‹ Histoire d'AngleterreChapitre 24 sur 70 · Sir. Francis Head» Retue britanniquef iSSl · texte numérisé non relu

Sir. Francis Head» Retue britanniquef iSSl

GOUVERNBIIBRT ET ADMINISTRATION. 465

que les jeuaes gens les plus riches qui puissent acheter des commissions, peut recevoir à 16 ans remploi d'enseigne, qu'il a dû auparavant demander; il est instruit pendant quatre mois avec toutes sortes d'égards par un sergent; puis il achète un emploi supérieur, après que Tintervalle de temps fixé pour chaque grade est écoulé , ou qu'une dis-* pense a été obtenue, ce qui est très-^facile. La loi exige quatre ans de services effectifs pour devenir capitaine. Le jeune officier vend alors sa première commission , et ne la cède à un officier d'un autre régiment que s'il ne trouve pas d'acquéreur dans le sien. Le prix des emplois varie selon la fortune des prétendants , la situation personnelle du régiment, les colonies où il est envoyé, et les chances d'avancement. Dans les régiments des gardes les commissions sont d'un prix plus élevé que dans les régiments de ligne. Un grade y vaut parfois plusieurs centaines de mille francs; une commission de capitaine dans la ligne vaut rarement moins de dû 000 francs.

La solde des officiers est proportionnée à la solde des soldats ; elle varie selon que le régiment reste en Angleterre ou va aux colonies et aux Indes. Voici le tableau de la solde des officiers dans ces deux cas :

En Angleterre. Aux colonies.

L'enseigne ou sous-lieutenant reçoit 2 500 fr. 5 500 fr.

Le lieutenant 3 SOO 6 800

Lecapitaine 5200 10200

Le major 7 000 18 000

Le lieutenant-coIônel 10 000 27 000

Le colonel n'a pas une solde fixe. Il est propriétaire ou administrateur de son régiment; il reçoit du gouvernement une certaine somme pour l'entretenir et le tenir au complet, et obtient de ses fournisseurs une remise qui vaut environ 25000 fr. en Angleterre, et plus du double dans l'Inde et dans les colonies. Comme ils sont généralement très-riches, ils mettent un certain amour-propre à l'entretien de leur régiment. On en a vu dépenser de leur bourse pour donner à leurs cavaliers des chevaux d'élite.

La hiérarchie militaire , de rigueur dans le service, dispa-

466 CHAPITRE XXXTUI.

rait, hors du service, devant la hiérarchie nabiliaire , ce qui n*empéche pas les officiers de vivre sur uu pied parfoii d'égalité qu'ils ont organisé en système au moyen de la masse. La ma$se ( the mess) est la contribution commaae et égale que doit payer tout officier, de quelque grade qu'il soit, pour subvenir aux frais de logement, de nourriture et de table. Ils mangent ensemble et ne s'en dispensent qu'avec de grandes difficultés. La table est somptueuse, comme on sait que l'aiment les Anglais. Ils y dépensent beaucoup , ce qui nécessite une assez grande fortune; mais tout s'y passe convenablement, chacun occupant à son tour la présidence pendant une semaine. On y parle peu ou point de l'armée. C'est un salon de bonne compagnie où l'ivresse est proscrite comme étant le vice du soldat. L'officier qui a compromis sa dignité de gentleman est aussi bien mir en jugement que celui qui a manqué à ses fonctions mi* Utaires.

Aussi comprend'On facilement la ligne de démarcation infranchissable qui sépare l'officier du soldat. Les règlements eux-mêmes la consacrent. Un lieutenant fut cassé: par un conseil de guerre pour avoir reçu deux sergents a dîner chez lui. L'officier apprécie et respecte le sous-officier, mais la moindre familiarité compromettrait son rang et sa dignité.

Lorsqu'un sous-officier est nommé enseigne, ce qui arrive bien rarement, quelquefois pour une action d'éclat, il se trouve réduit, pour ainsi dire, à l'état de paria, ne pouvant plus parler à ses anciens amis, et traité froidement par ses nouveaux collègues , dont il ne peut pas , la plupart du temps, partager les dépenses; aussi le soldat n'ambitionnet-il le grade d'officier que pour s'aller faire oublier aui Indes et y amasser une fortune honnête.

