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Chez les Anglais, le brigadier est un général de brigade

Ghusan (6 janvier 1841), des forts du Bogue (30 avril), de

iton (27 mai) , des remparts d*Amoy (27 août) , enfin 'iHitres places, telles que Yuyao et Tsikee (27-31 décembre),

officiers anglais coupaient ces expéditions par les haltes lires dans ce climat inconstant, ou par des négociais (|ui retombaient presque toujours sur la tête des man-

jns : témoin le ministre Linn, témoin encore Ke-Shen, li avait traité avec le contre*amiral Elliot. « Ke-Shen, dit

édit impérial du mois de juillet 1841, sera livré au con« fil impérial.... J'ordonne, en outre, qu'après avoir été décade de sa dignité de ministre d'Ëtat, Ke-Shen soit gardé prison jusqu'à Tautomne, époque à laquelle il sera déca-

», conformément à la sentence. Respectez ceci. »

Enfin, le 29 août 1842, fut conclu et- signé un traité

mt les stipulations les plus importantes sont. ainsi con^-

»s : 1° paix et amitié durables entre les deux nations ;

la Chine payera vingt et un millions de dollars (cent seize

liions sept cent soixante mille francs) pendant Tannée cou-

ite et les trois années qui suivront ; 3** les ports de Can«*

m^ Amoy, Fou-tchou-Fou, Ning-Po et Shang-Haï, seront

iverts aii commerce étranger (il faut être reconnaissant

cette clause envers les Anglais, qui auraient pu ne sti-

iler que pour eux) ; des agents consulaires seront nommés

rar y résider, et des tarifs réguliers relatifs aux droits

'importation et d'exportation seront établis et publiés;

l'Ile de Hong-Kong sera cédée à perpétuité à Sa Majesté

tnnique et à ses héritiers et successeurs. Quant à Topium, les malheureux Chinois en absorbèrent tus que jamais, et, dès 1843, la contrebande anglaise leur faisait parvenir quarante mille caisses, qu'elle leur vénnt plus de cent millions de francs.

felatlon9 aTee les palssanees européennes de 4S40 II tSfttj .^rd l^almerstott | Prliehard ; les marlases espagnols; ' iPaelfle^N

;■ Voilà douze ans que l'Angleterre, après s'être unie à la France, de 1830 à 1840, pour faire prévaloir en Europe les principes d'un sage libéralisme, l'a tout à coup abandonnée pour se joindre aux puissances absolutistes, à la Russie, à

396 CHAP1TK£ XXXVU.

TAutriche, à la Prusse; voilà douze ans que pour se dono«( le plaisir d'humilier un ami dévoué de la France, dans Mé^ hémet-Ali, le créateur d'un Ëtat puissant sur les bords du. Nil, c'est-à-dire sur la route de linde, elle a sacrifié le rot, des Français, son fidèle allié, au czar son ennemi naturel^ son redoutable rival dont elle rencontre l'influence hos aussi bien sur les bords de llndus que sur ceux du phore. Le pacha menacé par la formidable coalition de Turquie, de la Russie, de l'Autriche, de la Prusse et de TAi gleterre, abandonné de la France qui ne pouvait risquer guerre générale pour un intérêt éloigné et secondaire, les villes qu'il occupait sur les côtes de Syrie, bombardé par la flotte anglaise. 11 dut rendre à la Porte la Syrie et gouvernement de l'Arabie, dure punition de son ami pour la France. Aussi, si la perte fut pour lui, l'affront fi pour nous. Malgré le laps de temps qui s'est écoulé, no n'avons pu l'oublier encore, mais il faut reconnaître que revirement subit dans la politique anglaise fut beaucou] plutôt l'œuvre d'un homme, que le résultat d'un chang ment réel dans les dispositions de la nation britannique notre -égard. Tant que lord Palmerston, ce ministre broi Ion qui a jouér tous les rôles, pratiqué toutes les politiqu et qui vient de tomber sous le coup des réclamations toute l'Europe, présida à la direction des affaires extérie de l'Angleterre, l'Europe se vit à chaque instant mena d'un incendie général, témoin le traité du 15 juillet 184 témoin cette agression d'une brutalité inouïe, qui, lel janvier 1850, a réveillé en faveur de la Grèce toutes 1< sympathies.

Cet étrange personnage a été ministre pendant près d' demi-siècle. Il est vrai que jusqu'en 1830 il avait rempli rôle qui, bien que considérable à certains égards, était de meure presque inaperçu. Désireux avant tout de plai dans le beau monde, avide des plus pacifiques conquêtes il n'avait pas paru songer, frivole dandy, qu'il pût un j occuper une place marquante sur une scène toute rempli encore des grands noms de Pitt , de Fox et de Canniog Lord Palmerston appartenait cependant à une famille qui,'

sous Charles II, avait donné à TAngleterre le célèbre diplomate Temple. Élevé au collège d'Harrow, il avait compté parmi ses condisciples Robert Peel et Byron ; mais tandis que, par des études opiniâtres, le jeune Peel se préparait à parcourir glorieusement l'immense carrière promise à ses grands talents ; pendant que Byron, dans une autre sphère, étonnait le monde par l'éclat de son génie, lord Palmerston, négligeant les études sérieuses, acquérait une de ces éducations superficielles, fort insuffisantes pour les hommes politiques. L'influence de sa famille lui valut toutefois, en 1806, d'entrer à la chambre des communes; quatre ans plus tard, il fut appelé aux fonctions de ministre de la guerre, qu'il conserva sans interruption pendant dix-neuf années, traversant les administrations successives de M. Perceval (asr sassiné dans le vestibule des communes le 11 mai 1812), de lord Liverpool, de M. Canning, de lord Goderich, de lord Wellington, et ne se séparant du pouvoir qu'en 1828, afin* de se ranger, avec son ami M. Huskisson, sous la bannière de l'opposition whig. Toutefois on comprendrait difficilement que lord Palmerston fût resté dans une situation aussi élevée Sans acquérir d'autorité dans le gouvernement ni d'influence sur l'opinion , si nous n'ajoutions qu'en Angleterre le portefeuille de la guerre paraît généralement réservé aux capacités les moins éminentes. Ce ne fut réellement qu'à partir de 1830 que lord Palmerston acquit un certain crédit dans le parlement, et qu'il prit une part véritablement active aux questions de la politique extérieure. « J'espère, s'écriait-il alors , que l'Angleterre ne se liguera jamais avec les représentants du principe d'intolérance militaire en matière de gouvernement. J'espère que le cabinet cherchera à obtenir les sympathies du peuple , en maintenantf non-seulement dans ce pays , mais encore partout où son action pourra s'étendre, la prépondérance des principes d'un libéralisme sage, juste et éclairé. » Paroles assurément fort belles, mais très-difficiles à expliquer lorsqu'on les rapproche de la conduite de lord Palmerston, qui, en 1840, sacrifia avec si peu de scrupule l'alliance française à celle des gouvernements absolus.

398 GHAPITBB XXXV II.

Par un singulier renversement de principes, ce fut le ministère tory, qui succéda au cabinet whig dont l Palraerston faisait partie , qu*il y eut un rapproche entre l'Angleterre et la France. Celle-ci rentra dans le cert européen par la signature du traité des détroits, ferma aux navires de guerre de toutes les puissances Dardanelles et le Bosphore (13 juillet 1845). En gage paix et d'union, la reine Victoria vint deux fois faire Louis*Philippe dans son château d'Eu (2 septembre 18 une visite que le roi des Français lui rendit à Lond même, l'année suivante. Malheureusement l'affaire Pri chard,ce missionnaire pharmacien et accoucheur, q ameuta les sociétés bibliques de Londres contre la prise possession de Taïti par la France, et surtout les mariai espagnols (octobre 1846), qui fixèrent la couronne d'~ pagne dans la maison de Bourbon au détriment des *bourg qui voulaient encore qu'un des leurs devint à Madri comme à Lisbonne et à Londres, le mari de la reine, ro pirent la bonne intelligence entre les deux pays , et V dente polémique soulevée à cette occasion n'a pas peu coi tribué à agiter les esprits en France et à précipiter le trôi de la maison d'Orléans.

Le ministère whig revenu au pouvoir, comme nous II verrons bienlât, reconnut sans hésiter, après le 24 févritf 1848, le gouvernement provisoire; mais une misérablt question faillit encore mettre le feu aux poudres. Je veut parler de l'affaire Pacifico, en 1850.

