‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 130 sur 643 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

une résistance des plus opiniâtres, mais inutile, s'enfuirent pélcmêle vers leur camp. La poursuite ne fut pas moins meurtrière que l'engagement : les Saxons immolèrent à leur ressentiment tous les fugitifs qui tombèrent entre leurs mains. Immédiatement, par les ordres du roi, on traça des lignes autour du camp des Danois, et l'évasion de ceux qui survivaient fut rendue impossible par la vigilance et le nombre de leurs ennemis. La famine et le désespoir vainquirent l'opiniâtreté de Gothrun, qui, le quatorzième jour, offrit de capituler. Les termes imposés par le vainqueur furent que le roi et les principaux chefs embrasseraient le christianisme , qu'ils évacueraient entièrement ses États, et qu'ils s'obligeraient à l'exécution du traité en prêtant serment et en livrant des otages. Peu de semaines après Gothrun et trente de ses officiers furent baptisés à Aulre près d'Athelney. Il ajouta à son nom celui d'Athelstan , et Alfred fut son parrain. Après la cérémonie les deux princes se rendirent à Wedmore, où, le huitième jour, Gothrun quitta la robe blanche et le bandeau baptismal ; et, le douzième, il dit adieu à son père adoptif, dont la générosité lui était maintenant aussi connue que la valeur. De Chippenham il passa dans la Mercie, fixa son quartier-général à Cirencester, et ordonna à ses soldats de cultiver la terre. Il n'y resta qu'une année, au bout de laquelle il revint dans son ancien royaume d'Est-Anglie ; et quoiqu'un armement danois sous le commandement de Hastings fut entré dans la Tamise et le sollicitât de recommencer la guerre, il resta fidèle à ses engagements. Il existe encore deux traités qu'il fit avec Alfred. Dans le premier il est décidé que les limites des deux royaumes seront la Tamise, la rivière de la Lea depuis sa source, et une ligne tirée de là à Bedford et le long de l'Ousc jusqu'au Watlingstreet, et de là probablement à l'embouchure de cette rivière. La vie des Anglais et celle des Danois sont déclarées de valeur égale, et toutes relations non autorisées entre les deux nations sont défendues. Par le second, les deux rois s'engagent à propager le christianisme et à punir l'apostasie; les lois des Danois sont assimilées à celles des Saxons, et les. amendes à payer pour les délits sont réglées en monnaie saxonne et en monnaie danoise ». Les soldats de Gothrun adoptèrent peu à peu les habitudes de la vie civilisée, et, en acquérant un intérêt dans le sol, ils contribuèrent à le protéger contre les ravages des aventuriers qui survinrent. |'A. D. 880.] La retraite de Gothrun affranchit pour long-temps

1. Leg. mx. 47, 51. Dans l'original , la ligne de démarcation finit au Watlingstreet ; mais comme la province de l'Est-Anglie avait été cédée à Gothrun , Spelman est d'avis qu'elle continuait de là jusqu'à l'embouchure de la rivière. Vila .iCl/r. 36.

le VVessex des horreurs de la guerre, et quinze années dé tranquillité comparative laissèrent à Alfred le loisir de s'occuper du bien-être et de la civilisation de son peuple. L'armée réclama ses premiers soins. Les attaques irrégulières , mais continuelles , des Danois avaient démontré la nécessité d'organiser une force qui fût prête à entrer en campagne à la première alarme et à marcher vers le point de la côte qui serait menacé; mais en même temps la disette causée par la suspension fréquente des travaux de l'agriculture montrait combien il était impolitique de faire lever la population en niasse. Alfred adopta un meilleur plan , qui, tout en permettant d'opposer une force redoutable aux descentes des hommes du Nord , assurait à la culture du sol un nombre suffisant de bras. La défense des villes et cités fut confiée au courage et à la fidélité des habitants, sous la direction du gerefa ou bailli du roi. Quant au reste de la population libre, les hommes étaient divisés en deux classes, tenues à un service régulier à tour de rôle. Elles étaient commandées par le roi ou par Tealdorman du comté, et, au lieu de paye, elles recevaient des magasins nationaux une quantité proportionnée de provisions ».

L'utilité des fortifications avait été suffisamment démontrée par l'exemple des Danois et par le succès de la défense de Kynwith. Sur l'ordre d'Alfred , on leva le plan des côtes et des rivières navigables, et on construisit des châteaux -forts dans les endroits les mieux situés pour empêcher le débarquement d'un ennemi ou arrêter ses progrès. Cependant , dans cette entreprise , dont la nécessité était si évidente, il rencontra de nombreuses difficultés suscitées par les préjugés et l'indolence de son peuple. Dans bien des cas on différa l'exécution des ordres du roi; dans d'autres, les constructions étaient abandonnées dès qu'on avait jeté les fondements. Mais les descentes que faisaient de temps en temps les Danois vinrent en aide à l'autorité royale. Ceux qui avaient perdu leurs propriétés par leur négligence s'empressèrent de réparer leur faute par le travail , et, avant la lin de son règne, Alfred eut la satisfaction de voir plus de cinquante châteaux-forts bâtis d'après ses instructions1.

Il a déjà été question du premier essai que fit le roi pour créer une marine. Son succès l'excita à de nouveaux efforts; et, tant pour s'instruire que pour honorer la profession navale , il accompagna souvent ses escadres dans leurs expéditions. [A. D. 883. J En une de ces occasions, il rencontra quatre voiles danoises. Deux

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