CHAPITRE SEPTIÈME. 2Î
le royaume de Sussex, sept mille ; celui de Mcrcic, au nord et au sud de la Trent. douze mille. 11 parait que, dans ces divisions, la portion la plus grande , et de beaucoup , était donnée au roi , et le reste partagé entre les chefs, ses vassaux immédiats. Alors une subdivision avait lieu. Chaque propriétaire principal, agissant do la même manière, se composait un petit empire, et, gardant une part considérable pour son propre usage, répartissent le reste dans des proportions différentes et sous différentes tenures, à ses compagnons i. Quoique, dans le cours de plusieurs siècles, cette distribution ait dû être considérablement troublée, ses traits origi— naux se conservèrent; et, si d'un côté le domaine royal était diminué par de fréquentes donations, ses pertes étaient réparées de l'autre par l'extinction des familles et la confiscation des biens des criminels. A mesure que les princes de Wessex asservirent graduellement les autres tribus, ils réclamèrent pour eux-mêmes les terres départies aux différentes couronnes , et à la fin de leur dynastie leurs possessions étaient immenses dans toutes les divisions du royaume.
L'examen du Domesday prouvera que ce n'est point là une théorie faite à plaisir. Ce registre authentique présente un tableau correct de l'état du pays , non-seulement sous le Normand Guillaume , mais aussi sous son prédécesseur anglo-saxon , Édouard. En prenant le comté de Kent comme spécimen , nous trouvons que, sur quatre cent trente terres indiquées comme comprises dans ses limites, il n'y en avait pas moins de cent quatre-vingt-quatorze, c'est-à-dire près de la moitié , qui appartenaient à la couronne; et que le reste était divisé inégalement entre l'archevêque de Canterbury, l'évèque de Rochester, les deux abbés de Saint-Austin et de Saint-Martin, la reine Edith, les comtes Godwin , Harold et Lcwin, Alnodchild, Brixichild et Sbern Biga. Ces onze personnes étaient les grands tenanciers en chef, les principaux tliancs du roi , les pairs réels du comté. Mais indépendamment des propriétés et des privilèges qu'ils réclamaient en cette qualité, la plupart étaient en possession de portions de terres qu'ils tenaient en commun avec beaucoup de thanes inférieurs, comme sous-tcnanciers. les uns sous la couronne, les autres sous ses vassaux immédiats ; indiquant ainsi, par la différence de leurs tenures, ce qui était originairement le domaine du roi , et ce qui était le domaine des grands seigneurs dont ils occupaient à présent la place *.
1 . Voyez Bed. iv, 13, 16 : o juxta œstimationem Anglorum. » Ibid. Edd. c. 40.
2. Voyez la Table sommaire des terres du Kent par Hasham, compilée sur l'an-
Si les exceptions en faveur de certaines personnes prouvent l'existence d'une règle générale, il en résultera que toutes les terres des Anglo-Saxons étaient originairement grevées de l'obligation du service militaire. Comme les barbares avaient acquis leurs nouveaux établissements à la pointe de l'épée , c'était aussi avec l'épée qu'on devait s'attendre à les leur voir conserver. Mais après leur conversion au christianisme, une grande distinction s'établit entre le clergé et les laïques, les « thanes de la messe » et les « thanes mondains. » Les premiers étant les serviteurs de Dieu , c'était leur devoir de s'employer aux offices de dévotion et de charité ; et en conséquence il leur fut interdit de se mêler au tumulte des armes, et de répandre le sang de leurs semblables. Aussi , dans nombre de cas, leurs domaines furent successivement dégrevés de toute espèce de service. Cette indulgence, dans la Northumbrie, dégénéra promptement en un dangereux abus; et les laïques, prenant des habits de moine , obtinrent de la faiblesse ou de la cupidité du prince la concession de semblables exemptions. Le vénérable Bède [l'an 734] fit un effort pour arrêter le mal : dans une lettre à l'archevêque d'York, frère du roi, il en décrivit les conséquences probables , et exprima ses craintes que la diminution continuelle des tenures militaires ne laissât le royaume sans forces suffisantes pour le défendre *. Les princes merciens furent moins imprévoyants; et tandis qu'ils dispensaient les corps ecclésiastiques de toutes les autres charges, ils en exceptaient généralement les trois importantes obligations du fœsten-geweore ou réparation des forteresses, du bryge-geweorc ou construction des ponts, et du fyrd-fœrelde ou service militaire *. Mais celles-ci même furent supprimées par la piété plus facile d'Ethelwulf [855] , non-seulement dans ses propres Etals, mais dans ceux des rois ses vassaux. Le clergé toutefois, durant les invasions des Danois, eut le patriotisme de renoncer à ce précieux privilège ; et il existe encore une charte dans laquelle Burhred, roi de Mercie [868], les remercie publiquement d'avoir fourni spontanément cette aide militaire à laquelle la loi ne les assujettissait plus s.
Ces exemptions démontrent l'existence du service militaire vers le commencement du gouvernement saxon, et le Domesday la con-
tographe du Domesday. Il est à remarquer que le Conquérant, lorsqu'il «lîstribua le comté à ses compagnons, conserva toujours le même nombre de onze tenanciers en chef. Ibid. p. 20. Voyez note A.