‹ Histoire d'AngleterreChapitre 45 sur 70 · Lockhart, LifeofScott^ vol. V, p · texte numérisé non relu

Lockhart, LifeofScott^ vol. V, p

568 CHAPITEE XL.

débauche ou du sang : tels étaient, il y a cinquante ans, les plaisirs du peuple. Je ne voispas que des vices nouveaux soient venus remplacer les anciens ; mais je vois bien certainement que beaucoup de ceux-ci sont partis , et qu'il y a infiniment plus de décence et de respect de soi-même. — Et à quelle cause attribuez-vous cette amélioration? — À Tinstruction. Plus la classe ouvrière sMnstruit, et meilleures habitudes elle prend. Il y a quelque temps j'ai vu, entre Temple-Bar et Fleet-Market, plusieurs maisons dans chacune desquelles il y avait plus de livres qu'on n'en eût pu trouver dans toutes les maisons des marchands de cette rue, quand j'étais jeune homme. »

VUE GléNéBALB DES COLONIES ANGLAISES. — GIBRALTAR. — MALTE. — ILES IONIENNES; HELIGOLAND. — INDE. — CETLAN. — ÉTABLISSEMENTS EN AUS- TRALIE. — DÉPENDANCES EN AFRIQUE. — AMÉRIQUE ANGLAISE. — COLO- NIES DES INDES OCCIDENTALES.— RÉSUMÉ POUR LES COLONIES.

Vae générale des eolonles anslalses.

Si Ton cherche sur une carte du monde les points où flotte le pavillon britannique , on verra qu*il y a à peine une grande position soit commerciale, soit stratégique, dont il n'ait pris possession. Les vieilles îles anglo-normandes de Jersey, de Guernsey et d'Aurigny menacent la côte de Bretagne et de Normandie, en môme temps qu'elles coupent la route de Brest à Cherbourg. À Heligoland, l'Angleterre surveille les bouches du Wéser, de l'Elbe et tout le commerce de Hambourg, de Brème, et de l'Allemagne du nord, sous la . gueule de ses canons; et elle se trouve à portée du Sund. A Gibraltar, elle tient les clefs de la Méditerranée ; à Malte, elle domine le passage entre les deux grands bassins de cette mer. A Corfou , elle commande l'Adriatique , menace Trieste et tout le commerce de l'Allemagne du sud. Elle

n*a point les Dardanelles^ qui ne mènent qu*à un grand lac intérieur, mais elle est toute-puissante à Alexandrie et au Caire , qui conduisent aux Indes. Aden est le Gibraltar de la mer Rouge; Maurice, la citadelle de TOcéan indien; les deux presqu'îles de l'Indostan et de Malacca lui appartiennent. Singapoure, Labouan, et Hong-Kong sont les étapes entre Tlnde et la Chine. Resserré entre le Cap, Ceylan et la Nouvelle-Hollande, le grand Océan n'est plus qu'un lac anglais. Elle tient par deux bouts la mer des Antilles ; car elle a Honduras d'un côté, Sainte-Lucie, Saint-Vincent, Tabago de l'autre, et elle possède encore au milieu la Jamaïque. Elle occupe aux îles Bahama les débouchés du golfe du Mexique ; aux Bermudes une station , à mi-chemin , entre les Antilles et le Canada. La partie du continent américain la plus rapprochée de l'Europe est à elle, avec les immenses forêts du Canada; avec les pêcheries inépuisablesde Terre-Neuve; avec le magnifique golfe de Saint-Laurent et les ports de la Nouvelle-Ecosse, les meilleurs de toute l'Amérique du nord. Elle est à la Guyane, et elle voudrait bien être encore à l'isthme de Panama, dans le voisinage duquel elle a établi sa colonie de Balize. Enfin , elle a saisi l'Afrique par trois côtés , du côté de la Gambie et de Sierra-Leone , au Cap et par Maurice : on peut dire qu'elle la tient par un quatrième, TEgypte, où son influence est prépondérante.

Ces postes ne sont pas seulement des stations pour ses navires, des refuges en temps de guerfe pour ses escadres et ses corsaires, des comptoirs en temps de paix pour ses négociants, des marchés pour ses manufactures; de là, elle surveille le commerce entier de l'univers. Ses agents s'y tiennent au courant de toute production nouvelle à exploiter, de toute concurrence à éteindre, de tout débouché à ouvrir : et il en résulte que le commerce anglais a nonseulement l'avantage de l'expérience des affaires et du bas prix des capitaux , mais encore celui d'être le mieux renseigné qui soit au monde.

