CHAPITRE QUATRIÈME
qui, toute sa vie, influèrent sur sa conduite. A l'âge de vingt ans, il se détermina à se marier par des motifs de vertu. La femme qu'il honora de son choix fut Alswithe, fille d'Ethelfrid, ealdorman 9 mercien, et d'Eadburge, princesse de la race de Penda. Mais la joie de la cérémonie nuptiale fut troublée par un malheur inattendu. Au milieu de la fête qu'Alfred donnait aux thanes des deux royaumes, il fut pris subitement d'un mal des plus douloureux. Le siège en était interne ; son origine et sa nature déjouèrent toute la science et toute l'habileté des médecins saxons. L'ignorance du peuple l'attribua à la magie, ou à la malice du diable, ou à une fièvre d'espèce nouvelle et inconnue. Depuis ce moment jusqu'au jour où Asser écrivit son histoire , durant le long espace de vingt-cinq années, le roi fut affligé de cette mystérieuse maladie ; les attaques en étaient presque incessantes, et chaque court intervalle de soulagement était empoisonné par la perspective d'un prompt retour de la douleur. Ce mal continua à la tourmenter jusqu'à sa mort *.
Pendant le règne de ses frères, il avait eu le gouvernement d'un petit district avec le titre de roi. A la mort d'Ethelred, il fut appelé au trône par le vœu unanime des West-Saxons. Avec une modestie réelle ou affectée, il refusa, alléguant son incapacité et le nombre croissant des Danois. On triompha de ses objections ; l'archevêque de Canterbury lui plaça la couronne sur la tète, et, au nom d'Alfred , les espérances des West-Saxons se ranimèrent. Le premier soin du jeune monarque (il n'était que dans sa vingtdeuxième année) fut d'accomplir avec une pompe convenable les funérailles de son frère, et, de cette cérémonie solennelle, il passa aux armes et au champ de bataille. Un autre corps d'aventuriers s'était joint aux envahisseurs stationnés à Reading. Les confédérés pénétrèrent dans le Wiltshire, et de leur camp, situé sur les hauteurs qui dominent les rives du Willy, ils répandaient la dévastation sur la contrée d'alentour. Impatient de se distinguer, le nouveau roi s'avança, à la tète de ses West-Saxons , contre un ennemi plus nombreux. L'impétuosité de l'attaque mit les Normands en désordre; mais ils se rallièrent, recommencèrent le combat, et, plutôt par la supériorité du nombre que par celle de la valeur, ils arrachèrent la victoire des mains de leurs adversaires. La malheureuse issue de cette bataille donna une nouvelle direction à la politique d'Alfred. Il négocia avec les chefs danois et les décida, probablement par l'offre d'un riche présent, à évacuer ses États*.