‹ Histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 67 sur 276 · CHAPITRE OUATRIÊME · texte numérisé non relu

CHAPITRE OUATRIÊME

que s'ils persistaient dans leur voie illégale, ils seraient punis « coinnio ennemis do Tétat et porturbateiirs du repos public ^ » Lvs auteurs de celte dcclaraliuu rounaissaioni peu ^•^-prit militaire. Ils clierchaipnt h reiuporter par riutiiuiiiatiuri, et ils m firent que redoubler le mérontentenieut général. Pouvait-ou supporter, se demandaient les soldats, qu'il fûl permis à la ville de Londres et au comté d'Essex de pétitionner cotitre l'armée, et qu'il fût interdil k ceux qui af aient comk>attU , tersé leaf sAdg et taincu pont la cause de leur pays, d^exposer leurs griefii et de Tenger leur réputation? Jusqu^alors rârmée avait été guidée, eu apparence du moins, par le conseil des officiers ; mais à présent, soit que ce fût une invention des officiers eux-mêmes pour rejeter l'odieux sur le corps entier des militaires, soit que Tidée en fûl suggérée par les simples soldats qui eonuneiujaient à douter de l'intégrité de leurs conmiandants , il se forma deux corps délibérants, à limitation des chambres de Westminster : Tun, compoeé des officiers qui avaient des commissions, Tautre de deux représentants de chaque compagnie, qui s'appelèrent adjutateurs ou assistants, noms que leurs ennemi eurent Tadresse de changer en ceux d^agitateurs ou perturbateurs*. Guidée par leurs ré- Miltitions I Tarmée entière parut animée d^une seule et même âme ! c^est h peine si Ton put décider tin homme h déserter la cause commune en acceptant du servicé en Irlande. Chaque corps adjoignit des surnuméraires a son complément primitif et Ton tint un langage, on suggéra des projets fort alarmants pour le parti presbytérien. Conliante néanmoins dans sa propre puissance, la majorité de la chambre décida [27 avril] que les divers régiments seraient licenciés au reçu d'une faible portion de leur arriéré. Ce vote avait h peine pa^, qu'une députatiod des agitateurs présenta aux communes une apologie de la remon-

1. Jùum. n, se, 98, S9, 89, 90, 119-^116. t/oniti. v, ii, S5, 96, 97, 99 mars.

9. Hobb08« Beh^iDotti, 687. fierltéltfy, 359. Ce était pas toutefois la premièn

apparition des agitateurs. «La prcriiière fois,> dit Fairfnv, '■qnej»» les remai^ quai, ce fut à Nottin ham (tin de février), lors du russemblcmeut des soldat» pour rédiger une pétiUon au pairleitiettt, aa sujet dé leur arriéré. Là choie aemblait juste ; mta» n^aimant pas le moyen, j'en parlai à quel lur^ ffu ier»,

3ui y avaient la principale main, et je la fis supprimer alors > Courts Mémoires e Thomas lord Fairfax, écrits par iui-uième. iiomerê Tract», t, 899. Maae»

8. Plusieurs corps de troupes dans les comtés éloigne>^ a\ aient été licenciés ; mais Tarn ée de Fairfax, en »nrôl.tnt des volontaires des deux partis, royallataa aussi bien que parlemenlaires, s'eiiùt gradueUemeut accrue de piu^iieurs ninieit dlionmes, et les frais à» son entrencB vrwimi donUé. Tojei /ouf^ natut^ n, 569-683.

m HISTOIRE D ANGLETKRRE.

