Coxc, life of Mariborough
du dernier, Tautre devant nous conduire jusqu'aux dernières complications du gouvernement de la reine Anne.
A Tavénement de la reine Anne, TÉcosse était divisée en trois partis : 1** les whîgs, qui avaient salué avec bonheur la révolution de 1688, et qu'on appelait w^illiamites sous le règne précédent; 2° les tory s, qui, au nord de la Tweed, étaient tous jacobi tes; 3"" les patriotes ou hommes du parti du pays qui, beaucoup plus préoccupés des véritables intérêts de l'Ecosse que des querelles dynastiques, déclaraient que jusqu'à ce que les privilèges et les droits de la nation écossaise fussent assurés contre Tinfluence usurpatrice de l'Angleterre, il leur était indifférent qu'Anne ou le prétendant, son frère, occupassent le trône. C'était cependant la question de savoir à qui serait dévolu l'héritage de la couronne qui amena la réunion de l'Angleterre et de l'Ecosse.
Lorsque la reine Anne avait été désignée par le parlement-convention pour succéder au trône après sa sœur Marie et son beau-frère Guillaume III, elle avait des enfants; mais le dernier, quoiqu'elle eût eu dix-sept grossesses, mourut avant son avènement, et l'on ne pouvait pas espérer lui voir de nouveaux rejetons. Il devenait donc nécessaire de régler la succession au trône après la mort de la nouvelle reine. Le prince titulaire de Galles, celui qu'on nommait ordinairement le chevalier de Saint-George ou le prétendant, était incontestablement le plus proche héritier ; mais le fils de Jacques II et de Marie d'Esté était catholique, élevé à la cour de France , et partageait peut-être les idées qui avaient perdu son père. L'appeler au trône eût été, suivant toutes les probabilités, anéantir les immenses bienfaits de la révolution de 1688. Les législateurs anglais tournèrent donc les yeux vers un autre descendant des Stuarts, Sophie, douairière de l'électorat tle Hanovre , petite-fille de Jacques I*", par le mariage d'Elisabeth, fille de ce monarque, avec le prince palatin Frédéric V. Cette princesse était l'héritière la plus proche de la reine Anne, en supposant que les droits du fils de Jacques II ne fussent point reconnus. Elle était protestante , et en acceptant la couronne elle se trouverait nécessairement intéressée à maintenir les droits
civils et religieux de la nation, comme ils avaient été établis à la révolution de 1688, puisque ses propres droits en dépendraient. Ces raisons péremptoires avaient engagé le parlement d'Angleterre, dès le mois de juin 1700, à passer un acte de succession assurant la couronne, si la reine Anne mourait sans enfants, à la princesse Sophie, électrice douairière de Hanovre et à ses descendants. Mais si , après la mort de la reine Anne, la nation écossaise, au lieu de s'unir à T Angleterre pour choisir la princesse Sophie, appelait au trône le pré« tendant, les deux royaumes se trouveraient de nouveau séparés, après avoir été gouvernés par les mêmes rois pendant un siècle, et tous les maux résultant d'hostilités mutuelles, encouragées par ralliance et les secours de la France, accableraient encore la Grande-Bretagne. Il devenait donc nécessaire de tenter toute espèce de persuasion pour prévenir une rupture qui aurait causé tant de malheurs.
Cependant TÉcosse n'était nullement disposée à se laisser traîner à la remorque de l'Angleterre dans cette importante occasion. Le parti patriote , guidé par le duc d'Hamilton et le marquis de Tweeddale, fit adopter dans le parlement écossais (1704) non l'acte protestant de la succession, mais une mesure appelée VActe de sécurité. Par ce dernier acte il était dit qu'en cas que la reine Anne mourût sans enfants, le pouvoir entier de la couronne serait placé dans le parlement écossais, qui lui choisirait alors un successeur dans la famille royale et de la religion protestante. Heureusement pour la cause de l'union que si Anne avait pour général Harlborough, elle avait pour ministre Godolphin. Cet habile homme d'État comprenait très-bien que ce qu'il fallait pour son pays, c'était une union et même une union plus intime que jamais avec l'Ecosse.
