CHAPITRE SEPTIÈME
nombreuses et suffisantes dans leur histoire. Nous avons vu que lorsque Cynewulf fut surpris au milieu de la nuit à Merton , ses hommes refusèrent d'abandonner leur seigneur et mémo de lui survivre ; et lorsque, le lendemain matin, les quatre-vingt-quatre compagnons de Cyneheard furent enveloppés par une force supérieure, ils dédaignèrent aussi l'offre de la vie et de la liberté, et aimèrent mieux rendre le dernier soupir dans une lutte sans espoir que de violer la foi qu'ils avaient jurée à un meurtrier et à un proscrit1. Un attachement si romanesque et si généreux ne peut qu'exciter notre sympathie. Il venait de la doctrine que de tous les liens formés par la nature ou inventés par la société, le plus sacré était celui qui unissait le seigneur et le vassal : d'où l'on concluait que la violation d'un engagement si solennel était un crime de la plus honteuse et de la plus impardonnable atrocité. Alfred le déclara inexpiable ; les lois prononçaient contre le coupable la confiscation et la mort*.
Ce n'était pourtant pas une institution qui n'eût pourvu qu'aux intérêts d'une seule partie. Les obligations étaient réciproques. Le vassal et ses compagnons avaient part aux faveurs du seigneur, et vivaient en sûreté sous sa protection. C'était un contrat, cimenté par serment, au profit de chacun. « Par le Seigneur, » disait l'inférieur en plaçant ses mains dans celles de son chef, « je promets d'être fidèle et sincère; d'aimer tout ce que lu aimes, et d'éviter tout ce que tu évites, conformément aux lois de Dieu et de l'homme; et de ne jamais faire, par vouloir ni pouvoir (iveald) , de parole ni défait, ce qui te déplaît; pourvu que tu me prennes comme j'entends servir, et que tu remplisses les conditions dont nous sommes convenus lorsque je me suis soumis à toi et que j'ai choisi ta volonté 5. »
Cette dernière clause servait de prétexte ordinaire à la rupture de ces engagements. C'est à elle qu'en appelaient tous les chefs puissants, chaque fois qu'ils osaient désobéir aux ordres de leur souverain, le seigneur-roi (king-lord), comme on l'appelait pour le distinguer des seigneurs inférieurs. Le sous-vassal, à la vérité , n'était pas forcé par la teneur de son serment de porter les armes contre le chef de l'État; mais jamais il ne se permettait de mettre en doute la droiture de son chef immédiat, et il l'accompagnait toujours sur le champ de bataille, que ce fut contre les ennemis ou