CHAPITRE SEPTIÈME
par Tavantagc d'occuper au service étranger les oflicicrs dont il avait do bonnes raisons de soupçonner la fidélité au dedans.
Le cabioei espaguol, jugeant d'après les circonstances, commença à soupçonner son but, et comme dernier eiïort, envoya le marquis de Leyda en ambassade extraordinaire a la cour de Londres [janyier]. H fat gracieusement reçu et traité avec respect; mais en dépit des plus pressantes sollicitations, fl ne put, pendant cinq mois, obtenir une réponse positive h ses propositions, n rappela au protecteur les services que l'Espagne avait rendus h la république, cita la conduite de De Baas connue preuve des desseins insidieux de Mazarin, soutint que la dernière insurrection avait été provoquée en partie par les intrigues de la France, et que des troupes françaises avaient été rassemblées sur la côte pour accompagner Cliarles Sluart en Angleterre, si ses amis n'eussent pas été si promptement abattus, et il finit par ofiûrir d'assiéger CSalais, et, h sa reddition, de le céder h CromweU, pourvu c[ue de son côté celui-ci aidât le prince de Gondé dans le dessein de s^ouvrir Feutrée de Bordeaux par mer. A la fin, ùttigué de tant de délais, et considérant une plus longue résidence en Angleterre comme un déshonneur pour son souverain, il demanda des passe-poris [18 juin], et fut renvoyé avec force compliments par le protecteur
Sur ces entrefaites, Blake, qui commandait une des expéditions, avait fait voile jusqu'au détroit de Gibraltar, oii il reçut mainte civilité des autorités espaguoJies[6 oct. 1654]. De là il entra dans la Méditerranée, capturant, sous prétexte de représailles, les bâtiments français, tant les vaisseaux marchands que les vais^ seaux de guerre, et cherchant, mais en vain, la flotte du duc de Guise. Etant retourné au sud, il parut devant Alger, et arracha k ce gouvernement une promesse illusoire de respecter le pavillon anglais. IV Alger il se rendit a Tunis. A ses demandes le dey répondit : « 11 y a le Goulet, Forto-Ferino et ma flotte : qu'il les détruise s'il le peut [10 mars]. » Blake partit, revint h Tinipro- - viste a Porto-Ferino [18 avril], fit taire le feu du château, entra dans le port, et brûla toute la flottille composée de neuf vaisseaux de guerre. Cet explôit engagea le dey de Tripoli à détourner les hostilités des Anglais par une soumission apparente; son frère de Tunis jugea prudent de suivre son exemple, et le châtiment des pirates donna un nouveau lustre à la renommée du protecteur.^
1. Thurloe, 1, 7G1 ; ii, 54, 154, 570. Dumont, v, part, il, 106.
Z7% HISTOIRE D'AMGLËTEKKË.
n restait toutefois le grand et secret objet de rexpédition, la capture de la flotte de la Plata^ chargée des trésors des Indes; mais
Blake fut obligé de s'arrêter si longtemps devant Cadix que les Espagnols découvriront son dessein, ot Philippe, tout en affectant de croire le protecteur nica[)al)le d'un projet si di'shonorant, per» fuit aux négociants d'armer pour la défense de leur propriété. Plus de trente vaisseaux furent montés par des volontaires; ils partirent de Cadix [15 août], sous le commandement de don Fables de Contreras, et se tinrent quel(pies jours en yue de la flotte anglaise; mais Pablos eut soin de ne faire aucune insulte, et Blake, ayant relu ses instructions, ne se regarda pas comme autorisé à commencer Tattaque. Après une longue et ennuyeuse croîsièje, il reçut Tavis que les galions dont il voulait faire sa proie étaient retenus dans le port de Carlluif^ène, et il revint en Angleterre, l'esprit rnécoiilent et la sanir' délabrée. Le principal but de IVxpédition était inaïupié; mais on ne Tavait jamais avoué, et un excita le peuple à se réjouir des lauriers conquis dans la destruction de la flotte de Tunis et dans la leçon donnée aux tribus des pirates sur la côte septentrionale de l'Afrique K
L'autre expédition se composait de trente voiles et do trois mille hommes de troupes, sous les ordres combinés de Penn, comme amiral, et de Venables, comme général [29 janvier]. Ils restèrent plusieurs semaines dans les établissements anglais des Indes-Occidentales, et par l'appât du pillage, ils attirèrent sous leur étendard un grand noinl>re des colons et une multitude de royalistes ati^^lais, éeossais et i]l;oid;iis, qui y avaieuH été déportés connue prisonniers de guerre. Ouand ils atteignirent llispaniola, Venables avait dix uiille lionnnessous son commandement; et si la flotte fût entrée liardiment dans le port de Santo-Domingo, la ville, à ce qu'on crut, n'étant pas préparée à la résistance, se serait rendue immédiatement. Mais la plus grande partie de Farmée avait débarqué à une pointe éloignée d^environ quarante milles [14 avril] ; l'attente des soldats fut tromi>éc par une proclamation qui déclarait que te butin serait considéré comme propriété de la république; la longueur de la UKirche, la chaleur du climat ot la rareté de Teau ajoulèreut au mécouteutomeut générai ;
1. Vo^'cz dans les leUres particulières de Blake dans Thurloe, iti, 3^?, HOO, 641, 611, 620. 718 ; ly, 19. Il se plaint amèrement du mauvais état des vaisseaux et des priTanoDB qu'éprourent les hommes par la négligence des commissaires de la marine. Les iiutaniotioiifl qa*il reçot do «roteeteur sont dans Tkurloe, I. 7S4.