Par ses efforts, des commissaires anglais et écossais furent nommés, avec mission de traiter de la fusion des deux États en un seul. Après bien des pourparlers , soigneusement enregistrés par le secrétaire de la commission, le célèbre Daniel de Foe, l'auteur de Robinson Crusoé, il fut convenu : 1" que rÉcosse conserverait son Église nationale presbytérienne, son système de lois civiles et municipales, et ses
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propres tribunaux pour radministration de la justice (la seule innovation dans les établissements judiciaires devait être la création d'une cour de Téchiquier, pour décider en matière de fisc et d'après les formes anglaises); 2'^ qu'il n'y aurait plus qu'un seul parlement pour les deux royaumesunis, et que l'Ecosse aurait pour représentants dans les communes quarante-quatre députés seulement au lieu de soixante-six , auxquels semblait lui donner droit le rapport de sa population avec celle de l'Angleterre. La pairie écossaise devait conserver tous les autres privilèges de son rang; mais le droit qu'elle donnait de siéger au parlement fut bien limité. Seize pairs seulement eurent le droit de siéger dans la chambre des lords anglais, et ils devaient être choisis parmi le corps entier, par élection. Le 25 mars 1707, le parlement écossais procéda à l'enregistrement du traité d'union qu'avait accepté le parlement anglais, et le 22 avril il se sépara pour jamais. Le 1*' mai 1707, l'union eut lieu au milieu du chagrin et du désespoir qu'occasionne la chute d'une ancienne monarchie, et avec un sentiment concentré qui était loin de promettre la prospérité que le traité procura dans la suite.
lies whigs supplaiiiés par les iorys (t9tt)«
Le premier article du traité par lequel l'Angleterre et r£cosse ne faisaient plus, à partir du 1" mai 1707, qu'un seul État sous le nom de Royaume de la Grande-Bretagne, stipulait que, si la reine mourait sans enfants, l'héritage de la couronne britannique serait dévolu à la ligne protestante de la descendance des Stuarts, c'est-à-dire à la princesse Sophie , électrice douairière de Hanovre, et à ses héritiers. Jacques III, écarté par cet acte solennel, tenta l'année suivante (1708), mais inutilement, une descente en Ecosse; la bonne reine Anne signa une proclamation où elle mettait à prix la tête de son frère. Il est vrai que, quand on fit le procès aux chefs jacobites, il ne se trouva de preuves que contre un seul, et cet unique condamné avait disparu le jour où l'on voulut exécuter le jugement. Anne parut même, dès cette époque, revenir à des sentiments tout à fait favorables
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pour son frère, et elle ne cessa plus démontrer autant d'inclination pour les torys que d'aversion pour les whigs. Le peuple anglais lui-même, égaré par un clergé fanatique qui ne pouvait pardonner aux ministres whigs leur tolérance à regard des non-conformistes, s'éloignait de plus en plus des auteurs de la glorieuse révolution de 1 688.
Le premier signal de ce grand changement fut le procès du docteur Sachevereli, traduit par les communes devant la chambre des lords, pour avoir prêché en faveur du droit divin des rois, ainsi que de l'obéissance passive des sujets, et contre la tolérance accordée aux non-conformistes.
Les applaudissements prodigués à l'accusé par le peuple qui poussa le délire jusqu'à démolir, au cri de : Sachevereli fcreverl les mais<Nis de plusieurs non-conformistes; l'enthousiasme avec lequel Anne était accueillie chaque fois qu'elle se rendait à une séance du procès, et elle n'en manqua pas une; enfin, l'indulgence de la chambre haute, qui se contenta de suspendre le coupable pour trois ans, tout contribuait à convaincre la fille de Jacques II que les whigs avaient perdu leur ascendant. Ce fut alors (1711) justement que la duchesse de Marlborough, qui, par sa tyrannie et son arrogance , avait fait succéder dans le cœur de sa maîtresse Taversion à l'engouement, se vit supplanter par une de ses parentes, qu'elle-même avait introduite à la cour, Abigaii Masham, aussi respectueuse, aussi habile à flatter les pendiants de sa souveraine que lady Marlborough s'était montrée brusque, dédaigneuse, contrariante. Une paire de gants que l'altière duchesse négligea de ramasser, quelques gouttes d'un verre d'eau répandues à dessein sur la robe de lady Masham, amenèrent, dit-on, l'explosion. La favorite disgraciée fut accusée publiquement par les torys d'avoir soustrait à la reine de grandes sommes d'argent. Elle répondit avec hauteur à cette accusation, en disant qu'elle avait accompli ses fonctions de maîtresse de la garde-robe avec une économie que n'avaient point eue les dames qui l'avaient précédée. « Pendant neuf ans quej'aihabilié lareine, s'écriait-elle, jen'ai dépensé que trente-deux mille livres sterling (huit cent mille francs) , tandis que sa sœur, la reine Marie, dépensait douze
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mille six cents livres sterling (trois cent quinze mille francs} par an. » Quand lord Darmouth Tinvita à ne plus reparaître à la cour, elle jeta sur le parquet la clef d*or, insigne de sa charge, en lui disant qu'il pouvait en faire ce que bon lui semblerait.