11 y a dans l'armée anglaise trois grades seulement qui ne s'achètent pas : celui de major général, qui équivaut, en France , à celui de général de brigade ; celui de lieutenan* général et celui de maréchal. Ces trois grades sont conférés par le souverain pour sei'vices rendus au pays, et on n'y arrive que dans un âge très-avancé. Après ces grades , et im-

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«lédiatement au-dessus de celui de colonel , vient celui de Irigadier général , qui se peut également acheter. Une staliBlique récente nous donne ainsi l'âge des officiers généraux 4e l'armée anglaise : *

Ze maréchal duc de Wellington, commandant en chef. . 81 ans et demi. l<s généraux (dont lord Anglesea, grand maître octogé-

nalre de rariillerie) de 88 ans à 68.

les lieutenants-généraux de 75 ans à 62.

tes majors-généraux de 70 ans à 61 .

Il y a quelque temps, Tàge moyen de 14 officiers généraux Dçais de notre armée d'Afrique était de 43 ans et demi. Telle est la composition de Tarmée anglaise : des vieilds pour la commander. Pour commander sous eux des fficiers, gradés par leur fortune ou par leurs intrigues, occupant beaucoup d'agréables réunions et peu des maœuvres militaires. Pour obéir, des soldats retenus au service le bien-être matériel, soumis à la plus rude discipline sans occasion d'acquérir la véritable instruction militaire, le souverain est, en Angleterre, le chef suprême de Tarée. Mais pour qu'il ne puisse abuser de ce pouvoir , c'est parlement qui, chaque année, lui accorde le droit de nir l'armée par le moyen d'une loi connue sous le nom mutiny act, qui, à chaque session, renouvelle au souvettin ses pouvoirs pour rassembler les troupes, commispionner les officiers, organiser la discipline comme il l'ennd, et réprimer la mutinerie des soldats. 11 peut instituer s cours martiales qui jugent leurs crimes; il a même le ^it de forcer les officiers à se démettre de leurs commissions. Malgré cela, le souverain de l'Angleterre est le moins militaire de tous les princes, et de même que les fêtes anglaises se passent sans soldats, le roi y vit sans revues et sans parades. Dans un pays où la loi est tout, on n'aimeiRait pas à voir le chef de l'État sans cesse une épée au cêté. iu-dessous du roi et sous son autorité immédiate, deux hauts fonctionnaires se partagent la haute direction de Farmée de terre : le commandant en chef chargé du personnel et de la discipline, qui a l'exercice réel de presque toutes les prérogatives royales (le souverain se contentant îi 26

468 CHAPITRE XXXVlll.

d'ordinaire de sanctionner ses actes}» et le secrétaire d'Êttl de la guerre, qui réunit dans ses attributions rorgsnitttiûÊ et les mouvements des troupes, l'administration et le ton^ riel.

L'armée anglaise comprend, à proprement parler, iroit armées.

1* L'armée de l'intérieur qui comptait en 1851 :

En Angleterre et en Ecosse 38 843 hommes.

En Irlande 24005 »

2" L'armée occupée aux stations et aux colonies comptait :

En Europe et dans la Méditerranée 7 915 hommes.

En Asie 30 467 »

En Afrique 3703 »

En Amérique, aux Antilles et aux colonies . 1 9 835 »

La troisième armée est celle des Indes orientales, ent tenue aux frais d'une compagnie de 357d actionnaire qui comptait, en 1851, outre 20000 hommes de troaj nationales, 180000 indigènes, destinés à contenir une pulation de 80000000 de sujets immédiats et de 3511 millions de vassaux. Il est inutile de mentionner ce noi ' dans le chiffre de l'armée anglaise, puisque ces soldaUJ peuvent être détournés de leur destination.

