Chron. aax. 157. West
dans l'intention avouée de solliciter la clémence royale en faveur du proscrit; mais en route Beorn fut saisi tout à coup par une troupe d'hommes armés , entraîné à bord d'un vaisseau à Bosenham, et transporté à Dartmouth sur la côte du Devon. Les marins de Svveyn , par ordre de leur maître , égorgèrent et ensevelirent leur prisonnier. Dans la suite , on découvrit ses os à une grande profondeur dans la terre, et on les réenterra près de ceux de son oncle Canute, à Winchester. Les assassins firent voile vers Bruges, et trouvèrent un asile auprès de Baudoin , comte de Flandre , qui avait fait sa paix avec l'empereur *.
Il est étrange qu'après ce nouveau crime Sweyn ait nourri l'espoir de son pardon, et plus étrange encore qu'il ait fini par l'obtenir. Mais le temps émoussa le ressentiment d'Edouard; et la pitié, ou le souvenir de leur ancienne amitié, ou la crainte de s'aliéner une famille puissante, l'engagea à écouter les sollicitations de l évèque de Worcester, et à rendre au proscrit ses biens et ses honneurs. Mais les Godwin ne furent pas long-temps sans avoir l'imprudence de braver l'autorité royale et d'attirer sur eux le ressentiment de la nation. Ils étaient depuis long-temps jaloux de la part que les Normands avaient à la faveur du roi. Car pendant un long et ennuyeux exil Edouard avait pris en goût les mœurs et les habitants du pays qui l avait soulagé dans le besoin et qui avait protégé sa vie. La reconnaissance du monarque s'était étendue à ceux qui s étaient attachés à la fortune de l'exilé. Plusieurs reçurent de vastes domaines de sa libéralité. A Radulf, son neveu, il donna le comté de Hercford ; Odda fut élevé à la même dignité dans une autre partieduroyaume; Ulf fut fait évoque de Dorchester ; Robert le fut de Londres et ensuite de Canterbury ; et les premiers sièges vacants furent promis à deux étrangers, les chapelains du roi , William et Wulfhelm. Tandis que la plupart des courtisans , pour plaire au roi , imitaient les manières et môme adoptaient le langage des Normands, les Godwin les bravaient ouvertement, et épiaient avec impatience une occasion de les chasser du royaume*. Il arriva en 4051 qu'Eustache, comte de Boulogne, qui avait épousé la sœur d'Edouard, rendit visite à son beau-frère3. A Douvres (ville qui appartenait à Godwin), sa suite se prit de querelle avec les bourgeois; vingt Anglais et environ le même nombre