CHAPITRE HUITIÈUE
LE PROTSCTOiUX.
Pilzrreté et caractère de Chailei Stoart«— €hierre arec l'Eipagne.— Parlement. —
Bzclusion (le membre*. — Paidlioil de Naylor. Proposition de faire Cromwell roi. — Son hésitfttion et son refus. — Nouvelle constitvition. — Sinder- COtnb. — Sexby. — AlHanre avec la France. — l'arlenieut ii' deux cliambres. — Opposition dans lu chambre des communes. — Dissolution. — Réduction
de DuakeiqiM. ^ Maladie dn froteeteor. — Sa aiort et aon earaotèra.
Le Ifctonr sait que le jeune roi trErosse, i\\)fvs sa fuite de • Worcester, était retourné à Paris, défait mais non déshonoré. L^énergie et le courage qu'il avait déployés étaient pris comme un gage d'efforts plus heureux à Tayenir ; et les aventures périlleiises qu^il ayail bravées jetaient un intérêt romanesque sur le caractère du royal exilé. Hais à Paris il se trouva sans argent ni crédit, suivi d^une foule de fidèles serviteurs, que leur indigence condamnait aux plus pénibles privations. Sa mère Henriette, fort peu riche elle-môme, le reçut dans sa maison et h sa table ; au bout de six mois, le roi de Trance lui fit unr iionsion mensuelle de six mille francs ^ ; et ii cola s'ajoutaient les secours c\ cuiuels fournis par la loyauté de ses partisans d'Angleterie, et sa part dans les prises faites par les corsaires sous son pavillori ^. dépendant, avec toutes ces ressources, il était à peine en état de satisfaire les plus importuns de ses créanciers, et d'assister de temps à autre ses serviteurs immédiats. On voit dans leur correspondance particulière que les plus favorisés d^entre eux étaient en peine de se procurer de la nourriturs et des vêtements K
1. Clar. m, 441. Treise francs équiyalaient à une livre anglaise.
S. Son droit était d'un 15* : celui du duc â*York, comme amiral, d'un 10*. Voyez une collection do lettres, presque exclusivement sur oe anjeti entce sir Edward Hyde et sir Richard Urowne. Mém. d'Eveiyn, 841 et sulv.
3. 67" r. Pnp. m, 120, 121 • Je no .«^ache pas qu'aucun homme soit encore mort faute de pain, ce dont je suis vraiment étonne. £n yerite, le roi doit tout ce qii*Û a man^é depuis a?ril, et je ne connais pas un de ses serviteurs qui ait
une pistolc ilans la pot lie. Cinfi ou six 'Ventre nous prennent ensen,l)le un re-
Sas par jour pour une pistole par semaine ; mais nous devons Dieu sait combien e semaines à la pauvre femme qui nous nourrit. » Clar. Pap. ni. 174, î?7 juin 1(m3. «Je manque de souliers et de chemises, et le marquif d'Ormond n'est pas mieux loti. Comment donc pouvons-nous ass'mter noa anis?» Ibid. 3 avr. l(ii>4. Voyez aussi les Lettres de Carte, ii, 40L
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Cependant, tout pauvie qu'il était, on avait conseillé à Charles de garder le nom et Tapparence d^une cour. Il avait son garde des sceaux, son chancelier de Téchiquier, ses conseillers pnrèdy et la plupart des officiers qui font partie d'un établissement royal ; et l'ardeur avec laquelle ces dignités nominah^s fiaient recherchées par les exilés, les intrigues des coniprtiteuis, ollrent des scènes qui ne sauraieut manquer d'exciter l(^ sourire ou la pitié d'un spectateur iudiflereut. Mais nous devons nous rappeler (juc c'étaient les seuls objets restés accessibles à rambition de ces hommes; qu'ils offiraient des émoluments fort mesquins, mais déshrables dans leur pauvreté; et qu'ils promettaient des avantages plus réels à la restauration du roi, événement qui» tout éloigné qu'il pouvait sembler aux autres, était toujours prochain dans l'opinion des plus ardents royalistes
