‹ Histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 170 sur 276 · CHAPITRE HUITIÉMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÉMB

sa réponse d( lin Une lo lemleiuaiu matin. Dans la matinée, il la remit à cinq heures du soir; et, h cette heure, au jour suivant. Les ufiiciers reniarquèrent Timpression qu'ils avaient fait(^ , et résolurent d'en profiter : le matin, de bonne heure [8], le colonel Mason, avec vingt- six de ses camarades, présenta au parlement une pétition dans laquelle ils exposaient que le but des auteurs de la mesure était de perdre le lord-général et les meilleurs amis du peuple, et conjuraient la chambre de soutenir la bonne vieille cause pour la défrase de laquelle les pétitionnaires étaient prêts k sacrifier leurs vies. Cette démarche hardie triompha de la résistance du protecteur. Il abandonna les orgueilleuses espérances qu'il avait si lonji^temps et si obstinément nourries; il envoya Fleetwood à la chambre pour prévenir toute discussion, et bientôt après manda les membres h A\ hitehall. S'adressant à eux avec plus d'embarras qu'à l'ordinaire, il dit que ni ses propres réflexions ni les raisonnements de la commission ne i^ayaient convaincu qu^il devait accepter le titre de roi. S'il raccep> tait, ce ne serait qu'avec des doutes ; si c'était avec des doutes, ce ne serait pas avec foi ; et si ce n'était pas avec foi, ce serait un péché. «Cest pourquoi, » concluait-il, « je ne puis me charger de ce gouvernement avec le titre de roi, et c^est là ma réponse sur cette grave et importante affaire ^ »

Ainsi finit la grande comédie, qui, depuis plus de deux mois, tenoil en suspens h^s e^érances et les craintes de trois nations. Mais les amis de Cromwcll reprirent ce sujet dans le parlement. On lit observer qu'il n'avait pas refusé d'administrer le gouvernement sous tout autre titre : le nom de roi fut remplacé par celui de protecteur; et, avec quelques autres amendements, « rhumble pétition et avis» reçut la sanction du premier magistrat [25 mai]. LUnaugnration vint ensuite [26 juin]. Sur la plateforme élevée à Textrémité supérieure de Westminster-hall , et devant un fauteuil d'apparat magnifique, le protecteur se tint debout ; tandis que le président, avec ses assesseurs , le revètissait d'un manteau de pourpre doublé d'hermine, lui présentait une bible superbement dorée et relevée en bosse , lui ceignait une épée au côté, et lui mettait dans la main un sceptre d'or massif. Dès que le serment eût été prêté, Manlon, son chapelain, récita une longue et fervente prière pour attirer les bénédictions di;

1. Thurloe,vi,261, 207,281. S»l. Joum, SI avril— 12 mai. Pari, HisL m, 1496-1509. Lndlow, ii, 131. Clar, Pap, 819.

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del sur le protecleur, le parlement et le peuple. S'étant relevé après la prière, Crorawell s^assit dans un (auteuil; à droite, à quelque distance, s'assit Tambassadeur de France ; à gauche celui de Hollande : d'un côté se tenait debout le comte de War-

wick avec Tépée de la république ; de Tautre, le lord-maire avec celle do la Cité ; et diurièrc se rangèrent les membn's do la lamille du protoctour, les lords du conseil, et Lisle, W hitclock et Monta^^uo, ces trois derniers portant chacun une opôo mie. A un signal doiuié , les trompettes sonneront , les hérauts proclamèrent les titres du nouveau souverain, et les spectateurs crièrent : « Vive Son Altesse 1 Dieu sauve le lord protecteur 1 » Il se leva aussitôt, salua les ambassadeurs» et traversa en grand appareil la salle jusqu'à son carrosse

