Le Post office a coûté 499 S60 livres
SITr.\Tif)N ÉroWMlOUE. 535
1834 , est une masse énorme qui présente , sur la Tamise, une imposante façade, mais qui ii'ost malheureusement qu'un pastiche d'archileclure ogivale. L'intérieur est merveilleux de richesse.
IOn a dit que les rois d'Angleterre étaient de tous les souverains de l'Europe les plus mal logés. En effet, les deux palais royaux de Saiiit-.Ia[iies et de Buckingliam ne sont guère dignes de la grandeur de l'Angleterre. Le premier n'est qu'un chaos de coastructions sans plan ni symétrie. Le secoDd, qui a été presque entièrement reconstruit depuis IS27, est loin d'être satisfaisant sous le rapport de l'art. Mais les vrais monuments de ce siècle sont les ponts, les docks où mouille la flotte marchande des Indes, et qui , depuis 1800, ont coûté plus de 8 millions de livres sterling, et ces vastes rues dont l'aspect grandiose et le prodigieux mouvement frappentd'étonnementi'étranger habitué, même dans les grandes capitales du continent, à moins de hâte et d'incessante activité. Car Paris lui-même ne semble plus au retourd'une visite àLondres qu'une paisible cité de province.
U6 cHApmv mst.
Bn Angleterre, rfitat fait peu pour les intérdti locau; les communes restent donc chargées des dépenses qui lot concernent. Ainsi Liverpool , en cinquante ans , a dépensi plus de 1 600 000 livres sterling pour Télargissement de ses rues, pour ses églises, ses écoles, etc.
Pour les canaux il a été dépensé , depuis le commencement du siècle, au moins 11 millions de livres sterling, et, pour les chemins de fer, près de 350 millions de livres sterling. De 1818 à 1829, il a été construit 1000 milles de routes à raison de 1760 livres par mille.
Aeeroissemement énorme des machiner.
Nous n'avons rien à dire de Taccroissement énorme du nombre des machines à feu : il en a été déjà question. En 1780, il y en avait une seulement à Birmingham, 42 eq 1815, 120 en 1830, 240 en 1839 : la môme progression ost remarquée dans les autres villes manufacturières, £a 183$> on comptait, dans les manufactures de coton seulement, 100626 métiers mécaniques, tous établis depuis 1801 : il y en a maintenant plus de 250000. On peut, d'après ocila, juger du capital représenté par toutes les machines en usage dans le royaume- uni.
AeeroUflement du nombre de^ naTlres marchanda.
Le nombre et le tonnage des vaisseaux marchands appartenant à Tempire britannique a été à diverses époques :
Vaifiseaux. Tonnage.
L'augmentation de 1803 à 1814 est de 20 f pour 100, celle de 1814 à 1849 de 48 pour 100. Ce serait peu pour la dernière période si nous ne savions que, dans Tétat de guerre, la lenteur des voyages, les navires étant contraints de se réunir en convoi pour éviter les corsaires, et les con" tinuels affrètements faits parle gouvernement pour le trans» port des troupes , rendent nécessaire pour un coomierctf
^;al remploi d'un nombre bien plus considérable de bâtiments que dans Tétât de paix. En outre , à la flotte marchande à voile, il faut ajouter la flotte à vapeur, qui , à la fin de 1849, comptait 1274 navires, jaugeant 173580 tonneaux et ayant une force de 100 000 chevaux.
En 1849, on a construit 662 vaisseaux d'un tonnage de 105 455 et 68 steamers jaugeant 12 498 tonneaux; mais, dans la même année, 560 navires à voile, et 6 steamers d'un tonnage total de 102 516 tonneaux , ont fait naufrage, et on a dépecé 85 navires, dont 10 steamers, jaugeant 5815 tonneaux.
Il faut mettre enfin au compte du capital national la flotte de guerre, le matériel de Tarmée et les arsenaux avec leurs immenses ressources en effets militaires, en artillerie , munitions, projectiles et matériel naval.
