‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 183 sur 643 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

dres d'Elfric, qui avait refait sa paix avec le roi ; mais le vieux traître, par une maladie simulée, paralysa les efforts de ses troupes, et Swcyn se livra, sans être inquiété, au pillage et à la vengeance. Pendant quatre ans l'Angleterre présenta le déplorable spectacle d'une noblesse divisée par les factions , la trahison et le meurtre, d'un roi au-dessous des devoirs de sa position , et d'un peuple jouet d'un ennemi exaspéré et vindicatif. Si l'hiver faisait trêve aux horreurs de la guerre , les barbares étaient toujours prêts à recommencer leurs dévastations au printemps ; si une mauvaise récolte les forçait de se retirer pour quelque temps, ils reparaissaient exactement à la moisson suivante. Chaque comté était successivement le théâtre de leurs ravages , et les indigènes qui tombaient dans leurs mains subissaient tous les genres d'outrages, de tortures et de mort. Chaque village, ville et cité étaient invariablement abandonnés aux flammes. Il y eut, sans doute, des cas où le désespoir des habitants infligea un rude châtiment aux envahisseurs ; mais toutes les fois que les armées anglaises se hasardaient à leur tenir tète en rase campagne, elles étaient mises en déroute avec le plus effroyable carnage. A la fin, en 1007, Sweyn, rassasié de vengeance, consentit à la paix pour la somme de trentesix mille livres d'argent.

Les sommes énormes données à plusieurs reprises aux Danois n'avaient jamais acheté qu'une cessation temporaire d'hostilités, et on finit par reconnaître que les richesses de la nation seraient plus utilement employées à pourvoir à sa défense qu'à stimuler la rapacité de ses ennemis *. Il fut décidé dans le witena-gemot qu'on équiperait une flotte formidable, et qu'on armerait les marins au moyen d'une taxe sur tous les propriétaires fonciers du royaume, et dans la proportion d'un vaisseau par trois cent dix hides et d'un casque et d'une cuirasse par huit hides. L'année suivante, l'armement le plus nombreux qui eût jamais paru dans la Manche se réunit à Sandwich. Ethelred , accompagné de ses principaux thanes, vint lui-même à bord, et tous les cœurs battirent de l'espérance de la victoire. Mais cette agréable attente se changea bientôt en méfiance et en désunion. Brihtric, frère d'Edric, nommé depuis peu comte de Mercie, accusa de trahison Wulfnoth, l'infant (child) des Saxons méridionaux. Ce chef, soit conscience de son crime , soit indignation du reproche , se sépara de la flotle avec vingt vaisseaux, et embrassa la profession de roi de la mer. Brihtric, avec quatre-vingts voiles, entreprit de le ramener « mort ou vif; » mais son escadre fut jetée à la côte par une tempête fu-

l. Chron. sax. 133-136.

rieuse, et tous les navires furent brûlés par les gens de Wulfnoth. Ce désastre augmenta la confusion des conseils du roi ; les soupçons les moins fondés furent accueillis; Ethelred revint à terre en toute hâte; et les marins, abandonnés de leurs capitaines, remontèrent la Tamise «. Le départ des Anglais fut le signal de la réapparition de la flotte danoise. [A. D. 1009.] Elle n était plus commandée par Sweyn , qui feignait d'observer ses stipulations récentes; mais il avait secrètement permis à Thurchil de venger la mort de son frère, qui avait péri dans une précédente expédition ». Pendant trois années Thurchil porta l'incendie et la désolation dans différentes parties du royaume. La première, il ravagea les comtés du Sud ; la seconde, il pénétra, par l'Est-Anglie, dans les marais qui avaient jusque-là offert un sûr asile aux indigènes ; la troisième , il assiégea et détruisit l'importante cité de Canterbury. [A. D. 4014.] Le siège durait depuis vingt jours, lorsque le traître ^Elmer mit le feu à un certain nombre de maisons; et, tandis que les habitants étaient occupés à éteindre les flammes , les hommes du Nord forcèrent un des postes et se précipitèrent dans la ville. L'archevêque Elphége, vénérable par son âge et par ses vertus, se jeta au milieu du carnage et supplia les barbares d'épargner les habitants. Il fut saisi, lié et traîné pour être témoin du sort de sa cathédrale, dans laquelle étaient réunis les moines et le clergé, les femmes et les enfants. Une pile de bois avait été dressée contre la muraille : le feu y fut mis avec des cris de triomphe; les flammes atteignirent promptement le toit, et a mesure que le plomb fondu et les charpentes qui tombaient forçaient les fugitifs de quitter leur retraite, ils furent successivement massacrés sous les yeux du primat. Le soir, les Danois comptèrent huit cents captifs; sept mille hommes, outre les femmes et les enfants, avaient péri dans le sac de la cité. La vie d'Elphége fut épargnée pendant plusieurs semaines dans l'espoir qu'on pourrait le décider a payer une rançon de trois mille livres; mais le vieillard refusa de solliciter l'assistance de ses amis ou du clergé , et fut mis à mort le samedi après Pâques, au moment où il s'efforçait d'inspirer à ses vainqueurs du respect pour les doctrines du christianisme. [A. D. 1042.] Enfin Thurchil, après avoir ravagé la plus grande partie de treize comtés, vendit son amitié et ses services à Ethelred pour la somme de quarante-huit mille livres. Plusieurs de ses compagnons acceptèrent des établissements dans l'Ile , et les ma-

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