‹ Histoire d'AngleterreChapitre 21 sur 70 · GOUVERNEMEN '.V ADMINISTRATION; SITUATION ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

GOUVERNEMEN '.V ADMINISTRATION; SITUATION ÉCONOMIQUE

ÉTAT moral; COLONIES.

Après avoir raconté la vie passée de TAn^leterre , nous voudrions montrer quelle est sa situation présente, en quelques pages substantielles , résumé de beaucoup de livres et de documents*. Qu'on nous pardonne d'y mettre un grand nombre de chiffres : les chiffres ont leur éloquence , et dans ce livre ils donneront la couleur locale. L'Angleterre , en effet, est par excellence le pays des enquêtes et de la statistique. Que d'Anglais, et des mieux rentes, des plus actifs, n'ont jamais lu d'autre livre que leur Barème l Nous diviserons ce tableau en quatre sections i

1* La situation politique, ou le gouvernement et l'administration ;

2° La situation économique, ou la population, la produc* lion , les échanges , les finances , la consommation et le ca* pital national ;

1. La plupart des chiffres qu'on trouvera dans les pages suivantes sont extraits de l'ouvrage de M. Porter, membre correspondant de l'institut de Fjance, et le plus éminent des économistes et des slaiisiiciens de la Grande-Bretagne. Toat le monde lui emprunte, car il est la soarne la plus abondante ; mais souvent on le laii sans même le nommer ; ce n'est pas notre usage. Nous avons suivi la dernière édition de son livre , The. progress of nation^ un volume de 843 pages. Il nous eût éié impo^Mble de choisir un guide plus sûr et des documents plus récents. Le livre de M. Porter, publié en janvier !85l, ne pouvait contenir les résultats du recensement décennal exécuté en 1851, ni les résultais commerciaux et industriels de celte année : nous avons dû les chercher ailleurs, dans VAunuaire de Véconomie politiijiue et de la statistique pour 1852, dans le British almanac for t852, etc. Nous nous sommes aussi servi de V Annuaire delà Revue des Deux-Mondes^ de VEngland as it is ^ political , socinland industrial, in the rniddle of the niueteenth century de M. Jonnston , bien que l'auteur de ce dernier livre se place à un point de vue qui ne nous semble pas le véritable, enfin de tous les documents officiels que nous avons pu nous procurer. Voir aussi l'ouvrage, un peu vieilli, de Pablo-Pebrer ; celui de M'Culloch, Treatise on taxation; Doubleoay, Financial history; Alison, England in |8t5 and 1845, etc.

3"* L'état moral , ou la criminalité , Tinstruction , les mœurs ; A"" Les colonies.

GOUVERNEMENT ET ABSIINISTRATION.

DU GOUVERNEMENT. — DES PARTIS POLITIQUES. — ÉGLISE ANGLICANE 00 HAUTE ÉGLISE ÉPISGOPALE. — ORGANISATION JUDICIAIRE. — ADMINISTRA- TION. — ORGANISATION MILITAIRE.

T Du souTernement.

L'Angleterre n'est point démocratique ; elle n'est guère davantage monarchique; c'est en réalité un pays exclusivement aristocratique*. Sans doute Montesquieu et Black* stone ont admiré dans le gouvernement anglais un gouvernement où tous les pouvoirs qui le composent se tiennent mutuellement en échec. Mais, malgré le respect qu'inspirent de tels noms, il est impossible de ne pas se rendre à l'évidence ; il est impossible de ne pas reconnaître que la chambre des communes qui est censée représenter le peuple, que la royauté qui passe pour vivre de sa vie propre, ne sont toutes deux que des instruments plus ou moins dociles aux mains de l'aristocratie.

Bentham est le premier qui ait entrevu que la chambre des communes ne différait pas essentiellement de la chambre des lords. En 1833, M. Bulwer disait: « Ne confondes pas la chambre des lords, qui est une partie de Varistocra-tie, avec l'aristocratie elle-même. 11 y a autant d'aristocratie dans la chambre des communes que dans la chambre des lords. » Un an plus tard, M. Senior, dans une brochure qui eut un grand retentissement, écrivait ces lignes rema^ quables : « On a dit que l'indépendance mutuelle des deux