Si lady Marlborough volait la reine, son mari volait Tannée. Marlborough, dont la rapacité était si notoire que Louis XIY crut pouvoir Tacheter avec quatre millions, fut accusé de s'être approprié près de treize millions de francs sur la solde des troupes, et de s'en ôtre fait donner près de deux par les fournisseurs. Il ne s'en défendit pas, mais prétendit qu'il s'était conformé à l'usage, et que d'ailleurs on exagérait. Robert Walpole fut, quelque temps après, chassé des communes pour avoir, étant ministre, accepté un pot-de-vin de mille guinées. La corruption s'étalait et gagnait tout. Les torys jetèrent les hauts cris et emportèrent la formation d'un nouveau ministère. Godolphin, qui avait rempli avec la plus haute distinction les fonctions de trésorier; Sundèrland, enfin tous les conseillers whigs, furent remplacés par un parent de lady Masham, Harley, créé bienlôt comte d'Oxford ; Saint-John, qui a été le fameux lord Bolingbroke ; Rochester, frère de la reine, et autres ministres torys. Le chevalier Harcourt, qui avait plaidé pour Sacheverell contre Robert Walpole, son accusateur, fut élevé à la dignité de grand chancelier.
De tout ce gouvernement whig, si puissant, il ne restait plus qu'une chambre des communes désavouée par le peuple. Une proclamation royale cassa le parlement, et la nation députa autant de torys à la nouvelle chambre qu'elle avait envoyé de vsrhigs à l'ancienne. La reine créa douie pairs à la fois, pour assurer la même supériorité au même parti dans la chambre haute. Le premier acte du nouveau parlement fut une adresse à la reine pour la supplier d'abandonner, à l'extérieur comme à l'intérieur, la politique suivie jusqu'à ce jour, et la paix fut résolue.
Cette guerre avait cependant été la plus glorieuse et la plus profitable que l'Angleterre eût encore faite. Deux mois après la mort de Guillaume, la Grande-Bretagne avait dé-
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noDcé les hostilités (15 mai 1702). Quarante mille hommes, tant troupes nationales qu'étrangers soldés, avaient été mis sur pied, et Tefiectif de la marine porté à quarante mille matelots. Marlborough, que le roi défunt avait déjà envoyé aux Pays-Bas , reçut des états généraux de Hollande le titre de généralissime, et par des marches savantes dont Turenne loi avait appris le secret, il obligea les Français à évacuer la Gueldre. L'année 1703 se borna à la prise de quelques places et à l'envoi de secours aux insurgés des Cévennes. Hais Tannée suivante, ayant acheté à prix d'or le secret du plan de campagne des Français, Marlborough passa en Allemagne pour écraser notre allié le duc de Bavière, enleva Bonauwerth, et gagna, avec le prince Eugène, la fameuse bataille d'Hochstsedt ou de Blenheim, qui commença tous les désastres de Louis XIV. L'Angleterre, peu habituée aux victoires continentales sur la France, et qui avait gagné celle-ci i?ec le génie d'un des siens, mais surtout avec le sang de ses alliés, la célébra avec enthousiasme. Addison la chanta. La reine donna au duc le manoir royal de Woodstock, et le parlement lui fit bâtir, aux frais de TÉtat, un palais qui fut appelé Blenheim (1704).
