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i Si l'Angleterre trouve en Amérique, dans ses fils éman> ffés, de redoutables adversaires, elle ne rencontre pas en ' lie, dans les Russes, des ennemis moins dangereux. Maître l'Asie septentrionale et pesant sur l'Asie Mineure par la irgie, sur la Chine par la Sibérie, le czar cherche à faire la Perse, et même du Caboul, son avant-garde contre ' ide anglaise. L'or et la diplomatie russes pénètrent et k ;cour de Péking, et à la cour de Téhéran, et chez les fé- Afghans. Par ces derniers, les Russes domineraient la le droite de l'indus. On comprend donc facilement de lelle importance il est ponr les Anglais d'avoir dans leur :Qdance le souverain du Caboul. Celui-ci était, en 1839, it-Mohammed-Khan , prince soumis à l'influence de la cour Perse, qui, elle-même, n'agissait que sous l'impulsion l'ambassade de Russie. Heureusement pour les Anglais il-Mohammed ne devait son élévation qu'à une révoluqui avait précipité du trdne, en 1810, le souverain légîle. Sbàh Shoudjà, tel était son nom, vivait toujours, et ' Aukiand, gouverneur général de l'Inde, pensa que s'il venait à le rétablir sur le trdne, la reconnais^'ance lui it un devoir de se montrer sourd à toutes les suggestions la Russie. Le fameux maharadjah Rundjet-Singb, qui, k de courage, de ruse et de persévérance, avait fait passous son autorité despotique toute la confédération des 'is et même une partie de l'ancien royaume du Caboul, 'ait parliciper à l'expédition préparée contre Dost-Mo- |lunmed. Une haine profonde divisait le roi de Lahore et le ■^ de Caboul; mais le premier nt' put prendre pa' victime de ses excès, mourut à Lahore, le Lord Auckland, dans une déclaration f iBqne, s'efforça de justifier la guerre "' Iw : il commençait par rappeler l'ir ■erce anglais h obtenir la libre oavi Rercer une légitime influence dans 1'
390 CBAPITRS XXXVII.
lait, sans désigner nominativement la Russie, les actives intrigues poursuivies dans l'Afghanistan, afin d'étendre Fautorité de la Perse jusqu'aux bords de Tlndus, et même au delà; le siège de Hérat, entrepris par l'armée persane, malgré les remontrances solennelles et réitérées d'un agent anglais; enfin la nécessité où se trouvait placée la Grande* Bretagne de regarder la marche des armées du roi de Perse dans l'Afghanistan comme un acte d'hostilité contre son propre territoire. « Après de sérieuses et mûres réflexions, ajoutait textuellement lord Aukland, le gouverneur général s'est convaincu que des nécessités pressantes, aussi bien que les principes de la politique et de la justice, l'autori-r saient à épouser la cause de Shah Shoudjâ.... Sa Majesté en* trera dans l'Afghanistan entourée de ses propres troupes, et soutenue par une armée anglaise contre toute interventioa étrangère et toute opposition factieuse. »
Le 17 février 1840, l'armée du Bengale traversait l'Indus, malgré les prédictions indoues qui attachent une idée fatale au passage de ce fleuve ; le 19 mars, elle forçait l'entrée da Bolan sans éprouver de résistance; le 8 n^ai elle arrivait à Kandahar, où Shah Shoudjâ reprit solennellement, posse&r sion du trône. Après s'être reposé dans cette yiHe, pendant un mois, des immenses fatigues qu'il avait essuyées, le corps expéditionnaire se remit en marche pour Caboul, terme définitif de l'entreprise. Une résistance opiniâtre lui fut opposée par les Afghans devant la citadelle de Ghirjni ; mais, grâce à une habile manœuvre du capitaine de génie Thompson et à l'élan des troupes anglaises, cette place fut enlevée d'assaut. Ce brillant fait d'armes décida la reddition de Caboul, et Shah Shoudjâ, escorté d'un escadron des dragons légers de la reine, pénétra dans sa capitale le 7 août 1840. Quelque temps après, une tentative de l'énergique Dost- Mohammed pour reprendre Caboul fut vigoureusement repoussée, et l'usurpateur, blessé dans l'action, ne put que par une sorte de miracle échapper, avec un de ses fils, aui Anglais.
Les échecs successifs de l'usurpateur ne donnèrent cependant pas au trône du souverain légitime les conditions
ïiCTOHU (1837). 391
d# stabilité qui lui manquaieDt. Les diverses populations de J'À^hanistau ne pouvaient oublier que l'autorité avait été pendue à SMh Shoudjâ par une armée européenne. Des ijimptémes de mécontentement ne tardèrent pas à se maw'esler autour de ce prince, et lui, loin de chercher k Baiser son peuple, se plut à l'irriter par des mesures impudentes.