On compte en outre dans les trois royaumes unis :

30000 pensionnaires ou invalides enrégimentés;

8000 ouvriers des arsenaux de marine exercés de temps à autre) 13400 hommes de yeonianry;

4 700 hommes de milice bien organisée dans les Iles de la Hanche|

et au besoin, dans les cas graves, une milice levée sur la surface du royaume, qui peut aller à 40000 homi

L'armée anglaise comprend 110 régiments d'infanterii 25 de cavalerie ; ceux-ci étaient jadis au nombre de

ais l'un d'entre eux, cassé pour un acte de làchel • siècle, n'a pas été rétabli. Il y a en outre 8 régii

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dQ$ gardas de la reine, dont 3 d'infanterie et 5 de cavalerie (hor9e^çmr^)y dont nous mentionnerons plus loin les privilèges. Les régiments anglais sont moins nombreux que les nôtres, lis ne sont qu'à dix compagnies, comptant chacune ô sergents et 75 caporaux ou soldiats, ce qui fait un total d^ 800 hommes. Par compensation, le cadre des officiers, est bien plus rempli que chez nous; on y trouve, sans parler des officiers absents ou à demi-solde : 1 colonel;

1 lieutenant-colonel;

2 majors; 10 capitaines;

13 lieutenants, dont un adjudant instructeur; 9 enseignes ou sous-lieutenants; 1 quartier-maitre ; 1 payeur.

Puis viennent le sergent'^major, les 5 sergents, les caporaux, les soldats.

Aux colonies et dans Tlnde, les régiments sont portés à environ 1050 hommes, et comptent un lieutenant-colonel et 10 lieutenants de plus.

Examinons maintenant les divers corps de l'armée anglaise.

Les officiers d'état^major ou du staffs sont plutôt en général d'habiles cavaliers formés aux exercices éminemment britanniques du sport que des officiers habiles et intelligents, capables de bien seconder les généraux, soit dans les comptes qu'il faut rendre, soit dans les reconnaissances qu'il faut faire. Plus zélés qu'expérimentés, ils sont loin de va* lôir les officiers d'état-major français. Il suffit, pour être admis dans le corps, d'un examen superficiel, l'unique condition pour y entrer étant d'avoir passé un certain temps dans des régiments de différentes armes.

Dans la guerre d'Espagne, en 1812, aux sièges de Badajoz, de Ciudad Rodrigo et de Burgos, l'armée anglaise ne comptait pas un seul mineur ni un seul sapeur; on fut obligé d'employer à cet effet des soldats d'infanterie, et leurs officiers servirent d'ingénieurs. En 1810, l'armée de

460 CflAPITRE XXXVIII.

Portugal comptait 16 officiers du génie et 29 ouvriers militaires royaux dépourvus d'outils et n'ayant aucune idée da service de campagne. Wellington fut obligé d'improviser un corps du génie tout à fait insuffisant. Depuis lors, il mit tous ses soins à en faire un corps régulier; et il parut y réussir , mais le matériel ne tarda pas à être désorganisé après l'évacuation du territoire français par les étrangers.! Expérience et matériel, tout manque donc aux Anglais sm^ ce point. Ils n'ont ni un système de campagne régulier, un seul modèle de fourgons uniformes, pas de métho( pour le placement des outils, pas de chevaux de trait, conducteurs, ni règlements de service. La seule cb( qu'ils sachent, c'est jeter un pont sur une rivière avec pontons amenés au bord de l'eau. Quant aux fortificatioi c'est à peine s'il y en a en Angleterre, à Chatham, à Pi mouth, à Portsmouth et dans quelques autres villes : conception et l'exécution n'en sont pas très-habiles, elles sont entretenues avec soin.

L'artillerie de l'armée de terre est dans une situation leure. De 1794 à 1814, aucune artillerie européetine ne était silpérieure pour l'organisation matérielle, la rapi( des évolutions et la justesse du tir. Après la paix de 181 des réductions économiques vinrent la désorganiser; ai aujourd'hui, pendant que l'armée belge peut disposer 84 bouches à feu, l'armée prussienne de 492, l'armée rt de 1020, l'armée française de 3760, dont 500 pièces attelc l'armée anglaise ne compte que quarante pièces atteU dont le tiers est occupé en Irlande. Ce ne sont pas les nous qui manquent, mais les chevaux; les pièces sont aï bonnes en Angleterre qu'en France; le peu qu'ils en sont meilleures que les nôtres et mieux tenues ; l'att anglais est mieux peint, mieux soigné, mieux poli, mais lourd que le nôtre. Officiers et canonniers sont du exercés avec soin et manœuvrent régulièrement plusi( heures par jour. Les officiers n'achètent point leurs ce missions : ils sont nommés, les deux tiers par avance t par droit d'ancienneté, l'autre tiers au choix du soi

iin, ou plutôt du commandant en chef de Tannée.

