‹ Histoire d'AngleterreChapitre 44 sur 70 · Records of the er$ationy vol. I!, p. 888, A* édition · texte numérisé non relu

Records of the er$ationy vol. I!, p. 888, A* édition

habitant ricfie répondant aux questions d*un avocat, membre du parlement provincial, disait : Chez nous il n'y a pas de crime (crime! we hâve no crime) ; et ce n'était pas une affirmation gratuite. Les rapports officiels sur la justice criminelle aux colonies portent : les crimes sont fort rares à la Nouvelle-Ecosse; il y a bien une prison dans chaque comté, sous la surveillance du haut shérif, mais il n*a pas été nécessaire d'établir d'officiers de prison. La population de la Nou-, velle-Écosse s'élève à 180000 âmes environ; en 1841, on comptait principalement à Halifax 2040 élèves dans les collèges, et plus de 600 écoles primaires et 30 écoles à la fois primaires et secondaires ( combined common and grammar schools\ où allaient s'instruire plus de 20 000 enfants. La province donnait pour ces écoles plus de 6000 livres, c'estr-à-dire -^ de ses revenus, lesquels n'étaient que de 93 882 livr. 18 sh. 2 d. Si la contribution du parlement impé- • rial, pour le développement de l'instruction en Grande- Bretagne s'élevait sur la même échelle, elle monterait chaque année, proportion gardée avec la population, à 624 000 livres, et à cinq fois cette somme si le même rapport qu'à la Nouvelle-Ecosse était observé entre la dépense pour l'instruction publique . et le revenu total dçs deux pays. Aussi la population de cette colonie est-elle réellement devenue une population d'élite dont on remarque l'intelligence, l'excellente conduite et la prospérité non-seulement dans la province, mais partout où ses habitants vont porter l'esprit d'ordre et l'habileté qu'ils doivent à leur éducation*. L'Islande offre un exemple pareil. Là, les idiots exceptés, tout le monde sait lire et écrire, et un très-grand nombre d'iiabitants ont une instruction supérieure. Nous n'avons pas à interroger la justice criminelle de l'île; elle n'existe pas. Il y avait une prison à Rekiavik, dans la capitale. Lassé de la voir toujours vide, on en a fait la résidence du gouverneur. Depuis deux siècles il n'y a eu que 3 ou 4 condamnations capitales. La dernière fut prononcée en 1810, contre un paysan qui avait tué sa femme; et comme il ne se

1. Bfiiiih ÀfMTica, by John M. Gregor Isq., p. 405, tt* édition.

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trouvait personne dans Ttle pour faire l'office du bourreaut il fallut envoyer le condamné en Norvège pour qu'il pût subir sa sentence. Il est inutile d'ajouter que le Danemark n'a jamais envoyé un soldat en Islande.

Mauvaise condition des écoles. — Il n'en va malheureusement pas ainsi en Angleterre. L'instruction publique y a été négligée à un point qu'on ne saurait dire. Il n'existe, dans le royaume-uni , aucun système général d'éducation populaire par le moyen des écoles et des universités, et point d'autorité qui en dirige le tout ou même une partie. Il n'y a ni loi , ni règlement qui détermine à quelles conditions les écoles peuvent être établies et quelles connaissances les professeurs doivent avoir, quelles garanties ils doivent fournir. Tout individu peut ouvrir une école; s'il prospère, tant mieux pour lui; s'il échoue, tant pis, et comme il a le choix des moyens , tous lui sont bons. L'instruction est une marchandise, qui là, se vend comme toute autre chose, sans que la loi en surveille la qualité. C'est le système de la liberté illimitée de l'enseignement. Et nous pouvons dire que si ce régime a eu pour effet de répandre quelques connaissances pratiques, immédiatement profitables, il n'a rien fait pour élever le niveau des études que nous appelons libérales, et que rinfluence de ce système se retrouverait aisément dans le caractère par trop positif et égoïste du peuple anglais.