Ce qui distinguait la forme actuelle de gouvernement de la précédente, c'étdt un retour vers les anciennes institutions du pays. Ce retour, il est vrai, avait arraché è Cromwell certaines concessions qui répugnaient à ses sonlimonts et h son ainlnlion, mais avec lesquelles il s'était probablement réconcilié par la considèi ation (pie dans le cours de quelques années elles ])ourraient être modiliées ou révoquées. Le protecteur était investi de Tautorité suprême ; mais, au lieu de la rendre héréditaire dans sa famille, tout ce qu'il avait pu obtenir, c'était la faculté de nommer son successeur immédiat. Les deux chambres du parlement étaient rétablies ; mais comme si Ton eût voulu faire allusion h sa conduite passée, il était tenu de laisser à la chambre des communes le droit d'examiner les qualités et de déterminer les droits des divers feprésentants. On lui donnait le pouvoir de nommer les membres do « Tautre chambre » ( il n'osait point Encore ki nonuner clKunbre des lords) ; mais, on promiur lieu, los pojsonnos ainsi nommées devaient être approuvées par la chambre des représentants , et dans la suite par Taulre chambre elle-même. Le privilège de voter par procuration était aboli, ei ie droit de judicature* renfermé tians des limites raisonnables. La nomination des conseillers, des grands oiûciers de Tétat et des commandants* des troupes était assujettie à un grand nombre des restriotions que le long parlement avait voulu y ai)porter. Quant à la

. 1. Whitol. 6.^2. Merc. Polit. n° 30;). Pari. HisL \u, 1511, et Relation de Prestwick , App. au Journ. de Burton, ii, 511. La plupart des officiers prêtèrent .serment de fidélité au protecteur. Lambert s'y reniea, et r^gna ses oommissions, (|ui lui rapportaient t-nviron (',iV)Q liv. par an. CromweU, néaUlDOilUi» lui assigna une pension annuelle de îj,001> Uy. Ludlow, ii, lUU.

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religion , il était décrété que le protecteur et les deux chanil)ios conviendraient d'une confession de foi , mais que les dissidents jouiraient de la liberté de conscience et du libre exercice de leur coite, à moins qu'ils ne rejetassent le mystère de la Triniié, on rinspiration des Ecritures,- ou qn'ils ne professassent des doctrines épiscopales , papistes on blasphimatofares. Le reyenu annuel était fîxé à 1,300,000 liv., dont aucune partie ne devait être levée par impôt foncier: et sur cette somme un million olail consacré h rentrction de rarmée et do la marine, et 300,000 liv. aux dépenses do la liste oivilo; mais , sur la roprésontalioii du prolnctour, qu'avec un si potii rovouu il serait impossible continuer la guerre, on vota une somme additionnelle de 600,000 L pour les trois années suivantes. Apres Tinanguration , les communes s'ajournèrent h six mois, aiin de laisser le temps de for* mer « Tautre chambre ^. »

Maintenant que nous Toici arrivés à la fin de cette importante session du parlement, nous pouvons revenir aux divers événe-» ments de Tannée. Si Ton eût ajouté beaucoup de foi âux récils (les espions et des délateurs, ni ('romwell ni son adversaire, Charles Stuart , n'eussent passe un seul jour sans craindre d'être assassines. Mais ils saviiient que ces sortes de ^ens oîit l'habitude d'mvcnter et d'exagérer , afin de rehausser la valeur de leurs services; et chacun d'eux, en conséquence, se contenla de prendre les précautions ordinaires de sûreté Cromwell toutefois connaissait le caractère farouche et implacable des nivoleurs : dès qu'il apprit quHIs négociaient avec le roi exilé et les Espagnols , il en condut qu'ils aviCient juré sa perte ; et , pour repousser leurs tentatives contre sa vie , il choisit cent soixante hommes braves et fidèles dans les différents régiments de cavalerie, qu'il divisa en huit compagnies, ordonnant que deux de ces compagnies fussent loujours de service a tour de nMe auprès de sa personne [28 fév.]. Avant la iîn de Tannée [9 déc. j, il appiit

1. Vnûtel. 657. 663, Parh HM. m, 1509-1611. Bans ont liste imprimée à cette épdque, on donna les noms de cent quatrc-vintrt-deux membres de ce parlement, qui, préteiidiiit-on , «étaient fils, j^arents , srrvitcurs du protceleur ou attachés autrement à lui , ou qui avaient des places lucratives, des offices, des salaires et avantages sous lui.» partageant annuellement entre eux, snrrargeni du public, la somme incroyaole del,0lG,3171. 16 s. 8d.