Depuis la mort de Canning et la bataille de Navarin, l'Ao* gleterre n'a cessé de prouver combien elle se repentait d'avoir pris parti contre les Turcs , marins fort inexpéri* mentes, pour les Grecs, dont le génie maritime ne s'est jamais démenti à aucune époque de leur histoire. LoFsque la conférence de Londres s'occupa, de 1830 à 1832, àm limites qu'il convenait d'assigner à la Grèce régénérée, C9 fut surtout le gouvernement anglais qui insista pour que le royatime renaissant fût resserré dans les bornes les plui étroites , et surtout pour que la magnifique île de Candie restât eux Turcs. Tandis que par sa religion la Grèce se rap-

he du czar, par ses plus vives affections de la France , iendes Hellènes voient avec amertume le groupe si importdes lies Ioniennes, toutes peuplées de Grecs, aux mains l'Angleterre. Aussi l'Angleterre ne tarda pas à montrer ucoup de mauvais vouloir au nouveau royaume. La 'rance, la Grande-Bretagne et la Russie avaient garanti un prunt de soixante millions fait par le gouvernement helûique. Au mois de septembre 1847, lord Palmerston en* ya plusieurs bâtiments de guerre réclamer impérieuseot le payement arriéré d'un semestre, et des voies de fait raient suivi si M. Eynard, le célèbre philhellèneet banquier nevois , n'était venu au secours du gouvernement grec Pendant près de vingt ans, l'ambassadeur anglais, sir muDd Lyons , avait été pour le gouvernement grec un barras de tous les instants. Le roi Othon espérait, en le îant remplacer par M. Wyse, qu'il ne trouverait plus as le représentant de la Grande-Bretagne un ennemi rsonnel. Il devait même y compter, d'autant plus qu'à la de 1849 il avait mis à la tète de son ministère M. Mavro* îdato, cbef depuis plus de vingt ans du parti anglais en rèce. Mais ce prince oubliait que l'Angleterre ne pouvait rdonner à la Grèce les rapides développements de sa mae. En 1838 , l'effectif de la marine grecque présentait un de trois mille deux cent soixante-neuf navires jaugeant atre-vingt-huit mille cinq cent deux tonneaux. Onze ans s, en 1849, le chiffre des bâtiments s'élevait à cinq i^^ille cinquante-deux, et celui du tonnage à deux cent trente-quatre mille quatre cent quarante-trois tonneaux. C'est plus du tiers de l'effectif général de la France. Le bé- M&ce des frets réalisés annuellement n'allait pas à moins '^ cinquante à soixante millions. Au 1*"' janvier 1849, il I y avait vingt-trois mille marins grecs, et chaque jour de llouveaux navires sont construits dans les chantiers de Syra ^t du Pirée. Quand on ignore ces chiffres, on ne peut rien ^mprendre à la conduite du gouvernement anglais ; quand ^^ les connaît, on saisit facilement tout ce qu'elle a de bas ^t d'odieux.

Au commencement de Tannée 1850 arriva à Salamin^

ni

une escadre anglaise, composée de sept Tai^

frégates ou corvettes à vapeur. On disait dar* '^

Tamiral Parker avait promis à ses officiers r>

Athènes et le Parthénon avant de rentrer

lais du roi Othon on faisait déjà des prépar- H

Tamiral, et un bal devait être donné à so^

16 janvier, Tescadre prit pratique. Le 16

d'Angleterre, M. Wyse, demanda à M. Lf

des relations extérieures, une entrevue potii

Il se rendit le 17 chez lui, accompagné de

et lui déclara que le gouvernement hellé-

cueilli avec une complète indifférence les

lui avaient été adressées à une autre époqu<

Lyons, réclamations renouvelées sans suce

depuis son arrivée à Athènes, le gouverne

jesté Britannique lui avait donné Tordre c.

tement avec Tamiral, une satisfaction imn

dans un délai de vingt-quatre heures , 1;

mandée n'était pas accordée pleine et e

recours, pour l'obtenir, à telle mesure c

jugerait convenable.

Quel était le grave déni de justice qui reil langage? Un M. Finlay, sujet anglais i a dû céder un morceau de terrain pour i du palais; un courtier juif, nommé P sujet anglais, puisqu'il est de Gibralta: pillée dans une émeute de Pâques (184 Grecs brûlent le mannequin d'un juif, dans certains jours, on brûle le manneqi Quelques sujets ioniens, encore angla' ont aussi éprouvé des dommages du mé cause du retard apporté au règlement f nités réclamées , et que le gouvernein comme non fondées, que vingt-quatre 1:

mation faite par M. Wyse, c'est-à-dii blocus non pas seulement du Pirée, m grec commençait, et que l'embargo été * jaaarine marchande grecque. ^

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Pendant que ces violences avaient lieu en Grèce , une convention était signée à Londres entre lord Paimerston et notre ambassadeur pour terminer à l'amiable le différend grec; mais au lieu d'expédier cette convention par la v(N6 la plus prompte, lord Paimerston en chargea un courrier du cabinet qui trouva, en passant par Berlin et Vienne, le moyen d'arriver à Athènes juste quarante-huit heures après que le gouvernement du roi Othon avait été forcé de subir toutes les exigences de M. Wyse.

Il était impossible que la république française ne se mon» tràt pas blessée d'une telle façon d'agir, et notre ambassadeur fut immédiatement rappelé. L'opinion publique s'en émut même en Angleterre. A la chambre des lords, une majorité de trente-sept voix blâma la conduite de lord Pal» merston; à la chambre des communes, une majorité de qusH* rante-six voix lui donna raison ou plutôt décida , au fond de sa conscience , que tout le ministère ayant identifié si cause avec celle de lord Paimerston, il valait mieux amnistier ce dernier que de faire arriver au pouvoir les proteo* tionistes et de compromettre ainsi les grandes réformes da sir Robert Peel. La question a donc été vidée à l'honneur de la France, qui a renvoyé à Londres son ambassadeur, el pour achever la mortification de lord Paimerston , le règlement de l'indemnité due à Pacifico a eu lieu , et la note de ce juif qui avait failli brouiller deux grandes puissances! été réduite de sept cent cinquante mille francs à une somme insignifiante. Par une juste expiation , c'est au sujet d'une question française que lord Paimerston est récemmeol tombé du pouvoir.

Ce ne fut pas seulement la France qui eut à se plaindre de la politique quelque peu turbulente de lord Paimerston. Profitant du peu d'attention que le peuple anglais donne i la politique extérieure , le ministre des affaires étrangères, le chef du foreign-office intervint dans toutes les questions qui agitèrent les États européens. £n Suisse il prit une part active^ et ici nous ne lui en faisons pas un crime, à la r^istance fédérale contre le sonderbund. £n Italie le voyage de lord Minto donna aux peuples des espérances qui ne se

sont pas réalisées ; à Naples le roi des Deux-Sicile$ eut plus d'une fois à craindre quelque entreprise hardie sur sa capitale ou sur la Sicile. La France dut tenir une flotte de ce côté pour veiller sur les mouvements de la flotte anglaise. Les Hongrois aussi reçurent quelques encouragements, mais rien de plus. Dans l'injuste guerre faite par TAllemagne : au Danemark, lord Palmerston, de concert cette fois avec I nous, intervint hautement en faveur de ce pays. Mais en I Espagne les procédés quelque peu étranges d'un ambassa* deur anglais faillirent amener une rupture entre les cours de Londres et de Madrid. Quand TËurope lancée en 1848 dans une direction extrême s'engagea, la crise une fois \ passée, dans une direction opposée, quand tout pays eut ses proscrits, TAngleterre devint leur asile et les ministres .étrangers firent entendre des représentations quelquefois j^liautaines comme celles de rAutriche, et que lord Palmerston |-9epoussa en se couvrant des lois mômes de TAngleterre, qui ^ne permettent pas à un ministre de chasser l'étranger du Ml britannique, tant que celui-ci se conforme aux règleilinents et ne compromet pas les bonnes relations de l'An* ^"gleterre avec ses alliés, en profitant de l'hospitalité qu'on /lui accorde pour troubler la paix des pays voisins. 1 Mais ces réclamations des puissances, mal reçues d'une gpartie de la nation, furent regardées dans le monde officiel .comme créant des dangers inutiles, qu'on pouvait éviter en ^sacrifiant le ministre, sous prétexte d'une dépêche inop* ^portune adressée, après le 2 décembre 1851, à l'ambassalé^uT d'Angleterre en France ; sa démission lui fut demandée. Lord Palmerston espère bien remonter de haute lutte «au poste d'où il est descendu, et peut-être plus haut encore, à celui de chef du cabinet. Ses grands talents l'y ap- .pellent; mais devons-nous lui souhaiter, nous autres FrançaiSy cette fortune?

Jkftmireë Intérieure* de 1940 à ISSt \ Robert Peel)

O'Connell *.

Les whigs ne devaient leur arrivée et leur maintien au

1. Voy. pour ces derniers temps, V Annuaire de Lesur, celui de la Revut dêi Ihux-Mondês, les Bévues de France et d'Angleterre, les Joarnaux, surtout celui

404 CHAPITRE XXXYil.

pouvoir qu'aux sympathies de Guillaume IV et de la fille du duc de Kent, mais la faveur royale ne devait pas suffire toujours à leur conserver Tautorité, surtout après les désastres de l'Afghanistan, en face d'un budget dont le déficit allait croissant , et lorsqu'à l'intérieur ils voulaient modifier ces ^ lois des céréales si chères aux grands propriétaires, et qu'au dehors ils venaient de rompre avec la France.