Plaeemento «nslaU dans les fond^ élr*nser««
Il faut y joindre encore les sommes placées par des Anglais à rétranger, soit dans les grandes entreprises particulières, soit dans les fonds publics ou les emprunts faits par les gouvernements étrangers, là ou la liberté sait produire ce que ne sait pas donner le despotisme, la richesse. Il y a dé Targent anglais dans le capital de toutes nos compagnies de chemins de fer. Plus de 25 millions de livres sterling ont été placés par des sujets britanniques dans les banques et les entreprises de canaux et de railways aux États-Unis, S millions sterling dans les mines du Mexique, etc. Mais les étrangers placent aussi , et ils le firent surtout, durant la grande guerre, dans les fonds anglais. En 1813, ils possédaient 20 millions sterling ; mais, après la paix, beaucoup vendirent leurs rentes pour réaliser.
Aeeroiflfleuieiit 4a bétoll.
Le bétail qui sert à Talimentation est une partie importante de la richesse nationale ; et, comme le prouve rabaissement deç prix que nous avons signalé plus haut, ce capital suit une progression ascensionnelle plus grande que la population. De sorte que la sombre menace> portée par certains économistes, de Teffroyable famine, qui doit suivre la multi-
plication de la race humaine, ne semble pas être encore précisément sur le point de se réaliser.
S I. CRININALITË.
DlâGRÀDÀTlON HIDEUSE DE LA PLUS BASSE CLASSE. — ACCROISSEMENT DES CRUES CONTRE LA PROPRIÉTÉ ; DIMINUTION DES CRIMES CONTRE LES PER- SONNES. — RÉFORME DES LOIS CRIMINELLES. — CONDAMNATIONS CAPITALES. — CRIMINALITÉ DANS LES VILLES ET DANS LES CAMPAGNES, ET SUIVANT LES AGES. — RAPPORTS DE LA CRIMINALITÉ ET DE L'INSTRUCTION, — CRIMINA- LITÉ EN ECOSSE ET EN IRLANDE.
jDécradatlon hideuse de la plus basse elaase.
Nous avons vu jusqu'à présent la Grande-Bretagne par ses plus brillants côtés; mais l'Angleterre est un immense champ de bataille où les industriels se font une guerre acharnée qui les décime, comme autrefois les questions politiques, tranchées les armes à la main, décimaient le peuple et la noblesse. Le free trade a ajouté encore à la concurrence intérieure, la concurrence étrangère , et le poids de cette lutte écrase ceux qui ne peuvent le supporter. Le vice, la paresse, la négligence même, jettent bien vite dans la misère, où trop souvent ceux qui y tombent coudoient d'abord le crime, et bientôt se livrent à lui. De là ces populations dégradées ou malheureuses qui ont excité l'épouvante ou la pitié de tous ceux qui ont osé les voir à Londres, à Liverpool, à Manchester, à Glasgow, etc. Nous laisserons parler un témoin oculaire, M. Eugène Rendu, que le gouvernement de France avait chargé d'étudier l'état de l'instruction primaire en Angleterre. On verra que la société française , tant décriée par les pamphlétaires, ne connaît pas, grâce au ciel, les abîmes de misère où se débat une partie de la population anglaise.
« J'ai parcouru le jour et la nuit les quartiers de Saint- Giles, de White-Chapel, de Bethnal-Green et de Spitaôelds. Une circonstance toute spéciale m*a permis de visiter, dans deux expéditions nocturnes , entre dix heures du soir et quatre heures du matin, sous la protection d'un chef de stor tion et de trois policemen , les bouges dans lesquels s'entasse une partie de la population de Londres , les rooms où hommes, femmes et enfants, vont dépenser chaque soir le gain de la journée , les taudis impurs ouverts sous les pas des enfants, comme autant de trappes où le vice est la sé« duction de la misère, etc....
« Saint^Giles, dont je veux parler d'abord, est le quartier général des filles publiques et des coupeurs de bourses {pick-pockets) ; à part cette population naturellement flottante, et qui, du fond de ses repaires, s'abat simultanément sur les rues somptueuses où s'encadre ce quartier, Oxford et Holborn-street, Piccadilly et Coventry-street , Trafalgarsquare et le Strand , une population sédentaire y a la possession exclusive de certaines ruelles et le monopole d'un grand nombre de cours. Ces cours et ces ruelles sont habitées par des teneurs de lodging-houses, de petits boutiquiers, des colporteurs, des marchands d'allumettes, des revendeurs , et surtout par ces malheureux émigrés de l'Irlande que la misère, après les avoir jetés dans les tanières de Liverpool, engloutit dans les caves de Saint-Giles et les bouges de White-Chapel.
