Encom. Emma
nois. Le prince lui-môme fut traîné à Londres devant Harold, et de là dans l'île d'Ely; sous la surveillance d'un thane, dont les menaces et les outrages aggravèrent l'horreur de sa situation. Monté sur un méchant cheval, dépouillé de ses habits et les pieds attachés sous la selle , le fils d'Ethelred fut exposé, dans chaque ville et village, à la risée, peut-être à la commisération des spectateurs. A Ely, il fut cité devant une cour de scélérats et condamné à perdre les yeux. La sentence fut exécutée de vive force , et l'infortuné prince , après avoir traîné quelques jours, expira ou de la violence de ses souffrances, ou sous )e poignard d'un assassin K
Il n'y a aucune raison de douter de la vérité de cette triste histoire. Elle nous a été transmise par un écrivain contemporain, qui tenait ses renseignements de ceux qui avaient survécu au massacre, et son récit est pleinement confirmé par le témoignage • des historiens suivants. Cependant il est difficile de croire qu'une cruauté si inutile, qu'une si gratuite prodigalité de sang humain, ait pu être , comme on le prétend , un simple acte de précaution de la part de Harold. Une telle conduite parait plutôt dictée par la soif de la vengeance ou par l'espoir d'inspirer la terreur. Peutêtre Alfred, par ses précédentes cruautés, avait-il irrité le ressentiment de ses ennemis; sans aucun doute il était venu dans le but de détrôner Harold *, et probablement sur l'invitation d'Emma : car cette princesse se disposa aussitôt à quitter le pays et accepta l'asile que lui offrait à Bruges Baudoin de Flandre, qui avait protégé la tentative du malheureux Alfred s.
Sa fuite laissa Harold sans adversaire : les thanes du Wessex révoquèrent le serment qu'ils avaient prêté à son frère utérin , et il fut élu roi d'Angleterre d'une voix unanime. Mais lorsqu'il invita Egelnoth , archevêque de Canterbury, à célébrer la cérémonie de son couronnement, ce prélat, posant sur l'autel les insignes de la royauté , répondit hardiment : « Voici la couronne et le sceptre que Canute a confiés à mes soins; je ne vous les donne ni ne vous les refuse. Vous pouvez les prendre si vous voulez; mais je défends formellement à tous les évèques, mes frères, d'usurper des
1. Gui. Pict. 39. Encom. Emma, 29-31. Cet historien écrivait trois ans après le massacre. Son témoignage contre-balancera les doutes de Malmsbury (43). Malmsbury (ibid. ) suppose que le meurtre d'Alfred eut lieu après la mort de Harold ; Huntingdon , après celle de Hardecanute. Mais le moine de Saint-Omer le fixe au règne de Harold, et les Chroniques de Mailros (156), de Florence (623), de Westminster (210), i l'année 1036. — Higden décrit ainsi la peine de réventrement : « Primordia visecrum fecit ad palos erectos figi , et tune corpora circumduci , donec novissima intestinorum extraherentur. » Hig. 227.
2. « Sceptrum et ipse paternum requirebat. •» Gui. Pict. 38. u Ut paternum rcgnum obtineret. » West. 210.