ces derniers sont les élèves sortant de l'école spéciale du génie et de rarlillerie établie à Woolwich, où se trouve aussi réunie dans un magnifique arsenal toute Tartillerie de terre. Chaque année, cent jeunes gens y entrent pour trois ans, après un examen superficiel où la théorie est presque entièrement sacrifiée à la pratique ; ils y étudient la physique, la chimie, le dessin, la géométrie descriptive, la levée des plans, peu ou point de mathématiques pures, mais «ont en revanche occupés sur le terrain qu'on leur fait remuer. Comme ils sont presque toujours employés hors de TAngleterre, les jeunes gens riches se soucient peu d'entrer dans ce corps ; ils abandonnent volontiers la carrière aux enfants de familles honorables mais peu riches, qui trouvent une compensation à un avancement toujours lent, dans une paye élevée qui est le double de la paye des officiers des corps ordinaires.

La cavalerie anglaise est supérieurement montée : on sait que certains colonels n'hésitent pas à prendre sur leur propre fortune pour équiper leur régiment, mais par cela même ses chevaux sont peut-être délicats, et elle ne rendrait probablement pas dans une longue campagne tous les services qu'on obtiendrait d'une cavalerie moins belle.

On n'a pas à faire le même reproche au fantassin anglais : il résiste parfaitement au choc; s'il attaque avec moins d'impétuosité, il reste plus ferme à son poste. 11 est assez adroit tireur, car il va chaque semaine aux exercices à la cible, où il est encouragé par des récompenses; il y a même acquis une certaine supériorité, puisqu'on l'a vu en Espagne et à Waterloo combattre avec avantage sur deux rangs contre nos soldats qui en avaient trois. Cependant l'Angleterre n'a encore aucun corps à opposer à nos bataillons de chasseurs de Vincennes.

Nous verrons plus loin que l'armée anglaise est bien plus lente dans ses opérations que l'armée française, car n'ayan pas d'intendance, elle est forcée de traîner derrière elle son attirail d'approvisionnements de toutes sortes. Il en résulte qu'habitué à marcher lentement, le soldat anglais ne sait pas marcher; c'est cependant avec les jambes plus en^

462 CBAFITRE XXXYtlI.

core qu'avec les bras que les victoires se gagnent. En ouir« le soldat anglais ne se bat pas volontiers à jeun, et une d«9 graves préoccupations de ses généraux, c'est de le bien no\u<rir ; il faut que son bissac soit bien garni, car c'est dans le bissac, dit spirituellement sir Francis Head, qu'est en grande partie le courage du soldat anglais. Le général Foy avait déjà fait cette remarque dans son histoire des guerres delà péninsule, en ^joutani par contre, que c'était presque to\h jours à jeun que l'armée française avait gagné ses victoire, la rapidité des mouvements au moment décisif ne lai^ sant pas le temps aux vivres d'arriver ou d'être distribué)* Le soldat anglais, il faut le dire, est une machina qui m marche bien que quand elle est bien graissée. À forc« di faire l'exercice, il s'y forme, et le vétéran le fait comioi une fonction naturelle; son engagement est pour la vie; 3 vit soldat et restera soldat; le Français au contraire, quitta le service aussitôt qu'il a fini son temps, aussi les sousH)fficiers se renouvellent^Is constamment, et ce mouvement empêche Tennui de s'attacher à des fonctions étemoUemeot les mêmes.

La manière dont se recrute l'armée anglaise a forcé d'eci* ployer pour elle une discipline de fer qui réprime sévère» ment les moindres écarts du soldat ta mauvaise condoila ne lui fait pas donner son congé; on craindrait ^ l'exemple ne fût contagieux et encourageant. Le voleur livré à l'autorité civile, déporté sept ans, et rentre a] dans Tarmée ; tandis que chez nous tout délit qui soi Tuniforme entraîne la dégradation militaire. Le roi, comi on l'a vu plus haut, a un pouvoir discrétionnaire pour fa toute espèce de règlement et instituer des cours miartiali Toute latitude est laissée h l'arbitraire de ces cours pe infliger aux coupables les arrêts, la prison, le cacîiot, le fouet, qu'on applique au moyen d'un martinet à sept I nières, appelé, par le soldat, le chat à sept queues, et quV administre au condamné en présence d'un chirurgk chargé d'apprécier la dose que peut supporter le patieiil

is elles ne peuvent ordonner la mort ou la déportatf dans des cas prévus , comme complicité dans une

GOUVERNEM£NT $T APMlNI8TRÀTI0rf. 463

virita, déçerUon, double enrôlement, négligence de faction,

Toies de fait envers un supérieur ou désobéissance ouverte.

