‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 22 sur 643 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

tftruits par l'expérience que la valeur sans tactique ne pouvait tenir contre la discipline et les armes défensives des légions, ils adoptèrent un mode de combat plus irrégulier , mais plus sanglant , et se contentèrent de harceler les Romains dans leurs quartiers , de couper leurs communications et de surprendre leur détachements. Si parfois ils essuyaient des pertes considérables , ils en faisaient souvent éprouver ; et Ostorius fut si épuisé de fatigues et de tour** ments que sa mort fut attribuée à ses ennuis. [A. D. 53.] Son successeur, Aulus Didius, se trouva engagé dans une nouvelle guerre, Venusius, chef des Jugantes, avait épousé Cartismandua. Tous deux avaient été les fidèles alliés des Romains; mais la reine, après un court intervalle, se sépara do son mari et mit dans son lit un Breton nommé Vellocatus. Des hostilités en furent la conséquence immédiate : Cartismandua, au nom de ses anciens services, réclama l'assistance des Romains; les Brigantes, par haine de cette adultère, prirent parti pour Venusius. Après plusieurs combats , la reine fut obligée de laisser le trône à son mari et de mener une vie dégradée sous la protection de ses alliés *.

A Didius succéda Veranius, qui, enlevé par une mort prématurée, fit place à Suetonius Paulinus, général d'une habileté consommée et d'une grande réputation. [A. D. 57] L'Ile d'Anglesey, pépinière et résidence principale des druides, avait offert jusqu'alors une retraite sûre à ces prêtres, à l'influence et aux déclamations desquels était attribuée la résistance opiniâtre des Bretons. Pour la réduire, Suetonius ordonna à sa cavalerie de passer le détroit à la nage, tandis que l'infanterie le traverserait en bateaux, [A. D. 64.] En approchant de l'Ile sacrée, ils virent la côte garnie non -seulement de guerriers, mais encore de troupes de druides des deux sexes. Les hommes, les bras tendus vers le ciel, vouaient les agresseurs au dieu de la guerre; les femmes, en habits de deuil , les cheveux flottant au vent, et des torches allumées dans les mains, couraient dans toutes les directions le long du rivage. Les Romains furent saisis d'une horreur superstitieuse ; un moment ils refusèrent d'avancer : la honte et les reproches de leur chef les décidèrent à l'attaque. La victoire ne fut ni difficile ni sanglante, En ce jour la puissance des druides reçut une atteinte dont elle ne se releva jamais. Leurs autels furent renversés; leurs bois sacrés tombèrent sous la hache des légionnaires , et les prè^

1. Tac. Ann. xn , 40; Hist. m , 45. Ce fait suffit pour inspirer des doutes sur l'exactitude de César ( v, 14) et de Dion de Nicée {in Sev. p. 339), qui représentent la communauté des femmes comme une institution natiohale des hfetons. Petit- «tre eette erreur vient- elle de tfe que plusieurs famille* àtàient coutume de titre dans la même hutte,

très et prêtresses furent consumés dans les flammes qu'ils avaient allumées pour leurs captifs K

Mais l'absence de Suetonius, qui était à Anglesey, fut le signal d'une insurrection des plus formidables. Prasutagus, roi des Iceni, depuis long -temps l'allié fidèle de Rome, avait, pour assurer la disposition de ses biens , nommé l'empereur cohéritier de ses filles. Mais la cupidité romaine n'était pas facile à frustrer. Toute la succession fut immédiatement saisie par Catus, le procurateur impérial. Boadicée, la veuve du roi, qui osa faire des remontrances, fut battue de verges comme une esclave, et la chasteté de ses filles fut violée par les officiers romains. La malheureuse princesse saisit la première occasion de vengeance. Le tableau de ses injures rappela à chacun ses propres souffrances , et en peu de jours presque toutes les tribus conquises furent en armes. Comme explication de ce mécontentement général, on nous dit que les outrages et l'oppression des vainqueurs étaient intolérables; que la jeunesse bretonne avait été emmenée de force à l'étranger pour servir dans les cohortes d'auxiliaires ; que, pour payer les contributions, leurs chefs avaient été forcés d'emprunter dix millions de dragmes 8 au philosophe Sénèque , qui les harcelait de poursuites acharnées ; que leurs biens avaient été depuis peu cadastrés et chargés d'impôts, et que beaucoup de leurs plus nobles familles avaient été réduites à l'indigence et à l'esclavage s. Toutes ces causes contribuèrent à grossir le torrent qui fondit sur les établissements romains. Camaladunum fut le premier à en éprouver la fureur. Dans l'enceinte de cette colonie on avait érigé un temple à la divinité de Claude, le conquérant de la Bretagne, et les naturels étaient impatients de démolir ce monument de leur servitude. Au premier assaut la ville fut réduite en cendres ; les murs du temple ne retardèrent que de deux jours la perte de la garnison. Petilius marcha à son secours avec la neuvième légion. Elle fut écrasée sous le nombre des insurgés.

Suetonius, cependant, était retourné à Londres, marché déjà populeux et florissant4. Hors d'état de défendre cette ville, il se retira, emmenant ceux des habitants qui voulurent partager sa fortune. Londres ne tarda pas à être consumée par les flammes, et peu après la ville municipale de Verulam éprouva le même sort. Dans leur fureur, les Bretons traitèrent en ennemis tous ceux qui

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