Brunswick, reine outragée de l'Aïuiletcrre. Mais celtes scription ne tarda pas, par ordie de l'autorité ducale Brunswick, à être enlevée comme insultante pour GeorgeT
SvleMe de CMtlereask (ISia)) miulat^ivdp Cannlns (<8«% le principe tfe iini-lnleriraUou.
Les tristes scènes dont la reine Caroline avilit été le pi texte étaient une preuve manifeste de l'empressement a.\ lequel les Anglais saisissaient toutes les «rcusions de téma gner leur aversion pour une politique surannée et déso mais impraticable. En effet, les grands principes posés p la révolution de 89 sont si justes, si conformes aux vues i la Providence, que, malgré les criinos liideux commis l leur nom, malgré les conséquences absurdes que cerl^ esprits malades voudraient en tirer, ils doivent triompbj irrésistiblement dans le monde (inlier. Aussi l'Europe bien pu s'applaudir en apparence, en 1815, d'avoir domp la France révolutionnaire; en réalité, c'était la France od plus révolutionnaire, maïs sagemcnl lihérale et lentemel progressive, qui, au moment même où les armées étrai gères campaient sur nos places publiques, se vengeait âei défaite en inoculant à ses envahisseurs l'idée d'amélion lions, dont plusieurs sont aujourd'hui réalisées dans ni grande partie de l'Europe. Il n'y avait pas encore cinq m que Napoléon était enchaîné sur son rocher de Sainte. ~ lène, quand l'on vit les NapoHtaiui^, les Piémontais. " gnols, les Portugais se soulever conlre les abus de régime rétablis en 1815. La sainte-alliance décîi congrès serait assemblé à Vérone pour s'entendi moyens de comprimer l'explosion inattendue d
endi . ]
libéral. Castlereagh était tout naturellement appelé h représenter FAngleterre , dès qu'il s'agissait de combattre les idées d'émancipation et de tolérance, même les plus modérées. George IV le chargea donc d'aller encore une fois sur le continent, comme il y avait déjà paru en 1814 et en 1816, pour y représenter toutes les rancunes de l'aristocratie anglaise contre les hommes de progrès. Mais le per-sécuteur implacable de Napoléon ne devait pas survivre longtemps à sa victime. L'empereur était mort le 5 mai 1821, et le 12 août 1822, au moment de partir pour Vérone, lord Castlereagh se coupait la gorge. L'enquête du coroner attribua cet acte à la démence. Tels étaient toutefois les progrès des doctrines libérales en Angleterre, que peu de temps avant l'époque fixée pour son départ, Castlereagh avait cru devoir désapprouver hautement les principes et les tendances de la sainte-alliance.
Lord Castlereagh eut pour successeur , en sa qualité de secrétaire d'État au département des affaires étrangères, George Canning , que le roi détestait comme partisan de la reine et comme poursuivant l'émancipation des catholiques, mais qu'il se vit imposer par l'opinion publique. En effet , Castlereagh et Canning étaient tous deux , ainsi que nous l'avons vu, élèves de Pitt; mais tandis que le premier avait conservé toutes les haines, toutes les défiances qui animaient Taristocratie anglaise au plus fort de sa lutte avec la France, Canning avait modifié ses idées dans le même sens que l'immense majorité de ses compatriotes. Il reconnaissait , avec eux , que le monarque constitutionnel de la Grande- Bretagne ne devait pas imiter la conduite suivie par les Bourbons sur le trône de France et faire cause communo avec les monarques absolus de Russie , d'Autriche et do Prusse, pour écraser immédiatement toute nation qui tenterait son émancipation. Il posa donc le principe de nonintervention, et déclara qu'il considérait comme un devoir pour une nation de ne pas intervenir dans les affaires des autres peuples. L'expédition des Autrichiens en Piémont et à Naples, des Français en Espagne, fut hautement désapprouvée par lui. Le parti libéral , en Portugal, fut soutenu.
et le sort des esclaves des colonies singulièrement amélioré. En Amérique, le gouvernement anglais reconnut Tindépendance du Mexique, de la Colombie , de Buenos-Àires , et laissa entrevoir qu'il en ferait autant à l'égard du Guatimalii du Chili et du Pérou, dès que toutes ces colonies espagnole^ insurgées contre leur métropole, auraient un gouvernemeul stable. C'était , à la fois , faire preuve de libéralisme il procurer au commerce britannique un immense déboucha En Orient , Canning montra , pour les schismatiques grecs le même intérêt qu'il témoignait, en Occident, aux malheu* reux catholiques d'Irlande , et, le 7 juillet 1827, il signait avec la France et la Russie, un traité dont le but était d'ef* fectuer une réconciliation entre la Turquie et la Grèce, oi4 en cas de refus, de mettre fin à la querelle par la voie daf armes. Canning préparait ainsi Navarin , qu'il ne vit paii Sa santé était minée par les rudes fatigues de la vie pariet méntaire. Il alla, vers le milieu de juillet, passer quelqot temps à la délicieuse résidence du duc de Devonshire , I Chiswick , dans l'espoir que le changement d'air améliore* rait son état. Mais son mal ne fit que s'aggraver. Il s'occupa pour la dernière fois , d'afiaires publiques , le 31 juillet, là 2 août, il fut obligé de garder le lit, et le 8, à quatre heuroî du matin, il avait cessé d'exister. Il rendit le dernier soapil dans la chambre même où était mort Fox, et fut inhumî à Westminster , aux pieds de Pitt, son maître , qu'il n'égalait pas en persévérance, mais qu'il surpassait en éloquenoi et par les qualités du cœur.
Castlereagh était descendu au tombeau exécré de TEu* rope entière et même de ses compatriotes. Canning fut re* gretté tout autant sur les bords de la Seine ou de l'Archipsi que sur ceux de la Tamise. En France, on frappa, en son boa* neur, une médaille qui contenait, d'un côté, ces mots : I^ berté civile et religieuse dans tout V univers; et de l'autre : i« m)m des peuples^ les Français à George Canning. L'opinion publique appréciait ainsi très-dignement l'un de ces hommes précieux pour l'humanité, parce qu'ils savent , comme l'illustre Robert Peel, que l'Angleterre pleure aujourd'hui, h faire avancer sans secousses et sans révolutions dans la voie
du progrès. Ganning relevait encore ce qu'il y avait d'humain et 'de moral dans sa politique par une éloquence à la fois tunle et brillante. 11 maniait fort habilement Tironie^ et ce* pédant la causticité de son esprit n'excluait pas , chez lui, ,1e génie poétique. Mais le tracas des affaires et les luttes in* cessantes de la politique ne lui permirent pas de cultiver ce dernier don de la nature, qu'il ne fit que montrer dans sa Jeunesse.
^maifeclvattoii tfefl c«ihollqiie« romains (1999) \ O'CoimeUf
mort de «eorge IT (t9S«).
Lorsque , dans la dernière année du xviir siècle , Pitt l'était occupé activement de faire accepter par les Irlandais h fusion de leur parlement avec celui d'Angleterre, il leur irait laissé entrevoir que c'était le meilleur moyen pour les eatholiques d'arriver à une communauté complète de droits ivec les protestants. Cependant, il ne réalisa jamais ses proiiesses, et il faut reconnaître que le bigotisme anglican dont le trouvaient animés le roi, le prince de Galles, la plupart Mes membres de la famille royale , de la chambre des lords, et aussi les basses classes protestantes ne le lui permirent |as. Gastlereagh lui-même, se rappelant l'Irlande, sa pairie, avait, à diverses reprises, mais toujours vainement, Ifarlé en faveur des catholiques. En 1829, le trône était enl'eore occupé par un prince chez qui la dépravation des ^inœurs n'excluait pas le fanatisme protestant, et bien des ; membres de la haute aristocratie, la populace, voire même les petits boutiquiers, se croyaient toujours à l'époque de la • conspiration des poudres, et n'apercevaient, dans tout prêtre romain, qu'un jésuite, dans tout catholique, qu'un ; conjuré. Cependant la politique allait arracher aux protesl'tants ce que la justice n'avait jamais pu obtenir d'eux. Une des causes perpétuelles de la faiblesse de l'Irlande a tou- : jours été l'esprit de division qui n'a presque jamais permis à ses enfants de se réunir avec un peu de persévérance dans un but commun. Le génie de l'Irlande est, avant tout, indisciplinable. Le grand mérite, le titre de gloire impérissable d'O'Connel, c'est d'avoir assoupli, discipliné, enrégimenté cet esprit rebelle à toute organisation. Il s'était formé , pe
360 CHAPITRK XXXV.
les soins du grand agitateur, une puissante association dite association catholique^ qui, évidemment, allait soulev rirlande et imprimer à celte insurrection une force irrési tible, si on ne lui rendait justice. Les catholiques avaient tienté tant qu'ils avaient vu Canning au pouvoir, parce qu' connaissaient ses bonnes intentions en leur faveur, pa qu'ils étaient témoins de ses efforts pour leur faire rem justice. Canning mort, et remplacé par Wellington, c'est dire par un second Castlereagh, les catholiques compriri qu'une plus longue patience serait, de leur part, uued perie, et ils exigèrent qu'il fût enfin fait droit à leurs ré mations.