Elles sont, dans ces cas, autorisées à appliquer ces peines,

niais n'y sont pas forcées. La peine du fouet excita, il n'y a

pas longtemps , des discussions très-vives dans les assem**

blets parlementaires de la Grande-Bretagne et fut mainte^

; Que, malgré de philanthropiques supplications, sur la dch

1 mande formelle de lord Wellington , de Napier et des

[ autres militaires des deux chambres. Il est bon aussi de dire

I qu'en Angleterre l'État intervient dans llnstruction reli-

r gieuse du soldat , lui fait observer le dimanche en le faisant

«sister au prêche et aux offices, et récompense, par dea

fratifications, ceux qui se recommandent par leur attention

4rt leur bonnç conduite ; mais il n'est pas de prédication ca«*

j^able de corriger le soldat de son ivrognerie , qui lui est

[iDomme naturelle et que l'oisiveté de la paix ne fait qu'en**

['tretenir. La bonne conduite mène aux emplois de sousH;)ffi-*

^ers, presque jamais plus haut. Le soldat lui-^méme s'en

^ucie fort peu : on a vu pourquoi.

Les régiments des gardes (horse-^ards) sont bien mieux [•composés que. les autres; aussi ont-ils des privilèges assos ^nsidérables. La solde y est naturellement plus élevée, fdls ne sortent jamais de l'Angleterre , et ne tiennent gar* ison qu'à Londres , h Windsor et dans quelques autres ndes villes et résidences royales, ce qui fait que les rges y «ont plus chères et occupées par des jeunes gens iches.

La milice est le recrutement de guerre et ne se lève que dans les cas tout à fait extraordinaires. Si chacun est libre ^de servir ou de ne pas servir, tous aussi« sans distinction, ^doivent veiller à la sûreté du territoire- C'est ainsi que se forme , sous les ordres des lords lieutenants , la milice des divers comtés. Tous les citoyens de 16 à 55 ans font partie Mêla milice; seulement, comme il ne faut qu'un certain ^nombre d'hommes, on tire au sort en commençant par les i plus jeunes et en suivant certaines limites d'âge. Les offi* ^ders de la milice sont nommés par le lord lieutenant parmi ^les principaux propriétaires; il faut, pour que la milice

sorte de son comté, qu'il y ait une invasion étrangère ou révolte ouverte dans une partie du royaume.

La yeomanry est une espèce de garde nationale à cheval composée, comme la milice, de propriétaires et de fermiers, commandée aussi et organisée par les lords lieutenants pour prêter main-forte, dans le besoin, aux constables. Les yeomen s'assemblent parfois pour faire Texercice, et égayent par des fêtes et des réjouissances leurs pacifiques réunions. Ils forment à peu près , en tout , 350 compagnies , c'est-àdire 1200 officiers et 19 000 soldats.

Quant à l'administration militaire, elle est aux mains du secrétaire d'État de la guerre.

Nous avons vu quelle était la nourriture du soldat; il est également bien traité sous le rapport de l'habillement et' vêtu d'une manière convenable pour supporter le froid et le chaud; on sait que son costume est l'habit rouge, avec^, lequel les romans de Cooper nous ont familiarisés ; la forme et la couleur en sont invariables, ainsi que celles des shakos. Les Anglais aiment à garder le prestige du ces* tumeet blâment, avec raison, les Français, d'en changer si souvent.

L'armement du soldat est le même que partout : le fusil à baïonnette et le sabre pour le fantassin , le sabre et les pis' toiets pour le cavalier ; la carabine en plus pour le dragon. Ces armes sont fabriquées avec soin et légèreté.