« Une des ruelles, entre autres, que j'ai visitées dans Saint-Giles, est celle de Church-Lane. Cette ruelle débouche dans Tune des grandes artères de Londres , Oxford-street. Or, au milieu de cette allée nauséabonde , de laquelle on entend rouler les équipages et piaffer les chevaux, je suis descendu par huit ou dix marches dans des chambres souterraines où, en deux visites différentes , j'ai , de mes yeux, constaté ce qui suit.
« Trente à quarante créatures, hommes, femmes, enfants, jeunes garçons et jeunes filles, couchent pêle-mêle dans des taudis d'à peu près dix pieds carrés ; les haillons les couvrent le jour sont jetés, la nuit, sur des cordes
dues au-dessus de la litière de copeaux et de paille qui sert de couche à ce troupeau , en sorte que les corps protégés seulement par d*inutiles guenilles , apparaissent , dans leur quasi-nudité, comme un étalage de chair humaine. Tout au plus, au milieu de cet entassement qui permet à peine de poser le pied sur le sol, croit-on distinguer des groupes qui indiquent l'existence des familles ; de fétides enfants serpentent autour d*un homme et d'une femme, des pieds sur des bras, des tètes sur des poitrines, dans un indescriptible entrelacement. Je n'exagère pas ; encore une fois, je constate; et ce qui m'effraye, c'est que M. Léon Faucher, qui se borne dans ses chapitres sur Londres , à la citation de plusieurs rapports, mais qui a fait, lui aussi , dans Liverpool , Leeds, Manchester, Birmingham, etc., des investigations souterraines, iU. Léon Faucher a trouvé, dans les grandes villes des provinces d'Angleterre , des faits absolument analogues à ceux que je signale ici. Sans aucun doute, à part les résultats physiques d'un tel encombrement, au sein d'un air irrespirable, les conditions morales à Londres ou à Liverpool sont identiques ; des mômes causes doivent sortir les mêmes effets ; là, comme ici, un tel état de choses doit amener la promiscuité. En sorte que, dans les cités dont on parle , « la pudeur semble devenir, comme la richesse, le « privilège des classes élevées ! »
« Ce qui m'a frappé, dans mes visites aux caves de Saint- Giles, plus vivement peut-être que le fait matériel dont j'avais le spectacle sous les yeux , c'est le sentiment de profonde indifférence ou simplement de surprise hébétée avec laquelle ces malheureux recevaient la visite de trois curieux conduits par quatre agents de police. A Paris (où d'ailleurs cette communauté des familles n'existe nulle part), les plus misérables loueurs des chambres de la rue des Lyonnais (faubourg Saint-Marceau) ne souffriraient pas une visite ainsi faite ; il y a parmi nos classes les plus pauvres un instinct qui ne les abandonne jamais, c'est celui de l'égalité. Faussé par une surexcitation factice, ce sentiment devient une idée révolutionnaire, une passion de nivellement; contenu dans ses justes limites, il constitue le respect de la na-
SITUATION MOftÂLE. 541
iure humaine qui, dans rhumiliation même de la misère, garde la conscience de sa dignité.
« Et ici , je suis ramené à ce principe invoqué au point de départ, que toute dégradation a son origine première dans un vice d'éducation ; assurément , le sentiment de la dignité humaine n'existe pas même en germe dans les bouges de la capitale du royaume-uni. Il se peut que, pour la constitution de la société anglaise, ce soit là un motif de sécurité; pour le chrétien et pour le moraliste, c'est la révélation d'un état de choses que repousse la pensée religieuse et que la raison désavoue. Une société n'a pas le droit de poser, comme Tune des conditions de son existence, la substitution, dans rame d'un nombre quelconque de ses membres, des passions de la brute aux sentiments de l'homme. Or la seule passion qu'il soit possible de saisir chez ces êtres redevenus sauvages au sein de la civilisation, c'est le goût effréné des liqueurs fortes.
