I. Quant à FEcosse, la première question soumise à la eonn
dération du roi fut si elle devait rester dans son état présent de province incorporée ou recouvrer son ancienne dignité de royaume indépendant. Les conseillers anglais rappelaient h Charles que les Ecossais avaient été les premiers auteurs des malheurs arrivés à sa famille : c'était maintenant un peuple conquis et abattu; mais il devait se garder de les remettre en position de déployer leur opiniâtreté accoutumée, et de renouv^er leurs engagemrats déiojaux. Mais le roi nourrissait des sentiments plus l^myeillants pour la terre de ses pères, et il acquiesça yolontiers à k prière des lords écossais que la loyauté ou Tintérêt avait attirés à sa cour. Les membres survivants du comité des états, qn^il avait nommés avant sa désastreuse expédition en Angleterre, en 1651, reçurent Tordre de reprendre le gouvernement de TEcosse; et lord Middleton fut nommé lord commissaire, le comte de Glencairn lord chancelier, le comte de Lauderdale secrétaire d'état, le comte de Rothes président du conseil, et le comte de Crawford lord trésorier. Les deux premiers avai^t donné plusieurs preuves de leur fldélfté sur le champ de bataille; les trois autres avaient subi un long emprisonnement pour avoir servi sons le duc de Hamilton : des cinq, Middleton était celui qui possédait le plus la conliance du cabinet anglais, quoique Lauderdale, par la souplesse de son caractère et sa présence constante auprès de Charles, eut conquis rafîection personnelle du monarque. Peu de temps après, un parlement fut convoqué à Edimbourg ^.
l.-Pepvs, I, 575. Vovpz la lettre de Charles à Glarendon dans Hanis, v, SS^ State Thalft, vi, 187-108. Ludlow, m, 89.
S. Les actes do ce parlement furent plus tard mis en question, parce q\ie les nembreft afaient négligé de signer le coyenant, condition requise par une loi
CUAP1TH£ DIXIÈMË. 617
Les mesures de punition pour les délits antérieurs avaient été mises en avant pour engager les membres à la prudence; et la chambre se trouva composée [1" janvier 1661] de cavaliers par
principes, ou de prosélytes jaloux de prouver la sincérilé de leur convi^rsion politique, il n'était pas diflicile d'obtenir de pareils honnnes une reconnaissance des droits légitimes du souverain ; mais le commissaire avait en vue un objet plus diflicile à atteindre. Selon lui, Tautorité royale ne pouvait être consolidée que lorsque PEglise, par la restauration^de sa hiérarchie, serait mise dans la dépendance de la couronne*; et, dans ce but, il entrant de relever la prén^ative, de détruire le covenant et les prétentions dont il était la base, et d^humilier Torgueil et de dompter la présomption des membres de T Eglise d'Ecosse. 11 fut déclaré par une série d'actes que le pouvoir de nommer les principaux officiers de Tétat, de convoquer et de dissoudre le parlement, de conunander les forces et de faire des traites avec les potentats étrangers, résidaient uniquement dans le roi; que sans son assentiment aucun acte adopté au parlement ne pouvait avoir force de loi ; que c'était un crime de haute trahison à des sujets tle se soiûever ou de rester en armes sans la sanction de son autorité ; que toutes les assemblées ayant pour prétexte de traiter d^affaires d'état, civiles ou ecclésiastiques, étaient contraires h la loi, si elles étaient tenues sans son consentement spécial ; que ni les ligue et covenant solennels, ni les traités qui en étaient résultés, ne pouvaient autoriser aucune intervention séditieuse dans les Eglises d'Angleterre et d'Irlande; qu'à l'avenir, nul ne souscrirait ou ne ferait souscrire d'autres audit covenant sans l'ordre spécial et l'approbation de Sa Majesté ; et que tout individu occupant un emploi signerait une déclaration de soumission à ces actes, et prêterait un serment d'allégeance par lequel il reconnaîtrait que le roi est a gouverneur suprême sur toutes les per- » sonnes et dans tous les cas. » Les ministres avaient vu ces décrets, qui s'étaient succédé si rapidement, avec inquiétude et crainte : ils ne savaient connuent mettre leur conscience d'accord avec une déclaration qui paraissait faire dépendre la destinée de plusieurs millions d'hommes de la volonté d'un seul ; et ils découvraient dans le serment une reconnaissance implicite de la suprématie spirituelle du roi, au détriment du Christ et de
alors en vigueur, et qui déclarait que sans cela h\ ronstiiulion du parlement était nulle et sans ellut. Kirklon, 88. Llvresse habituelle de Middletou et de ses amis le fit appeler le parlement ivre. Id.