Les opérations d'une armée anglaise sont généralement conduites avec lenteur, parce qu'elle n'a point ce qui forme' chez nous le corps de l'intendance. Aussi est-on obligé de confier le service des vivres à des commissaires de la tré^ sorerie, qui sont, il est vrai, excellents pour la comptabi' lité , mais sur lesquels on ne peut toujours compter pour faire face aux dures nécessités du service actif. L'Ëtat fait marché avec le colonel pour fournir au régiment tout ce dont il a besoin , et celui-ci traite à son tour avec les four^ nisseurs moyennant une remise d'environ 25000 francs. Les fournitures livrées sont reçues et contrôlées par les of-

>rs comptables des régiments ; les fournitures de vivres 'habillements sont contrôlées par le soldat, qu'off

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cherche à ne pas mécontenter dans l'intérêt du service et du recrutement. Pour ce qui est du soldat lui-même, pour s'assurer de son exactitude , de sa régularité et de sa présence au régiment, il y a des inspecteurs généraux qui ne tiennent pas lieu de nos intendants militaires.

 Texception des horse-guards, tous les régiments peuvent être envoyés aux Indes orientales ou aux colonies. Ceux des soldats qui vont aux Indes en reviennent rarement; la guerre ou la maladie en déciment une grande partie; les autres restent soit de gré, soit de force :.car le gouvernement recule devant un long et dispendieux transport, qu'il élude autant que possible.

Les autres régiments doivent rester au moins pendant dix ans éloignés de la mère patrie; ils vont passer trois ans dans la Méditerranée, à Gibraltar, à Malte ou aux îles Ioniennes. De là ils s'embarquent pour les Antilies ou la Guiane anglaise, où ils passent trois ans ; ils en vont passer trois encore au Canada, et reviennent séjourner cinq ans en Angleterre, quand par hasard on ne les force pas à se rembarquer au bout de quatre ans , et parfois de trois.

Les résultats de ces continuelles pérégrinations sont plus fâcheux qu'utiles. Disséminés ainsi de tous côtés, les soldats se trouvent toujours et partout en petit nombre et réduits à une timide circonspection peu propre à former les bons officiers. 11 n'y a guère qu'à Dublin qu'on peut voir réunis à la fois quatre à cinq mille hommes de troupes anglaises , et depuis trente-cinq ans on a peu habitué les officiers à d'autres manœuvres qu'à des exercices de parade.

On comprend facilement qu'avec ces transports continuels de troupes, la haute paye des officiers et des soldats, la demi-paye des nombreux officiers en congé, et les frais nombreux qu'occasionne un entretien coûteux , l'armée anglaise coûte annuellement à l'Ëtat une somme de 160 millions, c'est-à-dire environ 1350 francs en moyenne par soldat, dépense bien plus forte, toute proportion gardée que celle qui est faite par la France pour le même usage, mais que l'Angleterre peut plus facilement supporter, son armée étant trois fois moins forte.

Un bill réceni vient de porter cette milice à 90000 hommei. Cette mesure est d'autant plus nécessaire que le imjor général Beresford a démontré à la chambre des eommv* nés que , déduction faite des troupes nécessaires à b protection de l'Irlande, il ne reste en ce moment (mai 1852), pour défendre TÀngleterre contre une invasion que 39 172 hommes, dont 5029 de cavalerie à peu près inutiles dans !• sud, à cause des clôtures qui entourent les champs et Itt routes. Mais quand on a distrait de cette petite armée to garnisons de$ forts, il ne reste presque rien, parçç que et n'est rien que 6280 soldats d'infanterie et quelques miUittfi de cavaliers pour arrêter une armée ennemie, fût-elle seo» lement de 30000 hommes. Pour opposer 34000 hommes i l'invasion, il faudrait abandonner tous les forts, c'est-à-din commettre la plus grande faute militaire.

ie recrutement des marins anglais se fait d'une manièn analogue à celui des soldats. Le gouvernement ofire oui prinae qui va de 75 à 125 francs, et si le nombre des enrMi est insuffisant, ce qui en temps de guerre arrive souventi des hommes pourvus de commissions royales appréhendent au corps tous les individus réputés gens de mer, caboteurs, bateliers, rameurs et mènent ainsi à bord sur les vaisseaux dl guerre pour le service de l'Ëtat, et l'écume des ports et le mal heureux pécheur, dont le travail est souvent insuffisant à l'en* tretien de sa famille. Ce système est .connu sous le nom*d# presse; il n'est point de disposition de la loi qui en codsh cre la légalité ; mais il est reconnu implicitement commi jouissant du droit de cité en Angleterre par prescription. En vain a-t-on cherché plusieurs fois à en diminuer les abus; il arrive môme que des gens absolument étrangers au ssn vice de la mer sont enlevés, et Vhabeaa corpus qu'ils pou^ raient invoquer devient inutile, la nécessité qui les a fût emmener ne leur laissant pas le temps d'attendre le résuM de leurs réclamations. S'ils peuvent échapper aux chaiaeN des combats, ils sont licenciés pour toute récompense di leurs services. Sous Guillaume III, on voulut procéder 8tt<* ent ; on enregistra 30 000 gens de mer pour l'armement nt et régulier des flottes royales en leur accordant du