« Je veux citer deux faits qui se rattachent directement à mon récit : l'année dernière , après une enquête ordonnée par le parlement sur l'état des habitations dans le quartier de la misère, un membre de la chambre des lords envoya des matelas et ce qui constitue un coucher humain dans les caves de Saint-Glles : deux jours après , lits et matelas étaient convertis en gin, en whisky ou brandy. Quant à l'autre fait, le voici : au moment où , avec mes compagnons d'odyssée, je. sortais de l'un des souterrains pour inonder ma poitrine du flot d'air pur qu'elle invoquait, nous fûmes assaillis par une trentaine d'hommes et de jeunes garçons qui se livraient , avec une fébrile émulation , à l'enseigne* ^ ment mutuel de la mendicité ; grâce à nos policemen , les démonstrations n'allaient pas plus loin. Quatre shillings passèrent de nos poches dans les mains tendues des plus entreprenants. Aussitôt (je n'oublierai jamais une telle scène) ce fut une irruption furieuse, forcenée, inénarrable, de toute cette troupe déguenillée dans le room (cabaret), qui, en face de nous, jetait sa lueur blafarde par une porte entre-bâillée. Qu'on se représente une troupe d'animaux affamés à qui l'on jetterait la curée ! Les plus forts , en péné*^ n ' 31
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trant, clouèrent la porte sur les plus faibles. Dix minutes après, de nos quatre shillings il ne restait plus un penny. « Voulez-vous que pour un shilling je vous en fasse battre « cinquante?)» me demanda le sergent de police. Quelle réponse je fis à une telle question , on peut le comprendre; mais cette question , par elle seule , vaut un volume ; elle en dit plus que toutes les descriptions.
« Que peut devenir la génération qui grandit, en s'y étio* lant, au sein d'une telle atmosphère et sous la pression de tels enseignements? Quel est l'avenir de ces troupes d'enfants qui s'entassent la nuit , sous la garde de tels précepteurs , en d'abominables réduits S que vous rencontrez , le jour, se vautrant dans la fange des ruelles ou traînant leurs guenilles, et, pour conquérir un penny, s'évertuant à marcher sur la tête ou à faire la roue? (leurs seuls talents, hélaslj .Gomment s'accomplit pour ces pauvres êtres la destinée de l'homme et du chrétien?
« Tous les genres d'indigence et de séduction honteuse se retrouvent, à dose à peu près égale, dans les différents districts de Londres; aucun à cet égard ne saurait prétendre à un monopole. Je me répéterais, si je décrivais dans White-Chapel les chambres dont chacun des coins est loué à une famille de cinq, six, sept membres, tandis que la lo-
1. Au sortir des bouges de Saint-Giles, on trouve peu extraordinaires des faits tels que oeux-ci , rapportes par M L. Faucher : v Dans la paroisse de Saint-George (Hanover- square), 929 familles , lors de Tenquêie faite par lord Sandon , n^avaieat respectivement qu'une chambre; 623 étaient réduites a un seul lit. Dan^Punede ces familles, un seul lit réunissait un père ei une mère, tous deux âgés de cinquante ans, un fils de vingt ans, poitrinaire, une fille de dix-sept ans, atteinte d'une affection scrofuleuse, et un troisième enfant plus jeune. »
Le système d'entassement apparaît comme une lamentable nécessité, c^uand oo voit la seule paroisse Saint-James, Tune des plus opulentes de Londres, puisqu'elle comprend une partie de Piccadilly et des rues telles que Saint-James-street . Sackwille-street . etc., renfermer, sur 40 000 habitants, 18 000 pauvres aptes à être secourus. Je tiens ce fait de M. Byng, magistrat de la paroisse de Saint-Jacques, l'ai des hommes dont l'intelligente charité honore le plus son pays.