3. Lo!^ piôces voluminenaes ds Tiiurloe aboadeal en offlrea^t avertiMttttentB

relatifs à ce sujet.

3. Thurloe , iv, 507. Carte, Lelires. ii, 81. Leur paie était de 4 shillings et 6 pence par jour. Ibid. En outre, s*il en faut croire C]are&don,*tt«vaSt tonjours plusieurs Uts préparés dans di^erentes chaasbres^ a&n qve penoDBe ne sût dans laquelle il passerait la nuit. Mitt* m,

4lt HTSTiHRE D'ANGLETERRE.

qu'un roinplot avait clé rét llcuionl or^^anisc , que dos assassins avaient élr désignés, et quv sa mort devait être le signal du soulèvement simultané des niveleurs et des royalistes, et de la mise à la voile d'unè expédition ennemie , qui partirait des côtes de Flandre. L'auteur de ce plan était Sexby ; et ce n'est pas aller trop loiD que d'affirmer qu'il était non-seulement connu, mais apj>rottTé des conseillers de Charles à Bruges. Us nommèrent un agent pour accompagna Te chef des conspirateurs; ils se préparèrent è tirer tout le parti possible de Tassassinat : ils exprimèrent sans détour leur chagrin de ce que Tcntreprise avait manqué. A la vérité, on savait que Clarendon , le premier ministre (il venait d'être fait lord chancelier), était d avis que l'assassinat . d'un rebelle ou d'un usurpateur heureux était un acte de loyauté justifiable et méritoire ^

Sexby avait trouvé un instrument conTenabte pour son dessein dans la personne de Syndercombe, homme du courage le plus désespéré, anciennement quartier-maître dans Tannée d'Ecosse, et renvoyé à cause de ses principes politiques. S'étant associé un nommé Gecil, ils se procura sept fusils, qui pouvaient porter un certain nombre de balles , loua des logements dans les endroits près desquels il était probable que le protecteur passerait, gagna Took, un des gardes du corps, qui devait Tinformer de tous ses mouvements, et acheta les chevaux les plus vites pour son évasion. CejKîndant tous ses projets furent déjoués, soit parla multitude des spectateurs, soit par la vigilance des gardes, soit par quelque accident imprévu. A l'instigation de Wildman, il changea de plan ; et le 9 janvier, è environ six heures du soir, entrant à Wiiitehall avec ses deux complices, il ouvrit la porte de la chapelle, déposa dans un banc un panier rempli de matières inflammables, et alluma une mèche qui, è ce qu^on avait calculé, devait brûler six heures. Son intention était que le feu éclatât vers

1. Que Charles et Clarendon connussent ce projet et s'intéressent à son exécution , la preuve en est dans plusieurs lettres {Clar. Pav. m, 311 , 313, 315, 397, 831, 335) : et Von ne peut pas douter qoe Clarendon n'approuvât ces sortes de meurtre. 11 est vrai qu'en p:ir*.aiit du meurtre d'Ascham, Itirsqu'il était à Madrid, il dit que lui et son collègue, lord Cottington , en eurent horreur (Clar. JERit, m, 351). Mais d'après sa correspondance privée, on voit qu'il écrivit des mémoires en faveur des meurtriers ( Clar. Pap. m, SI, 33), (ju'il les recommanda comme « de braves gens et d'honnêtes prentilshommes (ibid. 236), et qu'il fit la remarque au secrétaire îsicholas , qu'il était triste et atlligeant (^ne la princesse royale n*eût pas donné d'argent à Middletoa ; «mais qa*iL était piro et plus honteux qu'un homme se présentiU dans aucun endroit du continent avec le caractère d' agent iles rebelles, et qu'on ue lui coupdt poiut le cou.» Ibid. 144 ; 90 férrier 1658.

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