CHAPITRE HUITIÈME
minuit ; mais Took avait déjà révélé le secret à Croniwell, et ils furent arrêtés tous trois comme ils fermaient la porte de la chapelle, ïook racheta sa vie par cette révélation, et Cecil en avouant tout ce qa^û sayait. Mais Syndercombe leur avait sagement caché le nom de ses associés et les détails du plan. Us ignoraimt qoe certaines personnes dans le palais s'étaient chargées d'assassiner le protecteur au milieu de la confusion que Tincendie deyaif causer, et qu'on avait pris des mesures telles qu'il était presque impossible qu'il échappât. Syndercombe fut mis en jugement : les juges considérèrent le titre de protecteur comme légalement synonyme de celui de roi; et il fut condamné h subir les peines de la haute trahison [9 février]. Son silence obstiné tronifia le désir qu'avait le protecteur d'obtenir plus de renseignements sur ce complot ; et Syndercombe» soit qu'il se fût tué lui-même, soit qu'il l'eût été par ordre du gouvernement, fut trouvé mort dans sm lit [13 février], quelques heures avant celle de son exé« ctttion ^
2^ Le non succès de cette conspiration n'eût pas empêèhé Tin- ▼asion projetée par l'armée royale de Flandre , si Charles n'eût
elé trompé dans les espérances qu'on lui avait données diui autre côté. Ni raisonnements ni prières ne pouvaient hâter la lenteur caractéristique des minintres d'Kspagne. Ni flotte ni argent n'étaient prêts : l'expédition était remise de mois en mois; la saison se passa, et le projet fut différé jusqu'au retour des longues et sombres nuits d'hiver. lAais l'impatience de Sexby refusa de se soumettre k ces délais : son ftme farouche et implacable ne pouvait être satisfaite que par la mort du protecteur. On avait récemment imprimé en Hollande une brochure intitulée : «Tuer n'est pas assassiner, » qui , par la force avec laquelle elle était écrite, fit sur l'esprit public une impression plus profonde qu'au*
1. Voyez Thiirloe, v, 774-7T7; vi, 7, r:^. Merc. Vohi. w" ^45. Bâtes, EUn. 888. Clar. Pap, m, 3Si4,325, 327. Clar. Hi&t. m, 046; et les diverses autorités Citées dans les Siate TrtaU, y, 843-971. Le corps fut ouvert, et les chirurgiens déclarèrent qu'il n'existait aucune trace de poison dans l'estoroac, mais que le cerveau était enflammé et injecté de sang à un plus haut degré qu'il ne l'est d'ordinaire dans l'apoplexie ou toute autre maladie connue. Le jury, sous la direction du lord chef de justice, rendit un verdict portant que il, ledit Miles iSj'ndercombe, avait criminellement, volontairement et par malice préméditée, respiré et attire par le nez de lui, U^dil Miles Syndercombe, dans la tète de lui, ledit Miles Syndercombe , une certaine pondbre empoisonnée; laquelle respirant et attirant, ainsi qu'il a été dit el-dessus, dans la téte de lui, ledit Miles, il, ledit Miles, s'est mortellement empoisonné, etc.» Ibid. 359. Les uiveleurs et les royalistes wmtinTent qu'il avait été étranglé par ordre de GromweU. Q»don, XII, 647.
414 HISTOIKE D ANGLETEKKE.
cune autre production littéraire de Tépoque. Après une adresse à Cromwtoli, et ime autre a Varmée, écrites avec la plus poignante et la plus amère ironie, elle en rient k discuter ces trois questions : Le lord protecteur est-il untyrant Est-il permis de lui foire justice en le tuant? Et, si cela esi permis,. sera-ce un bien pour la république? Ayant résolu affimatirement chacune de ces questions , elle terniine par un éloge de Tesprit hardi et patriotique de Syndorconibe, le rival de Brutus et de Caton , et par ravertissoniont que « longus illuin sequiiiirordo idem pctentium decus ; » que le rôle niéni<' des troujios du piolrclour ( initient les noms de ceux qui aspirent ii Thonneur de délivrer leur pays ; que son altesse n'est en sûreté ni à table ni au lit ; que la mort est sur ses talons en quelque endroit qu'il aille, et que , quoique sa tète toudte aux nuages, il périra comme ses propres excréments, et que ceux qui Tout tue s'écrieront : Où est-il ? Des mHliers d'exemplaires de cette brochure furent enyoyés par Sexby en Angleterre ; et quoiqu'il y en eût eu beaucoup de saisis par les officiers, il en circula un grand nombre ^ Ayant obtenu Une somme de 1A,000 couroimes, il suivit les brocluires pour organiser de nouveaux complots contre la vie du protcctciir. Mais cette fois il était trop connu. Tous ses pas en Hollande étaient surveillés; son départ pour T Angleterre fut annoncé; on envoya des émissaires dans toutes les directions, ot au bout de quelques semaines, il fat arrêté et incarcéré à la Tour [25 juiU.]. Là il donna des ingnes, probablement simulés, de démence. Aux questions relatiTes à loi, il répondit [12 oct.], arec une franchise apparente, qu'il avait intrigué auprès de la cour d'Espagne, qu'il avait fourni de Targent h Syndercombe, quHl avait écrit la brochure, « Tuer n'est pas assassiner ; » et dans tout cela, dit il, il n'y avait rien que de permis, car le protectorat n'avait pas alors été établi par Tautorité du parlemeiU ; mais toutes les fois qif on Finterrogeait sur les noms et les plans de ses conqdices, ses réponses devenaient insensées et incohérentes, plus propres à égarer qu'à éclairer, a jeter des soupçons sur les amis du gouvernement, qu'à dévoiler les machinations de ses ennemis. Il ne fut jamais mis en jugement, mais mourut probablement de mort violente, le sixième mois de son emprisonnement^.