Heureusement pour l'empire britannique que si loi Wellington a les idées de Castlereagh, il n'en a pas l'opi treté ; heureusement surtout que dans la grande questii qui nous occupe en ce moment il se montra docile aux an du plus grand homme d'Ëtat de notre temps , sir Rob Peel. Un an avant 1830, deux ans avant 1848, sir Bo Peel , d'abord par l'émancipation des catholiques , puis l'abolition des lois sur les céréales, a su épargner à l'Angl terre, par des concessions faites à temps, les terribles cousses qui ont ébranlé et presque perdu d'autres pays o faute d'une réforme, on a eu des révolutions. Aux yeux d ministre anglais , la monarchie constitutionnelle n'était une barre de fer, mais un ressort d'acier qui, après av» plié , ne se relève qu'avec plus de force.
Jusqu'en 1829, Robert Peel avait combattu l'émancipati des catholiques, mais dès qu'il eut reconnu qu'il avait à o ter entre son opinion et une sanglante révolution en Irland il n'hésita plus. 11 modifia sa politique, fit agréer cette mi dification au roi, aux lords, et sauva ainsi l'Irlande de guerre religieuse la plus effroyable. Le 30 mars 1829, l'é cipation des catholiques fut votée, dans la chambre d communes, à une majorité de cent soixante-dix-hai voix ; quelques jours plus tard , les lords l'approuvaient, i leur tour, à une majorité de cent cinq voix, et bientôt Ift grand agitateur allait venir prendre sa place au parlement comme député du comté de CUrç.
I! suffit de se rappeler quelques-uns des traits du tableau que présentait llrlande après Cromwell et Guillaume III pour comprendre Timmense Joie , Tinexprimable bonheur des compatriotes d'O'Connell. Quant aux catholiques de la Grande-Bretagne, ils mirent à profit les premières années qui suivirent le vote de Témancipation pour donner à leur culte une organisation solide et durable ; ils appelèrent du continent des prêtres et des missionnaires , fondèrent des couvents, établirent des confréries, et bientôt les proies* tants purent constater avec surprise que TAngleterre et rÉcosse qui , à Tavénement de George 111 , comptaient à peine soixante mille catholiques, en avaient deux millions cinq cent mille en 1840. Cinq cents églises ou chapelles, non plus pauvres et nues comme autrefois, mais ornées à l'extérieur de tours et de cloches, à l'intérieur de tableaux et de statues, réunissaient les fidèles qui pouvaient désornoais se rendre aux saints offices sans être contraints de marcher dans Tombre, et de suivre des chemins détournés. Les prêtres, revêtus de costumes inconnus à la foule, faisaient publiquement des instructions. Une vaste association s'organisa pour la propagation de la foi ; des journaux périodiques furent créés et répandirent au loin les principes de la nouvelle Église, qui trouva des appuis fervents et de zélés propagateurs parmi de hautes notabilités aristocratiques. Le 29 octobre 1839, les évêques catholiques posèrent la première pierre de la magnifique cathédrale de Birmingham, et l'église Saint-George, remarquable morceau d'architecture, fut élevée à Londres quelques années plus tard. L'influence du catholicisme se fait sentir même parmi les personnes restées fidèles à l'anglicanisme et beaucoup de protestants sont d'avis avec le docteur Pusey, d'où on les nomme puseyistes, que la haute église d'Angleterre, surtout pour ce qui concerne le rituel et'la pompe extérieure, doit tendre davantage à se rapprocher de l'Église romaine.
L'émancipation des catholiques fut le dernier acte important du règne de George IV, qui mourut le 26 juin 1830, à l'âge de soixante-neuf ans. Comme prince de Galles, il avait rempli l'Angleterre de sa vie scandaleuse. Devenu \\ 21
régent , puis roi , il ne se corrigea point encore de ses dû sîpations, et son procès contre la reine montre qu'il conservait pas même les bienséances qu'un prince doit moins garder. Comme caractère politique, George IV, i] certain et décousu , tant qu'il fut en dehors des afiai] hérita, une fois au pouvoir, de la conviction profonde George III : qu'il n*y avait de grandeur pour VAngleii qu*avec un ministère tory. Il prit Canning pour minî! avec la môme répugnance que son père avait pris Fox, etj ne fut véritablement satisfait qu'au début de son règi lorsqu'il avait Castlereagh pour principal conseiller ; qu'ai fin, lorsqu'il vit les affaires dirigées par le duc de Wellii ton, lord Aberdeen et Robert Peel. Encore ce derbier él il beaucoup trop libéral pour lui.
CARACTÈRE DE GUILLAUME IV; LORD GREY ET LA RÉFORME (7 JUIN 1832). DES MGEURS ÉLECTORALES. — ABOLITION DE L'ESCLAVAGE DES NÈGRES; FORME DES LOIS DES PAUVRES (1834). — CRISE COMMERCIALE; ASS0CIAT1 D'OUTRIERS; le SOCIALISTE OWEN. — MORT DE GUILLAUME IV (183}J RÉSUMÉ DE SON RÈGNE.
Caractère de Onlllatitiie IT ) lord Orey eflaRéfonue
(f Juin I98t>
George IV ne laissait pas d'enfants, car son unique hé tière, la princesse Charlotte, l'avait précédé dans la torn Il eut pour successeur son frère Guillaume, duc de C rence, troisième fils de George III. Le nouveau roi é aussi estimé des Anglais que le dernier Tétait peu. peuple ne voyait en lui qu'un vieux marin qui s'était bi battu autrefois contre les Américains et contre les FrançaÎJÎ En effet le duc de Clarence, né à Windsor le 21 août 176^
"Hatimer, l'Angleterre en 1835.
s'était embarqué fort jeune comme simple miâshipman, avait combattu plus d'une fois sous les ordres de Nelson, et en 1811, après avoir conquis successivement tous ses grades par des services incontestables, il avait reçu le commandement d'une flotte. Rendu par la paix à la vie princière , il vécut étranger et aux discussions politiques et presque à la société de la cour. Il ne faisait à la chambre des lords que de fort rares apparitions , mais toujours en compagnie du comte Grey, le chef des whigs, ce qui lui conciliait l'affection de la nation. Quanta sa vie intime, elle était fort retirée. Il partageait son revenu (deux cent cinquante mille francs) avec une actrice, mistress Jordans, qui elle-même faisait entrer dans la communauté les bénéfices considérables que lui procurait son talent. Mais lorsque Clarence fut devenu héritier présomptif de la couronne , les principaux metnbres du parlement insistèrent pour que le duc contractât un mariage légitime , digne de son rang, et le 11 juin 1818 il épousd une princesse allemande, Amélie de Saxe-Meinungen. Ce fut une séparation douloureuse qui brisa toutes les habitudes d'une longue union , et , bien qu'elle ait vu le sort de ses nombreux enfants assuré par leul* père, mistress Jordans en mourut de chagrin.
L'avènement d'un roi whig et l'ébranlement ressenti en Angleterre à la suite de la révolution de juillet étaient plus que suffisants pour renverser un ministère tory, et le duc de Wellington dut; bientôt renoncer à la direction des affaires. Cependant ce fut seulement le 7 juin 1832, après de sanglantes émeutes sur divers points du territoire, après avoir menacé les lords d'une création de pairs destinée à changer la majorité, que le comte Grey put faire adopter la réforme. Le succès fut dû et à la fermeté déployée par ce ministre intègre dans la chambre haute, et au talent dont lord John Russel fit preuve dans la chambre basse. Ce dernier avait été puissamment secondé par l'Irlandais Sheil , àéputé d'une grande éloquence, et supérieur sous le rapport oratoire à O'Connell lui-même. Parmi les anciennes localités admises à se faire représenter, trente, peu importantes, ne nommèrent plus qu'un député au lieu de deux,
304 CHAPITRE XXWl.
et cinquante-six furent complètement privées de toute re» présentation ; parmi les nouvelles , trente-deux envoyèrent à la chambre deux membres, vingt en envoyèrent un», Quelques localités furent réunies à des communes voisin et quelques comtés obtinrent des voix de plus. Sont él teurs dans les comtés tous propriétaires de biens allodia rapportant dix livres sterling (deux cent cinquante francs] net par an, ainsi que tous propriétaires de biens c hold du même revenu , et tous fermiers ayant des baux soixante ans. Si leurs baux ne sont que de vingt ans, doivent valoir cinquante livres sterling par an. Dans \ villes, ceux qui payent la taxe des portes et fenêtres, et ont un loyer de dix livres sterling (deux cent cinquao francs) par an, sont électeurs. Les absents ne peuvei déléguer leur voix; les registres restent ouverts pen deux jours, et les comtés sont divisés en un ce nombre d'arrondissements électoraux. L'Angleterre nom maintenant quatre cent soixante et un membres , le pa; de Galles vingt-neuf, l'Ecosse cinquante-trois et l'Irlam cent cinq ; total , six cent cinquante-huit. En Anglete et dans le pays de Galles , trois cent soixante et dix électeurs, dans cinquante-deux comtés, élisent cent da: quante-neuf membres du parlement; et deux cent quati vingt-cinq mille électeurs, dans cent quatre-viugt-dix-nei villes, élisent trois cent quarante et un membres. En Ëcoi trente-trois mille électeurs, dans trente comtés, élisent treni membres; et trente et un mille électeurs, dans soixaot seize villes, élisent vingt-trois membres. En Irlande soixante mille électeurs, dans trente-deux comtés, éli soixante-quatre membres ; et trente-deux mille électeur8,| dans trente-quatre villes, élisent quarante et un membres. Comme on le voit , la loi électorale donnée à l'Anglete en 1832 est infiniment plus libérale et repose moins si l'aristocratie de l'argent que celle dont la France n'a p obtenir la modification avant le 24 février 1848.
