‹ Histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 20 sur 276 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La rébellion d'Irlande avait fourni aux zélateurs un prétexte plausible pour se livrer à des invectives et déployer leur animosité contre ceux qui professaient Tancien culte Kn août [30], on avait nommé descoinniissairespour désarmer les réfractaircs dans toutes les parties du royaume. Maintenant [30 nov.], les conmiunes dénoncèrent aux pairs soixante-dix lords et gentilabommes catholiques comme des personnes dangereuses , qui demiient être étroitement emprisonnées pour la sûreté de Fétat* Le confesseur de la leine fui eoToyé à la Tour, et le seryice de sa diapelles up* primé. La diaml^ basse nomma de son autorité des poursuivants, avec potiroir d'arrêter les prêtres et les jésuites; on donna Tordre d'instruire sur-le-champ le procès de ces sortes de prisonniers ; le roi fut sollicité de ne leur accorder ni pardon ni sursis^, et les deux chambres adoptèrent [1^^ déc] la résolution de no jamais consentir h tolérer le culte catholique en Irlande ou dans toute autre partie des états de sa Majesté*^. Charles leur reprocha doucement leur violence : elles faisaient de la guerre d'Irlande une guerre de religion; elles feraient mieux de préparer des secours d'hommes et d'argentpoiir la protection des royalistes et la défense de la eouronne. Ayant soq arrivée, les chambres avaient nommé un conseil de guerre, avaient rendu une ordonnance autorisant le comte de LeiceMer à lever des hommes pour servir en Irlande, et avaient donné leur approbation au choix des officiers qu'il se proposait d'employer, l'our hâter la levée, les communes adoptèrent un hill [3 déc] pour la presse des soldats, et en même temps elles se plaignirent do la lenteur des mesures de l'autre chambre. Elles soutinrent que les lords n'étaient que des individus privés, tandis que les communes représentaient la nation; et elles déclarèrent que, s^ils refusaient d'adopter les bills qui étaient nécessaires à la sûreté publiipie, elles prendraient avec elles ceux des pairs qui ne reculaient point devant Taccomplissem^t de leur devoir, et exposeraient Taffaire au souverain. Cette menace fit peu dHmpression ; les lords s^opposèrent & la clause déclaratoire qui contestait au roi un droit dont tous ses

1. Sur la foi de Beale, tailleur, qiù prétendait avoir entenda des inconnus caoser derrière une hide, les ooromunes affectèrent graTement de croire que plus de cent membres étaient dési;.'nés au poi^'nard d'assanins piHP^^* «fourn. 16 ^

17, 26, 97 déc. Mémoireji d'Evel} n, ii, App. 73.

2. Si le lecteur désire de voir l'acharnement avec lefuiel ils poursuivirent la mort de i><jpt prèires catiioliiiues, il peut consulter les Journ. 8, 11, 13, 11, 15, SI déc. SI mars. 0 svrU. Journ. des £ords, 4*^1, 47S, 479, 601.

8. Journ. 473, 476, 480. Communet , 8 déc Badurorth, IT, 445.

43 UlSTOiHË D'ANGLETERRE.

prédécessauri avaiMit joui; mais Cbarleg intorrint mal a propos liA déc.]i et agsim aux cbambios ^'il êAagiwêiiU MU ai oa ]r ajoulait ud artide qfâ téamÈi aes droiia ^ les libertés de son peuple. Si la proposition eût été présentée eomme un amendement fait par un des ministres, on n'aurait pu faire aucune objecliun ; mais rintervention personii< llo du souverain pendant la discussion d un Idll était indubilablenienl contraire aux formes, et les deux cliambres réclamèrent contre [lii déc.], la taxant d'infraction aux privilèges du parlementé

Ce serait fatiguer îpulilemant la patience du lecteur que de détailler les causes secondaires de diasension qui ae auccédèraiit rapidement entre le roi ai «es adversaires, el de recbsn^ber quels furent les premiers agresseurs dans ka quareUes qui s'éliraient chaque jour eotoe leurs partiaasa ie6|ieoli&. Dea rassemblements armés parcouraient les rues dans le dessein avoué do protéger le parlement, iM beaucoup d ofliciers et de genllenu'ii s'assemblaient spontanément a W liitehall pour dcfondre le roi et la lainilln royale de toute insulte. Les deux parlis entraient fréquemment en contact, et, quoique personne ne perdît la vie, ils édianipaaieat les parolea les plus irritantes et quelquefois des coups .