UlAriiK£ SËPTl£M£. 379
et près de quinze jours s'écotdèrent avant que les assaillants pussent s'approcher des défenses de la place [25]. Ils avaient h traverser un bois haut et touffti , et l*avant-garde se trouva soudain en face d'une batterie qui enfilait la louto à um- graïuic distance. A la promiore drcharge, les soldats se replit'rent sur un régini(Mi( (riiifanterio ; celui-ci, partageant leur terreur pani([ue, rcculn sur un escadron de cavalerie; et tandis que les deux armes étaient ainsi confondues dans un pele-mêle inextricable, les tireurs espagnols, postés derrière les arbres qui bordaient la route, entretinrent un feu dos plus meurtriers* Après de longs efforts, le bois fut nettoyé par un corps de matelots qui servait dans Tinfenterie, et los ténèbres mirent fin k un engagement où il n'avait pas péri moins dë mille hommes. Le matin, les Anglais se retirèrent dans leur dernier campement, à dix milles environ de la ville.
La, Venables tint un conseil d'officiers, qui, après avoir invoqué le Seigneur, décidèrent de « purger » Tarniée [28]. (ju(^lquesuns des fuyards furent pendus; Voffii iiT qui commandait Favant- . garde fut cassé, et envoyé h bord du vaisseau qui servait d'hôpital pour y soigner les malades ; les femmes de mauvaise vie qui avaient suivi Farmée furent arrêtées et punies; et un jeûne solennel fut proclamé et observé. Mais ni jeûne, ni prière, ni ce purgation» ne purent relever le courage dliommes humiliésrpar la défaite, aAtiblis par les maladies, et réduits k la nécessité de se nourrir des chevaux de la cavalerie. L'entreprise fut abandonnée; mars h b'ur retour, les deux commandants firent une descente dans nie de la Jamaïque [3 mai], l.es planteurs espagnols, au nonilire d'environ cinq ceîits, s'enfuirent dans les nientagnes; il s'ensuivit une capitulation, et Tile l'ut cédé<» à l'Angleterre [10]. Si on eût pu prévoir Tétat florissant où elle serait plus tard, cette conquête eut consolé la nation du honteux échec et de la perto essuyés à Uispaniola. Mais à cette époque, la Jamaïque fut regardée comme une acquisition sans importance. Le mauvais succès de Texpédition encourageait à condamner les bases sur lesquelles on levait entreprise ; et Cromwell, mortifié et confùs, déchargea son mécontentement sur Penn et Venables, les deux commandanlii, qu à leur arrivée il fit mettre à la Tour * [31 août].
1, Lettres de Carte, ii, 40-0*2. Thurloe, m, 504. 50a, 760 j iv, 58. Bâtes, WI. Penn et Venables, ayant résigné leurs commissioni, forent élar^'is. Coun^ cil Boofc, 20, 31 oct. Ui')'}. Il paraît, d'après les pièces qui se trouvent dans Thtirloe, que CromweU s'occupait beaaceup de la prospérité des colonies des Indes-