Les torys, comme on le pense bien, ne tenaient pas beaucoup à une union intime avec la France de juillet ; mais habiles, ainsi que tous les partis, à faire ressortir les moindres fautes de leurs adversaires, ils ne manquèrent pas de mettre au nombre de leurs griefs la façon d'agir du ministre des relations extérieures. Le 5 juin 1841 les communes déclarèrent à la majorité d'une voix que le cabinet Melbourne ne possédait plus la confiance de la nation : ainsi du moins le proclamaient ses représentants actuels. Il fallait ou se retirer ou en appeler à des électiqps nouvelles ; ce fut à ce dernier parti que s'arrêtèrent les ministres. Le 23 juin la dissolution fut prononcée, et bientôt après le pays avait répondu à l'appel qui lui était fait, à supposer que les élections anglaises expriment complètement l'opinion du pays. Les torys l'emportèrent et, à la fin d'août, la double adresse des communes et des lords témoigna hautement de leur triomphe. Dans la chambre haute soixante-douze voix de majorité déclarèrent que «< les conseillers actuels de Sa Majesté n'avaient pas la confiance du pays (27 août). » Dans la chambre des communes trois cent soixante voix contre deux cent soixante-neuf firent une déclaration analogue, et le même jour, 30 août, le ministère whig se démettait de ses fonctions. Le 3 septembre, l'administration tory était formée ; les grands noms du parti y figuraient : sir Robert Peel, lord Lyndhurst, lord Stanley, sir James Graham, le duc de Buckingham, enfin lord Wellington ; ce dernier devenait ministre sans portefeuille. Quant au duc de Buckingham il ne fit que passer au ministère ; le duc des céréales^ comme on l'appelle, ne pouvait gouverner avec un cabinet

des neba(«, dont les savants rédacteurs écrivent avec une si parfaite connaissance l'histoire du monde entier.

vicTOBU (183?). 405

encore trop modéré pour lui. Le chef réel de ce cabinet, Peel, allait même bienlàt abolir ces lois des céréales dont les torys croyaient le maintien assuré par l'avènement de leur majorité. Sir Robert Peel, le plus grand homme d"État de notre époque, naquit Je 5 février 1788, à Bury, près Tamworth, dans le comté de Stafford. Il dut le jour, lui, le .chef de la plus orgueilleuse aristocratie qui soit au monde, non à un descendant des anciens barons anglo-normands, mais tout simplement à un opulent manufacturier du Lancashire et fut voué, dès l'enfance, à la vie politique par les vœus de sa famille, comme par l'entraînement d'une vocation irrésistible. Son éducation qu'il commença à Harrow et qu'il termina à l'université d'Oxford fut sérieuse et complète; grâce à une mémoire prodigieuse, à une inratigable assiduité, à un détachement naturel pour les plaisirs de son ige, il acquit promptement un vaste fonds de connaissances qui prépara sa jeunesse aux situations élevées que la fortune réservait à son âge mûr. Son début parlementaire eut lieu en 1810, et son début dans la politique active en 1812, Ce fut à cette époque qu'il fit partie du ministère de lord Liverpool. Ses idées d'ordre, ses tendances conservatrices, sa propension innée pour les vieilles institutions du pays, le placèrent tout d'abord parmi les adversaires des réformes politiques et le déterminèrent à se prononcer, à l'égard de l'Irlande, contre toute espèce de concessions.

Cependant les éminentes facultés de sir Robert Peel avaient été de trop bonne heure développées par des études pratiques et la science approfondie des affaires, pour que cette pensée de résistance ne s'appliquât pas exclusivement au système de la politique intérieure et extérieure, Le jeune ministre fit, en effet, preuve des opinions les plus avancées dans toutes les questions qui se rapportaient à l'administration, comme à la législation criminelle, et il conliibuii à *~ réforme du jury, ainsi qu'à l'adoucissement de In [léna Telle était déjà, maigre son âge, l'autorité de son tal qu'il fut choisi par l'université d'Oxford pour la représe aux communes; honneur dangereux, au reste, pah eDchidaait son iudépendance, et semblait devoir le nMi

plus étroitement encore aux intérêts de l'Église et de Ta-» ristocratie. On le vit alors, dans le conseil comme à la tri« bune, appuyer tous les bills de répression présentés par le gouvernement. Ayant été appelé, en 1812, à la succession de lord Sidmouth, ministre de Tintérieur, il devint rorateur officiel du cabinet, et s'opposa, sans succès à la vérité mais non sans éclat, à la motion de M. Canniug, qui réclamait, en faveur des pairs catholiques, le droit de siéger et de voter au parlement. Cette opposition énergique et persistante n'empêcha pas sir Robert Peel de conserver son portefeuille, «à Tépoque où, par suite du suicide de lord Castlereagh, M. Canning fut chargé de diriger les afiaires étrangères. Néanmoins, ce dernier n'ayant pas tardé à obtenir la présidence du conseil, M. Peel dut donner sa dé» mission, mais il ne fit que changer de fortune et fut reconnui dès ce jour, comme le chef principal de l'opposition tory. En 1828, rappelé aux affaires avec lord Wellington, sir Robert Peel, sacrifiant ses sentiments personnels à des exigences impérieuses, à des nécessités bien cx)nstatées, comprit qu'il valait mieux, comme il fit plus tard pour les lois des céréales, se montrer infidèle à son passé que de contribuer, par une résistance inopportune et d'ailleurs impuissante, à alimenter en Irlande les maux de l'anarchie. 11 n'hésita donc point, en 1829, à présenter aux chambres cette fameuse loi d'émancipation qui conviait, jusqu'à un certain point, l'Irlande à l'égalité politique et civile ; mais, tout en faisant cette grande concession , il n'entendit pas se laisser emporter par le torrent des opinions réformistes: lors des luttes ardentes engagées pendant dix-huit mois, entre les communes et la pairie, au sujet du bill de réforme, sir Robert Peël se montra conservateur opiniâtre ; il lutta avec talent, avec persévérance; puis, lorsqu'en dépit de ses efibrts le reform-bill eut été voté , se montrant , cette fois encore , plus homme d'État qu'homme de parti , il cessa toute opposition et accepta froidement les faits accomplis. L'Europe entière admirait encore naguère la puissante habileté de sir Robert Peel, sa merveilleuse aptitude aux affaires et cet étonnant ensemble de talents et de oonnaissanees

qui le destinaient nécessairement à exercer l'influence la plus marquée sur toutes les questions. Comme orateur, sir Robert Peel ne possédait pas des qualités moins précieuses. £légance de Tattitude, beauté de l'organe, netteté de fa pa« rôle, finesse d'argumentation, élocution brillante, facile, d'une lucidité remarquable, esprit sérieux et positif jusque dans les discussions les plus passionnées, tels étaient les mérites incontestables de ce grand homme d'Ëtat dont l'Angleterre sera toujours fière, même après avoir produit Fox, Canning et les deux Pitt.

Lorscfue le ministère tory arriva au pouvoir, sir Robert Pèel ne put s'empêcher de s'écrier : « Tlrlande est ma grande difficulté. » Cela semblait vrai , surtout au moment où l'adnDinistration whig, connue pour ses concessions et sa modération systématique envers la patrie d'O'Connell, faisait place à une administration nouvelle qui comptait dans son sein des ennemis déclarés de l'Irlande, tels que lord Lyndburst et lord Stanley. Cependant, en 1841 et en 1842, rirlande ne fit rien pour inquiéter le pouvoir! Le vieil agitateur, à qui la place de lord-maire promettait une influence plus étendue, semblait avoir perdu cette puissance qui, en 1829, avait su arracher l'émancipation à un pouvoir oppresseur. Si, au commencement de 1843, quelques journaux parlèrent de l'Irlande, ce ne fut que pour tourner en ridicule le libérateur qui saluait la nouvelle année du nom d'année du Rappel, et l'on commençait à oublier les griefs de l'Irlande. O'Connell se chargea de les remettre en mémoire. Le 27 février 1 843 il fait recevoir membre de l'association des Repealers son vingt-cinquième petit-fils, âgé de deux jours , et promet , ainsi qu'à toute la génération naissante, les bienfaits du Rappel. Quelques jours après, il pose la première pierre de la future chambre des communes irlandaises. Au commencement de mars, il fait voter le Rappel par la corporation ou conseil municipal de Dublin, à la majorité de quarante- quatre voix contre quinze. Enfin, il dédie à la reine du royaume-uni des Mémoires mr Vlr^ Uinde^ histoire d'une persécution de deux cents ans.

Ces premiers travaux de l'agitation n'éveillent que des

408 CHAPITRE XXXVIl.

sarcasmes, et l'on ne veut voir là que d'impuissants efforts pour ranimer une question qui s'éteint. Cependant déjà , comme Ta dit énergiquement un journal anglais, le crime avait; en Irlande, ouvert sa campagne. Les incendies, les meurtres se multipliaient. La condition misérable des paysans les poussait à de sauvages vengeances , exercées surtout par les petits tenanciers contre les propriétaires de grands fermages. Or, ces petits tenanciers sont innombrables, car le fermage de la terre est, en Irlande, morcelé à Tinfini. Les grands propriétaires (landlords) louent généralement leurs terres par grands lots à des entrepreneurs qui les subdivisent à leur tour en une foule de petits fermages. Ces intermédiaires {tniddlemen) , souvent pauvres eux-mêmes, s'occupent seulement de retirer de leur exploitation le plus possible , en sorte que souvent , pour le véritable cultivateur, la rente qu'il paye pour une portion de terre est presque égale au revenu. La concurrence est telle que, même dans cet état de choses, il se présente d'autres cultivateurs qui offrent la 'valeur entière du produit, sauf la pomme de terre quotidienne. Aussi le middleman^ ne considérant son sous-fermier que comme un instrument passager de fortune, n'a-t-il aucune pitié pour lui, lorsque, par suite d'une maladie ou d'une mauvaise saison, celui-ci ne peut parvenir à le payer intégralement. Il léchasse alors, et le cultivateur, sans ressource, va grossir le nombre des vagabonds sans pain^ et sans asile, hommes nécessairement ulcérés et altérés de vengeance. Ce fut cette population énergique et opprimée qu'O'Connell s'apprêtait à agiter de nouveau par l'espérance du Rappel. Agé de près de soixante et dix ans, mais vigoureux encore et mûri par une longue expérience, légiste habile et sachant s'arrêter à la stricte limite de la lé-

