CHAPITRE SEPTIÈME
Alin d'oblcnir un parlement favorable à ses desseios, toute la puissance du gouvernement avait été mise en jeu pour influencer les élections ; les nominations avaient été examinées par un ^ comité du conseil, sous prétexte de veiller à ce que les dispositions de «rinstrument» fussent observées; et il en était résulté que le lord Grey de Groby, le major Wildman et quelques autres républicains connus avaient été exclus par ordre du protecteur. Il ne s'en trouva pas moins hors d'état de mener la chambre à son gré. La cour portait Lenthall comme candidat h la présidence, et ropposition, Bradshaw, le plus hardi et le plus habile de son parti. Après un court débat, Lenthall fut élu par les premiers, parce qu'ils le savaient d'un caractère timide et accommodant ; par les autres, parce qu'ils pensaient que le placer au fauteuil était un acheminement à la résurrection du long parlement qu^il avait présidé. Mais personne ne se hasarda à proposer qu^on le présentât, suivant Tandenne coutume, à Facceptation du magistrat suprême. On trouva que cela sentait trop la royauté .
On ne fut pas longtemps h connaître la force relative des partis. Après une vive discussion [7 sept.], dans laquelle il fut demandé à plusieurs reprises pourquoi les membres du long parlement alors présents ne ressaisiraient pas l'autorité dont ils avaient été illégalement dépouillés par la force, et de quel droit, autre que celui de Tépée, un seul homme prétendait « comman- » der à ses commmandants, d on mit aux voix la proposition, que la chamlHre se formât en comité pour décider si le gouvernement résiderait on non dans une seule personne et un parlement ; et, k la grande surprise et alarme de Gromwell, elle passa contre la cour h une majorité do cinq voix 2. Les chefs de l'opposition étaient Bradshaw, Haslerig et Scot, qui prétendirent alors dans le comité [8] que le gouvernement existant émanait d'une autorilé incompétente, et était en opposition avec la décision solennelle
trait par Whitelock (599, UOO) et par Bordeaux. Thurloe, 11, 518. Voyez aussi les JoumaucBf 3, 4 sept.
1. Il paraît, d'après le ûouncil Soùk (91 aoAtlSSi), que ce joufrlà on «c-
pëdia aux sherifTs des lettres contenant Ifs noms des membres qui avaient été approuvés par le conseil, avec ordre de leur donner avis de se rendre à la raÂinbre. Les lettres pour les lieux les plus éloignés furent envoyées les pre- • mièraa, afin qo*oii les reçût tontes à peu près en même temps.
3. Joum. S sept. Beaucoup de ceux qui votèrent avec la minorité ne trouvaient point à redire à l'autorité du protecteur, mais i\ la source dont elle émanait,— un instrument écrit dont l'auteur était inconnu. Ils désiraient qu'elle loi fat conférée par un acte du parlement Thorloe, 11, 606.
m HISTOIRE D'ANGLETERKE.
d^iin periemeni légitime; tandis qne les protectoristes soutenaient, avec une dialeor égale, que, puisqu'il ataii été approuTé par le peuple, seule source réelle du pouvoiTi il ne pouvait pas être soumte à la lévi^on des représentants du peuple. La discussion dura plusieurs jours, durant lesquels le parti républicain augmenta gi atluellement. On ne contestait pas que le pouvoir exécutif pût être utilement délégué h un seul individu, mais on prétendait que de droit Tautorité lép:isla(ive appartenait exclusiveniont nii parlement. Les officiers elles courtisans, voyant que le sentiment de la chambre était contre eux , abandonnèrent la question de droit, et se réfugièrent dans celle d'utilité : dans les circonstances actuelles, la sûreté publique eiigeait un frein au pouvoir du parlement, qui autrement serait sans limites; œ frein ne pouvait être qu'une autorité du même ordre ayant voix négative; et cette autorité, c'était le protecteur, qui leur avait été désigné par la Providence, qui avait été reconnu par le peuple dans ses adresses, et confirmé par les conditions exprimées dans les brevets des membres. On répliqua que rinconvénient d'un pareil frein avait engagé la nation à abolir le gouvernement royal ; que les adresses du peuple exprimaient sa joie d'être délivré de rincapacité du . petit parlement, et non son approbation du nouveau gouvernement; que la Providence permet souvent ce qu'elle désapprouve, et que les brevets étaient un artifice de la cour, qui ne pouvait avoir la fbroe de lier le pouvoir suprême. Piour concilier les opinions, on avait préparé un compromis entre les partis; mais Cromwell ne voulut pas enr laisser faire Texpérience^ Ayant fait arrêter Harrison, dont les partisans recueillaient des signatures pour une pétition, il envoya trois régiments occuper les principaux postes de la Cité, et manda les députés dans la chambre peinte. Là, mettant de cAté le ton de modestie qu'il avait pris jusqu'alors, il leur dit franrhement que sa mission venait de Dieu, sa sanction du peuple, et que nul autre que Dieu et le peuple ne lui ôterait sa place. Il ne l'avait pas recherchée; Dieu savait que sa plus grande ambition était de vivre en propriétaire cankpagnard ; mais des circoBstiâioes impérieuses la lui avaient imposée. Le long parlement s'était attiré sa dissolution par son déi^tîsme, le petit parlement par sa nullité*. Dans dm-