L'intolérance réciproque des sectes a été pour beaucoup dans les retards apportés au développement des lumières et des institutions fondées pour les propager. Après avoir travaillé trente ans de sa vie à favoriser les progrès de l'instruction, lord Brougham disait un jour à la chambre des lords, qu'il voyait avec un profond chagrin, et presque avec désespoir, l'attitude qu'avait prise l'opinion religieuseau sujet de l'importante question de l'enseignement populaire. « Il commençait à désespérer que la législature pût étendre le bienfait inestimable de l'enseignement sur le peuple, parce qu'il reconnaissait que les amis de l'instruction qui appartenaient soit à l'Église établie, soit aux Wesleyens méthodisteset autres dissidents, étaient complètement en désaccord sur ce point, quoique grands partisans du principe de

L'enseignement populaire, quoique' portés au développement d'une instruction solide, sous le rapport civil ou religieux, cf tioique travaillant respectivement à répandre Tinstruction psiroii le peuple. Malgré tout cela, une vérité funeste n'était que trop évidente : la jalousie paralysait tous les efforts. Cliaque secte, chaque croyance religieuse préférait à Texlension de renseignement un autre objet; chaque parti voulait surtout remporter une victoire sur l'autre. L'Église établie voulait instruire le peuple ; mais l'Église établie voulait, avant tout, l'emporter sur les sectes dissidentes : les sectes désiraientrinstruction du peuple, mais leur plus grand désir était de renverser l'Église établie. » Ces paroles étaient vraies en 1843, et elles ne le sont pas moins aujourd'hui. Les exigences des anglicans, non moins exagérées que les exigences des dissidents, se révèlent surtout dans cette prétention, qu'il n'est pas possible de donner à d'autres qu'au clergé de l'Église établie le soin d'instruire la jeunesse.

instraeUon primaire.

Intervention du gouvernement dans V instruction publique. •— Dès Tannée 1798, Joseph Lancaster établit une école gratuite où l'on suivit la méthode de l'enseignement mutuel, qu'il prétendit avoir trouvée, mais qu'il tenait d'André Bell, qui lui-même l'avait vu pratiquer dans l'Inde. L'école prospéra d'abord. De hauts personnages, et bientôt la famille royale elle-même, soutinrent l'institution et celui qui l'avait fondée. Mais ce patronage ne suffit pas; les embarras financiers survinrent. En 1811, l'école menaçait de tomber. On la releva encore; mais il s'écoula un certain nombre d'années avant que le gouvernement songeât à intervenir. Il ne le fit qu'en cédant, en 1839, aux sollicitations si longtemps inutiles de M. Wyse ; il établit un conseil d'éducation (ftoard of éducation) , et demanda un crédit annuel pour l'amélioration des écoles. Mais trente mille livres sterling (sept cent cinquante mille francs) par an, quelle somme misérable pour la riche Angleterre! Pourtant cette somme, toute faible qu'elle est, a eu un efiet avantageux. Elle n'a été distribuée que sous la condition qu'une somme égale à celle accordée

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par le gouvernement, serait fournie par voie de souscriptkm volontaire. En 1846, Tallocation fut portée à trois millions cent vingt-cinq mille francs, et il y a tendance à Taugmenter encore ; car lord Brougham rappelait^ il y a quelques mois, à la chambre des lords, que pour le môme objet, c'est-àdire pour rinstruction primaire des enfants pauvres, r£cosse paye une somme double et la Suisse une somme quatre fois plus considérable, proportionnellement à la population. Tous les Anglais sont maintenant convaincus, qu'en iDa«> tière d'instruction, la concurrence ne suffit pas seule pour conduire au but, et il n*y a pas jusqu'au radical Rœbuck qm ne sente la nécessité d'une direction supérieure, et ne réclame l'intervention du gouvernement.

Nombre des écoles et de leurs élèves, — La plupart des écoles anglaises appartiennent à deux grandes sociétés , la Société nationale {National Society), fondée par l'Ëglise établie, et la Société anglaise et étrangère {British and Foreign Society) soutenue par les particuliers. Cependant le lien qui unit les écoles, môme celles d'une même société, est bien faible, et n'est formé, en général, que par la res* semblance de certains principes qu'on y suit de préférence. Il n'y a rien qui ressemble à de la dépendance ou à de l'inspection, à une direction scientifique ou réglementaire quelconque; La principale différence entre ces deux sociétés consiste en ce que, dans les écoles de la Société nationale, on suit exclusivement les doctrines de la haute Église ou Église anglicane ; la Société anglaise, au contraire , ne donne aucune instruction religieuse particulière, et so borne à lire et à expliquer certaines parties de la Bible.