1. Quand nous disons sans pain c'esl par métaphore, car le laboureur irlandais ne mange guère, même dans sa pruspérilé, que des pommes de terre cuites à l'eau sans sel, fort rarement du pain , plus rarement encore de la viande. Nous devons ajouter que, pendant deux ou trois mois de Tannée, en attendant la nouvelle recolle, qui se fait assez tard, ce sont des pommes de terre germées , et par conséquent malsaines. En outre, ces pommes de terre sont d'une espèce qui se reproduit avec une extrême fécondité, mais d'un goût fort peu savoureux. A^^^si on comprend quels affreux ravages la famine a dû faire, (juand est arrivée la calamité inattendue de la maladie des pommes de terre. Le fermier irlandais tiaoïteavec sa femme, ses enfants et ses cochons, le tout pêle-mêle, dans

galité , parcourant avec une merveilleuse activité llrlande tout entière , qu'il émouvait |iar le récit de ses souffrances et par le tableau d*une prospérité chimérique promise à ses efforts, l'agitateur organisait en même temps son parti à Dublin et multipliait les meetings dans les campagnes. En moins de quatre mois, il assista à trente-sept de ces assemblées populaires qui comptèrent bientôt les spectateurs par centaines de mille. L'exagération irlandaise devait enfler encore ces chiffres imposants, et, diaprés ses calculs, dans un pays qui comptait alors huit millions d'habitants , neuf millions auraient^ pendant 1843, assisté slmx meetings dix Rappel.

Mais ce qu'il y avait de plus merveilleux , c'était que ces agglomérations monstrueuses étaient à la fois excitées et calmées par un seul et même homme; c'était que ces paysans abrutis par la souffrance étaient agités et contenus tout ensemble par ce tribun légiste qui leur rappelait à la fois leurs droits et leurs devoirs. £n face de ces immenses populations suspendues à sa parole, il pouvait s'écrier, avec un juste orgueil : « Nous faisons de l'histoire ; nous montrons ce qu'il n'est donné à aucune nation sur la terre de montrer , c'est-à-dire d'immenses assemblées qui se tiennent pacifiquement, constitutionnellement et respectueusement, afin d'opéBer une grande révolution nationale. » Lui seul avait su trouver la véritable éloquence populaire : énergique et pittoresque ou froid calculateur, trivial ou poétique, digne ou menaçant , peu soucieux de la logique et parlant selon l'impression du moment, selon les nécessités de l'heure présente , il savait prendre tous les tons et s'affranchir heureusement des entraves ordinaires de la tribune. Du haut des hustings sa parole sonore descendait par étages sur

une cabane de boue, humide et ouverte à tous les vents. Nos mendiants sont mis comme des princes auprès du laboureur irlandais, dont les haillons voilent ^ peine la nudité, dont les enfants vont à peu près nus jusqu'à six ou sept ans, eidout la lemme n'est quelquetois recouverte que d'un morceau de toile faisant à la fois office de chemise, de jupon et de robe, n'ayant rien pour garantir ni sa tète des pluies si fréquentes, ni ses pieds de la boue. La misère des autres contrées de l'Europe est de l'opulence auprès de la misère irlandaise. Telle est cependant la vitalité de cette race que vous retrouvez même dans ces corps minés par le froid, la faim et la fièvre, toutes les traces d'un beau sang et d'une magnifique carnation.

410 CHàPITRB XXXVIl.

trois ou quatre cent mille spectateurs qui se la passûent l'un à l'autre et la commentaient par leurs cris, leurs rires ou leurs grognements (groans). Tantôt il menaçait et s*écriait en montrant le poing à l'ennemi imaginaire : « Ce sera une révolution (it will be a révolution). «» Tantôt il contentait la haine de ses auditeurs par de dégoûtantes injures adressées à leurs adversaires : Sir Robert Peel est un traître , un Cromwell ; sir James Graham un audacieux coquin ; le duc de Wellington , c'est le redoutable duc , le duc de fer {iron duke); lord Beaumont, une sale brute (filthy brute), un chien à deux pieds {dog in twodlegs); efifin , le chancelier Sugden , un cochon au nom malencontreux {the pig with the ugly name). Tantôt il s'étendait avec complaisance sur les douceurs du Rappel, montrant la verte Érin fécondée par rindustrie de ses entants affranchis du joug du Saxon, et promettant de faire du plus beau pays du monde une terre de grandeur , de gloire et de liberté , « la première fleur de la terre et la première perle des mers. » Ce peuple, si longtemps abaissé, avili, il l'exaltait et le relevait à ses propres yeux. Qui a plus de cœur et de patriotisme qu'un Irlandais? Qui a plus de beauté et de vertu qu'une Irlandaise? C'était par là que cet homme s'était acquis une incroyable puissance. L'Irlandais le regardait comme un dieu : ses lieutenants , et à leur tête celui qu'on appelait le pacificateur en chef^ M. Steedle, ne le nommaient jamais que Moïse et le Père.

Le parti orangiste ne tarda pas à s'émouvoir, et le gou* vernement lui-même à prendre des mesures vigoureuses. Un bill, appelé bill des armes, fut voté le 9 août 1843. D'après ce bill, spécial à llrlande, toute personne catholique ou protestante devait, pour obtenir l'autorisation de possé* der des armes, produire un certificat de moralité signé par deux tenanciers de maison {house-holders). Toutes les armes, celles des riches comme celles des pauvres, étaient enregistrées et marquées {branded). Tout individu trouvé porteur ou détenteur de poignards ou autres armes semblables était condamné, pour la première fois, h un an de prison, et pour la récidive, à la déportation.

Le 14 octobre 1843 commencèrent contre O'Connellet ses adhérents principaux des poursuites judiciairei^. Us étaient accusés :

De conspirer illégalement et séditieusement, pour exciter chez les sujets de Sa Majesté , des sentiments de haine et de mépris contre le gouvernement et la constitution du royaume ;

D'avoir engagé un grand nombre de personnes à se réunir pour parvenir, à Taidè de l'intimidation et de la contrainte, à opérer des changements dans la constitu** lion;

D'avoir tenté de détourner de Tobéissance divers sujets de Sa Majesté la reine , entre autres , des soldats de la marine et de l'armée ;

D'avoir usurpé les prérogatives de la couronne en éta-* blissant des tribunaux;

D'avoir assemblé des meetings composés de personnes malintentionnées ;

D'avoir publié des libelles séditieux contre le gouverno'ment et la constitution du royaume.

Daniel O'Connell, malgré les beaux mouvements d'éloquence de M. Sheil, défenseur de son fils John, fut condamné sur tous les chefs par la cour d'assises de Dublin, et le jugement remis à trois mois : au jour fixé, le 30 mai 1845, Tarrôt fut rendu par la cour du banc de la reine au milieu d'une anxiété universelle. O'Connell fut cette fois encore un acteur incomparable : il garda dans son attitude un apparent dédain , une sérénité parfaite. Au moment où il parut dans la salle de justice, accompagné de son fils, de M. O'Brien et de M. filake, tous deux membres du parlement, une triple salve d'applaudissements Taccueillit : l'un des juges, M. Berton, chargé de lire la sentence, ne put maîtriser son émotion, et fondit en larmes.

L'arrêt condamnait Daniel O'Connell à un an de prison, à cinquante mille francs d'amende, à fournir, en outre, pour sept années, un cautionnement personnel de cent vingt-cinq mille francs, et deux autres cautions de soixante-deux mille francs chacune , avancées par deux personnes différentes,

4ï^ CHAPITRE XXXVil.

comme garantie qu'il n'essayerait plus de troubler la| paix «publique. Son fils John était condamné, ainsi quel MM. Duffy, Ray, Gray, Barrett et Steeie, à neuf moisj d'emprisonnement, à douze cent cinquante francs damende, à un cautionnement personnel de vingt-cinq miliel francs, et à deux garanties de douze mille cinq cents francs| chacune.

Cependant l'Irlande commençait à se lasser et à com-| prendre que le rappel ou plutôt l'agitation pour le rappelai n'était pas le moyen le plus sûr d'obtenir les réformes indis-| pensables au bien-ôtre de ses habitants, savoir : l'abolition j des dtmes, la fixité du fermage, l'extension du sufirage élec-| toral, le vote au scrutin. Parmi les repealers, les plus fou-l gueux blâmaient l'esprit pacifique d'O'Connell, son amour 1 de la légalité, et demandaient que si le gouvernement ne i voulait pas rendre à l'Irlande une législature domestique etj révoquer l'acte de 1801, l'Irlande prît les armes. Ceshom-i mes exaltés constituèrent, sous la conduite de M. Smithl O'firien, le parti de \ei jeune Irlande, D'autre part, quandi O'Connell s'était mis à proférer contre le gouvernement,^ contre les idées, contre le monarque même de la France | les plus dégoûtantes injures, une partie de la presse catholique d'Irlande avait protesté contre ces déplorables vio-i lences. Enfin une dissidence très-nuisible à l'influence del l'agitateur avait éclaté, dès la fin de 1844, entre lui et som soutien le plus puissant, le clergé, à l'occasion du bill des donations pieuses {charitable hequests)^ qui arrivait alors à 'j exécution. O'Connell voulait qu'aucun membre de l'Église catholique n'acceptât de fonctions actives dans la commission que ce bill instituait pour l'administration des legs pieux; mais plusieurs prélats, entre autres l'archevêque Murray, de Dublin, agirent en opposition formelle avec son avis.