Je lis dans le quatrième rapport de la Ragqed School Union ; « Saint-Gil» n'est plus cet infâme quartier d'il y a peu d'années, et cependant on vient de constater que, dans une rue étroite, une population do plus de 1600 personnes, dont 200 enfants, était entassée (crou^ded) en 32 maisons.» (On sait ce qu'il faut entendre ici par maisons.) « On se fera une idée, poursuit le rapport, de Tétat moral de ces enfants, si l'on se représente des parents assez dégrades pour forcer, par une combinaison de mauvais traitements, leurs fils à devenir voleurs (iheir sons to become thieves) . et leurs filles, dans un à^e encore tendre, à se jeter dans un genrè de vie plus avilissant (etill more debastng course of life), pour subvenir & leur passion effrénée de boisson. « ( P. n du rapport de 1848. ) D'après le rapport, c'est là on t>rogrè8.Qu'étaiw»doac? *
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geuse occupe modestement le point ceDtr;>l du soL Gepen* dant, s'il est possible d'assigner à l'un ou à l'autre des quartiers quelque trait distinctif dans le tableau général de la misère , après avoir étudié au milieu de Saint-Giles les taudis où, au sein de chacune des paroisses de Londres, naissent et pourrissent tant d'enfants, je vais montrer dans Spitafields et dans Bethnal-Green , les lieux de plaisir où le vice les attire ; puis nous trouverons dans White-Chapel les repaires où le crime les saisit.
« Un room ou public house se compose de deux et quelquefois trois pièces. Au rez-de-chaussée est le comptoir; on y verse à flots l'aie, le porter, le gin, le whisky, le brandy. Dans les pièces du premier on boit encore , et de plus on danse, on se vautre,, etc. Toutes les rues de Londres ont leurs rooms ; je ne crois pas exagérer en affirmant qu'on en compte un sur dix maisons *. Selon les quartiers, les rooms sont plus ou moins brillants, et la population s'y échelonne, depuis le fils du lord jusqu'au portefaix des docks. C'est la nuit, si l'on a ce courage, qu'il faut visiter les public houses pour juger leur effet sur la moralité publique; c'est de dix heures du soir à deux heures du matin, quand la vive lumière des comptoirs se détache des ténèbres environnantes à travers les vitres dépolies, qu'il faut voir le flot des filles perdues et des gentlemen , s'il s'agit des quartiers opulents ; des ouvriers et des jeunes garçons, si l'on parcourt les quartiers pauvres, battre incessamment la porte entre-bâillée des public houses. J'ai parcouru les rooms du plus bas étage, dans les plus mauvais quartiers ; rooms de marins, où se danse la^f^, rooms où pirouettent les saltimbanques, rooms où viennent lutter des boxeurs, et il ne faut pas être moraliste intraitable pour affirmer qu'une jeune population habituellement plongée dans une telle atmosphère est fatalement livrée à tous les emportements de la débauche.
« Dans les quartiers dont je parle, le public house semble un lieu normal de récréation ». Or, il faut noter ce point,
1. M. Rendu aurait dû ajouter « dans certains quartiers. » En réalité on ne compte à Londres, qu'un cabaret sur 56 maisons. Voy. ci-dessous, p. {»6d. ,
2. On estime que les public howea sont plus nombreux et plus peuples encore à Liverpool, proporiionneUement, qu'à Londres. « Us hommes, les lemmei, le» «n-
les rooms ne se ferment pas, comme les cabarets en France, à une heure indiquée par le doigt de la police. Âirisi que les maisons plus suspectes encore, ils restent ouverts à VO' lonté ; comme aussi la tourbe des femmes perdues tient le pavé toute la nuit : ainsi le veut le respect de la liberté individuelle. C'est aussi le respect de la liberté individuelle, apparemment, qui laisse de malheureux va -nu-pieds prendre pour oreiller les dalles de Trafalgar-square. En France, à minuit, tout est clos, les rues sont nettes; dût la liberté individuelle protester contre les exigences de la pudeur publique, il faut, sous peine d'abdiquer tout jugement, as« signer à notre système, sur le système anglais, la supério* rite qui appartient au bon sens et au sens moral sur la sottise et la dégradation.
