‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 25 sur 643 · Tac. Agric · texte numérisé non relu

Tac. Agric

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Agricola rangea son année sur deux lignes : dans la première il mit les auxiliaires, dans l'autre les légions. Tant qu'on se battit de loin, les Bretons, en raison de leur nombre, conservèrent l'avantage; mais leurs épées lourdes et sans pointe furent de peu d'usage dans la mêlée, et, pressés vigoureusement par les auxiliaires, ils furent peu à peu repoussés sur la montagne1. Leur tentative de surprendre l'arrière-garde des Romains fut déjouée par la vigilance du général^ qui, en revanche , prit les Bretons en liane et les mit en désordre. Le courage ou le désespoir de quelques corps détachés prolongea la lutte jusqu'à la nuit. Le lendemain matin présenta une scène bien différente. Une vaste et lugubre solitude avait succédé au bruit et au tumulte de la veille, et des colonnes de fumée qui s'élevaient à l'horizon prouvaient que les Bretons avaient brûlé leurs chaumières dans leur fuite. Dix mille Calédoniens et environ quatre cents Romains périrent, diton, dans cette bataille 2.

Après cette victoire, l'armée rentra dans ses quartiers d'hiver; la flotte continua son voyage , et , faisant le tour de l'île , arriva au port de Sandwich, d'où elle était partie pour cette expédition. Domitien, jaloux d'Agricola, lui accorda les ornements du triomphe, mais non l'entrée triomphale; et celui-ci, ayant résigné le commandement à son successeur Lucullus, revint à Rome, alla voir l'empereur son maître , et tomba dans l'obscurité de la vie privée 3.

La puissance romaine était alors fermement établie dans l'île. Les tribus qui s'étaient soumises ne faisaient aucune tentative pour recouvrer leur indépendance , et les Calédoniens, humiliés de leur dernière défaite , se contentaient de pouvoir errer librement dans leurs forêts natales. Les successeurs d'Agricola, au lieu de conduire les légions au combat, s'occupèrent de protéger la tranquillité publique en réglant les détails du gouvernement provincial, et en assimilant l'état de la Bretagne à celui des autres contrées qui avaient été incorporées à l'empire. Une courte esquisse de ce système ne sera pas sans intérêt pour le lecteur.

i° Le gouverneur avait le titre de préfet ou propréteur de Bretagne. Son pouvoir était suprême dans l'île, mais précaire comme durée et dépendant de la volonté de l'empereur. Il réunissait en sa personne toutes les espèces d'autorité qui étaient exercées par les

1 . Ils avaient des boucliers d'osier couverts de peaux , et de longues et lourdes épées sans pointe, avec lesquelles ils taillaient, mais ne piquaient pas. Tac. Agric. xxxvi.

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