Quant à la septennalité des parlements et au vote publie,' il n'y a rien été changé , et les radicaux continuent à réclamer des parlements annuels et le scrutin secret.
De* mœiim électoraleii.
Ce que le bill de réforme n'a pas non plus altéré, ou du oins ce qu'il n'a que légèrement modifié, ce sont les œurs électorales, et le portrait suivant tracé par un dilomate français, M. de Beaumont-Vassy, est presque aussi ai après 1832 qu'auparavant.
Après avoir parcouru les villes et les campagnes, visitant aque électeur, même ceux qui leur sont notoirement opsés, les candidats se pourvoient de canvassers ou entre- Ireneurs d'élections qui, moyennant quelques centaines de ivres sterling leur récoltent des suffrages et contestent les iroitsde leurs compétiteurs. Alors, et grâce à cet interméire obligeant, s'engagent une multitude de marchés ndaleux qui n'ont même pas toujours pour excuse le hein et le secret. Un grand nombre d'électeurs vendent leur bocours argent comptant, ou moyennant la réalisation proine des promesses pécuniaires qui leur sont faites. En ire, des comptes sont ouverts au nom du candidat chez s maîtres de poste et aubergistes, de telle sorte que les lecteurs soient défrayés de toutes les dépenses que pourit entraîner leur déplacement. On comprend que des iomnies capables de trafiquer de leurs suffrages se montrent m pareil cas peu scrupuleux ; aussi certaines élections coûnt-elles jusqu'à un million, souvent même deux millions le notre monnaie. Les divers membres d'une famille réuissent quelquefois leurs ressources pour payer ces denses énormes. Mais lorsque cet appui vient à manquer u candidat, il en résulte fréquemment pour lui un désastre |8e fortune, et l'ambition qui l'a porté à jouer un rôle dans les élections de son comté , à se procurer le dispendieux avantage de paraître sur les hustings, et de faire voyager ses électeurs en poste, le condamne à végéter tristement dans .quelque ville du continent pendant le reste de sa vie.
Nous venons de parler de corruption, et cette corruption
n'existe en effet que trop réellement ; mais il faut bien dis-
rtinguer entre elle et les frais d'élection légalement reconnus.
Bepuis que le bill de réforme a augmenté le nombre des
366 CHAPITBB XXXVI.
lieux où se font les élections, et diminué le temps de durée, ces frais sont devenus moins considérables, mais est impossible de les abolir entièrement. Ils se composai de la location des bancs et des chaises, de Tétablissemei des échafaudages {hustings\ des honoraires du secrétaii des certificats du droit de voter, des frais de route et dépenses d*auberges. Ces frais*là sont, disons-nous, lét^ ment reconnus, et c'est une plaie honteuse du corps él< toral en Angleterre que Tindifférence politique attestée un semblable état de choses ! Il est certain que si Ton voo*] lait laisser ces dépenses à la charge des électeurs, il serait craindre que la majeure partie d'entre eux ne s'absentât que le^ choix des membres du parlement ne fût ainsi laii à la merci d'une minorité dont les intentions ne seraiei rien moins que pures. Ajoutons que la facilité de corrom] les électeurs a beaucoup diminué depuis que le bill de réi«-] forme les a rendus plus nombreux.
Dans les élections des comtés^ on érige, aux dépens d^j candidats , des bureaux (booths) pour recueillir les voix; , mais ces bureaux ne peuvent, dans tous les cas, excéder U] nombre de quinze. Le shérif est obligé de donner un rô*[ gistre parafé h chaque bureau , et d'y nommer, pour rece^.j voir les voix, un commis qui est payé par les candidatSt mais qui ne peut en exigerqu'une guinée (vingt-cinq franci quatre-vingt-dix centimes ) par jour, et que chacun d'eux a le droit de faire surveiller par ses préposés. La copie dm votes ne peut être refusée à personne, moyennant rétribution, et l'original doit être remis sous serment au greffier de la cour des sessions générales de paix (clerk of the peace), pour être conservé dans les archives du comté. Le jour da l'élection, les deux partis, portant chacun les couleurs de son candidat, se trouvent en présence sur une place publique, où plusieurs échafaudages ont été dressés d'avaoce pour recevoir les concurrents. Ceux-ci, précédés par de»
!.. Nous devons faire attention , nous autres Français, qu'en Angleterre il n'yi de pouvoir municipal que dans les villes ou bourgs qui ont obtenu une cbarie da corporation. Dans les campagnes, il n'y a pas de pouvoir communal. L'auioriie préposée à la police et à l'ordre public dans cnaque comté, est le sbérif nommé annuellement par la couronne.
jttQsiciens et suivis par une foyie bruyante, arrivent, soit à Peval, soit en voiture, au milieu des applaudissements. La plaie se range alors autour des hustings; le magistrat chargé le présider à Télection,^ et que rien ne distingue des autres Existants, puisqu'il ne porte point de costume particulier, ptjurersurla Bible aux candidats qu'ils n'ont employé iRicun moyen de captation vis-à-vis de leurs électeurs; ser- Ipent dérisoire, qui suffirait seul pour entacher en grande l^rtieles élections anglaises de ridicule et d'immoralité. I Chaque candidat, présenté à l'assemblée par deux de ses Ipiis, prend*la parole après eux, et prononce, avec profu-' ''* iQ de gestes, une allocution que ses partisans accueillent
ir de bruyantes salves d'applaudissements, auxquelles résident les sifflets de leurs adversaires. Après l'accomplis-
iment de cette formalité, le magistrat prévient qu'il va procéder immédiatement à la nomination, et invite les élec^ teurs à lever les mains en forme d'assentiment ; mais cela i*a lieu que lorsque l'élection ne semble pas devoir être Hérieusement contestée, et dans des villes où la direction de iopinion et les dispositions menaçantes d'une population tarbulente sont assez connues pour faire redouter des violences que ne peut compenser aucune chance de succès. Ttlest, en général, le mode électif usité dans les villes manufacturières ,v mais lorsque l'élection doit être contestée, *ulieu de proclamer le nouveau membre du parleme»t tprès la leyée des mains, le magistrat procède à ce qu'on H>pelle le^oW. Chaque électeur, montant alors sur le hus- Sûg, inscrit ou fait inscrire son nom sur le registre ouvert pour le candidat qu'il veut porter. Cette opération pouvait w prolonger autrefois pendant quatorze jours, et ce temps *teil mis à profit par les intéressés pour réchauffer le zèle de leurs amis.
Souvent le lieu de l'élection devient un véritable champ ^f bataille ; des projectiles de la nature la plus vulgaire viennent frapper, sur les hustings, les candidats et leurs jdhérents; quelquefois aussi une mêlée générale termine t élection, et le parti le plus fort demeuré seul en posses* siOQ du droit qu'il a si laborieusement conquis. Mais ces
368 CHJLPITRB XXXVI.
tristes scènes sont devenues fort rares, surtout depuis le bili de réforme.
Abolition de l^(ielAT«se des nè^rem \ réforme des lois
des pauTres (18S4).
Lord Grey s'était retiré des affaires peu de temps après avoir signalé son passage au pouvoir par la réforme électorale. L'administration de lord Melbourne, son successeur comme^chef du cabinet whig, devait être honorée par uno autre réforme non moins digne d'éloges. Dès 1834, c'est-àdire deux ans après le reform-bill, l'Angleterre allait bien mériter de l'humanité en abolissant l'esclavage des nègres dans toutes ses colonies. 11 faut faire honneur de ce grand acte de philanthropie au sentiment religieux, à la piété pro* testante dont Wilberforce s'était constitué, dès la fin du dernier siècle, l'éloquent et infatigable interprète. Les gens habitués à retrouver dans les moindres démarches de la perfide Albion les traces du plus profond machiavélisme ont dit que l'Angleterre n'avait agi ainsi que pour ruiner la Martinique, la Guadeloupe, Cayenne et la Réunion. Comme si elle ne ruinait pas du même coup toutes sescoloniei occidentales, et notamment la Jamaïque, presque aussi im<* portante à elle seule que toutes nos possessions; comme si elle ne s'était pas imposé à elle-même, pour atteindre son but philanthropique, les plus lourds sacrifices I En 1815, pour que la traite des nègres fût interdite au nord de Yé^ quateur à tout sujet du Portugal, l'Angleterre paya à cette puissance plus d'un million cinq cent mille francs. En 1817, elle paya à l'Espagne, pour le même motif, deux millioni de francs. Enfin, en 1834, elle donna à tous ses propriétaires d'esclaves, comme indemnité, cinq cents millions de francs. C'est par millions également qu'il faut compter l'argent dépensé pour les croisières, surtout pour cette absurde croisière de la côte d'Afrique qui n'a fait, en augmentant les bénéfices de la traite, que stimuler davantage la cupidité des négriers. Reconnaissons toutefois que si l'abolition de l'esclavage des noirs a coûté cher à l'Angleterre, elle y a trouvé aussi une puissante arme de guerre pour lutter un jour con-
j GUILLAUME IV (1830-1837). 369
I Ire les Aûglo-Américains dont la moitié de la ccHifédération i conserve Tesclavage, et que si la mesure compromettait les Antilles anglaises, TAngleterre ne la prit qu'à une époque Où elle pouvait i^mplacer le sucre de la Jamaïque par celui Ide rinde. Au reste, il n'est point défendu à un peuple de jinéler quelques calculs d'utilité à une bonne action. 1 Ce fut dans le cours de cette mén\e année 1 834, et quelques jtoois seulement après avoir fait décréter l'abolition de Teselavage des nègres, que le ministère whig apporta à la législation du paupérisme les modifications nécessitées par te abus les plus graves.