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prÎTiléges, mais en prononçant aussi des peines très-sévèreé contre ceux qui manqueraient à la sommation; cette me^ lare fut regardée comme vexatoire et inefficace, et abolie far un statut de la reine Anne.

Au bout de vingt ans de service, ou s'il a reçu de gravée lllessures, le marin est admis à Thôpital royal de Greenwich, Ifondé par Charles II et entretenu aux frais de TÉtât, ou lUen il touche une pension dans Tendroit où il est retiré. 11 [jouit de privilèges analogues à ceux des soldats de Tarmée Je terre; il a même cet avantage qu'il ne peut être arrêté i|ûur dettes qu'à raison d'une somme supérieure à 500 francs, ttndisque le chiffre fixé au soldat pour qu'il jouisse du même ;4roit, n'est que de 250, oh moindre de moitié. i; Les délits des marins ne sont pas arbitrairement punis paf ^couronne ou des cours martiales comme ceux des soldats, jlMis en vertu d'un code pénal résultant d'actes passés sous Ils règnes de Charles 11, George 11 et George 111. La disci- ||line edt en général assez dure, en harmonie avec la vio« Ibnce du mode de recrutement. Les châtiments corporels y iontfort en usage.

Le cadre de la marine anglaise n'est pas fixé par une loi, lilest donc illimité au gré du pouvoir exécutif.

Les cadets de marine, reçus par l'amirauté anglaise à douze ou treize ans, quelquefois à onze, vont subir un premier examen à bord , naviguent et étudient pendant àent tDS, passent un second examen et sont nommés midshipmen, ipsde correspondant à celui d'aspirant. Us naviguent encore ^atre ans avec ce nouveau grade, passent un troisième examen sur toutes les parties de la profession maritime et wr la manœuvre du canon ; ils sont alors nommés mates^ f rade équivalant à celui d'enseigne, et qui les rend aptes à .^tenir une commission de lieutenant. Les grades supérieurs à celui de mates sont ceux de commander (capitaine de frelate), post-captain (capitaine de vaisseau), rear-admiffd (contre-amiral), vice^admiral (vice-amiral), admirai (amiral).

L'éducation de l'officier de marine anglais est avant tout pratique ; c'est sur la mer qu'il s'est formé, c'est dans tout

bâtiment que monte un capitaine de vaisseau qu'il a trouvé une école. Notre école de Brest le fait sourire, car il a poar ainsi dire la théorie en horreur. Aussi un Anglais disâit4là un Français : « Il me semble que nous ayons dit de noi marins : ils seront hommes de mer avant tout, et savants s'ils le peuvent ; et que vous au contraire, vous ayez dit : ils seront hommes de mer s'ils le peuvent, mais avant tout ils seront savants. »

L'avancement a lieu pour les deux tiers des places à l'ancienneté, pour un tiers au choix. Mais à partir du grade de capitaine de vaisseau inclusivement, toutes les nomiDationssont réservées à l'ancienneté. Aussi fallut-il, pour conférer à Nelson le grade de contre-amiral, donner ce titre à 80 officiers plus anciens que lui. Il résulte de ce système que. l'Angleterre a un état-major naval fabuleux. En 1851, elle< comptait 30 amiraux, grade qui répond en France à celui i de maréchal, 45 vice-amiraux, 75 contre-amiraux, ôOOca-: pitaines de vaisseau, 850 capitaines de frégate, et 2300 lieutenants, dont 700 Tétaient avant 1815. On voit que le choix s'arrétant aux capitaines de frégate, la jeune noblesse arrive promptement à ce grade et sort ainsi rapidement de la foule qui reste confinée dans les positions inférieures, mais qu'une fois ce poste suffisamment honorable acquis, elle s'arrête pour se perdre au sein de l'oligarchie dominante, dansl'égar lité de sa caste.