Le nombre des écoles étant beaucoup trop petit, et d'ailleurs les enfants qui sont occupés toute la semaine soit dans les champs, soit dans les fabriques, ne pouvant point les fréquenter, on a imaginé de fonder des écoles du dimanche (sundayrschools). Malheureusement ce peu d'heures consacrées tous les huit jours à l'étude, ne remplacent que trèsimparfaitement une instruction en règle, et, quoique les maîtres qui sont préposés à ces établissements agissent d'une façon fort louable en donnant leurs leçons gratuitement, il

faut avouer, d*un autre côté, qu'ils sont en général fort peu instruits et même à peu près incapables de remplir leurs fonctions, puisque, suivant un rapport officiel sur les écoles de Londres et de Manchester, « beaucoup d'entre eux n'ont d'autre titre à cet emploi que leur complète incapacité pour tout autre. »

En 1818, on comptait, dans l'Angleterre et le pays de Galles, 19326 écoles ouvertes tous les jours qui recevaient 605 704 écoliers , et 5 543 écoles du dimanche qui en avaient 425 493; en tout 1 031 197 élèves. En 1833, le nombre des écoliers des deux catégories était de 2 825 837, chiffre bien élevé , s'il n'y avait de bonnes raisons de révoquer en doute leur exactitude. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'à Man-chester, par exemple, 15000 enfants ne mettent jamais le pied dans une école. Dans tous les cas , les résultats sont bien faibles, car dans les trois années 1839-1841, sur 367 894 mariages, il y eut 122 458 hommes et 181 378 femmes qui furent incapables de signer leur nom ; dans les trois années 1842-1844, 374 872 mariages et 121 463 hommes, 182 753 femmes incapables de signer leur nom : c'est presque 41 individus sur 100 ou plus des | des habitants de l'Angleterre qui sont plongés dans la plus profonde ignorance. En Ecosse, chaque paroisse a son école, et il y a, en outre, un grand nombre d'écoles particulières où près de 200000 enfants reçoivent l'instruction.

Années. Ëcoles Écoles Total

paroissiales. particulières. des élèves.

Le chiffre de 1837 ne donnait cependant encore que 31 élèves pour 100 enfants de cinq à quinze ans.

Si l'on attaqua vivement l'intervention du gouvernement dans l'éducation nationale pour l'Angleterre, l'opposition fut bien plus vive quand il s'agit d'organiser l'instruction publique en Irlande. En 1731 , on avait fondé une société pour multiplier les écoles protestantes dans ce pays entièrement catholique (^A^ incorporated society forpromoting En^ glish protestant schools in Ireland). Le parlement accorda à

cette société, à différentes reprises, plus de 1 lOOOOO livr.; pour les Charter schools, dans l'espace de cinquante ans, on avait voté plus de 500 000 livr. Ces sociétés avaient , eu effet , un but tout politique. On voulait rendre l'Irlande anglaise et protestante, en s'y.emparant, par l'éducation, delà jeune génération. Des actes de Henri VIII et de Guillaume lU avaient même interdit , en Irlande , toute autre éducation qu'une éducation anglaise et protestante. Cependant , malgré ces secours du gouvernement et ceux qui étaient fournis, en outre, par un grand nombre de particuliers, Ylncorporated Society n'était pas capable d'instruire plus de 2000 élèves, encore étaient-ils dans ces écoles aussi mal soignés que mal instruits. Les Charter schools en avaient moins encore. En 1826, la dépense annuelle montait à 18 livr. 18 sh. par tète. La société pour l'instruction des enfants pauvres a mieux réussi; en 1831, elle avait 1621 écoles et 137 639 élèves. La grande difficulté pour la propagation de l'instruction populaire en Irlande est la différence des religions ; dans les écoles pour les enfants pauvres, on lut l'Écriture sans notes ni commentaires. Le clergé catholique refusa de se soumettre à cette règle, et ces écoles cessèrent de prospérer. Pour tourner la difficulté , le gouvernement établit que dan^ les écoles il y aurait un enseignement purement littéraire et moral pour tous , et qu'à des heures différentes se ferait renseignement religieux , séparément, pour les élèves de chaque religion. Grâce à cette mesure , les écoles se multiplièrent sans obstacle. La guerre faite ainsi à l'ignorance a porté ses fruits. L'aspect de certains districts a complètement changé depuis l'introduction des écoles, et la tranquillité relative dont l'Irlande a joui dans les dernières années a peut-être une de ses causes dans la réunion pacifique dé près de 500 000 de ses enfants des deux religions sur les bancs de la même école. Qui oserait dire que bien des préjugés n'ont pas été par là effacés de l'esprit même des parents 1