4, ï^éop Faucher, Étudet mr l'Angleterre,

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diambres était de Tessence de nos institutions; je réponds qae depuis Tépoque où le gouvernement parlementaire est devenu la constitution réelle du pays, à la place du gouvernement monarchique , une telle indépendance n'a jamais existé. Les (ords ont été en fait indépendants des communes, par(7& ^«^6 les communes ont été dépendantes des lords. ^>

Dans la pratique des institutions anglaises, Télection n'a été, jusqu'à présent, qu'une sorte de baptême populaire donné à certains membres de l'aristocratie. Mais, avant le bill de réforme, l'aristocratie présentait, et, par les bourgs pourris, nommait les candidats; aujourd'hui, c'est encore elle qui les présente, mais ce n'est plus elle qui les nomme, l^acle de réforme a supprimé cinquante- six bourgs pourris ; et trente-six autres bourgs, qui élisaient deux députés chacun, ont été réduits à une seule nominatioû. Mais ce ique l'aristocratie foncière a perdu dans les villes, elle l'are- IPgné dans les comtés ; d'abord, par le nombre des dé- Joutes qui a été augmenté de trente -deux, et ensuite par laddition des fermiers aux listes électorales. Au lieu donc de nommer elle-même les membres des communes , elle les fait nommer^désormais, pour la plus grande partie, par I6S clients dans les villes, et, dans les comtés, par ses vastaux. 11 n'y a donc de changé que la forme de la nomination. En 1842, la chambre des communes renfermait deux <!ent cinq membres qui appartenaient de près ou de loin tux familles des pairs du royaume ; et, sur les six cent cinquante-huit membres que comptait cette assemblée, on ^n trouvait à peine deux cents qui n'eussent ni titres , ni iplaces, ni pensions, ni patronages d'Église. C'est ce qui explique comment, neuf années après la promulgation de l'acte de réforme, le parti tory pouvait disposer d'une majorité de cent voix.

Ainsi, l'aristocratie est représentée en Angleterre par les deux chambres. Mais quand elle .n'aurait pas d'autre expression dans l'État que la chambre des lords, que cette chambre si puissante à la fois et comme corps politique et comme tribunal suprême, elle obtiendrait encore une prépondérance très-décidée. « Il n'y a point de liberté, a dit Il 25

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Montesquieu, si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative. »

La constitution britannique admet néanmoins cette confusion des pouvoirs. La chambre des lords n'a pas seule* ment, comme autrefois la chambre des pairs en France, la prérogative, qu'elle ne partage avec personne, de juger les ministres accusés par la chambre des communes, et de prononcer sur les accusations de haute trahison. Outre ces cas extraordinaires, la chambre haute est régulièrement coa<* stituée en tribunal suprême , en cour d'appel et de cassa« tion pour les trois royaumes. C'est à elle qu'il appartient de rectifier les erreurs ou de réparer les injustices qui pou^ raient avoir été commises par les cours et tribunaux d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande; c'est elle qui interprète et par conséquent qui fixe la loi.

Lorsque telle est la toute-puissance de Taristocratie, comment la royauté pourrait-elle soutenir la lutte? Sans doute la royauté est théoriquement héréditaire; mais l'histoiro montre que les dynasties en Angleterre ont toujours él4 électives, et que l'élection a constamment dépendu de la chambre des lords. D'ailleurs la royauté elle-même a le ses** timent de sa faiblesse. En Angleterre, la session parlemeo* taire s'ouvre dans la chambre des lords, à la barre de la-*, quelle comparaît humblement la chambre des communes* C'est aussi dans l'enceinte de la chambre haute « que la royauté ou les commissaires qui la représentent viennent donner la sanction aux lois. Les formes constitutionnelles rappellent ainsi constamment au souverain, qu'il fait partie du corps aristocratique, et que Taristocratie le tient fin quelque sorte dans sa dépendance.