* Les lois publiées, pendant le moyen âge^ en Angleterre, iu sujet des pauvres, ne concernaient guère que quelques iiendiants errants, et Ton se montra d'autant plus dur à leur égard, que l'on était convaincu que les charités volontuires suffisaient pour soulager le sort des indigents. Il n'é* lait nullement question d'établir à leur profit un impôt Iftrcé. D'après une loi de 1388, aucun homme de la campagne, aucun ouvrier ne pouvait quitter le lieu de sa demeure pour courir le pays, sans la permission du Juge de Cix. Ce n'était que quand il ne trouvait pas d'occupation fBsante chez lui, qu'il pouvait se rendre autre part, et si l'on ne voulait pas le recevoir, on le renvoyait d'où il était fvenu ; mais cette loi ordonnait en même temps que sur les l^rofits de chaque paroisse se fît une distribution annuelle ^ux pauvres de la paroisse. D'autres lois rendues en 1495 et ^n 1504 s'expriment dans le même sens, et celle de 1531 autorise les juges de paix à délivrer à des personnes twpo- ^tes des permissions spéciales pour demander l'aumône ifcns un certain rayon, mais les mendiants valides (able bo^ iied) devaient être punis par le fouet, et ramenés soit au lieu de leur naissance, soit à celui qu'ils avaient habité pendant trois ans, où on devait leur procurer du travail. Mais sous Henri Vlil arriva un grand fait, la suppression des couvents. Les seigneurs qui se partagèrent les dépouillej des nioines étaient beaucoup moins charitables qu'eux et immédiatement la mendicité prit une extension effrayante. Vainement Henri VIII et Edouard VI, son successeur.
CHAPITRB Xip^Vl,
exhortèrent les communes à secourir les impotents etàpr( curer du travail aux valides. Il fallut qu'Elisabeth pi en 1601 tout un corps de lois à ce sujet. En voici le résumé] les anciens de TËglise et deux ou quatre ouiîtres de mais choisis par le juge de paix, devront se charger de faire ti vailler les enfants que les parents ne pourront pas nouri et occuper. Toutefois, les parents et les membres des milles sont tenus et peuvent être forcés, sous peine de pi tion, h prendre soin dqs personnes de leur sang qui seraii âgées, malades ou infirmes. Du reste, ces inspecteurs pauvres devront, autant que possible, mettre en activité occuper toutes 1q§ personnes en état de travailler et qui n'ai raient' point de profession fixe. Si certaines commun^ éprouvent de la difficulté à exécuter seules ces dispositioi elles pourront se réunir à cet effet. Celui qui ne voudra travailler sera puni par la prison. On pourra construire i hospices où habiteront en commun les personnes hors ^U de travailler. Un impôt pourra être mis pour les pauvre^ mais il devra être modique^ et l'emploi en sera réglé par inspecteurs. II est défendu sous des peines sévères de d< mander Taumône hors du lieu de sa naissance, mais h inspecteurs auront le droit de le permettre dans ce lieu ai pauvres hor$ d'état de travailler.
Cependant le paupérisme, véritable lèpre de la société^ s'étendait de jour en jour; et, comme on n'essaya pas d'( approfondir les causes , on s'imagina que la détresse croisa sait dans la même proportion que la taxe des pauvres {poori^ rate) augmentait. Ainsi, en 1750, cette taxe produisit se] cent trente mille livres sterling; en 1775, un million cent vingt mille livres; en 1800, trois millions huit soixante mille livres; en 1818, année de disette, sept mil' lions huit cent soixante et dix mille huit cents livres; 18{ six millions huit cent vingt-neuf mille quarante-deux livresj 1840, quatre millions cinq cent soixante-seize mille nei cent soixante-cinq livres; 1849, cinq millions sept ceatl quatre-vingt-douze mille neuf cent soixante-trois livre^ Tous ces chiffres ne regardent que l'Angleterre : au fond, il y a diminution du paupérisme; car il feut considérer que,
en 1815, la population était de onze millions, et que, en 1849, elle était de dix-huit millions. La taxe, pour chaque personne payante, était : en 1831, neuf schellings neuf pence; 1841, çix schellings; 1848, sept schellings un penny trois quarts; 1849, six schellings six pence et demi. Cependant, depuis 1770, les produits de l'industrie nationale ont sextuplé, tandis que la population n'a fait que doubler; Tusage du pain de froment et de la viande a augmenté , la mortalité a diminué, des centaines de millions de francs ont été déposées dans les caisses d'épargne , cette heureuse invention britannique. Avec de tels faits bien avérés, on devrait jegarder les progrès de la misère comme impossibles, et cependant ils deviennent de jour en jour moins contestables. Mais les faits suivants nous expliqueront très^bien, indépendamment des bras rendus inutiles par le prodigieux perfec^ tionnement des machines, comment, au contraire, la misère a pu et dû augmenter.
Dès 1808, dans la petite ville de Salisbury, trois cent doqze pauvres recevaient des secours dans les hospices, et deux mille trois peut quarante-six à domicile. A cet effet, mille trois cent cinquante-trois maîtres de maison étaient imposés à six mille livres sterling(centcinquante mille francs); mais comme dans le nombre il y en avait quatre cent soixante^ quinze qui avaient été exemptés d'y contribuer à cause da leur pauvreté, il s'ensuit que cette somme était en réalité prélevée sur huit cent soixante-dix-huit citoyens, qui payaient chacun sept livres sterling (cent soixante-quinze francs) par an pour les pauvres. En regard de ce fait, qui nous montre copfibien de familles , après s'être géilées pour payer la taxe des pauvres, devaient finir par être ruinées par leurs aumônes et participer à leur tour à la taxe, mettons-en un autre non moins significatif. Dans la maison de travail de Bristol, les pauvres recevaient à déjeuner du gruau ou du riz au lait ; à dîner une livre de bœuf ou de mouton, ou bien un pudding au riz, etc. A Shrewsbury, ils avaient pour dét jeûner du bouillon gras ou de la soupe au lait ; pour dîn^r, dans la semaine , cinq fois de la viande avec des légumes , une fois du pain et du fromage , une fois des pommes de
à éUblir et i b publique. En 1SJ| loi, une e lad OBBanûLes dans cl lient ces m 'htlÛliLé etlaqniafl b misère poaia
à leurs » '
iu 1^ ptt m tûl{ nouveau Ù (jmna^tn m punrbs par I« lâ
^■^MMi inMlilieàCCM.
.tMfaii^ lUB tue degjj
terre et livre de , alternai L\ ou des po posait une paresseux heureux qn.
devait arriv.
mais ininti'l faire pullul.
Le 14 aûi'j Très qui ne i ■ qui ne devait publicatioii , in lU' ainsi conçues , ■**
1" On noHiiiuLa ligerontetcoriinilfMdii Angleterre. Ils miioiii l sistants dans h's divers m glements sur lu peiceplioii vres, d'ordonner les clinngfii l'uniformité lu où on constuii< épouvantables, d'csiimîner !• maisons de InivniU etc. ; ils commission centrale active et | surveillance îles miiiisti'es et du aux règles qui seront établies.