Tandis que la France avait ainsi toutes ses forces occupées sur le continent , les flottes anglaises parcouraient la mer sans obstacle. Le 22 octobre 1702, l'amiral Rook enleva dans le port de Yigo dix vaisseaux français et plusieurs galions espagnols ; l'année suivante, le roi de Portugal, menacé par les flottes anglaises, entra dans la coalition, et en 1704 Rook transporta à Lisbonne l'archiduc Charles, que les alliés op« posaient comme roi d'Espagne à Philippe Y, avec une armée anglaise commandée par le duc de Schomberg et le comte de Galway. Cette armée envahit bientôt l'Espagne. Ses succès furent d'abord peu brillants; mais tandis qu'elle attirait sur elle l'attention des forces espagnoles, Rook, qui s'était vainement présenté devant Barcelone, enleva Gibraltar par un hardi coup de main. Ce rocher n'avait pour défenseurs qu'une centaine d'hommes : il essuya quinze mille coups de canon en moins de six heures. La Grande-Bretagne le (Me encore, et l'inexpugnable forteresse est, entre ses
mains, une des cle£s de la Méditerranée. Une victoire à la hauteur de Malaga, sur une flotte française de cinquantetrois vaisseaux, bien que peu décisive et sans résultats, aug« menta encore la gloire de Theureux amiral , que les toqfs exaltèrent pour Topposer à celle de Marlborough adopté par les whigs. Ceux-ci étaient les plus forts dans le parlement ; nous avons dit comment ils récompensèrent le vainqueur de Blenheim; le conquérant de Gibraltar, accusé peu de temps après de malversations, fut destitué.
Les années 1705 et 1706 furent heureuses pour les confédérés et brillantes pour les généraux anglais. Marlborough força la ligne de Tirlemont , battit Yilleroi à Ramillies, et soumit toute la Flandre. En Espagne, le comte de Peterboroug enleva Barcelone, et le comte de Galviray entra dans Madrid. Mais en 1707 les généraux français Vendôme, Villars et Berwick (celui-ci fils naturel de Jacques II) arrêtèrent ces progrès. Le premier tint Marlborough en échec dans les Pays-Bas, et le dernier gagna la victoire d'Àlmanza, qui sauva la couronne de Philippe Y. Enfin Toulon, attaqué par le duc de Savoie et par une flotte anglaise, fut sauvé par le maréchal de Tessé, mais après avoir subi un bombardement.
L'année 1708 vit recommencer les malheurs de la France. Le prince Eugène et Marlborough, vainqueurs à Oudenarde, assiégèrent Lille, qui fit une héroïque résistance. L*amiral sir John Leake soumit la Sardaigne , enleva Minorque , entra dans le Tibre et menaça le pape de bombarder Rome s'il ne retirait ses secours au prétendant. Aux Antilles, le Commodore Warner battit une flotte espagnole et fit un si riche butin, que sa part de prise s'éleva à cent mille livres sterling.
Ces revers décidèrentLouis XIV à faire aux alliés desérieuses ouvertures. On ne put s'entendre ; il fallut recourir encore aux armes. La victoire de Malplaquet, gagnée par Eugène et Marlborough, en 1709, mit la France aux abois. L'année suivante fut employée par les alliés à prendre, l'une après l'autre, les places des Pays-Bas; et en Espagne, Philippe V fut une seconde fois chassé de sa capitale ; mais Vendôme l'y ramena, enleva à Brihuega tout lui corps d'armée anglais
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comoiandé par Stanhope, et remporta, à Villaviciosa, une victoire décisive. L'Espagne était reconquise. La mort, en 1711, de l'empereur Joseph, faisant Tarchiduc Charles héritier de toute la monarchie autrichienne, l'Angleterre comprit qu'il était tout aussi dangereux de réunir l'Espagne à l'Autriche qu'à la France; et sur ces entrefaites, les whigs, qui gouvernaient l'Angleterre depuis 1688 , ayant été , comme nous l'avons vu, renversés par les torys, cette révolution ruina l'influence de Marlborough et du parti de la «guerre. Le nouveau ministère laissa bien au chef des whigs son commandement, mais avec une autorité restreinte, et pour se consolider lui-même aux afiaires, se hâta de mettre un terme aux hostilités, qui semblaient ne plus devoir profiter qu'aux Hollandais, anciens rivaux de l'Angleterre. Le 8 octobre 1711, un traité particulier fut signé avec la France; mais ce ne fut que le 4 mai 1713, onze ans après la déclaration de guerre, que la paix fut proclamée à Londres. La défection de l'Angleterre et les succès de Viilars amenèrent le traité d'Utrecht, qui n'a pas satisfait l'ambition de quelques écrivains anglais, mais qui fut approuvé de la nation : il faisait, en effet, à l'Angleterre les plus brillants avantages.
