CHAPITRE QUATRIÈME
flotte sur la Trent, longèrent la côte de Deire , entrèrent dans la Tyne et remontèrent cette rivière jusqu'à l'embouchure de la Tame. Là ils amarrèrent leur (lotte durant l'hiver. Aux première» approches du printemps ils partirent pour leur œuvre de dévastation. Tynemouth fut rasée. L'abbaye de Lindisfarne fut pillée et réduite en cendres, tandis que l'évèque et les moines s'enfuyaient précipitamment avec leurs trésors et le corps de saint Cuthbert sur les plus hautes montagnes de la Northumbrie. A Coldingham, les religieuses, stimulées par l'exemple de leur abbesse, se défigurèrent par des blessures pour échapper aux insultes des barbares. Elles sauvèrent leur chasteté , mais elles périrent dans les flammes qui dévorèrent leur couvent. Partout où Halfdene avait passé, on reconnaissait sa route aux ruines fumantes des villes et des villages et aux restes mutilés des victimes de sa barbarie. Ii employa l'été à ravager les terres des Bretons strathclydes l, des Écossais et des Pietés; en automne, il revint dans la Bernicie, et, la partageant entre ses compagnons, il les exhorta à cultiver par leur travail ce sol qu'ils avaient acquis par leur valeur *.
Tandis qu'Halfdene consolidait ainsi ses conquêtes dans la Northumbrie, Gothrun, avec l'armée du sud, resta toute une année biactif aux environs de Cambridge. [A. D. 876.] Mais une nuit les barbares coururent tout d'un coup vers leur flotte, s'embarquèrent et disparurent. Bientôt on les aperçut qui se dirigeaient vers la côte de Dorset, où ils surprirent le fort château et le monastère de Wareham, situés au confluent de la Frome et du Piddle. De cette position, ils expédiaient dans toutes les directions des partis de pillards qui, à l'arrivée d'Alfred, se retirèrent dans leurs retranchements. Les Saxuns semblent avoir eu je sentiment de leur insuffla sance dans l'art d'assiéger les places. Ils no refusaient jamais d'aller au-devant de l'ennemi en rase campagne ; mais depuis la défaite d'Ethelred devant Reading, la prudence leur avait appris à respecter les fortifications danoises. Alfred essaya de négocier, et Gothrun consentit , pour une somme considérable , à évacuer le Wessex. Instruit, toutefois, par le sort de Burhred, et ne se fiant pas à la sincérité du Danois, le roi demanda un certain nombre d'otages , et il lui fut permis de les choisir parmi les plus nobles des chefs. Puis il requit leurs serments. Ils jurèrent par leurs bracelets, qui étaient consacrés à Odin. Ce serment ne lui suffit point. Ils jurèrent par les reliques des saints chrétiens. Convaincu de les avoir liés par tous les nœuds que sa défiance avait pu imaginer,