‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 203 sur 643 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

autorité. Mais ce qui contribua principalement à le maintenir sur le trône, ce fut une sanglante et mystérieuse circonstance dont il est difficile aujourd'hui de découvrir l'origine ou la cause. Une lettre fut apportée à Edouard et à son frère Alfred en Normandie. Elle était censée écrite par leur mère , qui leur reprochait leur apathie, leur dépeignait les progrès de l'ascendant de Harold , et pressait l'un d'eux de passer la mer et de revendiquer son droit à la couronne. [A. D. 1037. J L'historien qui nous a conservé cette lettre la déclare fausse et imaginée par Harold pour faire tomber dans ses mains un des deux princes *. Mais il ne faudrait pas médiocrement de crédulité pour ajouter foi à cette histoire. Pourquoi n'aurait-il invité qu'un seul des deux frères? En se défaisant de tous deux , il se serait mis en sûreté contre les prétendants sur lesquels se dirigeaient principalement les regards des indigènes ; mais l'avantage qu'il pouvait tirer du meurtre de l'un d'eux eût été plus que balancé par l'infamie d'un crime si détestable. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'Alfred, le plus jeune, accepta l'invitation, lova en Normandie un petit corps de troupes, se rendit à la cour de Baudoin , comte de Flandre , et qu'en y ajoutant quelques aventuriers de Boulogne il porta le nombre de ses soldats à six cents. A Sandwich , il trouva une force considérable prête à le recevoir; et, changeant de direction, tourna le Foreland au nord, jusqu'à ce qu'il fût en face de la ville de Canterbury, où il débarqua sans découvrir un ennemi. Peu d'heures après , il fut rejoint par Godwin , qui lui engagea sa foi et se chargea de le conduire auprès d'Emma. Laissant sur la droite Londres, qui appartenait à Harold, ils marchèrent vers Guildford, où le comte logea Alfred et ses hommes divisés en petits corps chez les habitants, les fournit abondamment de provisions, et, ayant promis de venir voir le prince dans la matinée, se retira dans sa résidence. Au milieu de la nuit, les satellites do Harold arrivèrent , surprirent les étrangers au lit et les gardèrent pour en faire une boucherie le lendemain. Ils les firent mettre en ligne , les mains liées derrière le dos, tous les six cents, et chaque dixième homme reçut la liberté; parmi les autres, quelques-uns furent choisis pour être esclaves. La scène qui suivit trouverait à peine sa pareille dans les annales de la férocité américaine. Les victimes qui restaient furent mutilées, eurent les yeux crevés, ou les jarrets coupés, ou la peau du crâne enlevée, ou les entrailles arrachées , selon le caprice ou la barbarie de leurs bourreaux. « Jamais, » dit un des chroniqueurs, « jamais acte plus sanglant ne s'était commis dans le pays depuis l'arrivée des Da-

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