La France reconnaissait solennellement l'ordre de succession établi en Angleterre par les actes du parlement, en faveur de la reine ainsi que de la ligne protestante de Hanovre, à l'exclusion de Jacques 111 et de ses descendants. Les renonciations destinées à empêcher la réunion des couronnes de France et d'Espagne sur une même tête étaient déclarées loi invariable et éternelle des deux empires. Louis XIV s'engageait à faire raser les fortifications et à combler le port de Dunkerque-, dans le terme de cinq mois, sans pouvoir jamais les réparer ; il restituait à l'Angleterre la baie et le détroit d'Hudson, et lui cédait l'Ile de Saiut-Christopbe, la Nouvelle-Ecosse ou Acadie, et l'île de Terre-Neuve, si importante pour la pêche de la morue, avec les îles adjacentes. L'Angleterre enfin conservait Gibraltar et Minorque, deux positions formidables dans la Méditerranée. Elle en avait acquis une autre durant cette guerre, le Portugal, qui,
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abandonnant son alliance séculaire avec la France, avait sh gné, en 1703, le traité de Métbuen, par lequel les négociants anglais, exempts de toutes lois prohibitives, purent inonder ce pays de leurs produits, emportant en échange l'or du Brésil, les laines et les vins de Porto. Depuis ce traité, le Portugal n'a été, à vrai dire, qu'une province anglaise.
La reine Anne avait fait stipuler formellement, dans le traité d'Utrecht, l'expulsion de son frère Jacques III hors de France, ainsi que la transmission de sa couronne, après, elle, à la maison de Hanovre, et cependant c'était précisément de ce traité qu'elle attendait le repos et les mesures nécessaires pour assurer son héritage à ce même frère, qui de son côté protestait formellement contre ces stipulations. Les whigs ne s'élevèrent pas seulement contre la paix qui venait d'être signée, mais aussi contre les intentions secrètes de leur souveraine en faveur du prétendant, et louverture du parlement de 1714 se ressentit des impressions qu'ils avaient su répandre. La majorité tory n'osa prendre ouvertement fait et cause pour Jacques III (d'ailleurs elle était divisée sur ce point), et les whigs obtinrent que la tête du prétendant fût de nouveau mise à prix. Néanmoins le frère et la sœur eussent peut-être, quoique cela fût peu probable, triomphé de l'opposition des whigs, si la discorde qui régnait dans le parti tory n'eût gagné jusqu'au ministère. Oxford se déclara formellement pour la maison de Hanovre et Bolingbroke pour les Stuarts. La reine, désespérée de cette division entre des serviteurs sur l'union desquels reposaient toutes ses espérances, répéta plusieurs fois qu'elle n*y survivrait pas ^ et descendit au tombeau le 12 août 1714 : elle n'était âgée que de quarante-neuf ans et en avait régné treize.
Des seienees et de la llttératare sous les Slaarts.
L'époque des Stuarts fut pour l'Angleterre une triste période politique, mais une glorieuse période scientifique et littéraire. C'est au premier d'entre eux , c'est au fils de Marie Stuart, que le créateur de la méthode inductive
dédia gon Instauratio magna , dont la seconde partie est si célèbre sous le titre de Novum organum. La dédicace de Bacon est de 1620 , un an après que Harvey eut fait con- Bdtre la circulation du sang, trois ans après la mort du baron écossais Neper, l'inventeur des logarithmes. En 1623 paraissait le De augmentis scientiarum ^ et. trois ans plus tard , juste dix ans après la mort de Shakspere , le grand philosophe, père avec Descartes de la philosophie moderne, descendait à son tour au tombeau. Milton avait alors dix-huit ans , mais c'était seulement en 1667, un an après la fondation de la Société royale de Londres, cette académie des sciences britannique, que devait paraître la première édition dix. Paradis perdu.
