CHAPITRE SËPHÉME
mesuré de précaution. Le protecteur défendît à tous les membres de TEgliso d'Angleterre destitués et expulsés (r<'ns<Mgiier comme ruaîlres tl'érole ou précepteurs, et de prêcher ou d'uflic ier connue niiuislres, soit en public, soit en particulier; il ordonna à tous les pnMres apparttMiant h TEglise de Rome de (piiller leroyaume sous peine de mort, bannit tous les Cavaliers et les catholiques à vingt milles de la raétropôle, interdit la publication par Toie d'impression de toute nouvelle sans la permission du secrétaire d^état, et fit enférmer une grande partie de la noblesse et de la haute bourgeoisie du royaume jusqu'à ce qu'elles eussent donné caution de leur bonne conduite et comparution future. En outre, on publia une ordonnance oh il était dit que a tous ceux qui avaicnl p^rté les armes pour le roi, ou s'étaient déclarés du parti royal, seraient « décimés, » c'est-a-dirc [»ayeraicnl la dixième partie de tout ce qu'il leur restait de fortune, pour subvenir aux charges qu'avaient occasionnées h la république leur turbulence et les justes causes de méfiance qu'ils avaient données. » Il est difOcile de concevoir un impôt plus injuste. 11 était subversif de l'acte d'amtiistie que Cromwell luimême avait provoqué, et qui prétendait abolir la mémoire des offenses passées; contraire à la justice naturelle, attendu qu'il enveloppait rinnocent et le coupable dans la même punition, et fait pour engendrer les plus grandes exactions, attendu que les commissaires comprenaient parmi les ennemis de la république ceux qui étaient restes neutres entre les partis, ou n'avaient pas doiHn» satisfaction par la promptitude de leurs services, ou par le montant de leurs contributions. Pour mettre le comble h ces mesures tyranniques, il divisa le pays en onze, et, h une époque, en quatorze gouvernements militaires sous autant d'officiers avec le titre et lè rang de major»*généraui y leur donnant pouvoir d^ lever dans leurs juridictions respectives des troupes qui ne serviraient que dans des circonstances particulières, de lever la déeimation et les autres taxes publiques, de réprimer les tumultes et les insurrections, de désarmer tous les papistes et les Cavaliers, de s'enquérir delà conduite des ndnistres et des maîtres d'école, et d'arrêter, em[)risonner et obliger a comparaître toutes les personnes dangereuses ou suspectes. Ainsi, cette longue et sanglante lutte, entreprise dans l'origine pour recouvrer les libertés du pays, se terminait par l'établissement d'un despotisme militaire. Les institutions qui avaient servi de frein au pouvoir des souverains précédents étaient suspendues ou abolies; rautorito
m HISTOIRE D'ANOLETfiiUlE.
législatife, amd bieii qo^exéculiTe, tombait aux maiiis^ même
individu, et les droits les plus précieux du pouple dépendaîont du bon plaisir d'un aventurier qui, sous le niasquo do la dissimulation, s'était emparé du gouvernement des trois royaumes, etlo retenait par la puissance do Topoo
Des événemonts de Tintériour nous pouvons maintenvint retouTDOr à ceux du dehors. Pendant la dernière année les deux armements qui ocimpaient depuis si longtemps Taiteution de FËurope, ayaient quitté les ports de TAiigletene. Leur Téritable mais secrète destination était d^envahir les colonies américaines et de surprendre la flotte de la Hâta appartenant à FEspagne, la plus ancienne et la plus fidèle alliée de la république. Pour justifier cette mesure, on allégua dans le conseil que, puisque TAniérique n'était pas nommée dans les traités de iG04 et de 1630, des îiostiliiés en Amérique ne soraiont ])oint une infraction h ces traités ; que les Espagnols avaient coimiiis dos déprédations sur le commerce anglais dans les Indes-Occidentales, et étaient par conséquent passibles de représailles ; qu^ils avaient pris possession de ces pays par la force contre le yoni des indigènes, et que par conséquent ils pouvaient justement en être dépossédés par la force, et enfin que la conquête de ces territoires transatlantiques contribuerait k répandre la lumière de FEvangile parmi les Indiens , et a diminuer les ressources du papisme en Europe 2. Que des prétextes aussi futiles pussent satisfaire lo jugement du protecteur, cela n'est pas proba])lo ; il était dominé par des motifs très-différents, par la perspective do rocuoillir h peu de frais une abondante moisson de richesses et de gloire, et
1. Saprcdo, qui venait (Vnrriver comme amhassa«leiir extraordinaire, décrit ainsi le pouvoir de CromwcU : « Non fa caro del nome, gii basta possedere l'antorlta et la potenza, senza comparazione majore non solo di quanti re siano stati in Inghilterra, ma di quanti nionarchi strin^ono presentamente alcun scetro nel mondo. Smentite le lefigi fondamentali del rcj^no, egli è il solo legislatore : tutti i {^overni escono dalle sue mane, e quelli del consiglio, per entranri, deyono essere nominati da sua altecza, ne possono diyeiur grandi, ae non da lui inalzati. E perche alcuno non abbia modo di guadapnar antorità sopra i'armata, tutti gli avanzamenti, senza paasar per alcun mezzo, sono dà lui dlrettamente conoseiiili. > Sagredo, M$.
9. Thnrloe, i, 760. 761 ; ii, 54, 154, 570. Ludlow, ii, 51, 105. L'article du traité de 1630 sur lequel Cromwell fondait la prétention au libre commerce des Indes était le premier, établissant la paix entre toits Jes sujets des deux couronnes, subditos uuoscumque j celui que les Espagnols alléguaient était le septième^ dans lequel, comme le roi ne voulait pas consentir au libre corameroe de l'Amérique, on le bornait aux pays dans lesquels il y avait un libre commerce avant la guerre entre Elisabeth d'Angleterre et Philippe d'Espagne j — exprèsgont qui exèltiatent FAaiériqiie aoaii paattivement que li éUe e€t été nonnée. Yoyei Domont, it, part u, p. 831.