CHAPITRE SEPTIÈME
d^euviron cent voiles, avaienl mis en mer ; Tanglaise commandée parMonk, DeaQ,Pennei]uaw8on; la hollandaise, parVanTromp, de Ruyter, de Witte et Ëverteeiui. Tandis que Monk insaitaitles côtes dfiHoUande^VaiiTronpoaiioiiiiAlaTilte f6dS]. Us s» rencoiitràrtal ensuifte \ la haotear de Nortb-FcMreland , el le coiDkiidiira tonte la journée. Uennemi perdit deuv Tmles; &a eAlé des Anglais, Pean fut taé fMir nn boulet ramé. Il tomba k oAté do Monk, qui h l'instant étendit son manteau sur le cadavre, ' afin que les matelots ne fussent pas effrayés du sort de leur commandant.
La bataille reroninionra le lendemain matin [3]. Ouoiqu(? Blakc eût rejoint pendant la nuit les x\ii^^lais avec dix-linit voiles, Van ïromp combattit avec le plus grand courage ; mais une terreur panique saisit sa flotte; ses ordres furent méconnus; plusieurs eapitaines s'entoireni devant le feu supérieur de Tennemi; et onAn les Hollandais cl^r^érent un retege dans les WieMngs et dans les bas-iands delà oôte de Zélande, lis perdirent vingt et une voyes; treiie cents koœ»ee turent ftiils prisonnmsy et le nombre des tués et des blessés fut grand en proportion
Cromwell reçut la nouvelle de cette victoire avec des transports de joie. Quoiqu'il ne put en rien s'en attribuer le mérite (car la tlotte devait son succt'S aux ofîoris du gouvernement ([u'il avait renversé), il sentait (pTelle jetterait de l'éclat sur son administration, et le peuple fut publiquement appelé à reinlrt- grilces au Tout-Puissant d^une faveur ai signalée. On remarqua que cette fois il ne commandait pas, mais invitait; et cette distinction lut saluée par ses admirateurs comme une preuve de rbumilité et de la simplioité de cœur du lord général'.
Les états- éprouvèrent le plus profond regret de la déftdte de leur flotte. Ce n^ébit pas la perte des hommes et des vaisseaux qu'ils déploraient : une telle perte pouvait être bientAt réparée ; mais elle les dégradait aux yeux de l'Europe, en les mettant dans la ])(>sture de sup[iliants cherchant h désarmer la colère d'un ennemi victorieux. Cédant aux imporlunilés dos négociants , ils avaient nommé précédemment des ambassadeurs pour faire des
1. Whitel. 557. Ludlow, ii, 27. Heath, :M4. Lecletv. t, 333. Basnnfre, i, :107. Il |Mu:ait, d'e^ès les lettres qui trouvent dtuii Thurloe , que les Anglais - combattirent a demi-portée de canon, jusqu'à ce que Tennemi tombât en con-
fiisi(wi et comin(.'n(;iU à fuir; et qu'alors sts vaisseaux (ié.semparés furent ontourts ft i-ris liar U-s frégutes anglttLses. Tliujrioc, i, 26'J, 270, a73, 277, 37«.
a. WUit<îl. ô5«.
356 niSTOlKK 1) ANGLETEKKE.
