CHAPITRE HUITIÈME
Nous pouvons maintenant revenir en Angleterre, où la re d'Kspngne avait oxcilc un niécontentenicnf général. Les amis de la république considéraient ri.spagne coniiiic leur plus ancienne et leur plus fidèle nlliée; les négociants se plaignaient de ce (juc le trafic avec ce pays, Tune des branches les plus lucratives du commerce anglais, leur était enlevé et était doané à leurs rivaux de Hollande , et les saints croyaient que le non-succès de Texpédition d'Uispaniola était une preuve suffisante que le ciel condamnait cette rupture entre les deux états. Ce fut sans beaucoup de résultats que Cromwell, pour justifier sa conduite , publia un manifeste, dans lequel, après avoir énuméré beaucoup d'outrages et de cruautés, réels ou prétendus, exercés sur les Anglais par los Espagnols dans les Indes occidentales, i\ soutenait que la guerre était juste, lionorable et nécessaire. Ses ennemis, royalistes, niveleurs, anabaptistes et républicains de toute espèce, ne laissèrent pas s'apaiser les clameurs dont il était l'objet, et, à sa grande surprise, quelques-uns des capitaines d'une autre flotte, asseniblée h Portsmouth, firent une requête pour savoir l'objet de Texpédition [2 mars]. Si elle était destinée k agir contre TEspagne, leur conscience les obligerait de refuser de servir. L'offense ne venait point de l'Espagne ; car les cas d'agressions énumérés dans le manifeste n'avaient été, on le savait bien , que des actes de défense personnelle contre les déprédations et les empiétements d'aventuriers anglais ^ Pour réprimer ce dangereux esprit, Desborough accourut h Portsmouth [5] : quelques officiers donnèrent leur démission, d'autres furent remplacés, et la Holle mit enlin à la voile [15] , sous le commandement runiinun de IMake et de Montague : ce dernier ayant la conûancc du protecteur, et étant probablement chargé d'espionner la conduite de son collègue. Leur première destination était Cadix, où ils devaient détruire les vaisseaux du port, et faire une tentative sur cette ville ou sur le rocher de Gibraltar. A leur arrivée, ils convoquèrent un con-
popre inimitié avec Berkeley à son opposition aux prétentions de Berkele\ sur la maîtrise de la cour des pupilles ( Hist. 110. Pap, ibid. ). Jacques, à l'avis donné par Clarendon à lady Mortoii de rejeter la proposition de mariage do Berkeley (Jacques, i, iJT3}. On voit, d'après la lettre de Cromwell à Mazarin, que le renvoi de Berkeley vint du cardinal, et fut demandé par Fuensaldagna, qui employa dans ce but lord Bristol et Bennet iThurloe, v, '7:îfJ). Ln lettre de Bristol au roi ( CJar. Pap. m, 318), et le récit de Berkeley dans Clarendon, Illid. Supplémen t , Lxzix. Voyea aussi Md, 317-3M, et les Mémoires de Jao* qoee, 1,966-983.
1. Thnrloe, iv, 571. Voyei anisl 589 , 589, 594. Lettres de Carte, ii, 87, 90, 98, 95.
194 HISTOIRE D'ANGLETERIiE.
scil de guerre [15 avril] ; niais ou ne put trouver de pilote assez hardi ou assez conliant pour guider la flotte dans le canal tortueux des CaraociiS, et les défensos de Cadix et de Gibraltar présentaient ttn aspect trop formidable pour laisser aucun espoir de succès sans la coopération d'une armée Abandonnant Fentretirise, les deux amiraux se rendirent k Lisbonne [39 mai], et arrachèrent au roi de Portugal la ratiOcation du traité conclu Jadis
5ar son ambassadeur, ainsi que le payement des cinquante mille nres stipulées. De Ih, ils revinrent a Cadix [10 juin], passèrent le détroit, insultèrent les Espagnols à Malaga , les Maures h Salé [10 juiîk'lj, et, après uno croisière inutile de plus de deux ujois, ils jetèrent une seconde lois Tancre dans leTage'^. 11 se trouva que, tout juste après leur arrivée, le capitaine Stayner, avec une escadre de frégates, rencontra une flotte espagnole de huit voiles, tenant d'Amérique [10 sept.]. Il en détruisit quatre, et en captura deux, dont une était chargée de trésors. Montagne, qui ramena la prise , Tévalua , dans sa dépêche , à deux cent mille Uvres; les in^rimés publics la portèrent k deux millions de du* cats, et les amis de Cromwell saluèrent cet événement comme « un témoignage renouvelé de la présence de Dieu, et un gage de son approbation de la guerre contre Tl^spagne 3. »
L'équipement de cette flotte avait é|)ui<('^ le trésor, et le protecteur n'osait pas imposer de nouvelles taxes au pays dans un moment où on lui contestait dans les cours de justice le droit de lever les revenus ordinaires. Sous prétexte que les délais votés par le parlement étaient expirés , sir Peter Wentworth avait refusé de pajer Vimp6t en province , et Coney, un négociant , les droits sur les importations à Londres. Les commissaires imposèrent des amendes et firent des saisies ; les parties lésées intentèrent des ptocès aux collecteurs. Cromwell était bien en état d'arrêter ces procès en emprisonnant les avocats et en intiuiidant leurs clients; mais Texemple était dangereux ; le besoin d'argent augmentait chaque jour, et, de Tavis de son conseil, il consentit à convoquer un parlement pour le 17 septembre ^.