D'un autre côté, ce qui devait puissamment contribuera affaiblir l'influence du grand agitateur, c'était la sollicitude de sir Robert Peel pour l'Irlande. Ce pays, peuplé de près de sept millions de catholiques, où toute paroisse paye la dime au curé anglican, môme lorsqu'il est le seul protestant

de Tendroit, où certains évéques anglicans perçoivent plus de deux cent mille francs de revenu et ne comptent pas quinze cents coreligionnaires dans tout leur diocèse, ce pays, disons-nous, n*a qu'un séminaire, celui de Maynooth, où se fassent de hautes études. Depuis un demi*siècle TÉtat payait chaque année à cet .établissement une subvention de deux cent vingt-cinq mille francs, subvention bien insufRsanté pour Tentretien d'une maison contenant cinq cents élèves. En 1845, Peel proposa de la porter à six cent cinquante mille francs, et ne parvint à son but qu'avec beaucoup de peine. Le fanatisme protestant n'eut pas plutôt appris qu'on voulait faire quelque bien à un séminaire catholique que, dans une seule séance du parlement, il y eut jusqu'à deux mille trois cent soixante-douze pétitions présentées contre le projet, qui néanmoins fut adopté. M. Macaulay, représentant d'Edimbourg, tint dans cette circonstance la plus noble conduite. Il parla et vota en faveur du bill, quoiqu'il s'attendît bien à ce que ses compatriotes prèsbytériens lui fissent payer cher sa tolérance; et, en effet, il n'a pas été réélu aux élections suivantes, lui , le membre le plus éminent de la députation écossaise.

Enhardi par ce succès, Robert Peel voulut doter Tlrlande de trois grands collèges, un à Cork, un à Galway, et un à Belfast, collèges dans lesquels l'instruction scientifique et littéraire serait donnée aux élèves, sans distinction de religion. C'était un moyen, en les faisant asseoir sur les mêmes bancs, catholiques et protestants, de leur faire oublier leurs haines séculaires. Les fonds ont été votés , les bâtiments sont aujourd'hui terminés; mais nous doutons qu'il s'y rende beaucoup d'élèves. Le clergé catholique d'Irlande a aussitôt flétri ces collèges du nom de collèges athées^ et Pie IX lui-même, les a anathématisés. De telle sorte que dès que les protestants éclairés veulent améliorer le sort de la malheureuse Irlande, ils ne rencontrent pas moins de résistance, sur certains points, de la part du clergé catholique que de la part des protestants fanatiques.

Quant à O'Connell , sa santé déclinait en même temps que son influence, et le 16 mai 1847, il expirait en Italie,

414 chàpitrb XXXVII.

où il était allé pour réparer sea forces épuisées. Né leGaoftt 1775, à Carhen, au comté de Kerry, dans le Munster, il avait eu pour père le dernier descendant des anciens chefs do clan dlverrarah. A seize ans, il avait été envoyé, pour faire son éducation, chez les dominicains de Louvain, puis il passa deux ans chez les jésuites de Saint-Omer. A Pftqaei 1798, trois ans avant l'abolition de ce parlement irlandais ; dont il devait plus tard demander le rappel, il fut reçu avocat du barreau irlandais , et ne tarda pas à se faire par son talent une magnifique clientèle, qu'il abandonna plus tard pour se consacrer tout entier à la poliiique ; de là la rente fort naturelle que lui payaient ses compatriotes pour le d^ dommager de ses honoraires, qui avaient atteint quelquefois cinq cent mille francs par an.

La gloire d'O'Connell , c'est d'avoir discipliné l'Irlande, c'est d'avoir fait de ceux que Swift appelait « un ramas de porteurs d'eau et de scieurs de bois » un peuple animé d'une seule pensée, préoccupé d'un unique but. Le réis d'O'Connell, jusqu'au triomphe de l'émancipation des ca* tholiques , n'a pas son pareil dans le monde ; mais son agi^ tation pour le Rappel lui fait infiniment moins d'honneur. Comme but définitif, le Rappel ne valait pas la peine qu'on se donnait pour lui ; si c'était une arme de guerre, un moyea» le moyen était assez mal choisi, et forçait le gouvernemeflt à mettre son honneur à ne faire aucune concession à rL^ lande.

La force seule pouvait arracher à l'Angleterre le Ra^Mi mais toutes les fois que l'Irlande est entrée en lutte ou avec l'Angleterre, elle a eu à s'en repentir cruell L'année qui a suivi la mort d'O'Connell, la jeune Irlm tenté cet appel aux armes que la sagesse du libérateur s'^ toujours efforcée d'empôcher, et les faits ont démralfé bien il avait raison de redouter l'emploi de la toret^ A une escarmouche insignifiante, les chefs du mou«^ leur tôte M. Smith O'Brien, descendant d'ui ardriaghs ou rois suprêmes de l'Ile, ont été -"t condamnés à mort (1848). La clémence de

'a. leur a fait grâce de la vie. Tel est le dei

son existence qu'ait donné la malheureuse Irlande. M. Sniith O'Brien est aujourd'hui au nombre des convicts des colonies pénales de TAustralie , mais on parlait tout récemment de son évasion.

Abolttlon de» eom-lmw» on lois sur les céréales (t940>

À la chute de Napoléon, c'est-à-dire à la fin de la guerre continentale, la majeure partie des landlords ou grands propriétaires du sol, se virent dans l'impossibilité de payer les dettes énormes dont leurs terres se trouvaient grevées; les hypothèques qui pesaient sur le sol de la Grande- Bretagne montaient alors à quatorze millions de livres sterling ou ti^is cent cinquante millions de francs ; Taristo* cratie anglaise , que la victoire qu'elle venait de remporter avait singulièrement popularisée , voulut profiter de Tin* fluence qu'elle exerçait dans le parlement pour lui faire adopter une mesure qui devait avoir pour première conséquence de rétablir ses revenus. Cette loi de 1815 , que le peuple dans son langage expressif nomma la loi de famine^ avait pour objet de maintenir le prix du blé à trente-quatre francs soixante-seize centimes par hectolitre, en empêchant toute concurrence étrangère tant que les grains indigènes se tiendraient au-dessous de ce taux; son effet immédiat fut de faire renchérir la majeure partie des objets nécessaires à la consommation alimentaire. Les landlords augmentèrent ainsi la valeur de leurs baux ; le revenu de certaines terres fut quintuplé en moins de quinze ans , et , pendant ce temps-là , le peuple dépensait chaque année, pour sa nourriture, neuf cents millions de francs déplus^ qu'elle ne lui aurait coûté sans la nouvelle législation.

Une association formidable ne tarda pas à s'organiser pour mettre fin à une telle iniquité, et, grâce à l'énergie de son chef Richard Cobden , riche manufacturier, membre du parlement, elle finit par se trouver assez forte pour déclarer qu'elle refusait tous les palliatifs, tous les demi-moyens offerts comme allégement , entre autres Téchelle mobile , iliding scale, d'après laquelle la taxe sur les blés monterait ou baisserait en raison du cours des marchés, et en prenant

pourpoint de départ un taux peu élevé. En 1845, ragitation soulevée dans tout le pays par Vanti'Com'lawS''leaffue devint si formidable que Peel comprit, cette fois encore, comme en 1829 pour rémancipation des catholiques, que c'en était fait de Taristocratie si elle ne cédait pas , et il annonça formellement rintention d'accorder satisfaction au peuple affamé. Malheureusement les préjugés et Tégoîsme de beaucoup de torys et notamment du duc de Wellington ne leur permettaient pas de se rendre un compte aussi net de la situatl^n, que pouvait le faire M. Peel avec la hauteur de son génie et la générosité de son noble caractère. Le duc de fer^ avec un entêtement digne de son nom , se sépara de son illustre collègue, et, le 10 décembre 1845, tousjes ministres ofiraient leur démission à la reine. Lord John Russel fut chargé alors de composer un ministère, mais, après dix jours d'efforts; il y échoua, beaucoup de whigs n'osant euxmêmes toucher à la législation des céréales. Lord John Russel , avouant son impuissance , et le duc de. Wellington , d'autre part, revenant à des idées plus raisonnables, l'ancien cabinet se reconstitua tout entier, à l'exception de lord Stanley, qui ne crut pas pouvoir s'associer aux réformes préparées par sir Robert Peel.

Plus que jamais, par l'avortement du cabinet whig, la question était posée sur l'abrogation Aescorn-laws. Pendant que le ministère se reconstituait, la ligue, de son côté, se préparait activement à une lutte qui devait se décider dans la session prochaine. Jamais la situation de Yanti-com-lawsleague n'avait été si florissante. En 1844, elle avait reçu un million six cent mille francs par voie de souscriptions volojitaires. La dépense avait été de un million deux cent mille francs. Dans cette dépense figurait une subvention de deux cent cinquante mille francs au journal hebdomadaire la Ligue; une somme de quatre cent mille francs pour frais ' d'enregistrement des électeurs; centquatre-vingt mille francs pour frais de publications diverses; vingt-cinq mille francs pour allocations à des comités établis dans les provinces. En 1845, la recette avait été de trois millions de francs, et la dépense de deux millions sept cent mille francs. Pour

1846, époque du combat décisif, on proposait de doubler les ressources de Fassociation , c*est-à-dire de lever un fonds de sept millions. En quelques heures, un million cinq cent mille francs furent recueillis. Manchester, à lui seul , fournit près du quart du budget de la ligue. On pouvait, dès lors , regarder comme certain le succès de Tàppel fait par M. Cobden et les siens aux sympathies publiques.

