CHAPITRE HUITIÈME
la juslicc, et que pas un Anglais ne put raisonnablement se plaindre d'avoir été dépouillé pour enrichir un Normand ».
Ces troupes furent réparties dans les villes et districts les plus populeux. Partout où le roi plaça une garnison, il érigea une forteresse pour la protéger. Mais Londres et Winchester furent les principaux objets de sa sollicitude. Il ne voulut pas quitter Barking qu'un château n'eût été achevé à Londres, probablement sur le lieu même qui est maintenant occupé par la Tour ; et le soin d'élever à Winchester une construction semblable fut confié à la vigilance de Fitz-Osbern, le plus brave et le plus en faveur de ses officiers. « Car cette cité, » dit son biographe, « est noble et puissante, habitée par une race d'hommes riches, intrépides et perfides ». » Cependant , si nous songeons que ces châteaux normands furent bâtis dans le court espace de trois mois, et cela au cœur de l'hiver, nous ne devons guère les considérer que comme des défenses temporaires, érigées à la hate dans des positions favorables.
Quelques écrivains se sont complu à rechercher les motifs qui avaient pu engager Guillaume , immédiatement après ces dispositions , à quitter le royaume qu'il avait si récemment conquis, et à aller visiter ses États patrimoniaux. On a supposé que son intention réelle, mais secrète, était la ruine des nobles anglais. Tant qu'il était présent, leur obéissance était tout prétexte décent de spoliation; mais en son absence ils pouvaient être poussés à prendre les armes par l'oppression de ses officiers; et, à son retour, il pouvait , avec une apparence de justice, punir leur révolte , et assouvir sa rapacité et celle de ses barons. Ce fut en effet ce qui arriva; mais nous attribuons souvent à la politique des événements qu'aucune délibération n'a préparés, et que ne pouvait deviner aucune prévoyance. Il n'existe rien dans les anciens écrivains qui autorise une supposition aussi injurieuse au caractère de Guillaume. Les habitants de la Normandie étaient impatients de saluer leur souverain victorieux; à diverses reprises ils Pavaient pressé de revenir; et la vanité put le pousser à écouter leur requête, et à
1. Pict. 150. Il ordonna en même temps de fonder un monastère au lieu où il avait remporté la victoire sur Harold ; circonstance qui fit donner à ce monastère le nom de Battle-Abbey (abbaye de la Bataille!. Comme c'était là qu'il avait conquis la couronne, il voulut que la nouvelle fondation jouît de tous le* priviîégos de chapelle royale; et ayant obtenu le consentement du métropolitain et de l'évêque du diocèse, il la déclara, en pleine asse • U«'e de prélats et de ! ; r ns, exempte de toute règle et redevance épiscopale. Elle devint , suivant le lan d'rno époque plus récente, « nullius diocœsis » j voyez la charte, lîrady, il, App. p. 15. New Rymer, i, 4i. La signature de l'évêque n'est dans aucune copie encore existante de la charte; elle était dans celle que possédait l'abbaye. Palgrave's common-on wealth, h, lvi.