liiAtracUon secondaire.

Nous n'avons pas, jusqu'à présent, parlé de l'instruction secondaire ; elle est donnée dans des collèges de fon-

dation particulière dont rétablissement remonte à la fin du moyen âge ou au commencement des temps modernes : ce sont, au premier rang et renfermant la majeure partie de la jeunesse aristocratique de TAngleterre, Eaton, Winchester, Westminster, Harrow et Rugby. La disposition de ces collèges est partout à peu près la même ; ils se composent d'un établissement principal où les élèves vont entendre les leçons des professeurs, et d'un certain. nombre de maisons où ils passent le reste du temps sous la direction et la conduite d'un de ces professeurs.

La superstition des Anglais pour tous les vieux usages se retrouve non moins forte dans tout ce qui concerne leurs collèges, où Ton se ferait ^scrupule de rien changer aux statuts imposés par les fondateurs et qui datent de plusieurs siècles. Croit-on , par exemple , que les règlements du collège d'Eaton, qui datent de 1441, soient bien en harmonie avec les besoins de notre siècle? Aussi, à l'exception d'un peu de théologie et de géographie, on n'y apprend absolument rien que le latin et le grec. Pour leur étude même on n'emploie ni les meilleures grammaires ni les meilleurs auteurs; ceux que Ton explique n'y paraissent que par extraits, encore se sert-on des anciennes éditions sans profiter des améliprations faites depuis dans les textes. Xénophon, Thucydide, Polybe , Tite Live , les tragiques sont à peu près complètement laissés de côté , et il n'est aucunement question , ni de l'histoire du moyen âge, ni de l'histoire moderne, ni des langues vivantes. En revanche on apprend et on fait beaucoup de vers latins, ce qui nous explique les citations assez nombreuses de Virgile qu'on retrouve dans beaucoup de discours du parlement.

En Ecosse, où l'on est plus avancé pour l'instruction primaire, on est plus arriéré pour l'instruction secondaire, et il n'y a pas à s'y plaindre des règlements des collèges, car il n'en existe pas. Vous ne trouvez pas, au nord de la Tweed, d'institutions intermédiaires qui préparent à l'université, d'où il résulte que l'université elle-même est obligée de fournir une instruction moins élevée qu'elle ne le < Les jeunes gens y arrivent dès Tâge de quatorze o

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ans dt y sont prématurément abandonnés à eux-mêmes. Nulle part on ne rencontre de surveillance ou de contrôle. Le cercle des études est beaucoup trop restreint et Ton ne fait point de cours d'histoire dans la patrie des Hume, des Robertson et des Walter Scott. Enfin , le nombre d'heures réservées pour renseignement, à l'université, est trop peu considérable, et les diverses vacances prises ensemble durent six mois de Tannée.

mslmetloii supérieure.

Organisées depuis plus longtemps encore que les collèges, puisqu'elles remontent au milieu du moyen âge, les deux universités anglaises d*Oxford et de Cambridge (l'université naissante de Londres ne peut encore compter^} répondent encore moins que tout autre établissement aux besoins de répoque. L'enseignement y roule principalement sur la théologie, le grec, le latin et la musique, seulement il est plus élevé que dans les collèges. Il faut dire aussi qu'à l'aide de fondations additionnelles on s'est eJBforcé d'introduire successivement des cours de littérature, de droit, de médecine , de mathématiques et de physique.