L'armée anglaise ne montait qu'à quinze mille hommes, li lesquels trois mille cinq cents à quatre mille Eurois seulement, les autres étant des cipayes ou soldats incommandés par des ofTiciers anglais. Ces forces insufites pour résister à une population belliqueuse et llevée tout entière, dans un pays hérissé de défilés impra- Mes, étaient en partie rassemblées dans la citadelle de lui, et le reste dans un camp fortifié h quelques kilode la place. Le 21 novembre 1S41 , les Afghans prijt les armes, et, après avoir cherché sans succès à inonder imp, se portèrent sur les hauteurs qui avoisinent la Après une lutte acharnée et inégale, sir William Naghten se rendit auprès des insurgés, le 25 décembre, m le but de poser les bases d'uue capitulation^ mais il y i tué lâchement d'un coup de pistolet, ainsi que son aidé ^cacnp, le capitaine Trevor, qui, dans un élan d'indigna- U héroïque, avait essayé de le venger.
La retraite des troupes anglaises commença le 5 janvier 42. Un traité, conclu entre le major Pottinger et Akbarhan, fils de Dost-Mohammed, pouvait faire espérer qu'elle effectuerait sans péril ; il n'en fut point ainsi. À peine les Wlais eurenMIs dépassé les retranchements de la citadelle Bb se virent assaillis par les Afghans. En vain cherchèpt-its à franchir le terrible défilé de Koord-Caboul ; leurs wfe, le généial Ëlphinstone et le colonel Shelton, ayant ■^'' faits prisonniers, la troupe entière se débanda, et les ^<i~lu'i3 tombèrent un à un au pouvoir d'ennemis furieux ' I ne faisaient aucU quartier. Plus de dix mille hommes iQcirani. B*>" — '- ^- ilpa Afghans faim, de iatigue
■Qière cin ~' fut pas la
isaslrei 'e Russie.
392 CHAPITRE XtyiML
Un seul homme, un Européen, le docteur Brydon, échappa . aux Afghans, et vînt porter ces horribles nouvelles à Djellalabad. Il faut reconnaître toutefois qu'Akbar-Khan respecta la vie de seize dames anglaises tombées entre ses mains, entre autres de lady Shale et de lady Hac^Naghten, et se contenta de les retenir prisonnières. Il épargna aussi les jours de quelques captifs importants, tels que le général £1phinstone, le brigadier Shelton et le major Pottinger.
Il était réservé au successeur de lord Auckland, à lord Ellenborough, de réparer peu à peu ce grave désastre, et de détruire, par une série de combats brillants, de victoires décisives, Teffet moral que les malheurs du Caboul avaient produit sur les populations de TAfghanistan. Aujourd hui le^ Anglais ont même si bien pris leur revanche, qu'ils se sont approprié (1848) tout le royaume de Lahore; qu'ils sont maîtres, par Tannexion du Pundjab, en avril 1849, de tout le cours de Tlndus, excepté dans sa partie supérieure, et que toutes les belliqueuses tribus des Séikhs, ces anciens sujets de Runjet-Singh, n'ont plus d'autre souverain que la reine Victoria. Depuis la rive droite de llndus, à l'ouest, jusqu'aux hauteurs qui séparent les affluents du Brahmapoutra de ceux de llraouaddy, à l'est, c'est-à-dire du soixante-sixième au quatre-vingt-douzième degré de longitude orientale, tout le pays, y compris la célèbre vallée de Kachmir, reconnaît les lois de l'Angleterre. Mais l'Afghanistan n'a pas été dompté, et le champ reste ouvert de ce côté aux intrigues de la Russie.
Ciuerrc avee la Chine (t949-t94t).
A l'époque même où les Anglais entraient en lutte avec les populations guerrières de l'Afghanistan, ils se disposaient également à faire sentir l'effet de leurs armes aux paisibles habitants du Céleste-Empire ; voici à quelle occasion.