La remontmnce avaU af^lé la lureur de la populace sur les éfôques, qui un jour [27 déc.] lurent si alarmés des oris qu'ils atttendirent dans la cour du palais, qu'ils s'enfermèrent dans la

chambre jusqu'à ce que Tobscurité de la niiit leurpeimll de fagner a la dérobée leurs domiciles respectifs. Le lendemain', \\ illianis, qui avait fait sa paix avec lo rui, el avait été promu h Tai vbt'\ è( lié d'York, décida onze autres prclats a faire, de concert avec lui, une déclaration, qui fut remise parle garde des sceaux à la chambre haute [29 déc.]. £Ue portait que les évêques ae pouyaient plus, sans danger poiur leur yie^ remplir leur de- Tttr au parlement, et qu'èn eonaéquenee ils pioleataient contre la validité de tout vote ou résoluttoa de la i^ambre en leur absence. Cette sigmioalien extraordinaire kA entendue aveeaurplîse et indignation. Ils avaient le choix de se retirer ou de rester; mais prétendre suspendre par leur absence les opérations du parlement, c'était, aux yeux de leurs adversaires, s'arroger Fautorité souveraine. Après uu d^bat à huis clos, iei> communes

1. Journ. des Comm. S, IS 4éc. des Lords, 476. Clar. ii, SSô. S. Rushw. tr, 463. Oi«r. h tfiS, m, 99% WÊnrkSh

CHÂPlTa£ PKËM1£K. "4$

aoSotèrait Im pfékit ée baiito trahiaon. L'Aeamtion par eUimênie éUdyt lidiciile, et Williams dédara- hardiment ^'il éUii piél k lui tenir lê(e ; mais tes antief , tnlimidéi par la Yio»

îence d(3s temps, firent des excuses de leur conduite. On en envoya dix a la Tour, deux autres, les éveques de Diirliain et de Liclilield, furent, on raison de leur âge et do ieuis iiilirmités, mis sous la garde [oU déc.j dt? la verj^e noire

Avant que la surprise excitée par cet événement iaatteii4tt ae ittidisnpée, l'esprit public fut agité par une autre mesure encore plus eitiaordiaflÂPS. Les painotes avaimit laissé percer le bmii â'u projil d'aiscoser It rrnne ; la mmll% proliaUamMit h desssîn, en fut poriée k Cbartes^ el ce prince, inilé ei alarmé, aioilê, k la bftte le haril mais lias«r4emr expédient suiyant.

Quatre jours après Temprisonnement des prélats [3 janvier 16/i2], le procureur général parut îi la bai rc de la eliambro des lords, et, au nom du roi, accusa de liaiilc tialiison le lord Kiinboltoii, Molles, llasleryg, Pym, llanipden et Stroud, tous membres distingués du parti patriote. Il leur imputait d avoir conspiré pour aliéner au roi Taffection de son pet^e, exciter la désobéissasee dans Fermée, dépouiller le parlement de ses droits, et aivacbar le «onsentemeat de la milité par Pinfluance das ' rassemidements et de la terrenr, et d'avoir de plus appelé des troupes étrangères dans ie royanme, et déclaré la gueive an soa? ▼erain^. On s'attendait k voir les lords témoigner 'au Toi la déié* reiTce qu'ils avaient tout récemment témoignée aux communes, et ordonner que les membres accusés seraient incarcérés, comme ils Pavaient ordonne pour les prélats. Mais la chambre nomma un comité pour recàeroher les précédents; et Oiailes, indigné

1. Journ. desLorrls, 40^-400 ; des Comra. 30 dcc. Rushw. iv, 460. Chw. i, 860. Treize évêques av&icnt déjà été (18 août) accusés de crimes capitaux et de méfidts, à raison des canons rédigés dans la dernière Qonvocation (Journ. èm Lords, 9dQ) ; mais comaM» ils Amnait admis à caution, ils conservèrent leurs siéprcs. Ceux qui furent accusés pour la protestation étaient les prélats d'York, de Durham. de Nonvich, de Gloucester, de JUctiÛeld, de Saiat-Ajsapii, de Buth et WèUi, ^Qjtiogât de Hereford, d'fi^, de Peterborough et de Uandaff. En les emprifloniiMity le parti patriote priva ae» adreouures de do|ize TOix. '

S. OlarendoDy i, 418.

8. Par le deniicr traité avec les Ecossais , Charles avait stipulé qu'on ferait passer au parlement une amnistie ■» ensevelissant dans l'oubli tous les actes d'tiostilité entre le roi et ses sujets, qui pourraicut résulter de Traitrée de l'ar- Wéd écossaise en An;^leterre, où toute tentative, assistance, conseil où arii y « ayant rapport.» (Rushwortli, iv, 370. Ai)rès la ratitication de ce traité , quoi-

20e l'amnistie n'eut point nasse, je ne vois pas compieut le roi pouvait eu omMor aeemer lea aixneiiffcee an aujet de leva intriguée anlérieafiea avec l«e Eeoaaaia.