Le système des demi-soldes est en vigueur dans la marine comme dans l'armée, soit sur la demande de l'officier, soit par suite du désarmement des vaisseaux. Ceux encore qui n'ont pas satisfait à certaines conditions de commandement à la mer, quand vient leur tour d'avancement, pas« sent forcément à la retraite (retired).

Quatre choses contribuent puissamment à la force de la marine anglaise : les colonies, le commerce, le cabotage et la pèche ; car la marine marchande constitue en matériel, eii^ hommes et même en vaisseaux une réserve où, en cas de | guerre, la marine militaire peut puiser à pleines mains. Or ces quatre choses ont pris en Angleterre une extension im- i nse que montreront les chiôres des chapitres suivants,

GOUVERNBBOSNT BT ADMINISTRATION. 469

luant à Teffectif de la marine militaire, il est fort difficile

iblir. Dernièrement un^ membre important des com-

mes, M. Gobden, demandait que le ministère soumît à la

tmbre un état des forces navales de l'Angleterre, le chif-

des vaisseaux armés, en armement et disponibles, avec rombre des hommes et des canons; le ministère a refusé.

ne peut non plus se fier ici à V Annuaire de la marine flaise et aux états officiels, parce que ceux-ci enregis-

tt un grand nombre de navires, glorieux vétérans de la knde guerre, qui comptent encore dans les rangs de la tte, mais qui ne sont propres qu'à figurer comme curiois historiques.

''oici qui est plus significatif. En 1851, avant la panique

, cette année , a saisi l'Angleterre et vient de lui faire 1er 80000 hommes de milice et augmenter ou concentrer

forces navales, les armements étaient les suivants en ^nce et en Angleterre :

Nature et force des bâtiments en canons. Angleterre. France.

^e 100 à 120 canons ou à trois ponts 7 2

90 à 100 canons ou à deux ponts 6 3

deux ponts avec moins de 90 canons 7 1

^aisseaux mixtes pourvus d'une macliine auxi* liaire à vapeur ' 3 1

Total des vaisseaux de ligne 23 7

Régates de 1" classe, 60 à 60 canons 6 4

jFrégates de 2^ classe et corvettes à batterie couverte ^ i 9

'Corvettes et briclis 39 U

I Frégates à vapeur mixtes (voiles et hélices) 4 1

Frégates à vapeur* 10 8

Corvettes et avisos à vapeur ^T 37

'Transports 16 18

Total 133 91

;n outre, il y a dans les ports d'Angleterre en état de , mdre bientôt la mer :

Îl6 corvettes et frégates à vapeur à roues de 6 à 10 ca-

|. Les trois yai&seaux anglais l'JjaXy le Blenheim et le Hogué ont chacun

canons. . i .•

^ An nombre de nos frégates à vapeur figurent les paquebots transatlantiques sont plutôt des bâtiments de transport que de combat.

470 CBAPiTRB xxxvm.

nons, et de 300 à 550 chevaux de force ; dans les ports dé France 9 j

4 bâtiments à roues de plus de 12 canons; en France 4.

L'Angleterre a 12 vaisseaux, frégates et corvettes à bélice d'une force réunie de 3980 chevaux et de 335 canons; la France 3 de 1450 chevaux et de 40 canons ^

L'Angleterre a en armement 3 vaisseaux de ligne à hélice de 1800 chevaux et 310 canons; la France 3 de 1900 cbe^ vaux et 290 canons.

On voit la différence considérable qui existe entre la fore des deux flottes sans voiles; la disproportion entre les mal riels est encore bien plus considérable si l'on consulte nombre des bâtiments désarmés que chacune des deux puis sances tiept en réserve ; mais ce qui fait surtout notre iâirj blesse, c'est que nous n'avons pas derrière notre flotte (W guerre l'immense flotte marchande, qui porte le pavilloil| anglais sur toutes les mers. 1

Les allocations votées cette année, 1852, pour le personn nel de la marine accusent un chiflfre de 39 000 marins, dont! 2000 mousses et 11 000 soldats de marine.

SITUATION ËGOiVOSaQUE.

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