618 BlSTmRB D'ARGLETEaRB.
ri^gliso (l'r>osso. A lours représentations, Middlolon répliqua que le souverain no préleudait à aucune autorité ecclésiastique dans (( la parole, les sacreniQuls, ou la discipline ; » niais quand ils demaocLèreot que Tépithète explicative jcc civil, » fut insérée avant « goayerneur« 9 il rejeta avec d 'dain leur pétition K,
Enhardi par son succès, le commissaire se hasarda à reconh mander une mesura sans précédents dans les annales d^Eoosse. Quoiqu'on eût fait beaucoup pour lui préparer les yoles, les légistes apercevaient encore une multitude d'obstacles légaux à racconiplissenient do son projet; et pour épargner le temps et les discussions, il résolut par un seul acte général et décisif, d'annuler tout ce qu'avaient fait les parlements écossais dans les vingt dernières années. Le lord trésorier et le jeuno duc de Haniilton ^ objectèrent que Tun de ces parlements avait été honoré de la présence e( de la sanction de Charles I*% et un autre de ceUe de soa fils ; et que les rescinder, ce serait révoquer l'acte d'indemnité et Tapprobation de « l'engagement, » Hais Middieton répondit que dans chacune de ces occasions, le roi, quoique physiquement libre, avait été en état de contrainte morale ; et que les actes allégués, tout louables qu'ils étaient dans leur objet, étaient fondés sur des motifs si faux et si hypocrites ({u'ils étaient une honte pour la législation nationale. Ses raisonnements ou son autorité imposèrent silence à ses adversaires; Tacte de rescision passa [28 mars] ; et d'un seul coup tous les ai^uis légaux de TEglise écossaise furent renversés. Les ministres jetèrent autoor d'eux des regards étonnés. Ils se réunirent dans plusieurs comtés pour se consulter et foire des remontrances; mais partout leurs synodes furent dispersés ou suspendus par l'autorité du gouvernement ^.
Un autre objet des commissaires, subsidiairenient au premier, était d'intimider par des exemples de châtiment. En Angleterre, le saug des régicides avait satisfait à ce que demandait la justice ; pour expier le crime de l'Ecosse, on choisit une victime plus illustre, le marquis d'Argyle. Nul n'était plus coupable aux yeux des caraliers ; ils demandaient vengeance du traître à son sou-
1. Actes écossais, p. 10, 12, 13, 10, 18, Kirlcton, 90. Wudrow, 21-21, -K», App. Tiii. Baillie. ii, 44<), 450. Bomet, i, Iî)7-i99, Oxford, IS^a; et narratiou dfl lUcUlMo^ dans Miteel. Aul. 179.
3. Un fils du marquis de Douglas, qui obtint le titrepar suite de son mariaee avec rhéritière du feu dnc de HamUtony ainsi qae 90,000 Ut. sur les doaaiiM oe Leith. BailUe, ii, 44S.
3. Actes écossais, p. 80. Wodrow, 97; 31-34. Burnet, IdO. Mise* Aul. 189*
GUAPlTAfi DIXIÈME. 619
verain et du meurtrier de Montrose; et Us le repréflentafetit k
Charles romnio le plus rusé et le plus égoïste des démagogues ; comiîK^ un hoinino qui, dans tous les changements, soit qu'il dirigt'tU les conseils des rebelles écossais, soit qu'il plaçât la couronne sur la tète de riiéritier légitime h Scone, ou qu'il siégeât comme membre des communes au parlement de Fusurpateur Richard, ayait toujours trouvé moyen de cacher sous le masque du patriotisme, son seul objet réel, ragrandissement de sa ftuniUe. Dès quHl arriya à Londres pour faire sa cour au monarque restaoré, il fat arrSté et conduit & la Tour [7 juillet 1660] ; sa de^ mande d'une entrevue personnelle fut refusée par Tinfluence de ceux qui connaissaient ses manières insinuantes et le caractère facile du roi ; et Charles, pour éviter la tûchc pénible de prononcer sur son sort, le renvoya en Kcosse pour être juge par ses compatriotes, ou plutôt par ses ennemis, dans le parlementé Argyle n'avait aucune raison d'attendre d'eux soit justice, soit miséricorde. 11 chercha d^abord à gagûer du temps, en sollicitant une commission pour interroger les témoins [12 février 1661] ; puis renonçant à se défendre, il s^en remit h la clémence du souverain [5 mars] ; et quand sa soumission fut rejetée par le parlement comme n'étant pas satisfactoire, il réclama le bénélice do l'amnislie accordée jadis h Stirling rilj. Kn dépit des remontrances de Mi(bllpton, Charles déclara qu'il y avait pleinement droit; et ainsi raccusation contre lui se borna aux délits allégués avoir été commis depuis 1651, qui étaient qu'il avait plusieurs fois employé un langage diffamatoire et traître en parlant de la fiunille royale; quHl avait obtenu d'Oliver Gromwell un don de douze mille livres; quHl avait prêté assistance aux envahisseurs anglais contre la ISïmié de son pays ; et qu'il avait siégé et voté dans le parlement de Richard Cromwell, oh Von avait adopté un bill pour abolir le droit des Stuart aux couronnes des trois royaumes. On répondit que, des paroles attribuées h l'accusé, les unes n'avaient jamais été prof<'i ées par lui, et les autres elaienl susceptibles d'un sens très-innoc(Mit ; que l'argent avait été reçu do Cromwelii non pour prix de services rendus à rusurpateur, mais
