DANOIS
Souverains danois. — Canute. — Harold. — Hardecanute. — Rétablissement de la ligne saxonne. — Edouard-le-Confesseur. — Harold. — Victoire de Guillaume ( JFt//ù»m)-le-Conquérant.
CANUTE.
[A. D. 4016.] Après la mort d'Edmond, Canute fut élu roi d'une voix unanime par la nation. Les uns, pour justifier leur choix, prétendirent qu'aux termes de la pacification d'Olney la couronne lui appartenait comme survivant; d'autres, qu'Edmond l'avait nommé tuteur et protecteur de ses enfants *. La meilleure raison , c'était la puissance du Danois. Personne n'avait le désir ni la hardiesse de renouveler une lutte sanglante et inutile.
Le premier objet de la politique de Canute fut de s'affermir sur le trône. Les enfants d'Edmond étaient trop jeunes pour être fort à craindre; mais, en avançant en âge, ils pouvaient devenir de dangereux compétiteurs. Quoiqu'un roi de la mer fut rarement détourné de ses desseins par des considérations d'humanité, Canute ne trempa point ses mains dans leur sang, mais les envoya à son frère utérin Olave , roi de Suède. S'il en faut croire des gens qui n'étaient guère à même de le savoir, le messager qui conduisit les enfants avait pour instruction de demander en secret à Olave de accorder Tordre de les assassiner. Mais quelque créance qu'on doive donner à ce bruit, il est certain qu'ils furent transportés de Suède à la cour d'Etienne, roi de Hongrie3. Ce prince, qui fut canonisé pour ses vertus , reçut les orphelins avec tendresse et les éleva comme ses propres enfants. Edmond mourut dans sa jeunesse :
1. Chmn. sax. 150. « Deus Edmundum eduxit e corpore. » Encom. Emma', 20 . u Hoininem exuit. » Walling, 548. « Ambiguum quoeasu extinctus. » Malm. 40.
2. Il fut choisi u sponte « (Encom. Emma, p. 20); « omnium consensus (In g. 58); «ex prtedicta coneprdia? conditione >» I W alling. 549); « quia Edmundus volueratCanutum adjutorem et protectorem esse filiorum ejus, donec regnandi œtatem habuissent. n Flor. 618.
3. Mailros, 155. Flor. 619. Higden , 275. Nos chroniqueurs disent qu'ils furent envoyés à Salomon , roi de Hongrie. Mais Papebroche démontre que ce dut être à Etienne, et non à Salomon, qui ne naquit qu'après l'an 1051 . Acl. Sanct. n, 325.
Edouard épousa Agathe , fille de l'empereur d'Allemagne , et réclamera plus tard l'attention du lecteur.
Indépendamment de ses enfants, Canute eut à se garder des frères d'Edmond. Edwy était en Angleterre, et, pour des raisons que nous ne connaissons pas, on l'appelait le « roi des paysans. » Il fut banni, rappelé et assassiné dans le sein de sa famille. On nous dit que le roi avait tâché de décider le puissant thane Ethelwold à se charger de ce meurtre, et qu'ayant échoué dans cette tentative il corrompit quelques-uns des propres domestiques d'Edwy *.
Edouard et Alfred , frères utérins d'Edmond , étaient en Normandie , et Wallingford nous assure que leur oncle Richard avait équipé une flotte pour appuyer leurs prétentions*. Mais Canute eut la sagesse de désarmer son inimitié en lui demandant en mariage sa sœur, la veuve d'Ethelred. Accepter la main de l'homme dont l'hostilité avait failli détrôner son mari , qui était soupçonné du meurtre de ses beaux-fils , et qui avait dépouillé ses enfants de la couronne, ce fait n'indique pas dans Emma une grande délicatesse; mais sa jeunesse et sa vanité furent flaLlécs de la perspective de la royauté : son frère consentit avec répugnance- à cette proposition., et le mariage fut célébré solennellement au mois de juillet 1017. Il avait été préalablement convenu que les enfants qu'elle aurait de Canute succéderaient au trône d'Angleterre : condition qui, en satisfaisant le Normand, éteignait les espérances de ses neveux anglo-saxons 5.
Canute avait divisé le royaume en quatre gouvernements. Il garda le Wessex pour lui-même, donna l'Esk-Anglie àThurchil, et maintint Eric et Edric dans le Northumberland et dans la Mercie *. Mais Edric reçut bientôt la récompense de son ancienne perfidie. Le roi célébrait à Londres les fêtes de Noël , et Edric eut l'imprudence de se vanter de ses services. Canute, se tournant vers Edric, s'écria : « Eh bien ! qu'il reçoiv e ce' qu'il mérite , afin qu'il ne puisse pas nous trahir comme il a trahi Ethelred et Edmond. » Le Norvvégien l'abattit d'un coup de sa hache d'armes, et le corps fut jeté par une fenêtre dans la Tamise. On a dit cme Canute, quoique bien aise de profiter de la trahison , était impatient de punir le
1. Chron. gax. 161. Flor. 619. Mailros , 156. La Chronique $axonn* fait mention de deux Edwy bannis à la mémo époque; mais il paraît que c'est une seule et même personne, d'après Siméon (176) , Higden (274) , Brompton (-907) , Knyghton (2317).