« Du vice au crime, la transition est facile. Gomme pour mettre en demeure l'instruction morale et religieuse de lutter pied à pied contre un ennemi qui revêt jusqu'à ses formes en lui empruntant ses armes, il y a, dans White- Chàpel et sur ses confins, des écoles et des mattres de brigandage et de vol. L'école, ce sont les docks, où les produits du monde entier, entassés par une gigantesque puissance, irritent la cupidité en fournissant aux expériences une mine intarissable; les mattres, ce sont tantôt des receleurs qui, chose à peine croyable ! trouvent des parents pour leur louer des enfants à la semaine; tantôt de vieilles femmes qui vendent à crédit pour forcer de petits malheureux endettés à se libérer en pillant un étalage, tantôt des filles publiques dont les ruses immondes sont la leçon du crime. Ce n'est pas assez de Yexternat, il y a le pensionnat du vol. Je suis entré de ma personne, à trois heures du matin, toujours, bien entendu , sous la protection des policemen , dans un garni exclusivement réservé à des apprentis voleurs : encore un triomphe de la liberté individuelle! Au rez-de-
fants, viennent se ranger par ceniaincs sur des bancs oh ils savourent avec un plaisir morne les illusions contenues dans un verre d'eau de feu. Comment les enfants ne seraieni-ils pas initiés dès le bas âge aux mêmes excès que les chefs de famille ? Quand il n'y a pas de pain dans la maison, ni de chaleur au foyer, le père, souvent même la mère , les envoie avec son dernier penny chercher du ^tn ou du whisky; et ceux-ci doivent prendre une bien haute idée d'un geure de coosolation auquel on sacrifie tout. » Note de M. E. Rendu,
chaussée de rétablissement, deux garnements de quatorze ou quinze ans, à face blême, veillaient avec une fille du même âge, accroupis auprès d'un vieux poêle; au premier, où conduisait une échelle de meunier, neuf cases superpo* sées trois à trois , comme des planches d'un fruitier, sup* portaient chacune deux ou trois corps demi-nus. On ron* fiait; je me gardai de troubler un sommeil qui, pour n'être pas celui de l'innocence, n'en semblait pas moins profonde
« Si maintenant les lignes de ce tableau paraissaient trop accusées, voici d'irrécusables témoins : après le récit, les chif« fres; après les causes les effets. Signaler ces effets, produire ces chiffres, c'est répondre à la question que je m'étais posée plus haut.
« 70 000 arrestations, en moyenne, ont lieu chaque année à Londres. C'est une arrestation sur 40 habitants. Sur le nombre total de ces arrestations, les femmes figurent pour 30 sur 100. A Paris, la proportion n'est que de 14 ou 15 sur 100. Ces chiffres sont d'un haut intérêt au point de vue de l'instruction primaire; car la démoralisation des femmes entraine forcément celle des enfants. Ici la sta-» tistique est directement de mon sujet; pour l'Angleterre, en général, des 200000 crimes ou délits dont connaissent annuellement les cours de justice, un dixième a pour auteurs des enfants, 50000 sont commis par des individus âgés de moins de vingt ans.
« Dans la seule ville de Londres, 17 000 auteurs de crimes ou de délits au-dessous de cet âge sont arrêtés annuellement. C'est la proportion d'un sur 100; à Paris, elle n'est que d'un sur 400.
1. «Je note ici un curieux trait de mœurs. Partout, dans ces expéditions nocturnes, la police qui nous introduisait était reçue avec une soumission exemplaire. Je dirai plus, il y avait quelque cliose de pénible à voir de pauvres diables troublés dans leur sommeil, par un coup de poing sur la porte, accepter avec cette résignation la visite de moralistes ambulants. OU était la fierté de l'Anglais retranché dans son home? •— Nous ne trouvâmes de protestation, sinon de résistance , que cbez le patron des apprentis voleurs dont je parle. Le drôle connaît la loi, apparemment pour l'avoir violée. 11 souleva une question de droit : Recevoir la police, c'était juste, mais les visiteurs point. 11 déclarait nettement notre prétention un excès de pouvoir ithat is an usurpation); 3 shillings purent seuls apaiser les scrupules de ce juriste. »
« Quel est, pour établir une sorte de contre-épreuve, Téttt intellectuel des jeunes délinquants? Faut-il faire porter à l'instruction primaire la responsabilité du désordre moral? On a voulu, je le sais, mettre cette thèse à la mode. A part les faits précédemment exposés, les chiffres, d'accord avec le ' bon sens, ici comme ailleurs, lui infligent un absolu démenti.