1. Waiiston et Swinton étaient presque aoiii odSenz Mtx eavaliers qu* Argyle.
Le promicr échîippa aux peniuisitions <Io si s r niiemis ; le second fut découvert et arrêté. Mais le zélé et opiniâtre coveauutaxre ae traoslorma en un duux et Immble quaker, et par la franchise de aes aTeux aavTa sa vie, mais non pas se8l>ie&s. lîiea beaux-esprits, toutefois, prétendirent que s'il n'avait péstreiuMc il ne <!e serait jamais fait trembleu» (quaker). BaiUie» ii, 44ti. Kimoa» 8b, U^. Wodrow, bO.
5?o iiisTomi': D ANGLi:Ti:iiui:.
en coropensalioa de pertes éprouvées par le marquis; et que les lois qui sont en YÎgaeur sous UD gouvernement légitime ne devaient pas s^appliquer strictement à la conduite des sujets pendant one'asurpation temp(ffaire ; parce que, bien que ce fût une trahison de concourir à transférer Tautorité souveraine à un injuste possesseur, il pouvait être méritoire d'employer au bien du pays rautorité ainsi transférée. Or, c'était le cas d'Argyle. 11 avait siégé, il est vrai, dans le parlemi^ul de Richard; mais ce n'était pas pour soutenir l'usurpateur, c'était pour ol)tcnir la diminution des taxes imposées à FEcosse, pour empêcher rincorporation du pays avec TAngleterre, et pour contribuer k la restauration du monarque légitime. Son sort resta quelque temps en suspens : il fut décidé par l'arrivée d'un petit paquet de quatre ou cinq lettres, écrites autrefois par lui, soit à M(hÀ, soit i d'autres officiers de Cromwell ^. Nous n'en savons pas exactement le contenu; mais le résultat prouve qu'elles renfermaient de fortes assurances d'inimitié contre le roi, ou d'attachement pour le protecteur. Elles furent lues dans la chambre ; ses amis, accablés de honte et de désespoir, se retirèrent ; et Farrèt de mort fut prononcé contre rinforiuaé seigneur [25 mai]. Cependant, s'il eût pu en appeler au roi, sa vie eOtt probablement été qtargnée; mais ses juges ne ' lui accordèrent que vingt-quatre heures pour se préparer à la mort, et il les employa à demander à Dieu la miséricorde que les hommes lui refusaient. Dans la ferveur de sa prière, il crut entendre une voix qui disait : « Mon fils, prends courage, tes péchés te sontpardonnés ; » et dans cette persuasion, il monta sur Téchafaud [27] avec une intrépidité qui trompa la malveillance de ses ennemis, et il témoigna pour le covenant un attachement qui, dans l'opinion des partisans de l'Eglise d'Ecosse, Téleva au rang de martyr. Sa tête tomba sur la maiden ^, et fut mise au bout de la môme pointe de fer qui avait porté celle de Montrose, qu'on regardait comme sa victime K
1. On ne sait trop tà em lettres forent réeUement fournies par Monlt ; l'afflr* matiTc est fortement soutenue par l'éditeur des Procès d*état de Howell, x, 764, note. Mais il est très-peu certain, ce me semble, que ce fussent des lettres « d'amitié et de confiance ; » car, bien que Burnet et Cunniugham représentent Monk et Argyle comme TiTant dans des redations d'amitié, les documents qui se troavcnt ci;ins Thurloe montrent qu'ils se méfiaient rnn de l'autre. Thurloe, t, 604; VI, 341, VIT, r,si.