810 HISTOIRE D^ANGUETEREE.
Ik'iiucoup de gens rogardèrent comnie une faute politique quo le protecteur, lorsqu'il se déteruiiua h rompre avec TFspague, n'eût point essayé do vendre ses services au roi de France, le îzrand ennemi de TEspagno. Pour des raisons qui n'eut jamais été expliquées, il ne tira point parti de cette circonstaDce : au lieu de presser la conclusion du traité avec cette puissance, il paraissait avoir à cœur de la retarder; après chaque concession, il élevait des préteotions nouvelles et plus irritantes; et comme s^il eût voulu remporter par Pintimidation, il chargea Blake de ruiner le commerce français et d'attaquer la ilotte firamçaise dans la Hédilerranée. Louis ressentit vivement ces insultes; maïs son orgueil céda h son intérêt ; on trouva des expédients pour satisfaire h toutes les réclamations du protecteur ; et enliu Tépoque de la signature du traité avait été fixée, lorsqu'un événement vint fournir de nouveaux prétextes de délais, révéuement que les protestants ont appelé le massacre, et les catholiques la révolte des Vaudois.
Vers le milieu du treizième siècle, les étranges doctrines des « pauvres de Lyon » pénétrèrent dans les vallées du Piémont, oii elles couvèrent dans Pombre jusqu'au temps de la Réforme, et forent alors remplacées en grande partie, d'abord par le luthérîanisme, ensuite par la croyance enseignée publiquement a Genève Le duc de Savoie, par des ordonnances successives, confirma aux indigènes h libre exercice de leur religion, à condition qu ils se renfermeraient dans leurs anciennes limites ^ ; mais on se plaignit que plusieurs des habitants d'Angrogna avaient abusé de leurs privilèges pour former des établissements et introduire leur culte dans les plaines; et la cour de Turin, fatiguée des allégations contradictoires des parties opposées, renvoya la décision de la dispute au jurisconsulte Andréa Gastaldo.
Occidentales, qu'il jugeait propres a faciliter des tentatives futures contre le continent américain. Pour accroître la population, il avait, comme 1*» TU le lecteur, enlevé de force mille jeunes filles en Irlande, et les avait envoyées à la Jamaïque. £u IGÔO, tandis uue Sagrcdo était à Londres, il ordonna que toutes les femmes de maiiTaise rie fussent arrêtées et embarquées pour la Baibade (l.'ins le même but. On en envoya douze cents sur trots vaisseaux. « Ho vednto
S rima del mio i nrtire piu squalre disoldati andar per Londra cercando donne i allegra ?ita, imbarcaadone 1,900 sopra trc vascclli per tragittarle ail* isola, a fine di far propagac&one. » Sagredo, Jlt.
1. C'étaient les quatre districts d'Angrogna, de Villaro, de Bobbio et de Rorata. Siri, del Mereutio, overo Hiitoria de' eorrenti tmpi. Firense, IQi^^ tome XV, p. 827.
9. Gilles, Pasiore de la Torre, p. 73, Genève, 1G44, ut Rorengo, Memorie hittotiehe, p. 8, 1619.
CIIAIMTKK Si:i»TIi:.ME.
Après line longue et patienle audition, il prononça un jugemont définitif [19 juin 1655], portant que Luceme et quelques autres lieux étaient hors des limites primitives, et que les intrus se retireraient sons peine de confiscation et de mort. En même temps, toutefois, la permission leur était donnée de vendre à lenr profit les terres qn^s avaient colonisées, quoique, d'après la loi, ces terres fassent devenues la propriété du souverain K
Les Yaudois étaient une race de montagnards robustes, entêtés, a demi civilisés, dont les passions s'allumaient promptomcnt, et dont les résolutions étaient aussi violentes qu'elles étaient soudaines. D'abord ils se soumirent avec humeur au jugement de Gastaldo ; mais ils envoyèrent des députés à Turin pour faire des remontrances. Au bout de quelques jours, un jeûne solennel fut proclamé ; les ministres excommunièrent tous les individus qui vendraient leurs terres dans le territoire en litige ; les habitants des vallées, sous la domination du roi de France s^abouchèrent avec ceux des vallées appartenant au duc de Savoie ; ils s'engagèrent par serment à se prêter un mutuel appui ; et on envoya des messagers solliciter Tassistancc et les avis de TEfilise de Genève et des cantons protestants de la Suisse. Cette nouvelle alarma le marquis Pianeze, premier ministre du duc; et pour étoufTer la confédération naissante, il partit de Turin avec des troupes, réduisit La Torre où les insurgés avaient jeté une garnison de six cents hommes ; et ayant offert de pardonner h tous ceux qui se soumettraient, il ordonna à ses troupes d^établir leurs quartiers dans BobbiOi Yillaro et la partie basse d*Angrogna [7 avril 1656]. On avait préalablement promis de les recevoir paisiblement; mais les habitants s^étaient déjà retirés dans les montagnes avec leurs troupeaux et leurs vivres ; et les soldats ne trouvèrent que les quatre murs. Bientôt des querelles éclatèrent entre les partis: chaque ofîensc était suivie de représailles ; et le désir de la vengeance alluma une guerre d'extermination. Mais la troupe eut en général Tavantage; et les habitants se virent contraints de s'enfuir au sommet des plus hautes moîitagnes, ou de chercher un refuge dans les vallées du Dauphiné, chez un peuple qui avait les mêmes mœurs et la même religion ^.