tranro. Ils soutenaient qu^en devenant soldats ils n'avaient pas perdu leurs droits de sujets, qu^en payant de leur sang la liberté des autres, ils n^avaientpas renoncé èi laleur, que ce qui avait été accordé aux adversaires de la chose publique et aux officiers des armées d^Essex et de Waller, ne pouvait équitablement leur être refusé, et que, comme sans la liberté de pétition les griefs sont sans remède, il devait leur être permis de pétitionner maintenant sur ce qui les concernait comme soldats, aussi bien que plus tard sur ce qui les coricfriunt comme citoyens. En même temps, les agitateurs adressèrent à 1 airfax et aux autres officiers généraux une lettre , où ils exposaient leurs sujets de plaintes, exprimaient leur résolution d'obtenir réparation, et représentaient Texpédition d'Irlande comme un pur prétexte pour sépa^ rer les soldats des officiers auxquels ils étaient attachés, « comme un manteau pour l'ambition d'hommes qui, ayant dernièrement goûté de la souveraineté, et ayant été âevés au-dessus de leur sphère ordinaire de serviteurs, cherchaient \ devenir maîtres et à dégénérer en tyrans. » Le ton de ces écrits excita Talarme, et Cioniwell, Skippon, Ireton et Fleetwood eurent ordre [30 avril] de se rendre h leurs ré^nmeiils, et de leur assurer que les ordonnances d'indemnité seraient rendues, qu'on examinerait Tarriéré | et qu un payement considérable leur serait fait avant de les renvoyer du service. Quand ses officiers annoncèrent [8 mai], selon les termes de Tordre parlementaire, qu'ils étaient venus pour apaiser « les désordres de Tarmée, i> les conseils répliquèrent qu'ils ne connaissaient pas de désordres, mais beaucoup d'abus dont ils demi^ndaient le redressement immédiat i« i

Whitelock, avec ses amis, s'éleva vivement contre des mesures qu'il prévoyait devoir finir par une défaite ; mais ses efTorts furent ^ déjoués par Tinflexibilité ou la violence de llolles, de Slapleton et de Glyn, chef du parti dominant, qui, tout en consentant h rendre rordonnance d'indemnité [21 mai], et à décréter des fonds pour le payement de l'arriéré de huit semaines [25], firent donner au général Tordre de rassembler les divers régiments dans leurs j quartiers, et de les licencier sans délai [29]. Au lieu d'obéir, il con- ! voqna le consolides officiers, qui décida, en réponse h une pétition des agitateurs, que l'argent offert par les chambres n'était qu'une faible portion de ce qu'ils réclamaient; qu'aucune sûreté ré^e

1. Journ., ix^ 164. Comm. 37, 30 avr. Whitelock , 245, 840. Rushworth, Vî, 447, 461, 457, 469, 480, 485. '

GHAPrraB quatuême. i e»

n'éUiit donnée ponr rosle, que le vote par lequel ils avaieni vié déclares ennemis de Tetat, n'avait pas été révoque^ et que, puisqu'ils ne pouvaient obtenir ni réparaHon pour leur caractère ni sûreté pour leurs personnes» il était nécessaire que toute Tarmée se réunit pour se consulter en commun. On expédia aussitôt rordre aux divers régiments de se trouver le cinquième jour à Triploe-Heath. On s'empara du parc d'artillope d^Oxford, et on saisit pour Tusage de Tarmée 4,0(M) livres destinées à la paye de la garnison de cette ville [l''^ juin]. Ces mesures ouvrirent les yeux h leurs adversaires ; ils rayèrent sur les procès-verbaux les déclarations oflfensives [5 juin], ils présentèrent une ordonnance plus complète d'indemnité, et ils avaient proposé plusieurs votes de nature à répondre aux objections des officiers, lorsque leur alarme fut portée au comble par l'arrivée imprévue de Jiouvelles de Holmby *.

Peu après la nomination des agitateurs [21 avril], un officier remit au roi une pétition de Tarmée, demandant quVi se laissât conduire aux quartiers du général qui le rendrait )i ses honneur, couronne et dignité. Charles répondit qu'il espérait les récompenser un jour de la loyauté de leurs intentions, mais qu^il ne pouvait donner son consentement h une mesure qui devait, selon toutes probabilités, replonger la nation dans les horreurs d une guerre civile^. Il crut que cette réponse avait décidé Tarmée à renoncer h ce dessein; mais six semaines après, le mercredi, '2 juin, tandis qu'il jouait h la boule h Althorp, Joyce, cornette dans les gardes du corps du général, fut aperçu parmi les spectateurs, et à une lieure avancée de la soirée du môme jour, les commissaires de service apprirent qu'un parti nombreux de cavalerie s'était rassemblé à HarlestonrHeath, à deux milles de Holmby. Leur objet ne pouvait être douteux ; on sut bientôt que les gardes ne feraient pas de résistance, et le colonel Greaves, leur commandant, crut h propos de se retirer en lieu de sûreté. Vers deux heures du matin [3 avril], les étrangers parurent devant les portes et furent admis à Tinstant. Aux questions des commissaires, qui demandaient quel était leur commandant et quel était leur but, Joyce répliqua qu'ils étaient tous commandants et qu'ils étaient venus arrêter le colonel Greaves et s'assurer de la personne du roi, afin qu'il ne pût être enlevé par leurs ennemis*

1. Whitel. 248, 250. HoUes, 9d. Journ. 307, 22G-22b. Comm. 14, 21, 95, S8 mmi. 1 , 4, 5 juin. Rtuhw. ti, 489, 493, 4d7-500, 605.