Parmi ces compétiteurs, il en était denx qui obtinrent bientôt et conservèrent longtemps la i onliance du monarque, le marquis d'Ormond et sir Kdward Ilyde. Orniond devait cette distinction h rillustration de sa famille, a la fortune princière qu'il avait perdue pour la cause royale, h ses longs quoicpie malheureux services en Irlande, et à la haute estime qu'avait eue pour lui le feu roi. Comme talents et comme activité, Hyde était supérieur h tous ses collègues. Charles l'avait nommé diancelier de l'échiquier et conseiller du Jeune prince; et par la suite, le fils avait confirmé par son propre choix le jugement du père. Hyde avait beaucoup d'ennemis, soit qu'il offensât par son caractère violent et impérieux, soit que des solliciteurs éconduits, connaissant son intluence sur le roi, attribuassent h ses conseils le peu de succès de leurs pétitions. Mais il savait se défendre : les intrigues qu'on mil en jeu pour lui enlever l'oreille du roi furent déjouées par son adresse : et les accusations de désaffection et de trahison, dirigées ( entre lui, furent assez victorieusement ratées pour accabler l'accusateur de honte et de confusion ^.
Les espérances que Charles avait fait naître par sa conduite en An^eterre ne tardèrent point è être dé^es. H semblait perdre de vue ses trois royaumes au milieu des distractions de Paris. Ses plaisirs et ses amusements absorbaient sort attention : c'était avec beaucoup de peine qu'on ramenait k s'occuper d'affaires ; et s'il
1. Clar. Pap. m, 83, 99, 106, 136, ISS, 179, 187 H pastim, Clar. Hitt. III, 484,485,433,
2. Glar. 111, laH, .->10, 516-5M). OEuvres de Lansdowa»,lt, SSSM, titéfltW Uarris, it, 1ô8. Clar. Pap. lu, 84, dS, 188, 188, SOO, SHO
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promoUail do consacrer quelques heures tous les vendrodb k écrire des lettres et h signer des di [M-ches, il trouvait souyent
dos raisons suffisantes pour se soustraire h cet ennui Mais co qui désolait surtout ses conseillers, c'étaient le iKimbre et la publicité de ses amours, et en particulier, Vextrénie basse<se d'une femme dont les artilices avaient conquis son atTection, et dont Fimpudence maîtrisait son caractère tai ile : c'était Lucy Waltcrs, ou Barlow, mère d'un enfaot qui fut depuis le célèbre duc do Monmouth, et dont Charles se croyait le père ^. Ormond et Hyde trayaiUèrent à rompre cette honteuse liaison. Ils représentèrent au roi le tort qu^elle fusait à la cause royale en Angleterre^ où les apparences an moins de la morale étaient si hautement respectées ; et après plusieurs séparations temporaires, ils décidèrent \\'aUers h accepter une pension annuelle de quatre cents livres, et à se retirer avec son fds dans son pays natal [21 janvier M)h6] . Mais Cronnvell la renvoya en Franco , et elle revint h Paris riG juillet], oii par ses débaucbes elle perdit la faveur du roi et abrégea sa propre vie. Sou ûls lui fut retiré par le lord CroCts et confié aux soins des oratoriens de Paris ^.
Mais si on ne pouvait corriger Charles de son ardeur pour les plaisirs, il se montrait plus docile au sujet de la religion. D'une part, les catholiques, de Tautre, les presbytériens, le pressaient par des lettres et des messages d'em^asser leurs cultes respeotifs. Les premiers prétendaient qu'ils ne recouvrerait la couronne qu'avec l'assistance des souverains catholiques, et qu'il no devait pas compter sur cette assistance, tant qu'il ferait profession d'être membre d'une Eglisi- qui persécutait depuis si loîigicmps les catholiques anglais ^. Les autres se représentaioui comme tenant