CHAPITRE TROISIÈME
Les provinces conquises de Kent, d'Essex, de Susse* et de Surrey formèrent un royaume en sous-ordre, dont le gouvernement fut confié à Athelstan, fils ou frère d'Ethelwulf i.
On a souvent fait l'observation que ce monarque était plus propre à porter le capuchon qu'à tenir le sceptre. Il doit principalement une réputation si défavorable à la plume de Malmsbury, qui le représente comme un prince de talents médiocres, et donne tout l'honneur de son gouvernement à la sagesse de ses ministres, Alstan, évèque de Sherborne, et Swithin, évêque de Winchester. Mais l'exactitude de cette assertion peut être mise en doute. Ethelwulf figure plus dignement dans les pages des annalistes plus anciens ; et si nous pouvons juger de son caractère par sa conduite, nous ne saurions lui refuser le mérite de l'activité et du courage.
L'éducation de ses premières années avait été confiée à Swithin, prévôt de Winchester, qui, pour prix de ses soins, fut nommé par Egbert chapelain du roi. Au sortir des mains de son précepteur, le jeune prince passa à l'étude de l'art militaire, sous les auspices de son père ; et, après la victoire d'Ellendune, il commanda l'armée qui expulsa Baldred, roi de Kent, de ses États, et annexa cette province, avec le Surrey et l'Essex, à l'ancien patrimoine de la maison de Cerdic *. Des qu'il fut sur le trône, il donna à son gouverneur l'évêché vacant de Winchester ; mais il maintint à la tête de son conseil l'évèque expérimenté de Sherborne. Les continuelles et irrégulièrcs invasions des Normands lui firent sentir l'utilité d'établir dans les districts maritimes des officiers qui, à la première alarme, rassembleraient les habitants et s'opposeraient au débarquement ou à la marche de l'ennemi ; et cette disposition , quoiqu'elle diminuât les chances de victoire en divisant les forces du pays, réussit généralement à restreindre au voisinage de la côte les déprédations des envahisseurs. L'île entière était alors entourée de leurs esca-
1. Chron. sax. 73. Nos chroniqueurs sont divisés sur la question de savoir si Athelstan était fils d'Egbert ou d'Ethelwulf. Je suppose qu'Ethelwulf gouverna pendant la vie de son père les provinces conquises, et qu'à la mort de ce monarque il les transmit à AUielstan.
2. Malmsbury \De Ponl. 1. n, f. 137) nous dit qu'Ethelwulf était sous-diacre à la mort de son père, et qu'une dispense qui lui permit de monter sur le trône fut obtenue de Léon III, en raison de ce qu'il était le seul descendant de Cerdic. Mais il y avait déjà plus de vingt ans que Léon était mort : Athelstan , frère ou fils d'Ethelwulf, était en vie , et aurait pu gouverner le Wessex aussi bien que le Kent. Cette version paraît avoir été inconnue à tous les écrivains précédents, et même à Malmsbury quand il écrivait son Histoire des rois {De Reg. 201. Le conte qu'Ethelwulf aurait été évêque de Winchester mérite encore moins de créance. Ces deux erreurs viennent probablement de ce qu'on aura confondu différentes personnes portant les mêmes noms ou des noms qui se ressemblaient. C'est ainsi que , dans l'ancienne Vie de saint Nèot \4cl, S. S. Bened. sac. iv, tom. n, p. 3251 l'évèque de Winchester, son contemporain , et Ethelwald , qui fut évêque un siècle plus tard, sont désignés comme une même personne.
1 1 4 HfSTOïRE D'ANGLETERRE.
(1res. [A. D. 837.] Tandis que l'une occupait l'attention d'EthelwuJf, une seconde, do trente-trois voiles, entra dans le port de Southampton, et bientôt une troisième aborda dans l'île de Portland, On ne nous dit pas quels furent les succès du roi. Wuiphère défit les agresseurs à Southampton ; mais Elhelhelm fut tué à Portland avec beaucoup d'habitants du Dorset. Au printemps suivant, une puissante armée débarqua dans le Lincolnshire. L'ealdorman Herebryht périt avec les siens dans les marais , et les barbares poursuivirent leur victorieuse carrière à travers l'Est-Anglie jusqu'à la Tamise. L'année d'après, trois batailles sanglantes se donnèrent à Rochester, Canterbury et Londres ; et Ethelwulf lui-même fut défait à Charmouth , dans un engagement avec trente-cinq voiles ennemies *.
Soit que les pirates fussent découragés par la résistance opiniâtre qu'ils avaient éprouvée, soit que la France, devenue alors un théâtre de dissensions intestines et d'ambition fraternelle, offrit une perspective plus attrayante, ils paraissent avoir abandonné la Bretagne pendant les dix années suivantes, tandis qu'ils visitèrent et revisitèrent impunément les différentes provinces de la côte de Gaule. Mais en 831 , plusieurs oscadres, comme d'un commun accord, revinrent dans l'île. Une armée avait débarqué, l'automne précédent, dans l'île de Thanet, et avait passé l'hiver à terre : circonstance qui avait rempli les Saxons de consternation ; car elle semblait annoncer un dessein de conquête permanente. Au printemps, une flotte de trois cent cinquante voiles remonta la Tamise : Canterbury et Londres furent saccagées, et Bertulf , roi tributaire de Mercie , à qui la défense de ce district avait été assignée , fut défait*. Les barbares tournèrent à gauche et entrèrent dans le Surrey, où Ethelwulf les attendait à Okeley avec ses West-Saxons. La bataille qui eut lieu fut le sujet d'un poème, dont il a été conservé des fragments par les anciens chroniqueurs . elle fut des plus acharnées et des plus sanglantes. La victoire resta à Ethelwulf, et la perto des Danois fut, dit-on, plus grande qu'elle ne l'avait jamais été en aucun temps et dans aucun pays. Les autres divisions saxonnes obtinrent également des succès. Ceorl , à la tête des habitants du Devon, battit les barbares à Wenburv, et Athelstan, roi de Kent, captura neuf de leurs vaisseaux dans un engagement près de Sandwich. Tant de victoires valurent à cette année le
1. Ckron. »nx. 73, 74. Asscr, Annal. 156. Ce fut vers cette époque qu'eurent lieu , entre les Ecossais et les Pictcs , les guerres qui aboutirent à l'asservissement de ces derniers par Kcnneth , roi des Ecossais , en «42. Fordun , îv, 6, 8.
fi Chron. sot. 74. Asser. 5. 6. Ing. 11.