CHAPITRE PREMIER
apprirent à admirer les raffinements de la civilisation, et contractèrent le goût des améliorations. La toge romaine commença à remplacer le manteau breton ; on leur bâtit des maisons, des bains et des temples à la mode romaine; on enseigna la langue latine à leurs enfants, et avec les mœurs des Romains ils adoptèrent leurs vices. Au milieu de ces innovations leur esprit d'indépendance s'évanouit promptement; et ces hardis guerriers, qui avaient si long-temps bravé la puissance des empereurs, dégénérèrent insensiblement en mous et efféminés provinciaux1.
Alors l'ambition et la curiosité poussèrent Agricola à dépasser les bornes qu'il avait posées à ses conquêtes. Un chef irlandais, expulsé de sa patrie, était venu chercher protection dans le canif) romain. On sut par lui que l'île voisine possédait un climat et un sol pareils à ceux de la Bretagne, et était habitée par des tribus semblables de mœurs et de caractère. Agricola ne fut pas insensible à la gloire d'ajouter aux provinces de l'empire cette contrée inconnue, mais la prudence lui défendait d'entreprendre une seconde conquête avant d'avoir achevé la première; et il se contenta de s'emparer des côtes occidentales de la Bretagne, afin d'être prêt à profiter de la première occasion favorable que le cours des événements pourrait lui offrir.
L'année suivante, ayant reçu la soumission des tribus situées dans le voisinage du Forth, il s'avança le long de la côte orientale. Les opérations de l'armée de terre se combinaient avec cel^ les d'une flotte nombreuse. Si la vue des vaisseaux alarma les naturels, les Romains aussi étaient effrayés par ce qu'on disait du nombre et de la férocité de leurs ennemis. A la faveur des ténèbres, les Bretons attaquèrent les quartiers de la neuvième légion, forcèrent le camp, et soutinrent dans les retranchements un combat douteux, jusqu'au moment où le point du jour leur montra les aigles des autres légions qui s'avançaient au secours de leurs compagnons d'armes. Cette campagne parait avoir fait peu d'honneur aux armes impériales.
Résolu à signaler la huitième et dernière année de son gouvernement, Agricola assembla toutes ses forces, et les augmenta de plusieurs cohortes de Bretons levées dans les tribus du midi. Les Calédoniens furent avertis de leur danger; et trente mille guerriers sous les ordres de Galgacus entreprirent de défendre le passage des monts Grampians. On les aperçut, divisés par clans, postés l'un au-dessous do l'autre sur le penchant d une montagne. La plaine, en bas, était couverte de cavaliers et de chars armés.