S. Clar. Pap. ii, 365.

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tJn pistolet à la main, il demanda alors à être admis auprès de Charles ; mais les valets de chambre s'y opposèrent, et après une violente altercAtion, on le décida k se retirer. Pendant la journée, les gardes parlementaires flirent remplacées par les étrangers; vers dix heures du soir, Joyce demanda de nouveau à être admis dans la chambre à coucher du roi, et l'informa que ses camarades craignaient une attaque, et désiraient de le conduire en lieu [ihis sfir. Charles y donnn son assentiment, à condition que ce qui s'était passé entre eux en particulier serait répété en public, et à six heures le lendemain nuitin [4 avrilj il se plaça sur les marches de la porte, taudis que les cavaliers se rangeaient en bataille devant lui, loyce se tenant un peu en avant de la ligne. Puis commença le dialogue suivant :

Le roi. m. Joyce, je désire de savoir quelle autorité vous avez pour vous charger de ma personne et m*emmener d'ici.

JoTGB. Je suis envoyé par Tautorité de Tarmée, pour prévenir le dessein de ses ennemis, qui cherchent à plonger une seconde fois le royaume dans le sang.

Le roi. Ce n'est ]M)int l;i une autorité légitime. Je n'en connais pas d'autre en Angleterre que la mienne, et après la mienne celle du parlement. Avez-vous une commission par écrit de sir Thomas Fairfax ?

.toYCE. J'ai Tautorisation de Farmée, et le générai est compris dans Tarmée.

Le roi. Ce n'est pas Ik une réponse. Le général est le chef de l^armée. Avez-voUs une commisdon par écrit?

JorcE. Je supplie Votre Majesté de ne plus me fidre de questions. Voici ma commission; et il montra les cavaliers qui étaient

derrière lui.

Le roi avec un sourire. Je n'ai jamais lu jusqu'ici de pareille commission; mais elle est écrite en carartères assez beaux et lisibles. Je n'ai pas vu de longtemps une (•om[)agnio de gens d'aussi bonne mine et aussi bien tournés. Mais pour m'enmiener d'ici, il vous faudra User de violence, h moins que vous ne me donniez satisfactloU sUr les demandes justes et raisonUables que je fids; qtt^on me traitera avec honneur et respect, et que je ne serai contraint k rien qui soit contre ma conscience ou mon honneur, quoique j esp6re avoir assez de résolutioU pour qu'aucune force se puisse m'obliger k commettre une bassesse. Voos êtes maîtres de mon corps, mon ame est au-dessus de votre alteinte.

Les cavaliers témoignèrent leur assentiment par acclamation,

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et Joyce reprit qu'il n'était pas dans leurs principes de forcer la conscience de personne, encore moins celle de leur souyerain, Charles alors demanda )i avoir auprès de lui ses ])ropres servi* teurs, et quand on le lui eut accordé , il s'informa du lieu oil

Fon se proposait de le conduire. Les uns nommèrent Oxford, d'autres Cambridge; niais, h sa roqut^te, Nowmarkot fut préféré. Pès qu'il so fut retiré, les coiumissaires protestèrent l oiitre le déplacement de la personne du roi, et sommèrent les cavaliers pi ésonts de se réunir à eux, et de maintenir raulorité du parlement. Mais ceux-ci répondirent unanimement, t Personne, per« » sonne, » et le roi, se confiant à Joyce et i ses compagnoos, alla ce jour-là jusqu'à Uincbinbroôk-house , et de là se rendit à Newmarket^

Le dessein de se saisir de la personne du roi fut ouTertement ATOué par le conseil des agitateurs, quoique Topinion générale Pattribuât à une machination secrète de Cromwell. On Pavait soigneusement caché a l'air fax, qui, s'il ne fui pas dupe de Thypocrisie du lieutenant général et de ses amis, dissimula attentivement SCS sou[»ro!is, el agit comme s'il croyait ses frères d'armes animés des mêmes sentiments que lui, d'un désir réel de satisfaire aux plaintes des militaires, et en même temps de prévenir une rupture' entre eux et le parlement. Mais Cromwell avait en vue un objet très-différent , Thumiliation de ses adversaires politiques; et ses espérances étaient encouragées; non-seulement par Fardeur de Farmée, mais aussi par le vœu général du peuple.