Les lettres et les arts avaient eu beaucoup à souffrir du triomphe momentané des puritains, qui ne voulaient ni itatues, ni tableaux, ni musique, ni représentations théâtrales d'aucune sorte ; mais la restauration amena une réaction en faveur de tout ce qu'avaient proscrit ces farouches aoctaires, et notamment en faveur du théâtre et de la poésie. Celte réaction alla même beaucoup trop loin et remplaça un puritanisme des plus intolérants par un cy oisme des plus éhontés. Charles II , dont les courtisans valaient à peine les roués de notre régence , tout aussi mauvais politique que Charles I", aimait comme lui les lettres et les vts, et ne pouvait oublier qu'il avait eu pour père et pour tieul deux rois auteurs. Nous avons donné les titras des ouwages de Jacques !•' ; quant à Charles P' tout le monde le confidérait alors comme l'auteur de YEïkôn basiliké, de l'Image royale f ce touchant plaidoyer en faveur d'une royauté malbettrease , et ce n'est que plus tard que l'opinion publique , nûeux éclairée, en a fait hommage à celui qui l'avait réellement composé , à l'évêque Gower. Toutefois , on doit bien le penser, les faveurs royales venaient chercher les poètes de la restauration non en proportion de leur mérite , mais ^n raison de leurs opinions. Tandis que Milton (1608-1674) mourait pauvre et presque ignoré , tous les honneurs poétiques étaient décernés au royaliste Davenant, auteur de l'immense épopée de Gondihert, et à l'élégant Waller
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(1605-1687). Lâche orateur dans ia chambre des commiHi nés, poëte vénal, tour à tour panégyriste de Cromwell etf de Charles II, Waller fut Tun des chefs de Técole poétiqa# de cette époque, école utile sans doute, mais peu originrief^ et sans profondeur, qui voua tous ses soins à polir le styifl^ et à enfermer la pensée dans des phrases harmonieuses/ On doit reconnaître , néanmoins , que Waller, comme écrivain , rendit de grands services à la langue et à la littéra-* ture nationales. Il bannit le mauvais goût, Veuphuisme, ôé la poésie légère , et se montra, en général , plus pur qoe* Dryden , qui cependant le fit presque oublier.
John Dryden (1631-1701), doué d'une facilité dont il abusa, fit école d'une manière plus marquée que l'auteur du Paradis perdu ^ parce qu'il fut plus facile à copier. Tour à tour le panégyriste de Cromwell (éloge funèbre), de Charles II et de Jacques II, il fut le véritable poète de terestauration , chantant la royauté , quel que fût le roi , et môme soupçonné de s'être fait catholique uniquement pour complaire à Jacques II : mauvais calcul si c'en fût un, puisqu'il perdit à la révolution de 1688 , et sa pension royale et jusqu'à son titre de poëte lauréat. Tous les genres ont été essayés par cet* esprit fécond qui a laissé des poèmes tels que le léopard et la panthère , Ahsalon et Achitophel , des traductions de Virgile, d'Horace, de Juvénal et de Perse, des tragédies, des comédies, etc. De toutes ces nombreuses poésies, deux odes, la Fête d'Alexandre et \ Y Ode à sainte Cécile sont restées ses plus beaux titres de gloire. Les compatriotes de Dryden le comptent, en suivant l'ordre chronologique , comme leur quatrième grand poète : d'abord Spenser qui ouvre la marche , puis Shakspère, ensuite Mllton et en quatrième lieu Dryden, pour finir par Pope et Byron.