Le parlement fut ouvert le 22 janvier 1846 par la reine en personne, et immédiatement, dans la chambre des lords comme dans la chambre des communes, on aborda la question de vie ou de mort qui tenait tout le peuple anglais en susped^. Le duc de Richmond, représentant de l'opposition tory, donna carrière à son mécontentement dans une sortie violente, et déclara qu'il emploierait tous les moyens, même les moyens factieux., pour s'opposer à toute réforme. Cette colère impuissante donnait la mesure du parti dont le duc est le chef avoué. Qjuant à sir Robert Peel, il développa son système avec la conviction d'un esprit droit et élevé, heureux d'être revenu de ses erreurs et d'avoir trouvé le moyen de sauver sa patrie. Ce système, c'était le libre échange dans la plus large acception du mot, la liberté commerciale pour tous les objets manufacturés, n'attendant pas même une réciprocité qu'elle saurait bien forcer plus tard ou' dont elle saurait se passer. Pour atténuer les frais de main-d'œuvre sans porter préjudice à l'ouvrier, sans rien lui ravir de ce qui est nécessaire au bien-être et à la dignité de l'homme, il affranchissait de tous droits les denrées alimentaires de première nécessité, le pain, après un régime transitoire limité à trois années, la viande, sans transition. Des lois antérieures avaient successivement affranchi le sel de tout impôt. Pour une époque prochaine, il se réservait de donner la même franchise à toutes les autres denrées usuelles , telles que le beurre dont il allégeait déjà les charges de moitié. Quant aux produits fabriqués les plus usuels , pour en abaisser le prix à l'intérieur, il rayait du tarif les droits, ou bien les diminuait de moitié.

Précisément parce que ce plan portait une atteinte grave à l'intérêt territorial, le chef du cabinet anglais y avait joint

418 CHAPITRE XXXYU.

plusieurs clauses destinées à indemniser, fort imparfaitement il est vrai, la propriété foncière de la perte du privilège lucratif que lui conféraient la loi des céréales et les lois accessoires. 11 centralisait l'entretien des highways (routes départementales et (}e grande communication), et en déchargeait la propriété foncière. Par un changement dans les lois qui fixent le seulement ou domicile, il soulageait les districts agricoles d'une partie des taxes que le paupérisme met à leur charge. De plus, il assumait, au nom de r£tat, la totalité des frais de poursuites judiciaires qui sont en partie payés par les localités. Enfin, il proposait de faire jouir Tagriculture d'une faculté qui avait été réservée, jusqu'à ce jour, aux travaux d'utilité publique, celle de recevoir des prêts de l'État à de bonnes conditions. Toutes les fois qu'un propriétaire voudrait améliorer son patrimoine, et, en particulier, se livrer à une opération de desséche* ment, il s'adresserait aux commisscjjres des clôtures {incUh sure commissioners) ^ qui, moyennant des formalités simples, lui avanceraient de^ fonds de la trésorerie, lors môme que le bien serait frappé de substitution.

Ce plan, objet de l'admiration et des colères passionnées des partis, fut adopté, le 16 mai 1846, par la chambre des communes, à la majorité de quatre-vingt-dix-huit voix, trois cent vingt-sept contre deux cent vingt-neuf. A la chambre des lords, la première lecture, qui est de pure forme, fut faite le 18, après deux discours hostiles du duc de Richmond et de lord Stanley, chefs du parti protectioniste. La seconde lecture, toute décisive, fut autorisée par une majorité de quarante-sept voix. Enfin, le 29 juin, le corn^bill subissait triomphalement sa dernière épreuve. L'aristocratie anglaise était sauvée, mais sir Robert Peel restait enseveli dans sa victoire. En effet, il n'avait pu préserver sa patrie d'une révolution, et d'une révolution terrible, qu'en abandonnant ses amis politiques de quarante ans pour marcher avec les whigs et les radicaux. Porté au pouvoir, en 1841, avec la mission spéciale de combattre Yanti-corn-law-league, il en avait adopté toutes les idées. Une telle position n'était tenable que momentanément ; et,

le S9 jttin^ à la chambre des lords, le duc de Wellington vint annoncer, en quelques mots, que le ministère avait offert sa démission à Sa Majesté, et que celte démission avait été acceptée. Aux communes, sir Robert Peel fut plus eiplicite. Il fit à la cbambre un discours d'adieu, véritable testament politique, qu'il termina, après avoir promis aux vehigs sa franche coopération, par ces remarquables paroles : « Dans quelques heures, j'aurai déposé le pouvoir que j'ai gardé cinq ans. Je le déposerai sans peine, et je I me rappellerai plus vivement les marques de confiance que I vous m'avez données que votre opposition récente. Je quitte I le pouvoir avec un nom sévèrement blâmé par beaucoup d'hommes honorables, qui, par principe, regrettent profondément la dissolution des liens des partis, et cela, non , pa^ intérêt, mais parce qu'ils regardent la fidélité aux en- \ gagements et l'existence de forts liens de parti comme trèsutiles au bien public. Je laisserai un nom en horreur à tout monopoleur et à beaucoup d'hommes qui veulent le mono*pole non par des motifs honorables, mais par égoïsme. Mais I peutgêtre mon nom sera-t-il quelquefois répété avec des expressions de bienveillance dans les habitations modestes i où résident les hommes dont le lot est le travail, et qui I gagnent leur pain quotidien à la sueur de leur front. Peut-* I être prononceront-ils mon nom avec bonté, quand ils se I reposeront de leurs fatigues , en prenant une nourriture abondante d'autant plus douce, qu'elle ne leur rappellera I pas rinjustice de 1» législation. »

L'avenir ne devait pas tarder à prouver combien les ré- .clamations du peuple anglais étaient justes, et avec quelle sagacité sir Robert Peel avait calculé les moyens d'adoucir les souffrances d'une population affamée. Sous l'empire de l'ancienne législation, l'importation des céréales, en Angleterre, avait été, en 1839, de treize millions cent soixantecinq mille hectolitres, avec un prix de trente francs cinquante centimes l'hectolitre; pour la moyenne des cinq années suivantes, on trouve dix millions huit cent quatrevingt mille hectolitres à un prix d'environ vingt-huit francs. A partir de 1846, année de la réforme opérée par sir Ho-

420 CHAPITRE XKXVII.

bert Peel, mais réforme qui ne devait avoir tout son effet qu'au bout de trois ans, il est importé successivement, par année, quatorze, trente-quatre, puis vingt et un niillions d'hectolitres, et si le prix s'élève accidentellement très-haut en 1 b47 , par suite de la mauvaise récolte, on le voit retomber en 1848 à vingt et un francs soixante -quinze centimes, et enfin, en 1849, année qui inaugure la franchise à peu près complète des céréales , à dix-neuf francs cinquante centimes, avec une importation , pour les huit premiers mois seulement, de dix*sept millions cinq cent mille hectolitres.

En 1848, l'Angleterre a importé dix-sept millions cent quarante-sept mille hectolitres de grains, et sept cent cinquante quintaux métriques de farine; en 1849, trente et un millions trente-neuf mille hectolitres de grains, et deux millions six cent cinquante-trois mille quintaux métriques de farine , sans compter tout ce qui a été introduit de bétail, de fruits, de boissons, etc. Sir Robert Peel avait bien raison d'espérer que si son nom devait être maudit par les monopoleurs , il serait béni par tout le reste ^e la nation.

Rentrée de» nvhls» aux affaires (1940)^ abelliloii de Tactc de navigation (ftSdfl)) autonomie aceordée par r Angleterre à Bem eolonles (ft8ftO>

Lord John Russel était tombé en 1841, à la suite de ses tentatives infructueuses pour modifier les lois sur les cé« réaies; l'héritage de sir Robert Peel lui appartenait naturellement, ainsi que la glorieuse tâche de poursuivre Faccomplissement des idées de ce grand homme. Voici quelle fut la composition du nouveau cabinet :

Lord chancelier, lord Cottenham *.

Président du conseil^, le marquis de Lansdov^ne.

Lord du sceau privé, le comte de Minto.

Intérieur, sir George Grey.

1. Depuis 1850 seulement les fonctions de chancelier et de président de II chambre des lords sont distinctes.

2. On sait qu'en Angleterre le véritable chef du mini&tère n^est jamais le président du conseil, mais toujours le premier lord de la trésorerie.

Affaires étrangères, lord Palmerston.

Colonies, le comte Grey*.

Premier lord de la trésorerie (premier ministre), lord John Russel.

Chancelier de Téchiquier, M. Charles Wood.

Guerre, le très-honorable Fox Maule.

Chancelier du duché de Lancastre, lord Campbell. -

Payeur général, M. Macaulay.

Bois et forêts, le vicomte Morpeth.

Directeur des postes, le marquis de Clanricarde.

Bureau du commerce, le comte de Ciarendon.

Bureau du contrôle, sir John Hobhouse.

Premier secrétaire pour Flrlande, M. Labouchère.

Premier lord de Tamirauté, comte Auckland.

Juge-avocat, M. Charles Butler.

Comme on le voit, le nombre des ministres est infiniment plus considérable en Angleterre qu'en France.