Depuis bien longtemps l'opium était importé en Chine, non-seulement par les Anglais, mais encore par les Hollandais et par les Am^éricains. Toutefois l'Angleterre, à cause de la proximité de ses immenses possessions de l'Inde, pouvait en introduire sur le territoire chinois une quantité
I beaucoup plus considérable qu'aucune autre puissance. En
I 1816 et 1817, les Anglais avaient infecté la Chine de trois
;^ mille deux cent dix caisses d'opium; en 1827, le nombre des caisses s'éleva à neuf mille neuf cent soixante -neuf; en
; 1832, à vingt-trois mille six cent soixante et dix; en 1837, à trente-quatre mille, avec un bénéfice de soixante-seize à quatre-vingts millions de francs. La culture des pavots, pour la fabrication de l'opium, se faisait sur une grande échelle, dans différentes parties des Tndes orientales, et plus parli- Mèremeàt à Malwah, à Bénarès et àBahar, à tel point que
I toute autre exploitation de la terre y était négligée.
Frappé des teiTibles effets produits par l'abus de l'opium,
! le gouvernement de Péking en avait interdit le commerce ;
'mais cette prohibition n'avait jaqoais été respectée, lorsqu'au mois de février 1839, un Chinois, convaincu d'avoir pris pirtau trafic de l'opium, fut pendu devant les factoreries étrangères. Cet acte violent, et parfaitement inattendu, ne
' pouvait manquer d'être considéré comme une insulte par les Européens, dont les factoreries amenèrent immédiate-
; ment leur pavillon. Le 18 mars suivant, le commissaire impérial Linn rendit deux décrets : l'un adressé aux marchands
, hmgs^^ Tautre aux étrangers, par lesquels il déclarait que l'opium, chargé tant sur les navires qui se trouvaient dans
I l'intérieur des ports que sur ceux qui étaient mouillés au
i dehors, devait êlre immédiatement remis au gouvernement
! chinois. Le capitaine Elliot, consul d'Angleterre, ainsi que les autres résidents européens de Canton, furent saisis et menacés de mort, si, dans l'espace de trois jours, le décret
■ n'avait pas reçu son exécution. Plus de vingt-deux mille caisses furent livrées aux autorités chinoises, et leur contenu JetéàTeau.
Le 18 juin 1840, une expédition, placée sous le commandément supérieur du contre-amiral George Elliot, quitta
' Singapore ; le 28 juin, elle se trouvait à l'embouchure de la rivière de Canton, où elle prit à son bord le capitaine Elliot,
, et le 24 juillet elle jetait Tancre devant la ville de Ting-Hae,
.1. Nom des marchands chinois auxquels «seuls il est permis de trafiquer avec le» •^pgorianta étrangers.
dans nie de Chusan. Les forces navales anglaises secomi^ saient de dix-sept navires de guerre et de quatre grands pf* roscaphes, portant six mille six cents Européens, deui mille cipayes ou lascars, cinq mille soldats et matelots, rnubr., nés d'Angleterre, ce qui élevait Tensemble du personnel à' quinze mille hommes environ. Les Chinois essayèrent àà s'opposer au débarquement; 0iais ne tardant pas à com^ prendre l'inutilité de leurs efforts, ils abandonnèrent pvéàt pitamment leurs jonques de guerre, les positions qui donâr naient la ville, la ville elle-même, et lorsque le brigadier^ Burrel, après avoir pris ses dispositions pour Tassant, fitl| lendemain reconnaître la place, il acquit la certitude que kai troupes chinoises et la population s'étaient enfuies. La vii de Ting-Hae et ses faubou^s renfermaient plusieurs disti lerieset un approvisionnement immense de sam-choUy son spiritueuse qui forme, pour les îles de Cbusan, branche de commerce considérable. Les soldats européei ayant découvert ces entrepôts de liqueurs fortes, puisèrei dans l'ivresse une exaltation terrible : la ville fut livrée ft| pillage; des excès sans nom eurent lieu, et la terreur causé! aux habitants de Ting-Hae fut si profonde, qu'ils ne se dén cidèrent que bien longtemps après à revenir dans leaii foyers.
Les Chinois, qui ont inventé tous les arts, n'en ont pen fectionné aucun, et s'ils connaissaient la poudre d^ I4 Yur siècle, il faut dire que leur artillerie ne valait guèr|l mieux en 1840 qu'en l'an 1000. Un seul talent où ils soi^ passés maîtres, c'est celui des négociations. Les armes anglaises n'obtenaient guère que des succès négatifs ; à u| combat, à une victoire, succédait une apparence de traitéb et soudain tout était rompu, tout était à recommencer. Am progrès des Anglais, aux prises des villes et points for* tifiés, l'empereur répondait en destituant, en châtiant lai fonctionnaires qui osaient traiter avec les barbares^ ou ne pas lutter contre eux avec avantage. Ces deux' ordres de fait$ marchaient parallèlement. Pendant qu'ils s'emparaient