2' Toutes lus fols que l'isolemeii l'administrât iûu des pauvres, sera plusieurs coiiuuuues pourront et de avec l'adjonction des tuteurs {guardi taxe sera distrituiré et le mode depercepi plus uniforme; f t plus égale qu'ils ne 1"
3° Les trois funclionnair " "'
nir de la non li nation et t des appolnlements qui lei dont les couiples devron* toute la marche des affair
d'à ^uv ■ i ;c* 'iiiDs f olonlW
■iB»i4ii«:ta Eworiseai ^ ^ Jerra iirc tûl ou tt
ij^^KBVUïîik-lroisiB
n\a%^, AU
■is r"""»" d,?°"'« d.f '•"n»'-qi'»i>ie , qu'en»
' feints / ''■'*^aux " f capitaux , malgré des
''" "■■"• .rJ," "J-i""'"» EJie se flt îessen-
' *'aW;e,T"« •OiZV "'■ pendant un an, 11
"°'*"s- iJ^oat ïk' P'^gressive. Les mai-
' fwL, *"«;n„i "'ées ; partout les cré-
'"tkl'""oyï'T " à Manchester des
l'n.'-' ''oo, ,,*»»'e«ers : à Londres,
°'»e, I, V ""e avai t des relations
' '"'■enion?'*''. tes Jït«ts-Cnis et le
'«»à f.„'emSmo jour- .
le °°. 'a fièvre industrielle
""Ieiili),„5 I» <3ii-oul?l>on- ""'allre ;e n ti m érmre de
'«M état P^,"'"','",t'
■n tan*?»"» "?''"^J -notes - J-e t.""' "o procurer d!
, jio t
372 CÉAPITRK XXXYI.
terre et des boulettes de farine (dumptings) ou bien ixûé livre de gâteau de froment avec du lait, et le soir à souper, alternativement de la viande , des pois , de la soupe au lait ou des pommes de terre, c'est-à-dire que TÂngleterre s'imposait une taxe énorme pour faire que les mendiants, les paresseux fussent beaucoup mieux nourris, beaucoup plut heureux que les ouvriers laborieux. Cette charité obligatoire devait arriver au môme résultat que la charité volontaire mais inintelligente des couvents d'Italie et d'Espagne et faire pulluler les pauvres.
Le 14 août 1834 fut rendue la nouvelle loi sur les pau* vres qui ne regarde que TÂngleterre et le pays de Galles, et qui ne devait être mise à exécution que six ans après la publication, en 1840. Ses principales dispositions étaient ainsi conçues:
l"" On nommera trois fonctionnaires supérieurs qui diri* geront et contrôleront toute Tadministration des pauvres ea Angleterre. Ils auront le droit de nommer jusqu'à neuf assistants dans les divers districts du royaume, de faire lesrè* glements sur la perception et le partage de la taxe des pau* vres, d'ordonner les changements nécessaires, de faire régotf l'uniformité là où on constatait la variété et le chaos les plos épouvantables , d'examiner les comptes , de construire des maisons de travail, etc.; ils formeront, en un mot, une commission centrale active et puissante , mais soumise à b surveillance des ministres et du parlement, conformément aux règles qui seront établies.
2'' Toutes les fois que Tisolement des communes, quanta l'administration des pauvres, sera jugée désavantageuse, plusieurs communes pourront et devront être réunies, et, avec Tadjonction des tuteurs (guardians) élus à cet effet, la taxe sera distribuée et le mode de perception réglé d'unefaçon plus uniforme et plus égale qu'ils ne Font été jusqu'à présent.
3« Les trois fonctionnaires supérieurs décideront à l'avenir de la nomination et de la destitution des inspecteurs, des appointements qui leur seront accordés , de la manière dont les comptes devront être tenus , et généralement de toute la marche des affaires.
. GUILLACTME IV (1830-1837). 373
4* Les personnes en état de travailler qui tomberont à la ebargede la commune devront être enfermées dans les mai« sons de travail et soumises à des travaux pénibles : tous se« cours à domicile seront supprimés pour les pauvres valides. "^Les fonctionnaires supérieurs décideront des exceptions qui ;4evront être faites à cette règle, afin de parvenir graduelle- .ment au but que Ton se propose.
i ô"* Les personnes hors d'état de travailler devront être soutenues par leurs familles , et les enfants illégitimes par ^rhomme qui aura épousé leur mère. Auparavant, en vertu : d'une loi de George 111 , quand une femme se déclarait enijseinte et nommait le père, le juge de paix devait, à la demande de l'inspecteur des pauvres ou d'un habitant du lieu, ■iaiire enfermer sur-le-champ l'homme indiqué, à moins qu'il ne fournît à la commune des cautions pour tous les frais Qu'elle avait déjà encourus ou pourrait encourir encore, et Iqu'îl promît d'avoir soin de l'enfant sous les rapports physiques et moraux. Toute déclaration d'une femme enceinte •suffisait pour cela ; le juge n'avait pas le droit de faire une •enquête sur la vérité ou la fausseté de cette déclaration, sur r-rinnocence ou la culpabilité de l'homme; il ne lui était pas ■■TOême permis d'écouter ce que cet homme pouvait dire \ pour sa justification. Cette législation absurde eut pour ré- ^ sultat que les jeunes filles dépravées apprirent à regarder ; une grossesse comme une source de profil pour elles, et que sur dix enfants illégitimes , il y en avait neuf dont le père avait été faussement déclaré. 11 ne restait à l'accusé que le choix d'épouser la mère ou de payer. La commune donnait une pension alimentaire beaucoup plus forte pour les enfants illégitimes que pour ceux qui étaient nés dans le mariage, de sorte qu'une couple de ces enfants étaient refardés comme une bonne dot , et faisaient trouver facilenaent des maris. On eut un moment la pensée que des hospices d'enfants trouvés remédieraient à ce mal, mais un de ces hospices ayant été établi à Londres , on y déposa , dans l'espace de dix-neuf mois, depuis le 2 juin 1736 jusqu'au 31 décembre 1737, jusqu'à cinq mille cinq cent dix enfants.
11 n'y a pas de législation plus difficile à établir et à faire exécuter que celle qui règle l'assistance publique. En 1846, douze ans seulement après la nouvelle loi, une enquête ayant prouvé que les commissaires préposés à la direction des maisons de travail (workhouses) construites dans chaque district, abusaient de leur position et changeaient ces maisons en prisons véritables, fraudaient sur la qualité et la quantité des aliments , et même spéculaient sur la misère pour outrager la vertu des pauvres filles confiées à leurs soins, il fallut modifier la loi de 1834 par un bill nouveau (poar renewal bill). L'horreur inspirée aux pauvres par le régime des maisons de travail nécessita Tautorisation des secours à domicile danç un certain nombre de cas.
L'Ecosse avait une loi qui établissait une taxe des pauvres; mais cette loi était tombée en désuétude, et les paroisses nç soutenant plus leurs indigents , ceux-ci n'avaient d'autref secours que la charité publique et les dons volontaires. En 1847, un acte du parlement, approuvé par la couronne, établit des secours réguliers : mais cet acte favorise singu* lièrement les intérêts des riches et devra être tût ou tard modifié; en 1847, il a produit quatre cent trente-trois mille neuf cent trente-quatre livres, et, en 1848, cinq cent trentetrois mille quatre cent soixante-deux livres.
Irlande. — Jusqu'en 1838, en Irlande, il n'y a rien eu de légalement établi pour venir en ^ide aux pauvres. De temps à autre, quand la disette avait fait de grands ravages, il y avait une enquête publique sous le patronage du parlement. En 1838, on passa une loi sur l'assistance; elle était fondée sur celle d'Angleterre , mais adaptée au caractère et aux mœurs particulières du pays. L'administration était confiée aux commissaires de la loi sur les pauvres d'Angleterre, desquels commissaires un devait résider en Irlande. On établit en même temps de nombreux workhouses. Ce ne fut toutefois qu'en 1847 que la taxe s'étendit à peu près à toutes les paroisses : elle monta, en 1847, à huit cent trois mille six cent quatre-vingt-quatre livres; en 1848, ^ un million huit cent trente-cinq mille trois cent dix livres; en 1849i à deux millions cent soixante-dix-sept mille six cent cin*
GUiLLAUM* IV (1830-1837). 376
qimite livres. C'0St en Irlc^nde surtout que le mal est loin de décroître*.
Cri»e eommerciale ; associations d'ouvriers ; le soelallsto
Owen.
A l'époque où le gouvernement anglais s'occupait d'arrôl ter les progrès toujours croissants de la taxe des pauvres , ■ il survint, en Angleterre, une perturbation qui ne pouvait qu'augmenter le nombre de ces derniers. Cette perturbation tenait à un de ces faits extraordinaires et contradic- ' foires qui nous montrent combien ^e sujets de méditation peut offrir à la pensée notre organisation sociale : c'était une crise connnerciale d'autant plus remarquable , qu'elle arrivait au milieu de l'affluence des capitaux , malgré des entreprises immenses de travaux publics. Elle se fit ressentir sur tous les points du royaume ; et, pendant un an, il fut impossible d'en arrêter la marche progressive. Les maisons les mieux établies en furent ébranlées ; partout les crédits furent suspendus ; à Birmingham et à Manchester, des milliers d'ouvriers furent renvoyés des ateliers; à Londres, plusieurs grandes 'maisons, dont l'une avait des relations étendues avec l'Inde, la Chine, le Brésil , les États-Unis et le Canada, arrêtèrent leurs payements le même jour.
