CHAPITRE l'KËMIEK
différents magistrats de la ville de Rome. Il commandait l'armée; il était investi de l'administration de la justice, et pouvait substituer ses propres idées d'équité à la lettre rigoureuse de la loi. Une autorité si étendue, si irrésistible, donnait fréquemment lieu à des actes d'injustice; et quoique la cour impériale et le sénat fussent ouverts aux plaintes des indigènes, l'éloignement de la capitale et l'influence de ses amis promettaient ou plutôt assuraient l'impunité à l'oppresseur. Quelques années plus tard, néanmoins, le pouvoir exorbitant des préfets fut limité par l'empereur Adrien , qui , dans son « édit perpétuel , » leur posa un système de règle de conduite, et établit une administration uniforme de la justice dans toutes les provinces de l'empire *.
2° Le procurateur ou questeur était subordonné au préfet , mais nommé par l'empereur. Ses fonctions étaient de lever les taxes et d'administrer les revenus de la province. Ces revenus provenaient de divers impôts : une capitation qui ne se bornait pas aux vivants, mais qui s'étendait jusqu'aux funérailles des morts; une taxe sur les legs, sur la vente des esclaves et sur les achats à l'enchère ; le dixième du produit des mines, et une certaine proportion de grains, de foin et de bétail qui se payait en nature ou en argent, au choix du procurateur2. Il faisait aussi quelquefois l'office déshonorant d'espion, et ses rapports s'enflaient fréquemment de détails exagérés sur les richesses, le pouvoir et l'ambition du préfet; car la distance où cet officier était du siège du gouvernement et la force naturelle de l'île étaient pour les empereurs une source continuelle de soupçons ; et dans le cours de cette histoire nous verrons cette méfiance justifiée par la conduite des usurpateurs, qui, à la tète des légions bretonnes , s'empareront de la pourpre et combattront pour l'empire du monde.
3° Le chiffre de l'armée entretenue en Bretagne a dù varier selon les circonstances. Quand Plautius entreprit de réduire cette île, il avait sous ses ordres quatre légions avec leurs auxiliaires, force qui , d'après un calcul modéré , devait dépasser cinquante mille hommes*. Si les différents postes militaires, qui étaient si