‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 127 sur 643 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

luttes contre les Danois, do se livrer à l'impétuosité de ses passions. Les diffamations de Wallingford peuvent être repoussées avec le mépris qu'elles méritent, je veux le croire 1 ; mais nous savons, par de plus anciennes autorités, que son immoralité, et son despotisme provoquèrent les censures de son vertueux parent saint Neot * ; et Asser, son ami et son panégyriste, reconnaît qu'il était hautain envers ses sujets, qu'il négligeait l'administration de la justice, et traitait avec dédain les plaintes de l'indigent et de l'opprimé. C'est à cette imprudence (pour emprunter le terme dont la partialité de l'écrivain a voulu voiler l' inconduite de son protecteur) 5 qu'Alfred attribua lui-même la calamité cruelle et imprévue qui l'accabla la huitième année de son règne. Car la piété de ce temps, au lieu de rapporter les événements à leurs causes politiques, les attribuait immédiatement à la providence de Dieu, et considérait le malheur comme l'instrument dont la justice divine se servait pour punir les forfaits qu'on avait commis.

A la fin de la dernière campagne nous l'avons laissé tranquille possesseur du royaume de Wessex ; au commencement de l'année suivante nous le découvrons seul et fugitif, se cachant dans les marais du Somersetshire. [A. D. 878.] Cette révolution soudaine était due à la politique de Gothrun , le plus artificieux des hommes du Nord. Ce chef, après sa retraite du Wessex, avait fixé sa résidence à Gloucester, et récompensé les services de ses vétérans en leur partageant les terres du voisinage. Mais tandis que cette occupation paisible semblait absorber son attention, son esprit était activement employé à préparer un plan de guerre qui menaçait d'anéantir le dernier des gouvernements saxons existants en Bretagne. Une campagne d'hiver avait été jusque-là chose inconnue dans les annales des dévastations danoises. Après leurs expéditions d'été, les envahisseurs avaient toujours consacré les mois suivants aux fêtes et au repos ; et il est probable que les compagnons de Gothrun n'étaient pas plus au fait que les Saxons du dessein réel de leur chef. Le premier jour de l'année 878 ils reçurent l'ordre inattendu de le rejoindre à cheval dans un lieu désigné, et la nuit du 6 janvier ils étaient en possession de Chippenham , maison de plaisance royale sur la rive gauche de l'A von. Il y a lieu de croire

1 . u In primordiis regni sni vivebat luxui et vitiis subjugatus. — Virgines et caste viverc volentes vel invitas vel voluntarias omni studio subdere festinavit. » Walling. p. r>35.

2. u Pravos redarguens actus jnssit in melius converti. — De tyrannidis improbitate ac de superba regiminis austcritate acriter cum increpavit, n Vita sancll Neuii, in Acl. SS. Ben. strc. tv, t. il. p. 330, 331,

3 Jssor, p. 31, 32.

HISTOIRE n'ANGU/TKRlW:

qu'Alfred s'y trouvait lorsque l'alarme fut donnée; il est certain qu'il ne pouvait être ù une grande distance De Chippcnham, Gothrun dispersa sa cavalerie dans différentes directions sur I<»s comtés voisins. Les Saxons furent surpris par l'ennemi avant d'avoir entendu parler de la guerre ; et le roi se vit entouré de barbares , sans chevaux et presque sans escorte. D'abord il conçut le projet désespéré de se précipiter sur cette multitude d'ennemis ; mais sa témérité fut modérée par les conseils plus prudents de ses amis, et il consentit à se réserver pour une expérience moins dangereuse et qui eût plus de chances de succès. Pour écarter tout soupçon, il renvoya le peu de thaues qui étaient encore auprès de sa personne, et tacha, seul et à pied , de gagner le centre du Somersetshire ; là il trouva une sûre retraite dans une petite île située dans un marais formé par le confluent de la Thone et du Parret, et qui fut désignée par la suite sous le nom d'Ethelingey ou île du Prince .

Quoique l'évasion d'Alfred eût trompé les espérances des Danois, ils poursuivirent le cours de leur succès avec une activité infatigable. Les habitants du Hampshire, du Dorset, du Wilts et du Berkshire, séparés les uns des autres, ignorant le sort de leur prince, et n'ayant préparé aucun système raisonné de défense, se virent forcés de courber la tète sous l'orage. Ceux qui demeuraient près de la côte passèrent avec leurs familles et leurs trésors sur la rive opposée de la Gaule ; les autres cherchèrent à apaiser par leur

1. La plupart des historiens ont été dans l'embarras d'expHquer la retraite subite d'Alfred, et l'extinction temporaire de la puissance des West-Saxons. Je nenumérerai pas leurs différentes hypothèses, attendu que l'explication donnée dnns le texte aplanit, selon moi, d'une manière satisfaisante, toute la difficulté , et s'appuie sur des autorités dont on ne paraît pas avoir tenu compte. « dccct.xxviii. Cette année, au milieu de l'hiver, après la nuit des Rois, l'armée danoise surprit Chip-

Eenham, et parcourut le territoire des West-Saxons, et s'y établit ; et un bon nomre des habitants s'enfuit outre-mer ; et les autres, pour la plupart, se voyant cernés, se soumirent, à l'exception du roi Alfred qui, avec une petite bande, gagna à grand'peinc les bois et l'asile des marais. n \Chron. sax. 84.1 — Us durent leur succès à leur célérité, obequitando (Ethelw. f. 480). « Iter accelerans occidentales Anglicos attentavit invadere. In illis enim partibus didicerat a fugitivis ipsum regem hiemare. Rex autem Alurcdus audiens barbaricam rabiem et sœvitiam continus irruisse. suorumque considerans dispositionem {dispersionem, Ms. Claud. A. 6, p. 157), hue illucque cœpit anim • Jluctuare : tandem discretiore fretus arbitrio, cessit hostibus, ac solus et inermis fugœ est expositus ludibrio. n Vita sancli Neoli, in Act. SS. Ben seec. iv, t. il, p. 333.1 — Cet auteur eite ensuite une des aventures qu'Alfred se plaisait , dit-on , à raconter à ses amis iMalm. De rrg. 23». Pendant sa retraite, il avait été hébergé dans la cabane d'un porcher; et son hôtesse, en l'absence du mari, pria l'étranger de veiller sur les pains qu'elle avait mis à cuire dans l'âtrc. Mais Alfred avait l'esprit trop occupé de ses infortunes pour bien s'acquitter de ce soin. Le pain fut brûlé . et la négligence du roi sévèrement châtiée par la langue de cette femme. Cet incident fut bientôt chanté en vers latins :

Urcre quos cernis panes gyrare miraris ,

Cum nimium gaudes hos manduenre calentes. (Asseb, p- 31.)

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