Qibraltar.

Gibraltar est bâtie au pied de la montagne du même

nom , à l*e8t d*une large baie qui s'ouvre sur le détroit. Enlevée par surprise, en 1704, par Tamiral Rooke; vainement attaquée, en 1782 , par les forces réunies de la France et de l'Espagne , Gibraltar est imprenable. Le rocher qui la porte , et qui la domine , forme la pointe australe de l'Europe , et ne tient à l'Espagne que par une langue de terre sablonneuse et basse. C'est vers le nord , sur le revers qui regarde à la fois l'Europe et la Méditerranée , qu'on a accumulé tout ce que la prudence a pu indiquer de moyens de défense pour repousser une attaque de terre et de mer. La cime de la montagne est à plus de 400 mitres de sa base ; le rocher a été creusé à l'intérieur dans toutes les directions, et 500 embrasures vomiraient la mitraille, l'incendie et la mort sur tous les assaillants, sans que ceux-ci pussent atteindre un adversaire invisible. Dans ces vastes casemates sont emmagasinées d'immenses provisions ; de sorte que Gibraltar ne craint pas plus un blocus et la famine qu'une attaque de vive force. Gibraltar est à la fois une formidable forteresse , un point de relâche pour les navires qui traver* sent le détroit , et un entrepôt précieux pour le commerce anglais qui, de là, inonde l'Espagne de marchandises entrées en contrebande.

La surface du terrain occupé par les Anglais sur cette partie de la côte d'Espagne n'est que de 1120 acres. En 1834 , la population de Gibraltar était de 15 008 habitants, dont 4886 résidents étrangers, et 10 122 sujets britanniques. De 1827 à 1849, on a expédié dans cette possession pour 700 000 livr. st. en moyenne, par an, de produits des manufactures anglaises. Le nombre des vaisseaux employés dans le commerce, entre Gibraltar et la métropole, était, en moyenne, chaque année, de 1832 à 1849 : à l'entrée, de 78, jaugeant 17 678 ; à la sortie, de 215, jaugeant 33928.

Cette tie a quatre lieues de largeur, sept ou huit de long et environ vingt de circonférence. Escarpée au sud, elle se termine au nord par une plaine de niveau avec la mer. Des montagnes arides qui courent vers le nord-est découpent la

Il « ■'

■il

a li

:'n:'i.- . :'l JîJ

l>E LUX l>K MALTE

&E C&RPOU

-vi'^

co*.

^zr

aKTwUe

cAte où se trouvent plusieurs ports vastes et sûrs dont deux forment les magnifiques bassins qui s'ouvrent à droite et à gauche de la cité La Valette et qui s'appellent : Tun, le Grand Port y l'autre la Marsa Muscetto, Presque partout le roc se montre à nu , et il a fallu aller chercher en Sicile de la terre végétale pour former un sol artificiel. La capitale de Tlle, la cité La Valette, forme comme cinq villes, séparées Tune de l'autre , et est enveloppée de fortifications formidables. Malte n'a d'importance que comme station des flottes anglaises et des paquebots dans la Méditerranée. Son commerce est peu de chose. La superficie de Malte est de 95 milles carrés; celle de Gozzo de 27. En 1839, la population de la première lie était de 105456 habitants, dans la deuxième on en comptait 16 472. Les importations des manufactures anglaises ont été en moyenne, de 1827 à 1849, de 242369 livres sterling. En 1839, la surface productive dans les deux îles était de 54 716 acres sur 101 526. Elle nourrissait 4447 chevaux, mulets et ânes , 5661 bêtes à cornes, 8851 moutons. Beaucoup de Maltais émigrent en Algérie.

Ile» lonl.eniiefl) Hellsobiiid.

Ces lies sont au nombre de sept : Corfou , Céphalonie , Zante, Santa Maura, Ithaque, Cérigo, Paxo. Corfou, la plus grande, a une superficie de 75334 milles carrés. Celle des sept lies réunies est de 223349 milles carrés. La population est de 210 816 habitants ; Corfou seule en a 65734. Sa position, près du canal d'Otrante et du golfe de Lépante, lui donne une importance que Venise avant l'Angleterre avait reconnue , et que Bonaparte acquit pour la France par le traité de Campo Formio; les traités de 1815 l'ont cédée à l'Angleterre qui là « tient en bride l'Adriatique » et domine tout le commerce maritime de l'Autriche. La capitale, qui porte le même nom que l'île, bâtie sur la côte orientale, est protégée par une enceinte bastionnée et par deux citadelles très^ortes. Les Iles Ioniennes forment une république placée sous le protectorat, il fau< drait dire sous la domination de l'Angleterre , qui , ayant à combattre les sympathies des habitants pour la Grèce, leur