Il faut partir de l'inégalité comme d'un principe universel, pour comprendre l'Angleterre; de même que pour comprendre la France, il ne faut jamais perdre de vue les exigences de l'égalité. L'inégalité est flagrante dans l'empire | britannique, entre les royaumes dont il se compose, et, dans chaque royaume, entre les diverses classes de la po* pulation. Le peuple anglais, le plus fort, s'est fait la part du lion ; l'Ëcossais a été admis dans l'association, à titre de

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iQbordonûé et d'auxiliaire; Tlrlandais a été traité en peuple conquis. C'est ainsi que TAngleterre et le pays de Galles tjant dans la chambre des communes élu, au mois d'août 1847, cinq cents députés, TÉcosse, eu égard à sa pOpu** htion, devait en envoyer quatre-vingt-deux, et n'en a que cinquante-trois; TIrlande deux cent cinquante-six, «t n'en a que cent cinq. L'Irlande et l'Ecosse ont d'autres juges et supportent d'autres impôts que l'Angleterre. L'Irliûde, en particulier, est administrée plutôt comme une dépendance que comme une partie intégrante du royaume^ uni. Il y a, dans le cabinet, un secrétaire d'Ëtat chargé ipécialement des affaires de l'Irlande , à peu près au même fitre que le président du bureau de contrôle gouverne riude, et que le ministre des colonies gouverne les pos-^ sessions africaines , les Antilles ou le Canada. L'autorité loyale a été, en outre ^ représentée jusqu'à ce moment en JMdode par un vice^roi ou lord lieutenant , qu'il est forte^ ttent question de supprimer, et qui a sous ses ordres un tord chancelier, un conseil, en un mot tout le personnel Qui serait nécessaire dans une possession très^iointaine. Quant à l'Ecosse, qui est plus étroitement liée à la cou- Kmne, elle a cependant, sous une forme moins solennelle^ une sorte de vic&-roi dans la personne du lord avocat, chef du ministère public, qui dispose du patronage judiciaire, lit auquel le cabinet confie le soin des affaires écossaises 'dans la chambre des communes.

Tout comme l'Angleterre exploite les deux royaumes attachés plutôt qu'associés à sa destinée, la classe supérieure, en Angleterre, ne voit dans les classes placées au-dessous d'elle que des instruments nécessaires de sa grandeur. Par le droit de primogéniture combiné avec les substitutions, ràristocratie possède le sol à perpétuité ; la possession du sol lui donne l'influence politique ; et l'influence politique lui fournit le moyen de pourvoir les membres puînés des grandes familles, qui sont exclus, par les lois, de l'héritage immobilier. Il y a donc comme deux branches dans l'aristocratie : la branche af née, qui est directement organisée en pouvoir de TËtat , composant presque à elle seule la chambre

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des lords, maltresse de la propriété foncière , et , à titre de propriétaire, disposant de la moitié des bénéfices ecclésiastiques; et la branche cadette, à laquelle on réserve les grades dans Farmée, les places ou commissions lucratives dans les colonies, et les fonctions dans l'État. Or, s'il y a en Angleterre beaucoup de fonctions gratuites, il en existe aussi de très-largement rétribuées. Le vice-roi d'Irlande touche quatre cent mille francs; le chancelier d'Angleterre, qui cependant est toujours un commoner^ trois cent mille francs; le grand juge du banc de la reine deux cent mille francs; le maître des rôles, cent mille francs; le principal commissaire du bureau des pauvres, cinquante mille francs, etc. Il est vrai qu'il est question d'opérer certaines réductions et de ne plus donner notamment que deux cent mille francs au chancelier et cent soixante-quinze mille francs au grand juge.

Quant à la branche aînée , nous dirons qu'il y avait en 1835 dix-huit propriétaires réunissant une étendue * biens territoriaux qui donnent annuellement un revenu trente-huit à trente-neuf millions de francs; chacun d'eux, terme moyen, possédait beaucoup plus d'un million et d de rente*. Le duc de Northumberîand a trois millions cent mille francs de rente; le duc de Devonshire, de millions huit cent quatre-vingt mille francs; les ducs Rutland, de Bedford (frère aîné de lord John Russel), Norfolk, de Marlborough, le marquis de Buckingham, tous plus de deux millions de rente. En Irlande, où journée de travail ne s'élève pas à un franc vingt-cinq o times, lord Coùrtenay a neuf cent douze mille francs rente. Dans le seul comté de Limmerick il possède étendue de dix-sept mille hectares. La duchesse de Sutb land possède en Ecosse quatre cent mille hectares ou cent soixante-huit kilomètres carrés, équivalant à l'un nos départements entier. En 1817, le comte de CholmondI a vendu une terre de vingt mille hectares pour quarani huit millions sept cent cinquante mille francs. Les proprié sont tellement grandes non-seulement en Irlande et Ecosse, mais même dans le midi de l'Angleterre où le \»

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