Il y avait plusieurs causes à cette détresse inattendue ; nous en signalerons une seule, la facilité qu'ont les Anglais de satisfaire le besoin de spéculation , la fièvre industrielle qui les tourmente, au moyen de la masse considérable de papier-monnaie que les banquesjettent dans la circulation. La surabondance de papier fait disparaître le numéraire de la circulation. Tant que le pays est dans un état prospère, la confiance augmentant, et avec elle l'amour de la spéculation, les banques secondent le mouvement , en lançant dans la circulation une masse considérable de bank-notes. Le but est atteint pour un moment ; chacun trouve à se procurer des
1. Ud 'article da Speolator de janvier 1862 disait que le nombre des paunws de Londres, en 1850, avait diminué, sur le cbiffre de l'année précédente, ;le trente mille, qu'en i85l il j avait encore eu diminution, qu'après les derniers relevés, les seeoars avaient été distribués k mille deux cent irent€| fiauvres de moins, ma^s ç|M pourtant, à là dernière fête de Noél, quatre-vingt mille individus se trouvaient ^ la cfairge de la charité publique.
capitaux à un bas intérêt et se jette à Tenvi dans les eilireprises. Mais, tandis que cette effluence existe, le numéraire, avili par les bank-notes qui lui font concurrence, sort du royaume ; les coffres se vident ; il n'y a plus d'équilibre entre le capital réel et le capital fictif. Survienne la plus légère crise, une suspension dans les demandes du dehors, une exubérance dans la production , ou un défaut momentané d'écoulement, les banques se trouvent dans l'impossibilité de payer en écus leurs billets. Les embarras financiers aug* mentant , le prix des produits manufacturés fléchit sans transition, et les banqueroutes éclatent.
Les crises commerciales ont toujours une grande et terrible influence sur le sort de l'ouvrier. A l'époque de la crise que nous venons de signaler, des associations d'ouvriers couvraient d'un réseau immense toutes les parties du royaume-uni. L'une des plus remarquables était celle des garçons tailleurs. Un comité directeur, dont les membres étaient nommés par l'élection, avait la haute main dans les affaires de l'association. Leur but était d'élever le salaire, et, pour l'atteindre, on avait posé en principe qu'aucune personne ne serait admise à travailler chez un maître quelconque , si elle n'appartenait point à l'association ; que si ce mattre insistait pour conserver cette personne , après une admonition préalable, tous les ouvriers quitteraient l'atelier à la fois; interdit qui ne pouvait être levé qu'après la soumission du maître aux lois qui lui étaient faites. Là ne se bornaient point encore les rigueurs du comité : le maître ne pouvaitprendre qu'un certain nombre d'apprentis; lecontremaître, chargé de surveiller les travaux des ateliers, devait plaire au comité; s'il encourait sa disgrâce, si sa surveillance excitait le déplaisir des ouvriers, le maître recevait avis que tel jour il devait renvoyer son fidèle serviteur. Dans la fixation des heures de travail, le comité directeur déterminait le nombre d'heures, ainsi que les gages que chaque ouvrier devait recevoir. Le maître, qui avait besoin d'augmenter le nombre de ses ouvriers, ne pouvait choisir ceux qui lui convenaient; dans cette circonstance, il devait prendre le premier inscrit sur la liste des ouvriers sans travail. Un ser-
ment prêté sur la Bible liait les sociétaires, serment terrible, car il fut prouvé que, pour punir le violateur, on eut recours à l'assassinat.
L'Angleterre a donc eu, aussi bien que nous, ses tentatives d'organisation du travail ; comme nous aussi elle a eu ses utopistes, et le monde entier connaît les rêves du patriarche des socialistes anglais, du révérend Robert Owen (il est né en 1771), le meilleur et le plus fou des hommes. La propriété, la religion, et le mariage, voilà, suivant lui, une trinité dans laquelle nous ne devons voir que la plus [monstrueuse combinaison qui ait pu être imaginée pour I frapper notre race entière de maux intellectuels et de maux [physiques. Supprimez ces trois institutions, et le bonheur j régnera sans partage sur la terre. Quant à la loi morale telle qu'il la conçoit, elle est des plus commodes : « De l'absence complète de liberté dans Tindividu découle /*«rresponsabilité humaine, » Tout ce qu'on peut dire en faveur d*Owen, c'est que, dans son inépuisable charité, il a consacré toute son immense fortune au soulagement de ses semblables, et que, malgré ses malheureux essais, soit en Europe, soit en Amérique, il aspire toujours à la réalisation de son système avec une persévérance digne d'une meilleure cause.
Mort de Ctalllaame m (ISSV); résumé de «on règne*
Lorsque Guillaume IV était monté sur le trône, sa santé était déjà altérée par un asthme dont les accès revenaient périodiquement. Dans le mois de juin 1837, cette maladie se montra avec les symptômes effrayants d'une hydropisie de poitrine, et l'âge avancé du monarque laissa peu d'espoir aux médecins habiles qui l'entouraient. Enfin, le mardi 20 juin, une déclaration portée par lord John Russel, et datée de Windsor-Castle, fut publiée par le héraut d'armes: « Il a plu au Tout-Puissant de délivrer de ses souffrances notre très-excellent et gracieux souverain le roi Guillaume IV. Sa Majesté a expiré ce matin à deux heures onze minutes. »
Dévoué au parti des whigs, c'est-à-dire au parti des
hommes qui veulent des réformes modérées et successive, Guillaume IV avait vu son règne honoré par la réforme parlementaire et par Tabolition complète de tout esclavage dans les colonies anglaises. Quoique blessé, comme Anglais, des conquêtes de la France en Algérie, il se montra disposé à s'unir étroitement à la maison d'Orléans, surtout après que Louis-Philippe eut renoncé, pour Tun de ses fils , au trône de Belgique, afin d'y laisser monter Léopold de Saxe-Cobourg, veuf 'de la princesse Charlotte et neveu de Guillaume IV. Le traité de la quadruple alliance, couda par M. de Talleyrand, entre l'Angleterre, l'Espagne, le Portugal et la France, prouva à l'Europe les liens étroits qui unissaient le gouvernement des whigs avec le gouvernement français. Il avait eu pour but l'établissement en Espagne du gouvernement représentatif, et ce but a été atteint. Ainsi, l'Angleterre acheva de rompre sous ce règne avec la tradition de 1815. Tout en accomplissant elle-même des réformes au dedans, elle se faisait au dehors le soutien des peuples qui voulaient entrer dans les voies libérales.
VICTORIA (i8»7).
ATÉKEMENT DK VICTORIA (1837); SON UNION AVEC LE PRINCE ALBERT(1889); TENTATIVE DE l' ASSASSIN OXrORD (1839). — INSURRECTION DU CANADA (1837). — GUERRE DE L' AFGHANISTAN (1840-1843). —GUERRE AVEC LA CHINE (1840-1842). — RELATIONS AVEC LES PUISSANCES EUROPÉENNES DE
1840 a 1852; lord palmerston; pritchardj les mariages espagnols;
FACIFIGO.» AFFAIRES INTÉRIEURES DE 1840 A 1852; ROBERT PEEL; O'CON- NELL. — ABOLITION DES CORN-LA WS OU LOIS SUR LES CÉRÉALES (1846). -? RENTBÉE DES WHIGS AUX i^FFAlRES (1846); ABOLITION DE L'ACTE DE NA- VIGATION (1849); AUTONOUIE ACCORDÉE PAR L'ANGLETERRE A SES COI.ONIES (1850). — DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES ARTS DEPUIS L' AVÈNEMENT DE LA MAISON DE HANOVRE JUSQC'eN 18Ô2.
AvéMement de w^leioria (tSSV)) 0Qn union avee le prluee Alliera (ft8S9)) (entotive de VMmmMBln Oxford (ft8S9),
Aa vieux marin succéda une jeune fille de dix-huit ans/ juste l'âge fixé en Angleterre pour la majorité du souverain, qui se distinguait déjà par une intelligence au-dessus de son âge, par des goûts simples, une éducation libre de préjugés. Whig comme son oncle, Victoria-Alexandrina avait été élevée dans les principes d'un sage libéralisme ^ Son père, le duc de Kent, frère de Guillaume IV et de George IV, s'était rendu cher à la nation anglaise par l'éclat de ses services à Gibraltar et au Canada, et par son caractère conciliant. Il avait été vivement regretté à sa mort, qui eut lieu en 1820, et sa fille avait hérité de toute sa popularité.
Les Anglais saluèrent leur jeune reine avec d'autant plus d'enthousiasme, ils prenaient à sa conservation un intérêt d'autant plus vif, que s'ils avaient eu le malheur de la perdre, ils seraient tombés sous la loi du duc de Cumberland, le cinquième et le plus justement détesté des sept fils de George III. Celui-ci avait vu trois de ses enfants, le
1. EUe avait pour mère Marie-Louise-Victorine de Saxe-Cobourg , sœur de Léopold, roi des Beiges.
prince de Galles, le duc d*York et le duc de Cumberland, partager ses principes torys, tandis que Guillaume IV, le duc de Kent, le duc de Sussex et le duc de Cambrigde étaient plus ou moins dévoués aux whigs, ou indifférents à toute politique.
