CHAPITRE QUATRIÈME
soumission la férocité des envahisseurs, et, en livrant une partie de leurs biens, à conserver le reste. Un seul comté, celui de Somerset, resta, dit-on, fidèle à la fortune d'Alfred; et encore, même dans ce comté, Alfred fut obligé de se cacher à Ethelingey, tandis que l'caldorman /Elhelnoth errait avec quelques adhérents dans les bois. Peu à peu le secret de l'asile du roi fut révélé ; les plus lidèles de ses sujets le rejoignirent, et, avec eux, il sortait quelquefois de sa retraite, interceptait les détachements de Danois qui s'étaient écartés, et revenait chargé des dépouilles de l'ennemi le plus souvent , mais parfois aussi de son peuple , tant était grande sa détresse. A mesure qu'il lui arriva des renforts ses excursions devinrent plus fréquentes et plus heureuses, et à Pâques, pour rendre plus aisé l'accès de l'île , il la lit rattacher à la terre par un pont de bois dont un fort défendit l'entrée.
Tandis que l'attention d'Alfred était ainsi fixée sur l'ennemi qui s'était emparé des provinces orientales du royaume, il ne se doutait pas de la tempête qui menaçait d'éclater sur lui à l'ouest : un autre des fils de Raguar, probablement le sanguinaire Ubbo, avec trente-trois voiles, avait récemment ravagé le rivage de Demetie ou Sud-Galles ; et , passant aux côtes septentrionales du Devonshirc, avait débarque ses troupes dans le voisinage d'Apledore. Il semblerait que les deux frères se fussent entendus pour écraser le roi entre leurs années respectives. Alarmé de ce nouveau débarquement, l'caldorman Odun avec plusieurs thanes se réfugia au château de Kynwith. Le château n'avait pas d'autres fortifications qu'un mur sans ciment construit à la manière des Bretons; mais sa position au sommet d'un roc escarpé le rendait imprenable. Le chef danois était trop avisé pour hasarder un assaut, et il dressa tranquillement sa tente au pied d'une montagne, dans la confiance que le manque d'eau forcerait la garnison à se rendre. Mais Odun, puisant du courage dans son désespoir, quitta en silence ses retranchements au point du jour, fondit sur le camp ennemi , tua douze cents Danois avec leurs chefs et repoussa les autres sur leur flotte. La bravoure des Saxons fut récompensée par le pillage du pays de Galles ; et, parmi les trophées de leur victoire, se trouva le reafan, ce mysiérieux étendard du corbeau, tissu, d'un midi à l'autre, par les mains des trois filles de Ragnar. Les Danois avaient l'habitude superstitieuse de regarder l'oiseau en marchant au combat. S'il paraissait battre des ailes, c'était un présage assuré de la victoire ; s'il pendait immobile dans l'air, ils ne s'attendaient qu'à une défaite K