1. Le lendemain du jour oh le roi partit de lîolmby [5 juin],

Tarmée se rassembla h No^vniarket, et contracta un engagement solennel portant que, attendu que plusieurs olTicicrs avaient été appelés h plaider la cause des militaires, ils avaient été forcés de

1. Comparez la relation publiée par l'armée (Kus-hw. vi, 53) avec les lettres envo> ëes par les commissaires à la chambre des lords. Jnurn. 237, 240. 218, 850, -273, et les Mémoireg de Herbert, 96-88. FairfAX vit la roi è ChUdersley, près (lo ('';iniT>ri»lpe. et lui consi'iîl t de retourner à llolmbv. < Le Icndemniîi, !•* me ruDdis auprès de sa majesté, mon devoir étant aussi de l'engager à retourner à Holmby ; malt il avait pris une autre résolution.... Ayant ainsi paasé tout 1<' jour à crUr iiffaire, je revins à nies quartiers; et quand je pris congé du roi, il uie dit : Monsieur, j'ai autant de crédit sur l'armée que vous... J'ai assemble un conseil de guerre pour procéder contre Joyce, à raison de ce grave délit et de cette infraction aux articles de guerre; mais les ofûciers, soit crainte des soldats mécontents, soit plutôt (coranio je le soupçonnai) approbation secrète de ce qui avait été fait, ont rendu tous mes etïorts à cet égard infructueux.» Somers' Traei»,v, 894. Holles assure que le déplacement da roi aTait été concerté ehec Cronnvcll HO mai 'IIollos, %] ; IIuntingdon,quMl aTaltétécopMÎUipiVrOromweU et par Ireton. Journal des Lords, x, 409.

ÎTt HISTOIRE D'ANGLETERRE.

choî^ plusieurs hommes dans chaque compagnie, et ceux-ci, d'en choisir deux ou phis parmi eux pour agir au nom et dans l'intérêt de tous les soldais de leurs régiments respectifs, et qu'a présent ils déclaraient et promettaient unanimement que Farmée ne se dissoudrait pas, et ne servirait pas comme volontaire en Irlande tant qu'il n'aurait pas été fait droit à leurs griefs, et qu'on iraurait pas garanti leur sûreté future, de manière à donner satisfaction a un conseil composé des officiers généraux, de deux officiers nommés à cet eflfet, et de deux simples soldats choisis dans chaque régiments

2. Après cela. Tannée se mit en marche vers la capitale, et, à mesure qu'elle avançait, des adresses des francs-tenanciers des diilerents comtés étaient présentées chaque jour a Fairfax, comme si les forces qu'il commandait constituaient l'autorité suprême de la nation. On s'y plaignait de ce que le retour de la paix n'avait pas ramené le bonheur dont la promesse avait engagé à se soumettre aux privations de la guerre : désappointement qui ne pouvait être attribué qu^h Tobstination avec laquelle certaines personnes tenaientauxéraoluments desplaces^. Dans le parlement, au milieu de la lutte des deuxpartis, on vota quelques mesures faites pour donner satisfaction au public et aux militaires; mais . à celles-ci on en ajouta d^autres qui manifestaient la déterminatîon des chambres de résister aux mandats d'une soldatesque séditieuse. Chaque jour, la contestation prenait un caractère plus mena(^ant. Une série de pétitions, de remontrances et de déclarations sortait des plumes d'Ireton et de Lambert, sous la surveillance de Cromwell; l'armée ajoutait conlinuellemcnl à ses anciennes demandes, et actuellement elle exigeait [1^ juin] que toutes les capitulations accordées pendant la guerre fussent observées; qu'on fixât répoque de la fin du présent parlement; que la chambre des communes fût purgée de tout individu déclaré incapable par les ordonnances précédentes, et, en particulier, que onze de ses membres, y compris Holles, Glyn, Stapleton, Qlotworthey et Waller, principaux chefs du parti presbytérien, et membres du comité de Derby-house, fussent exclus, jusqu'à ce qu'ils eussent été jugés, aux termes de la loi, comme coupables d'avoir cherché à commettre l'armée avec le parlement. Pour donner du poids à ces demandes, Fairfax, qui semble avoir agi

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