L'avènement de la reine Victoria au trône amena la séparation de la couronne britannique de celle de Hanovre. Cette dernière était réunie à celle d'Angleterre depuis l'avénement au trône britannique de George I*% électeur de Hanovre et chef de la famille de Brunswick; mais, en 1814, rélectorat de Hanovre ayant été érigé en royaume, il avait été décidé par le congrès de Vienne que cette principauté serait séparée de la Grande-Bretagne, lorsqu'une princesse ceindrait le diadème du royaume-uni. La couronne revenait à Ernest, duc de Cumberland, oncle de la reine. Il Taccepta, et son départ excita une joie universelle parmi les membres des partis whig et radical. Toutefois, le duc de Cumberland ne voulut point faire abandon de ses droits à \n couronne d'Angleterre ; il prêta serment de fidélité à la reine, et conserva par là le droit de siéger à la chambre haute.
Le 20 novembre 1837, la reine se rendit à la chambre des lords, afin de procéder à l'ouverture du nouveau parlement, et, selon la coutume, elle dut prononcer d'abord la déclaration de foi suivante , exigée des souverains à leur avènement au trône : «< Moi, Alexandrina- Victoria, J'affirme et déclare sincèrement et solennellement, en présence de Dieu, que je crois qu'il n'y a dans le sacrement de la cène de Notre-Seigneur aucune transsubstantiation des éléments du pain et du vin dans le corps et le sang du Christ, et que cette transsubstantiation n'est opérée ni pendant ni après la consécration. Je crois que l'invocation ou l'adoration de la Vierge Marie et des saints, ainsi que le sacrifice de la messe , tels qu'ils sont pratiqués dans l'Ëglise de Rome, sont superstitieux et idolâtres. »
Le couronnement de la reine n'eut lieu que Tannée suivante , 1838 , à Westminster, antique abbaye qui date (lu commencement du xi« siècle, que tous les rois d'An-
gleterre se sont plu à embel r et dont le pe pie a fait U ea clua a des glo e n on les
Cette cérémon e eut le p us grand éclat ous les Étals
es M h p e
dtliaabeihidelocquesl", de (icorge UiifEaoi Beori V, ceuxdeMunJL, di ~ " '"-- '■ '"~ Philippe, de WBtt, eii,, t .. . . .
(llii pMd'i e(prncr),ohreposenilouslEsgr»inlBecni SbatsperB joMu'au winiédiBn Camck. son lnieri)rèle ; bomnieB d'Èiai Foi, Pill, Canninn, elti prè» d eui tai
duc da HoDlpcnsier, hère du roi Louia-
DRnïrùtfl miridionale , on trouve le ciiin des piife
igleierre, ûepuis
de l'Europe s'y trouvèrent représentés. La reine, en se rendant à Tantique abbaye, avait été saluée par les acclamations les plus vives. D'autres cris tout à fait inattendus, des vivat en l'honneur de la France, vinrent tout à coup s'y mêler. Le maréchal Soult assistait à cette solennité en qualité d'ambassadeur extraordinaire; sa voiture fut entourée et suivie par une foule enthousiaste. Il eût été fort difficile, d'ailleurs, de pénétrer le véritable sentiment qui donna lieu à cette ovation éclatante : peut-être fut-ce un impartial hommage rendu, par une grande nation, aux talents d'un grand capitaine ; peut-être encore n'y devait-on voir qu'une énergique et puissante expression de la vanité nationale: l'Angleterre se croyait assez forte de sa propre gloire pour admirer hautement l'homme (ju'elle avait combattu.
A la fin de cette même année 1838, il fut décidé que la jeune reine unirait sa destinée à celle du prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, dont la famille était, il est vrai, peu puissante, mais qui se montrait digtiè, sous tous les autres rapports, d'une telle alliancéi Le tiiariage fut célébré, le 10 février 1839, dans la chapelle royale de Saint- James, avec la plus grande pompe ^ et sans omission d'aucune des formalités religieuses, qili, en Angleteîre, prêtent un caractère si frappant à é6ë solennités officielles.
La population s'associa pat^ des démonstrations enthousiastes au bonheur qiië Cette union promettait à la famille royale*. Mais peu s'en fallut que cette joie publique ne se convertit promptement en deuil : cinq mois après le mariage de la reine, le 11 juin 1839, deux coups de pistolet étaient dirigés contre elle, dans Hyde-Park, par iin jeune homme nommé Edouard Oxford. Un mouvement du prince Albert, un hasard heureux, sauvèrent les jours de la reine. La politique était, du reste, demeurée étrangère à t;etfe criminelle tentative , et il sembla résulter des incidents du procès, que l'assassin avait agi sous les inspirations dé la folie.
i . Dé ce mariage sont nés : Vlctoria-Adelaide-Mary-Louisa, le 21 novembre 1840; Albert Edwà?d, prince dé Galles, 9 novembre I84i; Alice-Maud-lfàry, le 35 avril 1843 ; Alfred-Ernest-Albert, le 6 août 1844; Helena-Augusta-Victorià, le 2S mai i846;
Iiuiari*e«tioii du Canada (tSUt).
Victoria avait conservé au pouvoir le cabinet whig qui en était investi à la mort de son prédécesseur, et qui avait pour chef un libéral des plus modérés, le vicomte Melbourne, et pour membres principaux ; lord Palmerston, tory converti ; lord John Russel, adversaire infatigable du bigotisme protestant et de tous les vieux préjugés ; enfin rÉcossais Macaulay, auteur d*une très-remarquable histoire d'Angleterre et Tun des esprits les plus distingués et des plus nobles cœurs dont puisse s'honorer la Grande-Bretagne. Ce ministère avait la minorité dans la chambre des lords; et, dans la chambre des communes, il ne se soutenait qu'avec l'assistance d'O'Connell d'une p^rt, et des radicaux de l'autre. La position était donc déjà fort difficile lorsqu'elle fut compliquée par un événement inattendu.
La France ayant, par le déplorable traité de 1763, cédé le Canada à la Grande-Bretagne, le gouvernement anglais avait, aussitôt après la prise de possession, proclamé l'abolition de la loi française, remettant l'autorité tout entière aux mains d'un gouverneur et d'un conseil, nommés tous deux par la couronne. Cet état de choses ne fut modifié que lors de la guerre de l'indépendance américaine; à cette époque le ministère, craignant que le Canada ne suivît le mouvement insurrectionnel de la Nouvelle- Angleterre, s'empressa de demander au parlement un bill destiné à régir les colonies anglaises d'Amérique. Cet acte législatif, en concédant aux colons des droits moins restreints, et en leur accordant une part dans l'administration des affaires locales, satisfit particulièrement les habitants du Canada, qui, trop mal instruits des choses de la politique pour bien apprécier la portée de cette mesure, pensèrent que les chambres anglaises avaient eu réellement en vue l'intérêt et la prospérité des colonies.
La loi nouvelle divisa la contrée en deux provinces, qui
prirent le nom de haut et de bas Canada. L'administration
l'OQisa - Caroline -Âlbcr ta, le 18 mars 1848; Arthur- William-Patrick-Albert , le l"mai 1850.
CUAPlTftE XXKVII.
de chacune de ces provinces fut composée d'un gouvemei nommé par le roi ; d'un conseil exécutif dont les membi étaient également choisis par la couronne; d'un conseil li gislatif, espèce de chambre haute; enfin, d'une assembU législative, dont les attributions n'étaient pas sans ana1< avec celles de la chambre des communes d'Angleterre, qui était comme elle le résultat de l'élection. Le man( des députés durait quatre ans; ils étaient élus par les h bitants possédant un bien- fonds d'un revenu de cinquani francs, ou payant un loyer annuel de cent vingt-cinq franc
En agissant ainsi, le gouvernement anglais avait semblj vouloir entrer dans une voie essentiellement libérale; mi bientôt les cotons s'aperçurent que cette concession avaj des avantages plus apparents que réels. En effet, l'acte dj parlement réservait aux gouverneurs un droit qui annil hilait le pouvoir de l'assemblée législative, puisqu'ils âvaiei la faculté de refuser leur sanction aux bills votés par h chambres coloniales, ou tout au moins de réserver let assentiment jusqu'à ce que le roi eût pris connaissance di vote et l'eût approuvé ou repoussé, les mettant ainsi à coa^ vert sous l'irresponsabilité royale. Ce qui contribuait enl à rendre tout à fait illusoire l'autorité du parlement cana] dien, c'était la possibilité pour la couronne, d'annuler pou] deux années la sanction accordée par le gouverneur. '
Au lieu d*étre confiées à des administrateurs honnêtes e| justes, les places devenues vacantes furent abandonnées! les unes à des fils de famille dissipateurs, que des membi de l'aristocratie britannique voulaient éloigner pendan^ quelque temps de la métropole; les autres à des protégé de grands seigneurs, qui n'acceptèrent ces emplois qu'afii de s'enrichir et d'aller jouir, en Angleterre , d'immens fortunes acquises sans efforts. Un autre fléau vint peser sui cette malheureuse colonie. La couronne s'était déclara propriétaire de toutes les terres inoccupées, dont le nombre'! était considérable, et ayant distribué d'énormes quantités! de terrains à des membres influents du parlement anglais,] ceux-ci vendirent leurs droits a des spéculateurs, qui no sachant pas ce qu'ils avaient acheté, puisqu'il était iœpos-
I viCTOKiA (1837). 385
HUo d'établir mémo l'emplacement de la concession, trajUgnèrent de ces propriétés d'une façon scandaleuse. Lors- |De les acquéreurs émigrants arrivèrent au Canada, et qulls larent des villages construits, des champs cultivés, ils prollèrent de la désignation vague contenue dans leurs titres, ^ur s'emparer de vive force des biens des colons fran-
La domination britannique eut cependant, pour les Ca-
K liens, dlncontestables avantages au point de vue maté- I. L'esprit mercantile de la nation anglaise s'infiltra dans b population française dont les idées se tournèrent insensi-
Kement vers le commerce. Cette dernière acquit rapideent une aisance remarquable, et put dès lors participer ^ la jouissance des droits électoraux. Les Canadiens d'ori- Ipoe française se décidèrent à repousser de l'assemblée législative tous les hommes qui ne professeraient pas cer- |lains principes, tandis que les Canadiens d'origine anglaise ^'unissaient pour combattre les tendances démocratiques 4u parti français.