44' HISTOIRË D'ANGLETËKRE.

de ce délai, envoya un sergent d^armes aui oommanes demander qu^on lui liyrât les cinq membres. Elles firent réponse que

c'était une chose qui exigeait une sérieuse délibération, mais que les individus accusés seraient prêts à paraître pour répondre à. toute cliarpre légale ^

Lo loïKlrtnnin [^ janv.], le roi Ini-mènio, nrrompagné de ses gardes et d'un grand nombre d'ofliciers portant l epée, se rendit à la chambre des communes. Son dessein était d'arrêter les membres accusés; mais son secret avait été trahi, et les objets de sa perquisition avaient d^à quitté la chambre. Lo'roi, après avoir posté sa suite à la porte, entra avec -son neveu Charles à côté de lui. Ayant pris la pré^dence, il regarda autour de lui, et, ho voyant pas ceux qu'il cherchait, il demanda k l'orateur s'ils étaient présents 2. Leiithal, tombant à genoux, répondit qu'il était simplonient Forfrane delà chambre, et qu'il n'avait d'oreilles pour ontendro et de lanj^nie pour parler que selon qu'elle en or? diniiiait. Le roi, s'asseyanl, dit que dans le? cas de trahison il n'y avait pas de privilège; que son intention n'était pas d'user de violence, mais de procéder contre les accusés dans les formes voulues par la loi; que si les oiseaux ne s'étaient pas envolés, il les aurait pris lui-même*: que, dans l'état des choses, il comptait sur la loyauté de la chambre pour les lui envoyer, ou qu'il aarait recours k d'autres expédients. On Téoenta en sflence» et il se retira au milfta des murmures distincts de « privilège, privi- » lége^ » ' •

Cette tentative imprudente et avortée acheva de dégrader l'inlortuné moqarque. Klle fut é^çalement condamnée par ses amis et par ses ennemis ; et elle fournit à ces derniers les môyens d'exci*

1. Journ. des T.ords, 500-503; des Conim. 3janv. Rushw. iv, 47^477. Cla- I endon attribue celte mesare hardie, mais malheureuse, à l'avis de lord Digbj, oui, en soutenant les érèques et Strafford , était derena si odieux à U chambfe des communes» qu'il a?ait été appelé à cette des lords. C2af . Pop, m. Smpp. lv.

Hist. 3.j1>.

2. € Sou dessein fut trahi par cette intrij^ante comtesse de Carlisle, qui avait îilors chani-'e de ^^'^lallt et passe de StrulTord à Pym, et était devenue une telle sainle , qu'elle fréquentait leurs sermons et prenait des notes. » Warwick , SOi. Miiis l'ambassadeur français en réclame le mérite pour lui-même : cJ'aTais prévenu mes (imi^, et ils s'eioient mis en sûreté.» Maziire, m, I29.|

8. Journ. des Comm. 4 jan^. Kushw. iv, 477. Whitelock, 5S^, ôâ. Chacun des cinq membres fit un petit dlMonrt à sa fustifleation ; nuds ils paraissent aTOir

, élaaé l'imputaiiond'.ivoir appelé un ennemi étranger dans le royaume, en supposant qu'elle faisait allusion au vote par lequel les communes requéraient l'aide des Kcossais pour vaincre la rébellion irlandaise. Les discours sont dans Somer' 8 Tracts^ iv, 330-^10, où, i>ar erreur, celui qui appartient àHoUes est at* tribué à Kimbolton, qui était membre de la chambre haute*

ÇIUPiXft£ i>li£ill£H. 45

1er les pamims de leurs âdhéteoU, et de les amener k un état TeisÎD de la frénésie. Les eoRinraiies s^ajoumèrentpour une semaine ; mais, pendant cet intervalle, un comité permanent siégea dans la ville pour se concerter avec leurs partisans, et pour préparer un nouveau Irioniplie sur l autorité déchue du souverain. Au jour marqué [11 janv.], les cinq membres accusés se rendirent par eau à la chambre. Ils étaient escortés de deux mille mariniers armés, dans des bateaux, et par des détachements de milices avec hait pièces de canon des deux côtés de la rivière; et ils Cur^t reçus au. débarquement par quatre mille caTaliers du Budringharnshire, qui étaient venus afflrmw rinnocenoe de Hampden, leur représentant, et demander justice de Toutrage fait h son caractère. L*air retentissait de cris de joie et de fanfares militaires, et, quand le cortège passa près de Whitehall, la populace se livra aux vociférations les plus indécentes contre le monarque mal conseillé. Mais Charles n'y était plus ; se méfiant des mtcnlions de ses adversaires, et connaissant leur pouvoir, il s'était enfui la veille au soir à Hampton-Court avec sa famille ^