L'université d'Oxford renferme vingt -quatre collèges groupés autour d'elle et où demeurent les quatre mille cinq cents étudiants qui suivent^ ses leçons. La plupart des cours ne se font môme plus dans l'établissement central , mais dans ces collèges, dont le plus considérable est celui de Christ-Church , fondé par le cardinal Wolsey. Elle jouit d'un revenu de onze millions. Le principal des professeurs, celui de théologie, a cinquante mille francs de traitement; les autres ont de dix à vingt mille francs.

Il y a à Cambridge dix-sept collèges, où demeurent cinq à six mille étudiants. L'université a neuf millions de revenu.

Les portes d'Oxford et de Cambridge ne sont ouvertes qu'à ceux qui professent la religion anglicane et prêtent le serment des trente-neuf articles, symbole de cette religion.

t. VUniversity collège , à Londreo, reçoit des enfants de toutes les religions, et le plan d'études est calqué sur celui des établissements analogues du continent. 1^

Soavernement lui a accordé une subvention de quatre mille livres sterling. L'Ë^ise tablie a aussitôt fondé en concarreoce un établissement analogue, le King» collège. . o » •

U 7 a toutefois entre elles cette différence , qu'à Cambridge le serment n'est pas nécessaire pour profiter de Téducatioii qixi s'y donne et qu'il est seulement exigé pour prendre ses grades et pour obtenir Tun des emplois ou pensions dont l'université dispose, tandis qu'à Oxford le serment est indispensable même pour jouir des bienfaits de Tinstruction. La distinction des rangs, si profondément admise dans la société anglaise, existe avec toute sa rigueur dans les universités. Ainsi, les élèves commoners (ceux qui payent les boursiers • s'appellent syers) sont divisés en quatre catégories : 1° les élèves nobles qui sont les pairs ou fils aînés de pairs ou héritiers présomptifs d'une pairie; 2° les quasi-nobles [quasitiobiles)^ qui sont les fils puînés de pairs et les fils aînés de baronnets; 3° les jeunes gens appartenant à des familles roturières, et qui , moyennant un certain prix, ont obtenu le titre, à Oxford, de gentlemen commoners, à Cambridge de fellows commoners , qualités auxquelles sont attachés certains privilèges ; 4° enfin les élèves commoners simples. Les étudiants nobles sont distingués des autres par les ganses et les broderies de leurs manteaux. Au réfectoire, à la chapelle, ils ont une place marquée. La distinction des rangs est même si grande à Cambridge , que le fils aîné d'un baronnet se distingue par son costume du fils cadet.

L'Irlande a le collège catholique de Maynooth, séminaire catholique appelé aussi université de Saint-Patrick. Il a été fondé en 1795, agrandi et doté par l'État en 1845 sousTadmînistration de sir Robert Peel. Nous avons parlé précédemment des débats auxquels cette dotation donna lieu.

Iiettres et jloiiriiaiix.

Nous terminerons ce paragraphe par quelques chiffres sur la circulation des lettres et des journaux ; celles-là qui , en outre des services qu'elles rendent au commerce et à rindustrie , aident à resserrer les liens de famille, ceux-ci qui répandent une foule de notions utiles et tiennent Tesprit en éveil par leur publicité quotidienne ou périodique.

Ce fut en 1839 que fut adoptée runiforqpiité de la taxe des lettres : un penny par une demi-once, avec un accrois-

sèment proportionnel pour des poids plus élevés. Le 10 janvier 1840, la loi fut mise à exécution, et le 6 mai suivant on adopta l'usage des timbres d'affranchissement. L'année 1839, dernière année où fut appliqué Tancien système, il y eut, autant qu'on peut l'estimer, dans les trois royaumes, environ 82 millions de lettres; en 1840, on en comptait 168 768 244; en 1849, 337 065 867. L'accroissement a été, durant cette période (1839-1849) de 308 pour 100.