La grande affaire de la nouvelle administration ce fut d'écouter les plaintes des nombreuses colonies de l'empire britannique et d'aviser aux moyens d'y faire droit. Ces colonies, depuis longtemps placées sous un régime d'exception, lavaient toujours, il est vrai, été soumises à de nombreuses ^restrictions pour leur commerce comme pour leur naviga- Ition ; mais, par une juste et naturelle compensation, elles avaient joui, jusqu'à ces derniers temps, non pas sans doute d'un monopole absolu , mais au moins de privilèges trèsimportants pour l'introduction de leurs denrées sur les marchés de la métropole. Or, ces prérogatives, considérées comme des droits en présence des devoirs imposés aux colons , avaient reçu de sir Robert Peel et de lord John Russel les plus rudes atteintes. Les deux coups les plus sensibles avaient été les dégrèvements effectués sur les céréales et les sucres de provenance étrangère ; les deux branches principales de la production coloniale se trouvaient ainsi menacées dans leur existence par une concurrence redoutable. Tout, d'ailleurs, semblait indiquer que le gouvernement

" 1 . Ne pas le confondre avec l'auteur da bill de réforme, mort peu de temps après sa sortie du ministère. Ils ne sont même pas parents.

britannique ne pourrait s'arrêter dans la voie de liberté commerciale où il était entré. Le maintien des droits différentiels en faveur de certaines provenances coloniales ne serait qu'une injustifiable anomalie, et le moment devait arriver où les produits étrangers seraient placés, à leur importation dans le royaume-uni , sur le même pied que les articles similaires de l'agriculture ou de l'industrie coloniale.

Les colonies n'avaient pas conçu l'espoir de lutter contre ce mouvement irrésistible : loin de là, elles poussaient l'Angleterre en avant dans la carrière des réformes, mais elles demandaient leur part des libéralités de la loi. Confiantes dans ce principe d'évidente justice que le retrait de leurs prérogatives devait entraîner de droit le retrait des charges dont elles étaient le prix, elles demandaient hautement à la métropole l'abolition immédiate des tarifs différentiels et des restrictions de toute sorte qui leur étaient imposés actuellement, tant pour le transport de leurs produits sous pavillon étranger que pour l'importation des objets nécessaires à leur consommation.

Lord John Russel était d'autant plus disposé à faire droit aux réclamations des colonies qu'il comptait bien ne pas s'arrêter dans la voie du free trade ou libre échange. Au mois de juin 1849, il obtint du parlement la révocation de ce fameux acte de navigation qui, en 1651, avait interdit à tout autre navire qu'à un navire anglais d'importer des produits de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique, et ne permettait à la marine des États européens que l'importation des produits du sol ou de l'industrie du pays auquel appartenait le navire. Cet acte, en forçant les Anglais à ne compter que sur leur marine pour se procurer les produits du monde entier, avait fait de cette marine la première du monde. Maintenant la concurrence n'était plus à redouter, et il fut déclaré qu'à partir du 1" janvier 1850, tous les navires étrangers seraient complètement assimilés aux navires anglais pour l'importation comme pour l'exportation de toute espèce de marchandises, soit coloniales, soit européennes. Enfin le vendredi , 1 ô février 1850, lord John Russel a présenté dans la chambre

des communes le projet de loi destiné à régler les destinées de rimmense empire colonial de la Grande-Bretagne. L'esprit fondamental de cette mesure peut être caractérisé e;i peu de mots : c'est la substitution, dans le gouvernement colonial, du système représentatif au système administratif; c'est la reconnaissance de ce qu'on peut très-bien appeler l'autonomie des colonies, et par conséquent, pour une époque plus ou moins rapprochée, le signal de leur émancipalion. La suprématie de la métropole est toujours maintenue en principe par la nomination directe des gouverneurs, par le droit de veto de la couronne ; mais un temps viendra nécessairement où ces derniers liens seront soit dénoués, soit coupés, et où les colonies, prenant à leur tour une personnalité, flotteront libres et indépendantes sur les grandes mers, comme les Ëtats-Unis d'Amérique.

Lord John Russel a cru devoir protester contre toute pensée d'abandonner aujourd'hui les colonies à elles-mêmes; mais c'est une pensée qui fait son chemin toute seule , et qui a de nombreux partisans jusqu'au sein de la métropole. Il s'est formé à Londres une association nouvelle sur le même plan et avec les mêmes éléments que la fameuse anticom-lawS'leaguej sous le nom de >« Société pour la réforme coloniale. » Cette société, dans laquelle figurent plusieurs pairs et un assez grand nombre de membres des communes, est en correspondance régulière avec toutes les colonies et a déjà pris de très-grands développements. Ce sont, sans nul doute , l'activité et l'unité qu'elle a imprimées aux réclamations des diverses colonies , qui ont forcé le gouvernement anglais à présenter son projet de loi. Du reste, la réforme coloniale était une conséquence rigoureusement nécessaire de la réforme commerciale. Du moment où l'Angleterre substituait au monopole de ses colonies le libre commerce avec le monde entier, elle était obligée de leur reconnaître le droit qu'elle prenait elle-même, celui de régler leur échange commercial selon leur intérêt particulier. Le nouveau bill n'est donc qu'une consécration de la réforme commerciale et un dernier coup porté aux protectionistes. Sous ce rapport , les anciens chefs de la ligue ont

4â4 CHAPITRE XXXVII.

bien su ce qu'ils faisaient en se mettant encore à la tête de Tassociation coloniale.

Les réformateurs ne demandent pas aujourd'hui la séparation des colonies et de la métropole. Ils demandent, pour toutes les colonies dont la population a été formée principalement d'émigrants de la Grande-Bretagne, la pleine liberté d'administrer leurs propres affaires, et dans cette catégorie ils rangent les colonies de l'Amérique du Nord, cellai de l'Afrique méridionale, celles de l'Australie, la terre de Van-Diémen , et la Nouvelle-Zélande. La société, par l'organe de son bureau, a déclaré « que, pour le présent, elle bornait là ses opérations. »

Ce qui prouverait, au besoin, que le mouvement de réforme a pris de sérieuses proportions, c'est que lord John Russel a adopté pour texte de son projet de loi les propositions mêmes de la nouvelle ligue. En ce qui concerne les colonies de l'Amérique du Nord, c'est-à-dire le Canada, la Nouvelle -Ecosse et le Nouveau-Brunswick, il y avait peu de chose à faire, car ces provinces jouissent en effet du gouvernement représentatif presque dans sa plénitude. Pour le cap de Bonne-Espérance , il y aura d'abord le gouverneur, comme représentant de la couronne ; puis deux chambres , dont la seule différence sera dans le chiffre du cens électoral. La chambre représentative durera cinq ans; la chambre législative, nommée par les électeurs d'un degré beaucoup plus élevé, durera huit ans, mais sera renouvelée par moitié tous les quatre ans. Dans les colonies de l'Australie, il n'y aura qu'une seule chambre, dont deux tiers nommés par des électeurs, l'autre tiers par le gouverneur. Mais cette assemblée aura elle-même le droit de décider si le système des deux chambres lui semble préférable, auquel cas la couronne ne ferait point usage de son veto. Pour la Nouvelle-Zélande le système représentatif ne commencera qu'en 1853.

Il faut rendre à l'Angleterre cette justice que partout où elle fonde des colonies, elle y porte avec elle les institutions libérales de la mère patrie. Elle peut dire à juste titre qu'elle prépare elle-même les colonies à l'indépendance : l'Ame-

rique du Nord en est un exemple ; et c'est un grand enseignement que ce passage si prompt de toute une nation d'une révolution à un gouvernement régulier et libre. C'est que les chartes accordées aux colonies d'Amérique par les rois d'Angleterre leur avaient donné depuis longtemps l'éduca* tion de la liberté ; et aujourd'hui encore il y a telle partie de l'Union, Rhode Island par exemple, qui a gardé la constitution que lui avait octroyée Charles 11.

Il n'est pas un homme politique en Angleterre qui ne soit préparé, dans un délai plus ou moins long, à la séparation des colonies et de la métropole, au détachement successif de ces pierreries du diadème britannique. Ce n'est qu'une affaire de temps, et c'e^Ie résultat naturel du progrès même des colonies. Mais, pour un peuple, le temps est long et le monde est vaste; et, dans tous les cas, c'est un honneur pour un pays que son premier ministre puisse dire, comme l'a si noblement dit lord John Russel : « Le temps viendra où nos colonies auront tellement grandi en richesse et en population qu'elles pourront dire : « Nous tt sommes assez fortes pour être libres ; le temps est venu de « revendiquer notre indépendance, en restant en paix avec « l'Angleterre. » Nous n'en sommes pas encore là; mais rendons-les, autant que possible, capables de se gouverner elles-mêmes; faisons qu'elles grandissent en force et en prospérité; et, quoi qu'il arrive, nous aurons la consolation de pouvoir nous dire que nous avons contribué au bonheur de l'humanité. »

L'Angleterre a bien des taches dans son histoire, mais cette grande politique qu'elle suit, surtout depuis Canning, efface bien des fautes. L'affranchissement des noirs, l'émancipation 9e l'Irlande catholique, la réforme parlementaire et électorale, la liberté commerciale, la liberté coloniale: voilà d'immenses bienfaits qui jettent un voile glorieux sur la tragique histoire des temps passés, sur la corruption qui signala les commencements du régime parlementaire, sur les iniquités commises par l'esprit merèantile. Voilà comment un peuple grandit et légitime son empire, comment de sages réformes préviennent les révolutions. Ce sera

426 chapithb xxxvii.

