CHAPITRE HUITIÈME
fidélité le gouvernement de tout le pays situé au nord de la Tyne, et Copsi ne fut ni déloyal ni ingrat envers son bienfaiteur. Ce fut en vain que ses vassaux l'exhortèrent à secouer le joug des étrangers. Long-temps ils balancèrent entre leur attachement pour leur seigneur et leur amour pour la patrie. Ce dernier sentiment l'emporta , et Copsi tomba sous leurs glaives. Guillaume pleura sa mort comme une calamité; les écrivains normands le représentent comme le plus vertueux des Anglais *.
Dans l'ouest, le Conquérant avait donné à Fitz-Osbcrn le comté de Hereford. Edric-le-Sauvage *, dont les possessions étaient situées dans cette contrée , refusa de reconnaître son autorité. Chaque fois que les Normands essayèrent de le contraindre à l'obéissance, il les repoussa avec perte; et dès que le roi eut quilté l'Angleterre , il appela à son aide Blethgent et Rithwatlan , princes des Bretons. Leurs forces réunies bloquèrent l'ennemi dans sa forteresse, tandis qu'ils ravageaient la partie occidentale du comté jusqu'à la rivière de Lug s.
Dans l'est , le peuple de Kent sollicita l'appui d'Eustachc, comte de Boulogne, qui, offensé d'une décision rendue contre lui dans un tribunal de barons normands et de thunes anglais, avait quitté l'île sombre et mécontent. Sur l'invitation des insurgés, il traversa la Manche à l'improviste ; et une attaque combinée fut faite contre le château de Douvres au moment où la plus grande partie de la garnison était absente. Malheureusement les assaillants furent saisis d'une terreur panique , et ils s'enfuirent devant une poignée d'hommes. Eustache regagna ses vaisseaux, quoique la plupart des siens fussent pris; grâce à une plus parfaite connaissance des chemins et au petit nombre des vainqueurs, les indigènes échappèrent à leur poursuite 4.
Ces luttes passagères pouvaient bien fatiguer les Normands, mais elles contribuèrent peu à empêcher l'entière soumission du pays, ou à faire triompher la grande cause de l'indépendance. Les plus prudents réservaient leurs efforts pour de meilleures chances
1 . Siméon, Hist. Dunel. m, 14. Pict. 164. Orderic,206. Les historiens indigènes donnent un récit plus détaillé, et probablement plus exact de sa mort. Osuf avait exercé les mêmes fonctions qu'il devait a Morcar, mais il avait été contraint par les Normands de les céder à Copsi. Cinq semaines après, le 12 mars, il surprit son compétiteur dans Newburn. Copsi s'enfuit dans l'église, A laquelle on mit le feu. Les flammes le forcèrent de gagner la porte, où il fut tué par OsiiH. Sim. ^04, Hovcd, 243.
2. « Cognomcnto Guilda , id est silvaticus » (Ordcrlc, 1%). Pc silvoticus, les Français ont fait le mot sauvage.