I Dans les derniers mois de 1837, le parlement britannique accorda enfin une sérieuse attention aux demandes des Français du bas Canada. Ces demandes pouvaient se résumer : p partage égal des emplois publics entre les colons anglais et français ; 2*^ nomination des membres du conseil législatif, ou chambre haute, par la voie de l'élection, et non plus au choix de la couronne ; 3"" responsabilité du conseil exécutif jusqu'alors irresponsable ; 4*' modifications considérables à la loi des tenures. L'assemblée législative n'ayant pu obtenir justice, refusa de siéger, et le 26 août 1837 le gouverneur, lord Gosford, la prorogea. Le parti patriote, qui se composait des Français du bas Canada et d'Anglo- Irlandais du haut Canada, professant des opinions démocratiques, tint des meetings dans lesquels on déclara infâmes toutes les personnes qui accepteraient des places du gouvernement. A la tête de l'opposition était M» Papinau, président de l'assemblée législative, homme d'énergie et de talent. La lutte ne commença, toutefois, que le 6 novembre 1837, à l'occasion d'une procession des en- Il 22
fants de la liberté. Cette procession parcourait les rues dv Montréal en portant un drapeau tricolore, ce qui fut con^ déré par quelques Anglais comme unie insulte .pour M couleurs nationales. Aussitôt les enfants de la liberté sont assaillis à coups de pierres , les fenêtres de la maison dà M. Papinau sont brisées, et les soldats anglais assistent k ces désordres, Tarme au bras. Les hommes du parti fran* çais se réunissent alors dans deux villages, Saint-Denis et Saint-Charles, et commencent ouvertement la guerre ci vile. Attaqués par les troupes anglaises , ils les repoussent avec perte de Saint-Denis, mais ils se voient à leur toitf forcés dans Saint-Charles. Les Anglais n*y firent quartier! personne, pas même aux enfants ni aux femmes, et courofi-^ nèrent cette œuvre d'horreur par Tincendle du village. Le 14 janvier 1838, le général Colborne entoura le village dé Saint-Eustache, dans lequel se trouvaient douze cents triotes. A la vue des soldats anglais, huit cents prirent It fuite, mais les quatre cents qui restaient, et qui pour It plupart étaient français, jurèrent, ainsi que leur chef, l'hé^' roïque do(5leur Chenier, de mourir plutôt que de se rendre. Cette poignée d'hommes, cernée par des forces très-supérieures, se défendit héroïquemeht. Plus de cent se firenl tuer à leur poste, cent vingt tombèrent aux mains des Anglais, et les autres, pour la plupart atteints de blessures graves, allèrent mourir dans les retraites hospitalières qd *les dérobaient à la vengeance dil vainqueur. Le docteur Chenier, qui tour à tour s'était montré général et soldat, mourut en héros. Épuisé, sanglant, criblé de blessures, il refusa jusqu'au dernier moment de se rendre, et tomba glorieusement sous les baïonnettes anglaises.
Cependant le haut Canada lui-même, presque entièrement colonisé par des Anglais et des Irlandais , indigné de voir substituer au régime légal les caprices des gouverneurs, menaçait de courir aux armes. Après la mort de Guillaume IV, le gouverneur du haut Canada, sir Francis Head, désespérant de former une nouvelle assemblée législatîfe exclusivement composée de loyalistes, fit voter par les chambres un bill qui autorisait les députés à conserver leurs
il^ctipns. £n présence d*une si éclatante illégalité» la popu- 39iion , depuis si longtemps mécontente/ sortit à son tour 4ies voies légales. Les patriotes s'insurgèrent, et, sous les i^rdres d'un journaliste nommé Mackensie, s'emparèrent de ^ ville de Toronto dans la nuit du 4 au 5 décembre 1837. ^Ge mouvement ne pouvait avoir de suites importantes. Aussi Je gouverneur parvint-il assez facilement à repousser les I Canadiens révoltés, qui se jetèrent dans les bois pour y cheriXher un refuge ; mais sir Francis Head les y fit poursuivre
r des Indiens auxquels il avait promis une récompense portionnée au nombre de têtes qu'ils rapporteraient.
s. insurgés furent presque tous massacrés. Mackensie cependant parvint à gagner le territoire des Ëtats-Unis, ^de jeunes Américains, désireux de combattre les An- :Iais, lui offrirent leur appui. Us s'emparèrent, sous sa
nduite, de Navy-Island, île située au milieu du fleuve iagara, à près de trois kilomètres au-dessus des célèbres ^taractes. Grâce à sa position, cette lie permettait de meliacer la rive anglaise, tout en laissant à la troupe expéditionnaire la {acilité de communiquer avec les Éiats-lJnis. )<e colonel anglai3 Mac-Nab ne craignit pas, pour rendre la faix à la frontière, de violer le droit des gens. Le bateau à vapeur la Caroline, qui servait aux insurgés pour leurs cona- •launications entre Navy-lsland et la rive américaine, portait le pavillon de l'Union, était monté par des Américains, et ne se montrait jamais dans les eaux anglaises. Une nuit que ce steam-boat était à l'ancre près de la rive américaine, des soldats anglais (sautèrent à bord, massacrèrent les hommes de son équipage qui s'y trouvaient, coupèrent le câble, puis la Caroline j incendiée , descendit le fleuve au gré du courant. Bientôt elle mêla ses gerbes de feu aux gerbes d'eau qui s'élançaient des cataractes, et disparut dans l'abîme. Cet outrage, volontairement infligé au pavillon de l'Union, cet acte audacieux qui violait tous les principes internationaux, semblait devoir presque inévitablement amener une guerre entre les États-Unis et la Grande-Bretagne. Il fallut, surtout avec la complication de l'incident Mac-Leod*, d'une
1. Mac-Leod, sujet auglais, soupçonné par les Américains d'avoir pris part à
part bien de la modération , de l'autre bien de Thablieté, pour que cette affaire vînt aboutir, en définitive, à une so« lution pacifique. La question controversée depuis si longtemps, au sujet de la délimitation des frontières de la Nouvelle-Bretagne et des États-Unis, finit aussi par s'arranger à l'amiable, et, en vertu du traité de 1846, l'Angleterre reconnut aux États-Unis la possession de tout le pays situé aa midi du quarante-neuvième parallèle, et à l'ouest des montagnes Rocheuses, c'est-à-dire la possession de la rive droite comme de la rive gauche de la plus grande partie du cours du magnifique fleuve désigné par les noms d'Orégon et de Colombia. Une limite précise avait préalablement été déterminée sur un autre point, également contesté, à l'extré* mité nord-est des Étals-Unis, entre l'État du Maine d*une part, le Nouveau-Brunswick et le Canada de l'autre.
L'insurrection des Canadiens, comme toute tenlative avortée, ne fit qu'empirer leur sort. Un bill suspendit la constitution du bas Canada jusqu'au mois de novembre 1840. Il conférait au gouvernement anglais le droit d'organiser dans cette colonie un conseil spécial, d'en nommer les mera* bres dont le nombre demeurait illimité, et donnait au gou* verneur de la colonie la faculté de décréter, à dater du moif de novembre 1840, et avec l'assentiment du conseil spécial, que les lois et ordonnances rendues par ce conseil seraient obligatoires comme si elles avaient été votées par l'assemblée législative du pays.
En 1840 , un bill présenté par lord John Russel et adopté par le parlement britannique, régla définitivement le sort du Canada. Dans le système de ce bill, la population des deux Canada (d'un million cent mille âmes environ) ne doit plus avoir qu'une seule et même représenUition , où les Français, du moins lord Russel l'affirmait, jouiront, sinon de la prépondérance que le gouvernement est loin de leur accorder, au moins d'un égal nombre de voix. La couronne nomme les membres du conseil législatif ou chambre
rincendie de la Caroline, fut arrêté (novembre i840\Bur le territoire deslÈtatt- Unis, mis en jugement, et .«^i le jury américain ne l'eût absous, il est certain quel* patriotisme anglais n'aurait pas souflfert son exécution ou en aurait tiré une éclatante vengeance.
vtcfoni* (1837). 369
Mlle; leur dignité est à vie, et leur nombre ne peut en pcun cas descendre au-dessous de vingt.