‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 113 sur 643 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

son retour, vit revenir à lui le flot de la faveur populaire : la majorité de la nation condamna la trahison d'un fils dénaturé; et il s'en serait suivi une guerre civile sans la modération du roi, qui consentit à un partage de ses États. Il résigna à Ethelbald lo royaume de Wessex, et se contenta des provinces qu'Athelstan, mort récemment, avait gouvernées avec le titre de roi. Il ne survécut à ce compromis que deux années, qu'il passa en actes de charité et en exercices de dévotion. Par son testament, qui fut confirmé dans une assemblée générale de thanes , il laissa le royaume de Kent à son second fils Ethelbert, et le royaume de Wessex à Ethelbald , Ethelred et Alfred , ses autres fils , par ordre de primogéniture. Quanta son patrimoine privé, il le divisa entre ses enfants, à la charge d'entretenir un pauvre par chaque dix hides de terre, de payer une rente annuelle de 300 mancuses au pape pour l'usage de ce prélat et pour le service des églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Il mourut en 858 , et fut enterré à Winchester *.

ETHELBALD.

Après la mort d'Ethelwulf , Ethelbald continua d'occuper le trône de Wessex : Ethelbert, en exécution du testament de son père, prit le gouvernement du Kent, de l'Essex, du Sussex et du Surrey. Le nouveau roi avait été le premier à condamner le mariage d'Ethelwulf avec la fille du monarque français; mais il oublia son ancienne inimitié, et épousa la jeune veuve. [A. D. 859.] Cette union incestueuse scandalisa les habitants du Wessex; leur désapprobation s'exprima publiquement et hautement; et le roi , intimidé par les remontrances de Févèque de Winchester, consentit à une séparation *. Judith (qu'on me permette de poursuivre ici son histoire), ne voulant pas rester dans un pays témoin de sa disgrâce, vendit ses terres, qu'elle avait reçues comme douaire de son mari , et retourna à la cour de son père. Charles, qui n'osait pas compter sur la sagesse de sa fille, lui donna pour prison les murs de Senlis, tout en ordonnant de la traiter avec le respect dû à une reine. Mais l'adresse de Judith l'emporta sur la vigilance de ses gardiens. De connivence avec son frère, et à l'aide d'un déguisement, elle s'évada avec Baudouin , grand-forestier de France , et les deux fugitifs furent bientôt à l'abri du ressentiment royal. Le roi obtint de ses évoques l'excommunication de Baudouin , pour avoir enlevé

1. Asscr, 9, 12, 13. Testament. Alfred, ibid. 76. Ethelwulf limita l'héritage aux descendants mâles de ses enfants, en tant du moins que, s'il on échéait une partie à une femme par ordre de naissance, et qu'elle mourût sans laisser de fils, cette partie devrait faire retour au principal héritier du roi. Ibid.

Page 1