Le revenu net des ports de lettres était, pour les trois royaumes :

En 1S06, de 1119529 Ums.

En 1829, de 1544 224 >

En 1839, de 1649088 »

En 1840, de 410028 »

En 1849, de 840790 »

On voit qu'après la réforme ce revenu diminue des f et qu'il n'est encore remonté qu'à la ^ de ce qu'il donnait en 1839.

Pour les journaux, le timbre était autrefois de 4 deniers par feuille ; ce qui empêchait la classe ouvrière de jamais les lire; en 1836 il fut réduit à un denier. Le nombre de feuilles timbrées et les droits payés pour cet objet dans les trois royaumes ont été : en 1835, de 33 191 820 timbres, et 453 130 livres. En 1844, 71 222 498 feuilles, et 287 829Uvres, En 1849 le nombre des journaux était de 603, tirés à 89346010 numéros. Une proposition est faite en ce moment même (avril 1852) à la chambre des communes, poi supprimer le droit sur le papier, sur les annonces et timbre des journaux.

Mœurs.

L'ignorance qui règne encore dans le royaume-uni, lai tuation morale peu satisfaisante que révèlent les rôles la justice criminelle, surtout les récits qu'on a faits de l's freuse condition des dernières couches de la population glaise, dans les grandes cités manufacturières, montrei combien cette société a de maux à guérir. Toutefois, il ni faudrait pas prendre ce sombre et véridique tableau poi autre chose que ce qu'il est. Les écrivains, qui nous ïo\

tracé ont donné le bilan de la misère et du vice. Mais je l'ai dit en commençant, dans la concurrence effrénée qui est sortie de la liberté illimitée du commerce et de Tindustrie, les faibles de corps, d'intelligence ou de courage, sont impitoyablement rejetés dans la classe qui a été si énergiquement dépeinte. Les forts , les intelligents, les hommes de cœur et de persévérance qui n'ont pas été frappés de eoups imprévus, ceux-là s'élèvent dans l'échelle sociale, et on peut dire aussi dans la moralité*. Si la civilisation, si l'accroissement du bien-être, si le développement des sciences et de la richesse n'avaient d'autres effets que de nous procurer plus de jouissances, sans nous rendre meilleurs, il faudrait brûler nos villes et nos livres pour retourner bien vite aux forêts de l'âge d'or. Heureusement il n'en va pas ainsi. La civilisation a ses victimes comme les religions antiques, mais voici que sa première préoccupation n'est plus maintenant de produire ; elle songe à répartir plus également les biens qu'elle trouve, même dans l'aristocratique Angleterre ; les petites et les moyennes fortunes augmentent, nous l'avons constaté ; le bien-être descend chez les classes inférieures, mieux logées, mieux vêtues, mieux nourries qu'il y a cinquante ans, et dépouillées aussi de quelques-uns des vices si répandus, disons mieux, si fort en honneur dans l'autre siècle.

Il y a moins de grossièreté dans les mœurs. Une habitude déplorable, celle de l'ivresse, s'était répandue durant le dernier siècle, dans toutes les classes, et, comme conséquence naturelle, avait amené la licence et la grossièreté dans les manières et la' conversation. Le penchant général pour l'ivresse avait pris un tel caractère, en 1736, que cette question causait de continuels débats dans le parlement, et qu'on chercha des remèdes assez énergiques pour arrêter le mal. Toute liqueur spiritueuse dut payer un droit de 20 shillings par gallon ; on défendit la vente en détail ; les infractions furent punies avec la dernière rigueur. Mais le

1. La preuve que ce tableau , vrai pour une partie de la population de toutes les grandes villes, est exceptionnel, même pour la classe des ouvriers de fabrique, c'est que la mortalité générale est plus faible en Angleierre qu'en France.

