CHAPITRE CINQUIÈME
supérieures, et fut tué. Ethelred, pris au dépourvu et alarmé, consulta son witan; et, sur l'avis de Siric, successeur de Dunstan, il résolut d'acheter à prix d'argent le départ des envahisseurs. Les deux rois de la mer reçurent dix mille livres d'argent, et retournèrent en Danemarck, emportant la tète de Brithnod comme preuve de leur victoire et de leur vengeance 1 .
Cette lâche mesure eut les plus funestes conséquences.. On allégua en sa faveur que c'était le moyen le moins dispendieux d'éloigner les envahisseurs, et qu'elle était sanctionnée par l'exemple des anciens rois, tant en Angleterre qu'en Gaule; mais on aurait dû aussi se souvenir qu'elle avait toujours servi à donner aux Danois une plus haute idée de leur force, et les avait engagés à renouveler fréquemment leurs visites, f A. D. 992.] L'année suivante, le witena-gemot adopta une plus sage politique, et uno flotte nombreuse fut rassemblée à Londres sous les ordres de deux ealdormen et de deux prélats. Mais l'un des premiers était un traître secrètement ligué avec les hommes du Nord. Elfric, qui avait succédé à son père dans le gouvernement de Mercie > en avait été privé par sa faute , et l'avait recouvré par l'influence de ses amis. Revêtu d'un commandement supérieur, il fut chargé de surprendre l'escadre danoise , qui était à l'ancre en pleine sécurité; mais il s'aboucha avec les ennemis dans la soirée, les informa du danger qui les menaçait , et les pressa de fuir immédiatement. Dans 4a poursuite , le vaisseau d'Elfric fut pris. Le traître lui-même eut le bonheur de s'échapper; mais, par les ordres d'Ethelred, on arracha les yeux à son fils Algar; soit que ce jeune homme fût complice de la trahison , soit que la vengeance poussât le roi à punir le crime du père sur son innocent rejeton2.
L'année suivante, les Danois portèrent leurs armes du sud au nord de l'Angleterre. Bamborough fut enlevé d'assaut; les trois chefs nommés pour commander les habitants passèrent aux envahisseurs , et le rivage de chaque côté du Humber fut successivement ravagé par les barbares. Mais, en 994, parurent deux chefs nouveaux et plus puissants : Sweyn, roi de Danemarck, et Ola ve, roi de Norwége. [A. D. 994.] Le premier avait dû le trône au meurtre de son père, avait été deux fois chassé par les armes d'Eric de Suède, et avait deux fois recouvré ses États. Olave était fils de Tryggva, pirate de profession, qui avait, à plusieurs reprises, visité et pillé les côtes d'Irlande, de Bretagne et de Normandie. Des îles Scilly, où un ermite l'avait décidé a embrasser le