A l'époque de Charles II appartiennent les trois poètes royalistes ; Cowley, lyrique du premier ordre; Denham, poëte didactique remarquable , et Samuel Butler, qui pour son poème A^Hudibras^ satire burlesque des puritains, a mérité d'être comparé à l'immortel Cervantes. On distingue en outre les deux comtes de Rochester et de
mroons, qui brillèrent sans originalité, sans génie sans conscience à la cour dissolue du troisième des arts. Rochester, le plus mauvais sujet des poètes grands eurs, n'a laissé que des chansons et des' satires imitée de Boileau. Tous deux vécurent en débauchés comme Otaries II , et moururent en dévots comme Jacques IL
Nous avons vu avec quelle docilité Charles II et Jacques II repliaient à toutes les exigences politiques et religieuses de hms XIY. Cette influence de la France finit par se faire sentir jusque sur les mœurs ainsi que sur le goût des sujets de ees deux rois et sous Anne , la dernière des Stuarts , la littérature anglaise nous avait emprunté ce caractère plus calme, plus philosophique et plus moral qu'elle a conservé pendant presque tout le xviir siècle, et qui se trouve personnifié dans Pope (1688-1744). L'enthousiasme puritain si glorieusement représenté par Mil ton, diminuait chaque jour, et le royalisme pur de Waller et de Dryden, en 1688, était aussi découragé que lui. Dès que la question politique se fat résolue par la révolution de 1688 en une querelle de iamille entre les whigs et les tory s ^ tous également d'accord sur le principe de la monarchie constitutionnelle , on put considérer la liberté comme solidement assise, et les écrivains de tous les genres durent s'appliquer à trouver» soit comme Thomson , dans les tableaux de la nature , soit comme Swift, dans l'esprit le plus ingénieux, soit comme Pope, dans le bon sens et la philosophie, des inspirations d'un nouveau genre que l'immobilité de la société politique ne leur fournissait plus. Fabuliste , poète lyrique, dramatique et épique avant l'âge de quinze ans , Pope , à seize ans, publia ses poésies pastorales et sa Forêt de Windsor y chef-d'œuvre d'élégance poétique. Son Essai sur la critique (1709) , qu'il fit à vingt ans; son églogue sacrée de Messiah , l'une des plus belles compositions de la langue anglaise ; son joli poème de la Boucle de cheveux enlevée (1712);ses admirables traductions de V Iliade et de V Odyssée ( 1720-1725), et enfin, après la Dunciade^ son célèbre poème de \ Essai sur rhomme , placèrent Pope au preniier rang des auteurs de 3a nation , et il régna sur le Parnasse anglais pendant toul^ u 13
un siècle. Il fut le mattre de Técole descriptive qui remplaça l'école de Milton.
Dans les sciences, la période des Stuarts, qui a commeoeé avec Bacon, qui se poursuit avec Hobbes, cet audacieux: apologiste, dans son Léviathan, dû matérialisme et du des» potisme , avec Locke (1632-1704), Tauteur de V Essai swt f entendement humain^ finit avec New^ton (1642-1727), le plus grand génie qu'ait produit T Angleterre. Les graads phénomènes du système du monde n'avaient plus de secreto pour l'incomparable intelligence qui avait calculé avec tant de précision les lois de l'attraction universelle.
MAISOIV DE BRUIVSWIGK-HAIVOVRE*.
GEORGE !•' (1714-1725).— INSDRRECTION DES JACOBITES ÉCOSSAIS. — ROBERT WALPOLB (1721-1742). — GEORGE II ET LA REINE CAROLINE. — AFFAIRES INTÉRIEURES ET ÉTRANGÈRES DE 1727 A 1745. — BATAILLE DE FONTENOf (1745). — GHARLES-ÉDOUA^ ; BATAILLES DE PRESTON (1745), D^ FALKIRK Xf DE CULLODEN (1746). — TRAITÉ D'aIX-LA-CHAPELLE (1748). — LE PREMJKl PITT; COMMENCEMENT DE LA GUERRE DE SEPT ANS (1756-1760).
La reine Anne avait à peine rendu le dernier soupir que les membres du conseil privé, dévoués à la cause du protestantisme et des libertés nationales, proclamèrent George 1", fils d'Ernest-Auguste, premier électeur de Brunswick-Lunebourg, et de la princesse Sophie, petite-fille de Jacques I**, décédée deux mois auparavant à l'âge de quatre-vingtquatre ans. Le 18 septembre, ce prince débarquait à Greenwich, amené par une escadre anglo-hollandaise.
« George I«', dit M. Ph. Chasles, le chef de cette race insignifiante de Brunswick-Hanovre , qui n'empêcha point TAngleterre de devenir maîtresse des mers, était un Stuart