CHAPITRE SIXIÈME. 33;i
préparatifs d'invasion. Les plus graves de ses conseillers regardaient l'entreprise comme très-hasardeuse; mais sa confiance était à l'épreuve de leurs observations, et les sujets du duc, animés de son ardeur, secondaient ses efforts de tout leur zèle. Et cet enthousiasme ne se bornait point à eux : des Bretons, des Poitevins, des Bourguignons, des guerriers de tontes les provinces de la France, accoururent en foule sous son étendard ; et au commencement du mois d'août il se trouva à la téle de cinquante mille hommes de cavalerie, indépendamment d'un corps d'infanterie moins considérable ». Tous avaient été entretenus dans l'idée qu'ils étaient appelés à défendre la cause de la justice contre un usurpateur, celle de la religion contre un traître parjure. Quelques droits que d'autres pussent faire valoir a la couronne d'Angleterre, Harold , Vhomme, le sujet lige de Guillaume, ne pouvait légalement la détenir au préjudice de son seigneur. Pour fortifier ces impressions, le duc avait envoyé une ambassade au pape Alexandre III, et en avait reçu une bannière consacrée. Ce pouvait n'être rien de plus qu'un échange de politesse de la part du pontife; mais cette politesse fut représentée aux troupes comme la sanction donnée par le chef de leur Église à l'expédition projetée
Pour transporter cette arméé nombreuse, ses armes, ses chevdux, ses provisions, tous les bâtiments de la Normandie avaient été mis en réquisition. Mais les ressources étaient encore insuffisantes; et beaucoup de particuliers recherchaient la faveur de leur prince en en construisant d'autres à leurs frdis dans les différents ports et criques. Le rortdez-vous général fut assigné alix bouches de la Dive, petite rivière qui se jette dans la mer entre lès rivières plus larges de l'Orne et de la Touque; et, au mois d'août, sa peu profonde embouchure fut couverte de mille, ou selon quelques historiens, de Irois mille bâtiments de toute dimension et de tout genre». Néanmoins, le succès de l'entreprise dépendait beaucoup des caprices du temps. Aussitôt que l'armée fut prête à s'embarquer, lèvent tourna au nord-est, et il resta plus d'un mois stationnairc au même point. Ce ne fut qu'à l'approche de l'équinoxe qu'une brise de l'ouest délivra la flotte de son ennuyeuse
1. u Milita mililum quinquaginta. » Plct. 106. u Virorum sexaginta millia. » Ibid. 112. a Quinquaginta millia mililum , cum copia pedilum. » Orderic , 174. Ces passages prouvent clairement que les milites combattaient à cheval.