« L'Angleterre, pour donner raison à la thèse en question, devrait être le pays d'Europe où l'instruction fût le plus répandue; c'est le contraire qui est vrai. Pour la ville même de Londres, où il m'importe spécialement de faire connaître le rapport de l'instruction à la criminalité, voici un renseignement significatif : sur 62000 incarcérés en 1847, dans la métropole, 22 000 ne savaient ni lire ni écrire ; 36 000 pouvaient lire et écrire difficilement, 4000 lisaient et écrivaient bien ; 460 seulement avaient reçu a superior éducation (Annual report of the ragged school^ Union, 1848).
« Je tiens du directeur de la prison de Tothill-field (Westminster) que, sur 100 enfants reçus dans la maison de correction , 90 ne savent ni lire ni écrire, et si je remonte dix années en arrière, en prenant pour sujet de mes observations une ville de province au lieu de la métropole, Manchester au lieu de Londres, voici des chiffres non moins concluants : en 1841, sur 13345 individus arrêtés à Manchester, 4901 hommes et 3420 femmes ne savaient ni lire ni écrire; 3944 hommes et 1218 femmes lisaient seulement, ou lisaient et écrivaient mal ; 992 individus des deux sexes seulement lisaient couramment; 220 avaient reçu ce qu'on peut appeler de l'éducation (D' Cooke Taylor, Tour in the manufacturing districts),
« Ainsi , à Londres et dans les autres grandes villes d'Angleterre , la perversion des facultés morales est en raison directe de la dégradation intellectuelle. Non pas que j*aie la naïveté de croire que l'instruction par elle seule soit un bill de moralité; tant s'en faut! mais renversez l'école, et le mal règne en souverain. Supprimez l'enseignement de l'école, il ne reste plus que l'enseignement de la place pu-
1. La ragged school est une école destinée aux enfants en haillons, rag.
blique et du cabaret. Que gagnerait la société à laisser un tel enseignement sans rival, et son abdication serait-^elle sa sauvegarde?
« Donc, les faits répondent coïkime la raison ; donc la situation sociale des classes pauvres à Londres, que j'ai dû retracer au commencement de cette étude, n'est pas seulement un tableau, elle est un argument, en même temps qu'un point de départ. »
Aeoroltfsemeiil de« crime* contre la propriété) dlmlniitiOB dem crime* contre le« pertionne*.
Ces considérations , ces chiffres sont exacts. En Angleterre et dans le pays de Galles, le nombre des accusés a sextuplé depuis le commencement du siècle. En Irlande il y a eu en 1849 douze fols autant d'accusés qu'en 1805; en Ecosse, sept fois autant pour 1849 que pour 1815. Ainsi les crimes s'accroissent bien plus vite que la population.
Mais ces crimes changent de nature ; il y en a bien moins qu'autrefois contre les personnes et bien plus contre la propriété. A tout prendre cela vaut mieux. Au commencement du demier siècle, il n'était pas rare d'être attaqué en plein midi, dans les rues de Londres; et toutes les routes étaient couvertes de voleurs à pied et à cheval, qui ne reculaient pas devant l'assassinat. Même au commencement de ce siècle, un médecin que sa profession obligeait à traverser à Londres la paroisse de Blackheath, fut plusieurs fois obligé de faire feu sur des bandits qui voulaient arrêter sa voiture, et il se commettait tant de crimes dans Hounslow Heath, que c'était faire acte de témérité que de passer par là une fois le soleil couché. « Des personnes encore vivantes m'ont assuré, dit M. Porter, que pour se rendre de Londres à leurs maisons de campagne , surtout au sud de la Tamise, du côté de Dulwich et de Norwood, elles avaient soin de se donner rendez-vous quelque part afin de marcher de conserve pour se défendre mutuellement. »
Rien de pareil n'est plus nécessaire. La police protège efficacement la vie des citoyens ; mais aussi en constatante' ' primant une foule de délits qui autrefois passaient inaj
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elle a singulièrement accru le nombre des accusés; de sorte que leur chiffre croissant accuse sans doute les progrès du crime, mais aussi ceux d'une répression devenue depuis quelques années bien plus intelligente et active. Nous insistons sur ce dernier point, parce que dans les calculs faits sur cette question, ordinairement on oublie de tenir compte de cet élément très-important du problème. Ainsi , il n'y a pas longtemps encore que tout voleur à la tire pris en flagrant délit, était saisi par les passants, traîné soûs une pompe et à demi noyé. Le magistrat n'avait rien à y voir, et la liste des délits était raccourcie d'autant.
