‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 224 sur 643 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

de Guy fut récompensée par le don d une terre considérable. Harold fut traité avec égards et munificence à la cour normande ; mais il ne jouissait que d'un semblant de liberté, et bientôt il eut à regretter les cachots de Beaurain. Forcé par les exigences de sa position, il consentit à faire hommage de ses terres et dignités à Guillaume, comme à l'héritier présomptif d'Edouard. Mais la méfiance du Normand voulait plus qu'une simple cérémonie d'hommage. Devant une assemblée de barons normands, Harold fut forcé de jurer qu'il seconderait les prétentions de Guillaume à la couronne d'Angleterre , qu'il défendrajt les intérêts du duc à la couf d'Edouard , et qu'il recevrait une garnison normande dans son château de Douvres. Enfin , comblé de présents , mais le cœur navré , il lui fut permis de quitter le territoire de son rival. Il avait obtenu de la reconnaissance de Guillaume la délivrance de son neveu Hacon , un des otages qu'Edouard avait jadis exigés de Godvvin ; l'autre , Wulfnoth , fut retenu par la politique du Normand, comme caution de la fidélité de son frère i.

Que Harold ait été livré de la sorte par le comte de Ponthieu et forcé de jurer fidélité à Guillaume, ce sont des faits incontestables; mais le motif qui l'engagea dans l'origine à se mettre en mer est un sujet de doutes et d'investigations. Les écrivains normands et ceux qui les suivent nous disent qu'Edouard, par reconnaissance et à cause de la parenté , avait choisi Guillaume pour son successeur, et que Harold fut envoyé pour notifier ce choix au duc*. Et, en effet, il n'est pas improbable qu'un tel bruit ait circulé en Normandie , comme justification de la violence qui était faite à Harold. Un grand nombre des historiens anglais ont transmis ou inventé une version différente. S'il faut les en croire , le comte avait l'intention de rendre visite à Guillaume , mais son objet était de solliciter la liberté des otages, Hacon et Wulfnoth3. Cependant, il est difficile de croire qu'un homme qui ambitionnait une couronne voulût , pour libérer deux captifs , mettre sa personne et le succès de ses desseins à la merci d'un rival. Peut-être serait-il plus sûr de s'en rapporter à l'autorité des écrivains qui paraissent ignorer ces deux versions , et qui décrivent le voyage de Harold comme une excursion accidentelle le long de la côte , d'où il fut poussé par une tempête sur le barbare territoire de Ponthieu*.

1. Voyez le récit qu'en fait Guillaume de Poitou , qui tenait des personnes présentes les détails de ce serment. Guil. Pict. 79, 80, 85.

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