Il devenait évident que tout espoir de réconciliation était perdu. Les deux parfis résolurent de recourir à Fépée; et s'ils héttikent k se dédarer ouvertementi ce fut pour faire des préparatifs, et trouver Toceasion de Jeter Pun sur l'autre le blâme des hostilités. P^ant ce temps-lè , leurs plus secrets conseils étaient réciproquement trahis. Le roi avait beaucoup de serviteurs dévoués dans la cliainbre des communes. Lord Falkland et sir John Colepepper, qui avaient accepté des situations officielles, le dernier, celle de chancelier de l'échiquier a vie, lui donnaient tous les renseignements qu'ils pouvaient, et Hydc, tout eu dissimulant avec soin à ses collègues son attachement au roi, se rendait la nuit auprès de lui, l informait de ce qui se passait dans les divers comités , et lui fournissait des réponses aux messages et déclarations de ropposition, même avant qulls fussent r^uUèrement soumis k la sanction de la chambré^.

B^un autre côté, les patriotes avaient des espions et des affidés à la cour, au conseil et même dans le cabinet du roi. Ses plus

1. "Rushw. IV, 480-484 Nalson, ii, 8-23, 8'2'J. Whitel. 54. Clar. i, -m.

5 Vie de Clarendon, 46, 58. I.es papiers de Hyde étaient transmis au roi par des gentlemen qui olTraicnt leurs services, et qui, lorsqu'il était à York, faisaient qoelqaef ois le trâiet, et rapportaient la réponse dans le ooort espace de trentequatre heures. Pour prévenir toute possibibilité de découverte, le roi copiait de sa propre main tous les papim envoyés par Hyde p et brûlait les originaux , lUd. b5, 59.

4ti mSTOIRE D'ANGLETERRE.

66erj8U desseins étaieni immédiateaieut eouBUS et devancés. C'est ainsi qu'à sa grande surprisa on environna la Tour d'ime garde pour la mettra è l'abri d'une surprise. Goring, gouverneur de Portsn(U)utt, reçut des instructions qui lui décidaient d'obéir à tout ordre qui ne lui parvientoît pas par les deux chambres ; le comte de Newcastle, envoyé par Charles en mission secrète à lliill, fut sommé de remplir son devoir de pair, et sir John ïlailiam, avec son fils, sn hâta de s asèurcr de cotte place importante pour h parlement; et lorsqu'on sut que les gentilshommes qui avaient escorté le roi à Hampton-Court comme volontaires, sous la commandement du colonel Lunsford, avaient reçu de lui un message le lendemain matin par le lord IHgby, l'ordre fut donné au«shm£E9 [14 janv.] de disperser tous les ranemblements d'hommes armés dans leurs comtés respectifs; on nomma un eomité de salut public, et Digby et Lun^d furent accusés de haute trahison ' . ^

Sentant que, par son entrée irrégulière dans la chambre des communes, il avait donné Tavanlage à ses adversaires, (>harles essaya de revenir sur ses pas en s excusant de sa conduite , en promettant de procéder contre les cinq membres dans les formes f^Ottlues par la loi, en abandoanant imii à fait les poursuites, et en leur {«oposant d'aeeepter un pardon générai [13 janv.]. Mais ees eeneessiofis ne fiient qu'aeerottre leur obatinatioa. Ils rejettent toutes ses offraSi et eiigèrent que, eu eipiation d'usé aussi flagrante violation de privilège, il fit eonaaltre les nomi 4e * ses conseillers. 11 dédaigna de répondre'^.

Pour éprouver néanmoins la sincérité de leurs déclarations, il les requit [20 jaiiv.J de lui mettre sous les yeux un tableau sommaire de toutes les mesures qu'ils réclamaient relativement h son autorité et à son revenu, à leurs privilèges, aux droits du peuple et la réforme de TEglise, leur promettant que sa réponse prouverait quUl était un des monarques les plus faciles et les plus bienveillants. Il eût été tmpolitique de refuser diiecteraent une tdle proposition. Mais ils saisirent cette œoasion d'effsetuer ee qu'ils désiiîdent depuis longtemps, et oe qu'ils avaient demandé précédemment comme «base de confiance, » que le gouvernement des forts et le commandement de Tarmée et de la marine fussent couiiés à des ofliciers nommés par les deuiL chambres du

1. Hiisbiind,90S.VViaielock, U-CiaimAon, 1,384.388,418. Sa y ie, 97. |7lmr. Pap, ni. À^, Ut. Btisbw. 495, 496, £65. Ksjson^ 1}^ 84», 868.

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