propositions de paix nu nouveau gouvornenicnt [26 mai] ; mais ces ministres ne quittèrent la côte de Hollande qu'après la hàr taille ; et leor arrivée en Angleterre en ce moment fut univ^sellement attribuée à la conviction que la dernière défaite leur avait donnée de leur infériorité. Us furent introduits [22 juin ] avec les honneurs voulus auprès de son excellence et du conseil ; mais ils ne les trouvèrent pas disposés à rien rabattre des hautes prétentions antérieures du parlement. Quant à la demande d*indeinnité pour le passé, les ambassadeurs soutinrent que si I on faisait une balance de leurs pertes respectives, on trouverait que les Hollandais avaient le plus souffert ; et quant h coUo de garanties pour l'avenir, ils répondirent qu'on en obtiemirait en achevant le traité qui avait été interrompu par le départ soudain de Saint-John et Strickland de la Haye. Uobstination du conseil décida les ambassadeurs a demander des passe-ports pour s^en retourner [19 juillet]; mais on trouva moyen d'éveiUer ^ eux de nouvelles espérances, et de les amuser par de nouvelles pro> positions. Dans les conférences^ Cromwett jouait généralement le principal rôle. Tantôt il gourmandait les ambassadeurs en termes assez peu civils ; tantôt il décrivait avec des larmes les malheurs causés par la guerre ; mais il avait toujours soin d'envelopper ses intentions d'une telle obscurité , que tout \m mois s'écoula avant que les Hollandais pussent connaître nettement ses demandes réelles. On les informa alors (jue TAngleterre renoncerait à réclamer une indemnité pécuniaire, pourvu que Van Tromp perdît pour quelque temps le commandement de leur flotte, comme témoignage qu'il était l'agresseur ; mais que de leur côté on s'attendait que les états consentiraient à l'incorporation des deux pays en une grande puissance maritime, sous un seul et même gouvernem^t composé de personnes choisies dans tous deux. C'était un sujt t que les ambassadeurs nVaient pas le droit de traiter; et il fut convenu que deux d'entre eux iraient à La Haye chercher de plus amples instructions ^
Mais peu de jours avant leur départ [31 juillet], un autre combat naval avait été livré, et une autre victoire remportée parles Anglais. Depuis huit semaines, Monk bloquait ronlrée du Texel ; mais Van Tromp, dès que sa flotte fut reparée, mit on mer et chercha à racheter l'honneur du pavillon belge. Chaque amiral
l. Voyez à ce sujet une multitude de papiers originaoz dau Thurloe. 1. 988. 984, 30^, aOS, diô» 816, 840, m, 370, 873, 981, 98^, 804, 40L
CUAiUïKË S£l>ri£M£.' 857
conmiaiidait environ cent Toiles, et, tant que Tromp vécat, la yictoire resta en suspens ; il avait enfoncé la ligne anglaise et retournait à sa première position, lorsquMl fut tué d*un coup de mousquet. Les Hollandais commencèrent h chanceler ; bientôt ils s'enfuirent, et la poursuite dura jusqu'à minuit. Ce qui distingua ce combat de tous ceux qui ravaionl précodé, fut Vordro donnô par Monk de ne point faire do prises, niais de couler bas ou de détruire les vaisseaux de rennenii. Aussi les seuls trophées de la victoire furent les prisonniers, les hommes qui avaient été ramassés après qu'ils s'étaient jetés à la mer, ou qui avaient échappé au naufrage dans des chaloupes. On en amena plus de mille en Angleterre, preuve suffisante que sila perte de Tennemi ne monta pas à vingt' voiles, comme le dit Monk, elle dépassa neuf petits bâtiments, maximum de celle avouée par les Etats ^
En Tabsence des autres ambassadeurs, Cromwell se ménagea plusieurs entrevues particulières avec celui qui restait, Bevernîng, député desEtats de Hollande, et la modération avec laquelle il parla des objets en discussion, jointe aux larmes avec lesquelles il déplorait Tinifuitié de deux nations dont les principes politiques et religieux élan rït si semblables, eonvainquit le Hollandais qu'un accommodriiietit pouvait éire ais<''irient et promptement obtenu. A sa demande, ses collègues revinrent [19 oct.]; les conférences furent reprises ; on nourrissait les plus flatteuses espérances, quand soudain [ih nov.] les commissaires anglais présentèrent vingt-sept articles conçus dans des termes de supériorité insultante, et réclamant des sacrifices pénibles et dégradants. Qo^ques jours après, le parlement fut dissous, et comme il était évident que les intérêts du nouveau protecteur exigeaient la paix , les ambassadeurs commencèrent à affecter de rindifférence à ce sujet, et demandèrent leurs passe-port?. Cromwell, k son tour, crut devoir céder; on abandonna quelques prétentions; on en » n)odilia d'autres, et toutes les questions furent réglées h Texception de celle-ei : le roi do Daneniarck, allié des Hollandais, qui, pour leur plaire, avait saisi et confisqué vingt- trois vaisseaux marchands anglais dans la Baltique^, serait- il ou non compris dans le traité? Les ambassadeurs étaient à Gravesend, s'en retournant chez eux, quand Gromwèll proposa un nouvel expédient
1. Leclerc, i, 3;i5. Baguage, i, 313. Seieral ProceedingSf W 191, Perfect DltMUoî, n* 187. Thiuioe, i, 88S, 4S0, 448.
S. Basnage, 969.
Digltized by
qu'ils approuveront ■(] janvior 165/iJ. Ils se rendirent, néanmoins, en Hollande; obiinrent Tapprobalion des divers Rlats. et revinrent meUre fin au traité. Mais alors, a leur grande surprise, de denoufeaux obstacles s'élevèrent [2â février]. Beveming s'était imprudemnient vctoté de son adrei se ; il prétendait avoir forcé le protecteur à rabattre de tes engeances en le menaçant de rom« pre la négociation ; et Crocnwéll maintenant prenait sa revancbe fip jouant un jeu semblable. En môme temps qu'il élevait quel* ques-unes de ses demandes, il équipait une flotte de cent voiles, et ordonnait a plusieurs régiments de s'embarquer. Los ambassadeurs sachant que les Etats n'était iil point en mesure de résister à ce formidable aruiéiiiont, cédèrent avec répu^^nauce; et le 5 avril, après une négociaiion de dix mois» k paix fut déiiQiUYement signée *.