572 CHAPITAE SU.

voisine, dont ils parlent la langue et dont ils ont la religion, les tient dans une dépendance rigoureuse , malgré leur sénat de six membres, qui est officiellement investi du pouvoir exécutif, et leurs quarante députés qui sont chargés de faire les lois. Pouvoir exécutif et pouvoir législatif ne peuvent rien contre la volonté du lord haut commissaire. Aussi dans les dernières années , la haine entre les protecteurs et les protégés s'est manifestée par des émeutes. Une répression sanglante a bien rétabli Tordre, mais n'a fait qu'accroître l'antipathie des deux races.

Nous rapprochons Heligoland de Corfou parce que ces deux forteresses anglaises sont et pour la même raison au débouché de la grande ligne commerciale de l'Allemagne, en face de Trieste et de Hambourg, où vient aboutir le chemin de fer de Vienne et de Berlin. Heligoland n'est qu'un Ilot de la mer du Nord , ayant un mille de long , un tiers de mille de large et 2200 habitants; mais bien fortifié et bien approvisionné.

Les exportations pour ces lies ont été de 1827 à 1849, en moyenne, d'une valeur de 123 404 livres sterling par an. Dans la même période, le nombre des vaisseaux entrés à Corfou a été en moyenne de 66 , jaugeant 8702 tonneaux; celui des vaisseaux sortis de 54, jaugeant 8209 tonneaux. La plus grande partie de ces expéditions consiste en sucre raffiné et en étoffes ; mais ces lies font elles-mêmes, avec les divers ports de la Méditerranée, un assez grand commerce en savon , en vins et en huile d'olives.

Inde.

Nous avons donné pages 271-281 assez de détails sur l'organisation de la compagnie des Indes et sur ses acquisitions successives pour qu'il soit inutile d'y revenir ici. Nous ajouterons seulement qu'elle est encore en ce moment engagée dans une guerre avec les Birmans diwoyaumed'Ava, et que malgré son sincère désir de ne pas s'étendre davantage, elle sera sans doute forcée cette fois ou une autre de mettre la main sur cet empire , afin de dominer sur la seconde presqu'île de l'Inde comme sur la première.

On a vu que Jusqu'en 1814 la compagnie des Indes orientales a eu le monopole du commerce de la presqu'île et elle garda celui du commerce avec la Chine jusqu'en 1833. Les échanges entre le royaume-uni et ITnde s'élevèrent en 1814 à 8 643 275 livres sterling pour l'importation et à 1 874 690 pour les exportations; en 1832, à 6337 098 à l'entrée et à 3 750286 à la sortie. En 1849, l'exportation des produits anglais pour la Chine et l'Inde s'est élevée à 6 803 274 , et le tonnage employé a monté de 160 589 tonnes, qu'il était en 1833, à 457 573 en 1849.

Les chiffres suivants donnent la valeur des exportations de l'Inde en 1833 et 1849:

Café' (Ibs.) 6734820 39144638

Cotonnades (pièces) 290 333 60 166

Laque à teindre (Ibs.) 299 405 1 517 152

Peaux (cwls.) 29 337 71 017

Chanvre (cwts.) 34 008 360 163

Indigo (Ibs.) 6315 529 8 509 904

Poivre (Ibs.) 7 298 925 3913 611

Riz (cwts.) 179 370 875510

Sagou (cwts.) 7 665 83540

Salpêtre (cwts.) 143 434 286 746

Graine de lin (bushels) 2 163 209 136

Soie (Ibs) 989 619 1 804 327

Soieries (pièces) 298 580 611 130

Rhum (gallons) 27 713679

Sucre (cwts.). ^ 163994 1 538009

Tabac(lbs,) 2849 18272

Coton (Ibs.) 32 755 164 70838515

Laine (Ibs.) 3 721 4 182 853

La comparaison des chiffres des deux années , montre encore Taccroissement de la production de presque tous les articles , surtout la graine de lin , le rhum , le sucre , la laine, le café, le chanvre, denrées qui, avant 1833, n'entraient point dans le commerce de llnde ou n'y entraient que pour des quantités relativement très-faibles. En voyant la masse de produits créés par Tagriculture et le commerce en si peu d'années, on peut se représenter ce que ces magnifiques possessions de l'Inde, livrées maintenant au génie industriel des Anglais et à la libre concurrence, pourront devenir

Page 1