CHAPITRE QUATRIEME. iôà
bat, racheta son poignard à l'église de Beverley en lui octroyant d'amples et importants privilèges *.
Cette victoire éclatante écrasa les ennemis d'Athelstan et affermit son ascendant. Les hommes du Nord le distinguèrent par le titre de Conquérant *. Les princes bretons ne lui disputèrent plus son autorité ; les chefs des Danois de l'Est-Anglie et de la Northumbrie, qui, sous un vasselage nominal, avaient si souvent conservé une indépendance réelle, disparurent entièrement; et toutes ces contrées, originairement conquises et colonisées par les différentes tribus saxonnes , se réunirent sous la môme couronne. A Àthelstan appartient la gloire d'avoir établi ce qu'on a depuis appelé le royaume d'Angleterre. Ses prédécesseurs , jusqu'au règne d'Alfred, avaient eu le titre de rois de Wessex. Ce monarque et son fils Édouard prirent celui de rois des Anglo-Saxons. Athelstan quelquefois se nommait lui-même roi des Anglais ; d'autres fois il prétendait à la dénomination plus pompeuse de roi de toute la Bretagne. Ces deux titres furent pris indislinctement par ses successeurs immédiats ; mais dans l'espace d'un siècle le dernier tomba en désuétude, le premier s'est conservé jusqu'à l'époque actuelle3.
A mesure que la puissance du roi devint prédominante en Bretagne, son influence commença à se faire sentir sur le continent. Il entretenait une correspondance amicale avec plusieurs cours étrangères ; et trois princes destinés à jouer des rôles importants dans les affaires de l'Europe furent élevés sous sa protection. 1° Le premier était Haco, le plus jeune fils de Harold Harfagre, le puissant roi de Norwége. Lorsque ce père envoya son enfant à la cour anglaise, il fit présent au roi d'un vaisseau magnifique dont les voiles étaient de pourpre, l'éperon couvert de plaques d'or, et l'intérieur garni de boucliers dorés. A la mort de Harold, Eric, l'ainé de ses frères, monta sur le trône; mais sa cruauté lui fit bientôt perdre l'affection de ses sujets; et Athelstan envoya son a nourrisson » avec une flotte puissante prendre possession du sceptre. L'entreprise réussit : des missionnaires anglais sous la protection du nouveau roi répandirent les doctrines de l'Évangile, et le règne de Haco-le-Bon est encore célèbre dans les annales de la
1. Chron.sax. 112-114. Egilli Saga, apud Johnstonc, 31 . Ingulf. 37. Mailros, 147. Malm. 27, 28.
2. Snorre, p. 119. \\ appelle aussi Athelstan u le Fidèle. » Tbid.
3. Pour Alfred, voyez Heming. Chnrl. I. 42; Asscr. i, 3; pour Edouard , Gale, îil, p. 362; pour Athelstan, id. p. 3fi4; les monnaies dans OaîvHen, tab. 4, 5; dans IlicVs Uiss. tub. M, et le A/s. de lu Bibliothèque C ottonienne , Tihcrtns, .1.2. « Athelstan ab omnibus imperator totius Britanhiœ est pronuntiattis. » Mor. «03. m Subaetis ubique hostibus, totius Britanhise dominium obtinuit. » Sim. Dun. 18.
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Norwége *. 2° Le second pupille du roi anglais fut Alain de Bretagne. Les donations charitables dEtelwulf, d'Alfred et d'Edouard aux églises de l'Armoriquc avaient fait naître des relations entre les Anglais et les Bretons d'outre-mer, qui, après un intervalle de quatre siècles, déploraient encore leur bannissement du pays de leurs pères1. Quand les Normands, commandés par Roîlon, dépeuplèrent la Bretagne, nombre d'indigènes cherchèrent et obtinrent un asile sous la protection d'Athelstan. Parmi ces fugitifs était Matheudoi, qui avait épousé la fille d'Alain-le-Grand, et qui confia son (ils en bas âge aux soins de son ami. Athelstan tint le jeune prince sur les fonts de baptême, surveilla son éducation, et, lorsqu'il fut en âge , le renvoya dans sa patrie avec les exilés qui vivaient encore et une troupe d'aventuriers anglais. Le jeune Alain se montra digne de son protecteur : il reconquit peu à peu les terres de son aïeul, et, par une longue série d'actions éclatantes, devint souverain de la Bretagne3. 3° Le propre neveu d'Athelstan fut le troisième de ses élèves royaux. Sa sœur Edgive avait épousé Charles-le-Simple, roi de France, dont elle eut un fils, Louis, que son long exil en Angleterre fit surnommer d'Outremer. Trois ans après, son mari fut emprisonné par la trahison d'Herbert, comte de Vermandois; mais la reine s'échappa avec son enfant, et fut affectueusement accueillie par son père Edouard. [A. D. 923.] Lorsqu' Athelstan monta sur le trône, il ne se montra pas indifférent aux intérêts de sa sœur et de son neveu. En 920, les amis de Charles firent une tentative pour obtenir sa liberté, et Louis fut envoyé en France à leur requête ; mais les efforts des royalistes furent promptement réprimés, et le jeune prince revint se mettre sous la protection de son oncle. Après un exil de treize années il recouvra le trône de ses pères. Athelstan avait contracté une alliance avec le duc de Normandie, qui, à la mort de Rodulf, successeur de Charles, se décida à épouser les intérêts de Louis ». Une ambassade française, à la tète de laquelle était l'archevêque de Sens, réclama le légitime descendant de Charlemagne. Elle jura entre les mains d'Athelstan et d'Edgive qu'il serait mis immédiatement en possession de l'autorité royale , et Louis fit voile
pour Boulogne avec un brillant cortège de thanes et de prélats •
1. Malms. 28. Snorrc, 121, 138, 160; Havniœ , 1777. M. Tunier a le mérite d'appeler l'attention des écrivains sur la liaison d'Athelstan et du roi de Norwége, vol. il, 83 91.
2. u In exulatu atque in captivitatc in Francia commoraraur. »» Episl. Radbodi J)nl. epis. Gale, m, 364.