Par ce traité, le cabinet anglais abandonnait tacitement les hautes prétentions qu'il avait d'abord mte0 en avant U n'y était point fait mention d'indemnité pour le passé, de garantie pour Favenir, de Tincorporation des deux'Etats, du droit de reeherôlie, du disième )iareng, ni de Texelusion du prince d^(himge de k çharge de stathouder. L'orgueil des Etats avait refusé de se soumettre à ces conditions humiliantes, et Cromwell se contenta d'accepter deux autres articles, qui, tout en paraissant coiKerner également les deux nations, étaient en réalité dirigés contre les Sliiarts et leurs adlieieuls. il lut stipulé qu'aucune des iloux républiques n'accueillerait ni n'assisterait les ennemis, les rebelles ou les exiles de Fauti e; loais que chacune d'elles, après en avoir été requise, ordonnerait à ces ennemis, rebelles ou exilés, de quitter son territoire sous peine de mort, dans un délai de vingt4uiit leurs. La demande que les honneurs rendus jadis au paviUoa du roi d'Angleterre le fiissent k celui de la république, ne souleva
Joint d'objection. Les seules questions qui retardèrent, vers kfla, i conclusion du traité, étafent relatives )i l'indemnité due aux . négodants pour les déprédations exercées sur leur conuneree dos Indes-Orientales avant la guerre, et la détention de leurs vaisseaux par le roi de Danemarck peinlant sa durée. Il tut convenu, ^outeiûis d^s arbitres seraient ciiuiâi^ dans les deux uaiious,
1. ThurloLs I, 570, G07, OIC, m, G43, 660; II, 9, 19, 28, 36, 74, 75, 123, 137, ^d5, 197. Leclerc, i, 34(»-313. Il puraît , d' après? ces papiers, que, dans tout le cours A» la négociuUon, les dépèches des et aux ambassadeurs lureut ouvertes, et que le consj'il d'état se procura des copies de presque toutes les réBOloUoiUI prises par les Etats. Voyes pariicalièremeiit it» 99, 16S.
et que (îliaquo gouvei iieiiient serait lié parleur penlence'. ('<nix-ci décidèrent [30 août] que Tîle de Polerone serait rencliu» et qu'il serait payé 170,000 liv. de dommages à la compagnie des Indes Orientales; queâ,61ô liv. seraient réparties entre les héritiers dë ceux qui avaient été exécutés à Amboyne, et qu^nne indemnité ' de 97,973 liv. serait donnée ant négociants qui (àisaient le com* meroe de la Bal^Ue
Le protecteur réussit ën partie sur un point qui était h ses yeux d'une grande importance. En possession du pouvoir supremo, il considérait Charles comme un rival personnel, et sa politique tendait h dépouiller le toi exilé de tout espoir d'appui étranger. De la part du prince d'Orange, allié de si près h la famille royale, Cronnvell avait peu k craindre durant sa minorité ; et pour le mettre hors d'état d'être utile plus tard h la cause royale, il entreprit de l'exclure, par le traité, de toutes les hautes fonction^ qui pouvaient être regardées comme héréditaires datis sa famille. Le refus formel des Etats Favait décidé h retirer sa deinande; mais il intrigua» par Fentremise de Bevemingy avec les chefs dli parti Louvestein et obtint un article secret, par lequel les Etats de Hollande et de la Frise ocddefatale (irdmettaient de déjantais élire le prince d^Orangé pohr lètir stathonder, et de ne |ias souffrir qu'il eût le commandement en chef de Parmée et de la marine. Mais le secret transpira; les autres Etats furetit, vivement offensés de cette négocialioii clandestine; aux plaintes et aux reuioutrances, on répondit par des apologies et des justilications; une scission ouverte éclata entre les provinces, et chaque jour Ajouta à Texaspéraiion des deux partis. En âottime, cependant, la querelle fut favorable aux prétentions du jeûne princè, à cause du déphiisir avec lequel le peuple vit l'intertëhtion d'un jiotentat