II a2

566 CHAPITRS XL.

mal ne s'arrêtait pas : en 1733 on avait consommé en Angleterre et dans le pays de Galles 10 200 000 gallons de spiritueux; en 1742 ce chiffre s'élevaj|( à 19 000000, ce qui faisait 3 ô gallons par individu, la population étant d'environ six millions d'âmes. De nos jours cette habitude se perd, ou du moins diminue notablement. La consommation annuelle par tète» n'est plus que de ^ gallon. Tout homme de bonne condition, toute personne qui tient à paraître un gentleman,, et on sait la force de ce mot pour les Anglais de toute condition, se pique de ne pas boire avec excès. On n'ose plus venir au parlement en état d'ivresse, et notre époque n*est plus témoin des incroyables excès du dernier siècle. Le langage des hommes bien nés d'il y a cent ans ne serait pas toléré aujourd'hui. La grossièreté générale avait gagné même les femmes , et des femmes bien élevées. Si l'on voulait y regarder d'un peu près, dit M. Porter, on verrait qu'il y a vingt ans encore , des femmes respectables, des mères de famille, des veuves de commerçants considérés, avaient l'habitude, pour plaire à leurs hôtes, de chanter des chansons qu'aucun marchand de musique n'admettrait aujourd'hui dans son magasin.

L'Ecosse, toutefois, n'a pas suivi l'Angleterre dans ses progrès en tempérance. On y consomme de l'opium, et surtout du whisky. A Glasgow, par exemple, il se fait une consommation effrayante de spiritueux, à en juger par le nombre de maisons qui en débitent. En 1838, sur 10 maisons , il y avait un débit de spiritueux ; tandis qu'à Londres on n'en trouvait qu'un sur 56 ; et le shérif du Lanarkshire estimait qu'un tiers de la population de Glasgow était sans aucune espèce d'instruction morale ou religieuse.

Une très-utile concurrence aux débits de spiritueux a été faite par les débitants de thé et de café. Il y a aujourd'hui à Londres seize à dix-huit cents de ces maisons où , à trèsbas prix, de 1 à 3 pence, on peut prendre de ces deux liqueurs bienfaisantes et lire les journaux et publications périodiques , même les revues. Il y a trente ans, on comptait à peine douze établissements de ce genre, et encore leurs

prix étaient tellement élevés qu'ils n'avaient qu'un petit nombre de consommateurs.

Les spectacles de combats de boxeurs ont singulièrement diminué : il y a quelques années encore , les journaux rendaient un compte exact et détaillé de ces horribles luttes ; aujourd'hui il n'est pas une seule feuille sérieuse qui^voulût en parler. Autrefois, quand ces combats avaient lieu, les. personnes de la meilleure société couraient y assister ; actuellement, il serait honteux d'y être vu.

On dira peut-être que de tous ces faits , que nous pourrions multiplier, il résulte bien qu'il y a dans la société anglaise plus de pruderie , mais que cela ne prouve pas qu'il y ait plus de moralité ; je soutiendrai toujours qu'une société où la grossièreté et le vice sont contraints de se cacher, vaut mieux que celle où il s'étale, et que le respect de soi-même est le commencement de la vertu.

Walter Scott raconte qu'une de ses vieilles grand'tantes , femme distinguée et encore en pleine vigueur d'esprit, malgré ses quatre-vingts ans, lui demanda un jour de lui envoyer les Nouvelles de M. Behn ; Walter Scott hésita quelque temps à lui remettre ce livre, écrit dans le style du temps de Charles IL II l'avait à peine envoyé que l'ouvrage lui revint, avec ce billet : « Reprenez votre joyeux M. Behn, et, si vous m'en croyez, jetez-le au feu ; je n'ai pu en dépasser les premières pages. Il est bien singulier que moi, une vieille femme de quatre-vingts ans et plus, je me sente rougir, en lisant sans témoin ce livre , qu'il y a soixante ans, j'entendais lire tout haut, au grand plaisir de tous, dewnt nombreuse compagnie, dans la première société de Londres^ »

Dans une enquête faite , en 1835, par un comité de la chambre des communes , un des témoins appelés , vieillard instruit et observateur attentif, racontait qu'il ne reconnaissait plus la classe ouvrière d'à présent, en se reportant à ce qu'elle était lorsqu'il faisait son apprentissage. « Chansons ordurières, disait-il; livres licencieux, qu'on n'ose plus vendre ; plaisirs crapuleux ou cruels ; toujours de la

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