Féternel honneur du régime parlementaire anglais d'avoir ainsi progressivement et sans secousses , par la libre et publique discussion des affaires nationales , gagné toutes ces victoires qui ont profité à TAngleterre sans doute, mais qui profiteront aussi au monde, car ce ne sera pas impunément qu'aura été donné l'exemple de la liberté adoptée et sauvée dans la triple sphère de la politique , de la religion et de l'économie sociale.

L'homme qui avait le plus fait pour pousser sa patrie dans cette voie, et qui pouvait lui rendre encore d'immenses services, lui fut malheureusement enlevé par une mort prématurée. Le 2 juillet 1860, Robert Peel mourait à Londres des suites d'une chute de chev^^ Â la nouvelle de cet événement, la chambre des communes, contrairement à tous les précédents , leva sa séance sur la motion même de M. Hume, avec qui M. Peel s'était autrefois battu en duel. Le lendemain le Moming-Chronicle et le Globe parurent entourés de noir comme à la mort des princes du sang, et dans tous les ports des îles britanniques les navires hissèrent leurs pavillons à mi-mât en signe de deuil. La douleur fut universelle non-seulement en Angleterre, mais dans TËurope entière. £n France, TÀssemblée législative voulut, honneur qui n'avait jamais été accordé jusqu'à ce jour à un étranger, que mention fût faite de ses regrets sur le procès-verbal de ses séances. Qui donc en effet ne regretterait en Robert Peel ie bon génie dont l'influence tutélaire a sauvé la Grande- Bretagne et l'Irlande des plus terribles commotions? Qui ne réserverait son estime, comme son admiration pour cet homme qui eut toutes les vertus privées comme toutes les vertus publiques, et dont la modestie préféra pou|^ dernière demeure l'humble et paisible église de Drayton-Bassett, où reposaient ses pères, aux somptueux et bruyants tombeaux de Westminster? L'Angleterre reconnaissante a exprimé ses regrets sous mille formes. De tous les hommages, celui qui réjouira le plus profondément l'âme généreuse de Peel, ce sera certainement la fondation du gigantesque hôpital qui va porter son nom , et qui sera élevé par les offrandes de tous les partis, de toutes les classes, et notamment des pau-

vres ouvriers dont il a si puissamment allégé les souffrances. Nous voudrions qu'on y inscrivît, au-dessous de son nom : A rhomme^qui a su prévenir, par ses réformes, une révolution.

Des sclenee* , des lettres et des arts depuis l'aTénement de la maison de Hanovre Jusqu'en 1859.

Bacon , Locke et Newton , tels sont tes trois grands noms scientifiques de la période des Stuarts. Sous la maison de Hanovre nous ne retrouverons plus de tels génies ; cependant TAngleterre et surtout TÉcosse nous révélm^ont encore l'heureuse aptitude de leurs habitants pour les sciences philosophiques. «

Adversaire du sensualisme de Locke et récusant le témoignage des sens, Berklet (mort en 1753^) pousse l'idéalisme jusqu'à nier l'existence des corps. La difficulté de choisir entre deux doctrines si contraires précipite quelques esprits supérieurs dans le scepticisme. Le célèbre Hume (1776) est de ce nombre , mais il admet un sentiment moral particulier, sur lequel il fonde la science du juste et de l'injuste. Le scepticisme de Hume devait trouver de nombreux adversaires, notamment dans Pricb(1791) qui fait dériver de l'entendement les idées du bien et du m>al, et dans Reid (1796), le père de la philosophie écossaise. Dugàld-Stewart , le plus illustre disciple de Reid, prend le sens commun çoxxTcrite^ rium , et pense avoir ainsi placé la métaphysique au niveau des sciences pratiques. A la même époque, l'Anglais Ben- THAH (1822) donne pour principe à la législation et à la morale Y utilité, et TËcossais Adam Smith (1790) popularise une science nouvelle, Téconomie politique, si utile àl'homme pour lui bien faire apprécier ses véritables besoins matériels et )ps moyens d y satisfaire.

Parmi les astronomes, nous citerons Halley (1742) et Herschell (1822); parmi les physiciens , WoUaston (1828) et

1. Toutes les dates que l'on trouvera dans ce paragraphe , sont celles de la mort des personnages dont elles suivent le nom. Pour c«tie question , nous ne donnons qu'une table des matières; car elle sera traitée avec autorité et talent dans un des volumes de notre collection, V Histoire de la Littérature anglaise de M. Philarète Chasles.

Davy (1829); parmi les médecins, l'Écossais Jenner( 1833) qui, à la fin du xviir siècle, pratique et propage la vacciné. Nous avons déjà nommé les principaux mécaiyciens auxquels TÂngleterre doit le prodigieux essor de son industrie, mais nous rappellerons encore ici Watt (1819), qui eut la gloire d'exécuter ce que Papin, dès la fin du xvn' siècle, avait trouvé.

Si le xvi" et le xvir siècle, illustrés par Shakspere et Milton, furent le triomphe de la poésie anglaise, le xvm* a été plus spécialement l'époque des grands prosateurs. Car nous serions tentés de mettre Pope (1744) au rang des prosateurs. C'est en effet un grand écrivain : mais est-ce un grand poète ? Au règne des premiers rois hanovriens correspond l'âge d'or de la prose anglaise. On peut distinguer dans ce^tte prose cinq genres principaux de style ri"* Le style historique dont la tradition, en Angleterre, remonte à Clarendon, et dont les monuments les plus classiques sont les grandes compositions de Hume (1776) et de Robertson (1793). La manière de Gibbon (1794) et de Roscoe (1831) s'éloigne déjà du type classique et sévère qui disparaît dans les œuvres des écrivains plus récents, Mitford et Hallam, et qui semble se fixer de nouveau dans celui de Lingard (1852). Le génie historique ne brille pas moins chez les Anglais que le génie philosophique , et nous pouvons citer en première ligne, au xix* siècle, Macaulay et Mackintosh. ^'^ Le style philosophique f inauguré par Hobbes (1680), mais dont le type pur se montre dans le livre admirable de Locke (1704), ï Essai sur l'entendement. Ce style a pénétré toute l'école philosophique écossaise; il règne en Angleterre dans les livres métaphysiques, dans les ouvrages scientifiques, dans les traités économiques. Comme style métaphysique , il faut citer pour exemple le genre sévère et pur de Reid, surtput de Ferguson (1816) et de Dugald-Stewart. Celui d'Adam Smith se montre encore dans les livres nombreux que produit chaque jour rèconomie politique. — On peut ranger dans les variétés du style philosophique , le style des écrivains moralistes et critiques, dont les Essais sur divers sujets de morale, de politique et de littérature, tiennent un

rang si distingué dans la littérature anglaise et forment un genre national en tète* duquel brillent au xviir siècle Àddison (1719).et Steele (1729), au xix* M. Macaulay, le rédacteur le plus éminent de la Revue d'Edimbourg. De nos jours les Reviewers ont remplacé les Easayists. — Le style scientifique a été fixé par Newton (1727), et il s'est montré sous cette forme dans les livres scientifiques de Black (1799) , de Crawford (1795), de Hutton (1797) et de Playfair (1819). Plus encore que les géologues et les astronomes anglais, qui ont trop d'imagination, et plus que le chimiste Thompson (1804), sir Humphry Davy (1 829) et le docteur Young ( 1 800) nous en montrent des modèles tout à fait classiques. 3"" Le style évan^ gélique^ qui a marqué de son empreinte une énorme quantité de livres en Angleterre. On en trouve un exemple très-pur dans les ouvrages deBlair (1783), de Tillotson (1694) et surtout de Paley (1805). 4° Le style parlementaire , qui est un des plus beaux titres de gloire de Tempire britannique. On ytrouve représentés tous les genres, depuis le langage simple et précis des hommes d'affaires, depuis les discours sans phrases, sans emportements, et toujours strictement dans la question, de W. Pitt etde Peel, jusqu'au langage philosophique de Burke, jusqu'aux accents véhéments de lord Chatham et de Fox, jusqu'à la fine raillerie de Sheridan et de Canning, jusqu'à l'abondance intarissable, jusqu'à la verve poétique et déclamatoire des orateurs irlandais tels que Curran, Grattan, O'Connell et Sheil. 5" Enfin nous ne pouvons passer sous silence le style romanesque qui a produit tant de chefsd'œuvre dans la prose anglaise , et qu'on peut diviser en quatre classes : V le genre des compositions de Richardson (1761) {Clarisse Harlowe, etc.), et de Fielding (1764) {Tom Jones , etc.) , style pur, correct et émouvant sans apparence d'art; 2° le genre des compositions de Smollett (1771) (/?oderik Random, etc.) et de Sterne (1768) {Tristram Shandy et le Sentimental Journey), genre spirituel, mélange de comique et de sentiment; 3" le genre de Goldsmith(1774) {Vicar of Wakefield) et de Mackenzie (1831) [Man of feeling), genre gracieux, moralisant et attendrissant; 4° le genre d'Anne Radcliffe(1823), deGodwin (1836) et de Lewis (18»»^

430 CHAPITRE XXXVn. VICTORIA (1837).

genre descriptif sombre , et décoré d'une métaphysique horrible. Quant h Rasselas de Samuef Johnson (1784) et aux romans historiques de Wâlter Scott (1832) , ils forment des classes nouvelles et tout à fait distinctes de celles qui viennent d'être énumérées.

Le XIX* siècle anglais, au point de vue littéraire, n'a guère encore que trois noms : Walter Scott, Thomas Moore (1852) et Byron (1824); mais ils suffiraient, fussent-i seuls, à lui faire prendre un rang glorieux.

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