‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 152 sur 643 · CHAPITRE QUATIUKMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATIUKMK

Qu'Edouard ait péri en mer, on n'en peut pas douter ; mais le roi parait plu lût avoir pleuré sa mort comme une calamité que l'avoir regrettée comme un crime. La version de Huntingdon contient tout ce qu'on peut savoir maintenant de ce fait : « Bientôt après il eut le malheur de perdre dans les flots de l'Océan son frère Edwin, jeune homme d'une grande vigueur et d'un bon naturel *.

[A. D. 934.] Le roi des Écossais cherchait avec ardeur à s'affranchir de la dépendance du monarque anglais; et, dans ce but , il fit alliance avec Howel, roi de Galles. Mais la puissance d'Athclstan était irrésistible : à la tète de son armée, il étendit ses ravages jusqu'à Dunfœdor et Westmore , tandis que sa flotte pillait la côte jusqu'à l'extrémité de Caithness. Constantin fut forcé d'implorer la clémence du vainqueur, et de lui livrer son fils en otage comme caution de sa fidélité8.

Trois ans après, la suprématie du roi anglais fut menacée par une confédération plus formidable. En 937, une flotte de six cent quinze voiles jeta l'ancre dans le Humber. Elle obéissait aux ordres d'Anlaff, qui était venu avec une armée d'Irlandais et d'aventuriers du Nord pour reconquérir les États de son père. Son arrivée fut le signal de la guerre pour ses confédérés, les Écossais et les Bretons, qui, sous le commandement de leurs princes respectifs, dirigèrent leur marche vers le même point. Les lieutenants d'Athelstan, ne pouvant repousser le torrent, tâchèrent d'en retarder les progrès. Ils ouvrirent des négociations pour gagner du temps jusqu'à l'arrivée d'Athelstan, qui, non content de ses propres forces, avait acheté l'assistance de plusieurs rois de la mer. En passant par Beverley, il visita l'église, offrit son poignard sur l'autel, et fit vœu, s'il revenait vainqueur, de le racheter à un prix digne d'un roi. Les deux armées furent bientôt à proximité l'une de l'autre ; et alors Anlaff projeta une attaque de nuit, dans l'espoir de surprendre et de tuer son adversaire. Pour découvrir les quartiers d'Athelslan, il adopta, dit-on, un artifice familier aux hommes du

à la mort d'Edwin ; qu'un jour, étant de service auprès du roi , son pied glissa , et que, se retenant de l'autre , il s'écria r u Ainsi le frère aide le frère. » Ces puroles rappelant à Athelstan le sort d'Edwin , il ordonna que le sommelier fût mis a mort. Maint. 29. Cette anecdote paraît avoir été en grande faveur auprès des Anglo- Saxons. Le lecteur en trouvera une autre édition dans l'histoire d'Edouard-lu- Confesseur.

1. Qu'Edouard ait péri en mer, c'est un fait attesté par la Chronique saxonne. \\\V, et par Mailros |l47i. Les paroles de Huntingdon sont : « Nec multo post. adversa perculsus fortuna, fratrem suum Edwinum, magni vigoris juvene.i: et bonai indolis, maris fluctibus flebiliter amisit. » Hunt. 204, 158, 159.

2. Citron, snx. 111. Sim. Dun. 13t. Floren. 603. Ethelwenl . un contemporain , dit a ce sujet : « Colla subdunt Scoti pariterque Picti , uno solîdnntur Hritannidis nrva Ethehv. 182. « Scotiam sihi subjupando pcrdnmnit. -i Sim. T)<\n. '25.

Nord. Le caractère de ménestrel était sacré à cette époque; et A rite ff, la harpe en main, entra intrépidement dans le camp anglais, se mêla aux troupes sans éveiller de soupçons, et fut enfin conduit au pavillon royal. Le roi, qui était à dîner, dit à l'étranger de jouer de la harj>c, et le récompensa de son chant. Toutefois, lo déguisement du prétendu ménestrel ne put tromi>er l'œil d'un soldat qui avait jadis servi sous son étendard, mais qui dédaigna de trahir un ancien chef. Dès qu'Anlaff fut hors de danger, cet homme raconta le fait à Athelstan; et, au reproche de perfidie, répondit avec indignation : « Non, j'ai montré que mon honneur est audessus de la tentation ; et rappelez-vous que, si j'avais été perfide envers lui, j'aurais pu aussi devenir perfide envers vous. » Le roi accepta son excuse, et, sur son avis, alla s'établir dans une partit» plus reculée de la plaine. L'endroit qu'il avait quitté fut ensuite occupé par l'évèque de Sherborne. Dans le silence de la nuit l'alarme fut donnée; Anlaff, avec une trou[)e d'hommes choisis, était au milieu du camp, et une lutte s'engagea sanglante et douteuse. Le matin, lorsqu'il se retira, on découvrit que le prélat avait péri avec tous les siens ».

[A. D. 938.] Deux jours après cet événement fut donnée la bataille de Brunanburgh en Northumbrie, bataille célèbre dans les restes de la poésie saxonne et Scandinave. La multitude des confédérés se composait de cinq nations, de Norvégiens, de Danois, d'Irlandais, d'Écossais et de Bretons ; cent bannières flottaient dans l'armée anglaise, et autour de chacune, s'il en faut croire l'exagération des contemporains, étaient rangés mille guerriers. Le combat dura jusqu'au coucher du soleil. Un roi de la mer à la solde d' Athelstan était opposé aux Irlandais; et, après une lutte obstinée, il les repoussa dans un bois peu éloigné. Turkctul avec les citoyens de Londres, et Singin avec les hommes du Worcestershire, pénétrèrent au milieu des Écossais, tuèrent le fils de leur roi, et forcèrent (Constantin à chercher son salut dans la fuite. Anlaff maintenait encore sa position contre tous les efforts d'Athclstan et de ses West- Saxons; mais les vainqueurs, revenant de la poursuite, tombèrent sur ses derrières et décidèrent le sort du combat. L'homme du Nord échappa au glaive de ses ennemis ; mais il laissa sur le champ de bataille cinq rois de la mer, ses alliés, sept jarls, et plusieurs milliers des siens. « Jamais, » dit le poète indigène, « depuis l'arrivée des Saxons et des Angles, ces artisans de guerre, on ne vit un tel carnage en Angleterre. » Le vainqueur, à son retour du com-

1. Mnlm. Cette histoire n'avait probablement pas d'autre fondement que quelque ancienne ballade.

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