CHAPITRE CINQUIÈME
rins de quarante-cinq vaisseaux prêtèrent foi et hommage au monarque ».
Le lecteur peut s'arrêter ici pour jeter la vue sur cette contrée déchue et condamnée. Les indigènes ne s'étaient pas soumis à leur sort sans résistance; mais de nombreuses trahisons et des défaites accumulées avaient énervé leur courage , tandis que des vietoires multipliées avaient inspiré aux Danois l'idée qu'ils étaient invincibles. De bonnes autorités nous assurent qu'un homme du Nord était considéré comme valant dix Anglais *. Aussi nous rencontrons peu d'exemples de défenses couronnées de succès, excepté dans les villes fortifiées, qui étaient rarement réduites. Londres, quoique assiégée à plusieurs reprises, continuait de défier toute la puissance des envahisseurs 3. Mais le pays ouvert était entièrement abandonné à leur merci; or, ils détruisaient systématiquement tout ce qu'ils ne pouvaient pas emporter, et réduisaient en cendres tous les monastères, les villages et les villes. En conséquence de ces ravages, les travaux de l'agriculture étaient interrompus ou abandonnés , et en quelques années la disette fut si grande que les Danois eux-mêmes furent obligés de quitter l'île pour chercher des provisions *.
Ces calamités provenaient de la férocité des envahisseurs ; d'autres doivent être attribuées à la turbulence et à l'insubordination des indigènes. Depuis la mort d'Edgar, la justice n'avait été que faiblement administrée ; depuis peu le cours en était totalement suspendu. L'absence de punitions légales et la licence d'un état de guerre avaient laissé sans frein les passions des particuliers ; les crimes les plus atroces se commettaient impunément, et l'on cherchait à s'indemniser de ses pertes par la spoliation de ses voisins. D'une part , les parents étaient vendus comme esclaves par leurs parents, les enfants au berceau par leurs pères et mères; de l'autre, les esclaves se soulevaient souvent, pillaient les propriétés de leurs maîtres, et ensuite passaient à l'ennemi 5. Les thanes de chaque district adoptèrent enfin la politique générale de la nation. Au lieu de s'unira leurs voisins contre l'ennemi commun , ils négocièrent pour leur propre sûreté; et moyennant une somme d'argent, ils renvoyèrent les barbares recommencer les