Sous le bénéfice de ces observations, le tableau suivant montrera les progressions , pour le pays de Galles et pour FAngleterre , du nombre des accusés.
Années. Hommes. Femmes. Total. Convainous. Condamnés Exéc. Exéc.
à mort.
meartr.
On remarquera que le nombre des individus condamnés dans la période 1805-1810, s'élevait à 58,8 pour 100, et, dans la période 1844-1849, à 74,03 pour 100. CeUe augmentation tient à plusieurs causes, telles que l'indemnité accordée aux plaignants et aux témoins, ce qui garantit leur assiduité aux tribunaux ; la simplification des lois, et l'expérience des officiers de police. Autrefois les jurés rendaient souvent Un verdict négatif, tout en étant convaincus de la culpabilité, afin de soustraire le coupable à un châtiment disproportionné avec son délit ; l'adoucissement du code criminel a mis fin à cet abus.
Réforme des lois erlmlnelletf.
De 1 818 à 1824, le parlement abolit la peine de mort pour 21 délits, mais cette réforme ne tombait que sur des délits races et mém^ étrangers à notre époque, de sorte qu'elle
SITUATION MORALB. 549
n'influa guère sur la diminution des exécutions à mort. En 1832, la peine capitale fut abrogée pour le vol de bestiaux, de chevaux, d'argent jusqu'à la valeur de 5 livres sterling dans une maison habitée, etc. ; en 1833, pour Teffraction; en 1834, pour la rupture de ban du convict qui rentrerait en Angleterre; en 1835, pour le sacrilège, le vol de lettres par un employé de la poste. En 1837 elle fut abolie pour tous les crimes, excepté douze : le meurtre et la tentative de meurtre, le rapt ou le viol commis sur une enfant de moins de dix ans, les crimes contre nature, vol qualifié avec violence cpntre les personnes, le vol à main armée avec coups et blessures, Tincendie des maisons habitées ou de vaisseaux avec danger de vie pour les personnes qui s'y trouvaient, la piraterie suivie de meurtre, faux signaux avec intention de causer le naufrage des navires, incendie d'un vaisseau de guerre, sédition suivie de destruction d'édifice, détournements opérés pçtr des employés de la banque, enfin le crime de haute trahison.
En 1841, la peine de mort fut encore abolie pour les crimes de rapt, de sédition et de détournement des fonds de la banque. Grâce à cet adoucissement du code pénal , au lieu de 2172 sentences capitales que Ton aurait eues dans l'ancien système, il n'y en eut, en 1841, que 80. Mais aussi, le nombre des acquittements scandaleux a diminué, les jurés trouvant enfin dans la loi des peines plus en rapport avec les délits. En 1805, sur 100 accusés, il n'y avait que 60 condamnations; en 1849, il y en eut 75. Sous l'empire d'une loi pénale moins sanguinaire, le chiffre des exécutions baissa dans une forte proportion. De 1805. à 1822, inclusivement, il y avait eu, dans l'Angleterre et le pays de Gralles seulement, 1461 exécutions à mort, ou 81 par an; de 1823 à 1837, la moyenne annuelle est encore de près de 62; de 1837 à 1849, elle tombe à 10.
Avant 1834, il n'y avait pas de classification pour les délits et les crimes dans les comptes rendus de la justice criminelle ; on se contentait de les ranger par ordre alphabétique. A cette époque, on adopta la classificatioQ suivante :
l'' Offenses contre les personnes;
550 GHAnni XL.
2"" Attaques contre les propriétés, avec violence;
3* Attaques contre les propriétés, sans violence ;
4*' Attaques graves (maliciaus offences) contre la propriété;
5° Faux;
&" Autres crimes et délits.
En formant de ces six classes un tableau on aura les chififres suivants pour la répartition des crimes et délits qui relèvent des cours d^assises et des sessions trimestrielles dans lé pays de Galles et TAngleterre :
Années. ridasse. 3* 3* 4* S* 6* Total.