Chron.sax. 171. Chron. Lamb. ad an». 1066. Flor
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années. Quand le witan mit opposition à son voyage de Rome, Léon IX l'autorisa à remplacer le pèlerinage qu'il avait projeté par quelque autre œuvre de piété. Dans cette vue , il mit de côté le dixième de son revenu annuel, et rebâtit entièrement l'église de Saint-Pierre, à l'extrémité ouest de la capitale. La veille de Noël, il fut attaqué d'une fièvre qui finit par devenir mortelle. Pendant trois jours, il lutta contre la violence du mal, tint sa cour comme à l'ordinaire, et présida avec une gaieté simulée le royal banquet. A la fète des Innocents, jour fixé pour la dédicace de la nouvelle église, il fut hors d'état de quitter sa chambre. La cérémonie néanmoins s'accomplit. Edith se chargea de la décoration et représenta le royal fondateur. Mais son absence et l'idée de son danger répandirent une sombre tristesse sur les milliers de témoins que ce spectacle avait rassemblés. Après avoir langui une semaine déplus, Edouard mourut le 5 janvier, et fut enterré le jour suivant, avec une pompe royale, dans l'église qu'il avait érigée *. [1066.]
Si c'est d'après sa popularité que nous jugeons le caractère d'un souverain, nous devons ranger Edouard parmi les meilleurs princes de son temps. La bonté de son cœur le faisait adorer de ses sujets, qui honorèrent sa mort de larmes sincères, et transmirent sa mémoire à leur postérité, comme un objet de vénération. Le bonheur de son règne est le thème constant de nos anciens écrivains; non, sans doute , qu'il ait déployé aucune de ces brillantes qualités qui excitent l'admiration, tout en étant une source de misères. Il ne pouvait se vanter d'avoir remporté des victoires , d'avoir fait des conquêtes; mais il donna le spectacle intéressant d'un roi qui
l Chron.snx. 171 . Spclm. Con. 628-637. « Cum insigni regio. » Hist. Ram. 460. Ailred Kiev. 398, 39V). Ici on peut demander si Edouard , avant sa mort , nomma ou ne nomma pas son successeur. Il est évident qu'il avait jeté les yeux sur son neveu , Edouard-lc-Proscrit , et que , pour cette raison , il l'avait fait venir de Hongrie en Angleterre. A la mort de ce prince, en 1057, nous lisons qu'on commença à concevoir des craintes au sujet de la succession ( « spes regii sanguinis deinceps Ue- Jicere coepit. « Ing. 66. Malm. il, 2) , mais que ce ne fut qu'en 1065 , dans la dernière année de son règne , qu'Edouard abandonna l'espoir de placer sur le trône Edgar, fils de son neveu i Ing. 68). On ne saura jamais si , dans cette année, il fit choix de Guillaume ou de Ilarold. Tous deux le prétendirent; mais ils avaient l'un et l'autre tant d'intérêt à le faire croire, qu'aucun d'eux ne mérite créance. Jl est à remarquer qu'Ingulf, qui , à cette époque, était en pèlerinage à Jérusalem , nous dit que Robert de Canterbury, et non ITarold, fut envoyé pour annoncer à Guillaume sa nomination ( p. 68 j ; et cependant Ingulf ne pouvait ignorer que Robert avait été chassé d'Angleterre treize ans auparavant. Guillaume de Poitou lp. 44) , autre écrivain contemporain , attribue la même mission à Robert quand , de l'avis du witan , il conduisit Wulfnoth et Hacon comme otages à Guillaume. Mais nous savons que Robert , au lieu de conduire les otages , s'enfuit pour sauver sa vie , et que h s otages lurent remis par Godwin après son départ. Serait-ce que Robert, à son retour de Normandie , aurait suggéré le premier à Guillaume l'idée de réclamer lu succession , et qu'on aurait induit de là qu'il l'avait offerte de la part d'Edouard !
négligeait ses intérêts particuliers, pour se vouer entièrement au bien-être de son peuple; et si, par son zèle à rétablir 1 empire des lois, par sa vigilance à prévenir les agressions étrangères , par sa sollicitude constante , et enfin couronnée de succès , à apaiser les dissensions de ses nobles , il n'empêcha pas l'interruption de la tranquillité publique; grâce à lui, du moins, l'Angleterre en jouit plus long-temps qu'elle n'avait fait depuis un demi-siècle. 11 était pieux, bon et compatissant; le père du pauvre et le protecteur du faible; plus disposé à donner qu'à recevoir, et plus content de pardonner que de punir1. Sous les rois précédents, la force, en général, tenait lieu de justice, et le peuple était appauvri par la rapacité du souverain. Mais Edouard remit en vigueur les lois de sps prédécesseurs saxons , et dédaigna des richesses arrachées au labeur de ses sujets. Modéré dans son régime , sans ostentation dans sa personne, ne cherchant pas d'autres plaisirs que ceux que ses faucons ou 6es chiens lui procuraient , il se contenta du domaine patrimonial de la couronne, et fut en état, même après l'abolition du dane-gelt, cette source féconde de revenu, de pouvoir se dire plus riche qu'aucun de ses prédécesseurs. Le principe que le roi ne peut mal faire lui était appliqué à la lettre par la reconnaissance de ses sujets, qui, s'ils avaient à se plaindre des mesures du gouvernement (et la nomination aux évèchés d'aventuriers ambitieux et rapaces donnait lieij à bien des plaintes), rejetaient le blâme, non sur le monarque , dont la bienveillance et la piélé n'étaient pas mises en doute mais sur les ministres qui avaient abusé de sa confiance ou trompé sa crédulité *.
Ce fut, néanmoins, une circonstance heureuse pour la mémoire d'Edouard d'avoir régné entre la conquête danoise et la conquête normande. Les écrivains ont été disposés à envisager son caractère sous un jour plus favorable, à cause de la haine qu'ils portaient à ses successeurs et à ses prédécesseurs. Ceux-ci étaient étrangers; lui, il était du pays; ils régnaient par droit de conquêtes, lui par droit de naissance; ils écrasaient sous leurs pieds les esclaves qu'ils avaient faits , il ne fut connu de ses compatriotes que par ses bienfaits. Ainsi , les ombres dont il était entouré le firent briller d'une lumière plus pure; et chaque fois que le peuple,
1. Une anecdote peu intéressante , racontée par Malmsbury. a été mise en avant pour prouver que la simplicité d'Edouard tenait de la puérilité, et qu'il était a^sez ignorant pour ne pas savoir que les rois avaient le pouvoir de punir les délits. Cette induction n'est pas autorisée par l'histoire originale, qui prétend simplement qu'Edouard dit avec colère à un paysan qui lui avait rompu des filets : u Je t'en ferai autant si j'en trouve l'occasion. " 44 Tantumdem tibi nocebo, si potero. r> Mu 1 m. 44*
a. Uist. Jiam. 4ÔO. EJieii, 515. Malin. 44. tng. U9.