1. I/arrc^t de Gaslaldo est dans Morlond, Hîjstoire dos églises évan'A'lîflues des vallées du Piémont, p. 30:i. Les motifs de cet arrêt sont à 1^ page 408, les objections à la pa^e 42.']. Voyez aussi Siri, zT, 830. Chiesa, Oorona rtaU di SavoiOy i, 150. Denina, 334. Giiichenon, m, 189.
5?. Siri, IV, 897-833. Il serait difficile de déterminer par qui, après la réducon de la T(»Te, le premier sang fut versé sans nécessite, ou aut^uel des deux
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m HISTOIRE D'ÀNGLETfiRRË.
Des relations de ces éTénements, mais des relations pleines
d'exagération et d'invraisfîniblaiico, furent transmises aux différents états protestants par l(^s ministres do (lenève. Ils représentaient le duc de Savoie eoriinieun |»riiice bigot et iululérant ; les VaiKiuis, COI 11 me une raco innocenl*', dont le seul crime était sou attachement h la foi réformée. Ils suppliaient les puissances protestantes de prendre la défense de leurs frères persécutés, « t sollicitaient des contributions pécuniaires pour sauver de la famine ceux qui avaient échappé au tranchant de Tépée ^ En Angleterre, la cause fut plaidée par la presse et par la chaire [mai] : on obsenra un jeûne solennel, et les passions du peuple allèrent jusqu'à Fenthousiasme. Les ministres se rendirent en corps auprès de Cromwell pour recommander les A'audois h sa protection ; les armées d'Ecosse et d'Irlande présentèrent des adresses, exprimant qu'elles ('laient proies à vorsor leur sang ])our une cause si saciée ; et toutes les classes, de la plus haute à la plus basse, s'empressèrent de contribuer de leur bourse à la défense des protestants piémontais. On remarqua que parmi ceux qui s'efforçaient d'enflammer les préjugés du peuple, personne n'était plus actif que les deux ambassadeurs d'Espagne, et Stouppe, ministre de PEglise française de Londres 3. Ils trayaillaient depuis longtemps à empêcher la conclusion du traité avec la France ^ et ils espéraient maintenant effectuer leur dessein, parce que la Savoie était l'alliée de la France, et que les principales cruautés
partis on a le plus de cruautés à reprocher. Les autorités de part et d^autre •onl Intéressées, et par eosaéqnent suspectes: les provocations alléguées par l'une sont niées par l'antre avec chaleur, et aux ravatres des soldats dans Anropna et Lucerne ou oppose les massacres des catholiques dans Pérouse et aint-Martin. En ftivear des Yandois, on peut consulter Léger, Histoire générale df's éî^Mises évanfréliques, etc. 'il était un (les principaux insti alcurs de ces troubles) ; Stouppe, CoUection des divers papiers envoyés à Son Altesse, etc. Londres, 1^5; Smavdiemin in reformafam nîi^ionem pettêmiionit hreviê narratio, Londini, Kl''; Morland", 3-2()-384, et les pièces dans Thurloe, in, 861, 381, 41?, 41(î, 4 {0, 44t, 459. ô.'lS. Contre eux, - Courte et fidèle relation des dernières commotions, etc., avec des réflexions sur les pièces recueillies par M. Stouppe, 1635; Morland, 387-404: SirL XT, 887-843, efcThlirloe,iil.41S, 464, 475, 490, 509, 685, 586, 617, 696, 656.
1. LMnfldélité de ces réiâtions est reconnue par Morland, Vagent da protecteur, dans une lettre ronfiilenticlle au secrétaire Thurloe : < La i lus grande difticulté que je rencontre est relative à la (Question de fait au commencement de ces tronblQi et pendant la guerre. Car je trouve, après de soigneuses recherches, que beaucoup de brochures et de Uvrea .qui ont é\é imprimés à ce sujet, même par des ministres des vallées, sont inroniplets à beaucoup d'égardt, et non conformes a la vérité sur beaucoup de pointu. » Thurloe, iv, 417.