‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 284 sur 643 · CHAPITRE HUITIÈME. 28<J · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. 28<J

devenue populeuse ; elle était entourée d'une muraille très-forte, et ses habitants étaient animés d'une haine mortelle contre les envahisseurs. Une troupe de mercenaires à bord d une petite escadre de vaisseaux normands , poussée dans le port par la tempête, avait été traitée avec cruauté et mépris par la populace. Comprenant le danger qu'ils couraient, les bourgeois firent leurs préparatifs pour soutenir un siège ; ils élevèrent sur les murs des tourelles et des créneaux , et envoyèrent des émissaires pour animer d'autres villes du même esprit. Quand Guillaume leur fit demander de prêter serment de fidélité et d'admettre une garnison dans la cité , ils répondirent par un refus péremptoire ; mais ils ajoutèrent qu'ils étaient disposés à lui payer les impôts, et à s'acquitter des services qui avaient été exigés d'eux par leurs monarques indigènes. Le Conquérant n'était pas accoutuméà se soumettre à des conditions dictées par ses sujets : il leva des troupes nombreuses, composées en grande partie d'Anglais , et se mit en marche dans la résolution d'infliger aux rebelles un châtiment sévère. A quelque distance il rencontra Les magistrats , qui implorèrent sa clémence , offrirent la soumission des habitants, et donnèrent des otages en garantie de leur fidélité. Il s'approcha d'une des portes avec cinq cents chevaux. A son grand étonnement , il la trouva barricadée , et une foule de combattants le défia du haut des murs. Ce fut en vain que, pour les intimider, il ordonna de crever les yeux à un des otages. Le siège dura dix-huit jours, et les royalistes éprouvèrent de rudes pertes dans différents assauts. Enfin les habitants se soumirent, mais à des conditions qu'il n'était guère possible de prévoir. Ils prêtèrent bien serment d'allégeance, et admirent une garnison , mais leurs vies, leurs propriétés et immunités leur furent garanties ; et, pour prévenir toute occasion de pillage , l'armée des assiégeants fut éloignée du voisinage des portes K Ayant pacifié le Cornwall, le roi retourna à Winchester, et fit venit la duchesse Mathilde en Angleterre, plie fut couronnée à la Pentecôte suivante.

Mais la présence de Guillaume fut alors réclamée dans le nord» Aucun Anglais ne lui avait rendu de plus importants services qu'Edvvin, dont l'influence avait décidé un tiers du royaume à recoin naître son autorité. Le Normand, dans la chaleur de sa reconnais-» sance, promit au comte sa fille en mariage ; engagement qu'il refusa do tenir dès qu'il se sentit affermi sur le trône. Enflammé de ressentiment, Edwin courut aux armes : l'esprit de résistance se répandit du cœur de la Mercie aux confins de l'Écosse; et même les habn

1. Comparez Orderic (p. 210, 211) à Chronicon Lamùardi, ad au». 1007 1. 25

590 IIISTOIIU: D'AXiLKTtUlU;.

tants d'Vork, en dépit do? prières et des prédictions de leur archevêque, se levèrent pour la cause sacrée de l'indépendance. Ce|>endant cette redoutable insurrection ne servit qu'à consolider le pouvoir du Normand , dont la vigilance devança les desseins de ses ennemis. Edwin et Morcar furent surpris avant d'être préparés ; et leur soumission fut reçue avec une promesse de pardon et une résolution de vengeance. York ouvrit ses portes au vainqueur ; Archil, puissant Is'orthumbre, et Egelvvin , évèque de Durham , s'empressèrent de lui offrir leur hommage , et Malcolm , roi d Écosse , qui se préparait à secourir les insurgés, jura, par ses députés, de faire fidèle service à Guillaume. Pendant cette expédition , et à son retour, le roi fortifia des châteaux à Warwick , Nottingham -, York, Lincoln , Huntingdon et Cambridge !.

Au printemps de la même année, Githa, mère de Harold , et plusieurs dames de noble naissance , craignant la rapacité et la brutalité des Normands , s'enfuirent d'Exetcr avec tous leurs trésors, et se cachèrent quelque temps dans une des petites îles de Stepholme et Flatholme, à l'embouchure de la Severn a. De là elles firent voile vers les côtes de Flandre; et, échappant à l'attention ou aux poursuites de leurs ennemis, elles trouvèrent une sûre retraite à Saint-Omer. Les petits-fils de Githa, Godwin, Edmond et Magnus . enfants de l'infortuné Harold, avaient rencontré un protecteur en Dermot, roi de Leinster, qui, pour venger les malheurs de leur famille , débarqua avec un corps de troupes à l'embouchure de l'Avon , fit contre Bristol une tentative infructueuse , tua Ednoth, qui lui tenait tète dans le Somcrsctshire, et après avoir ravagé les comtés de Devon et de Cornwall s'en retourna sain et sauf en Irlande s.

Un plus illustre fugitif fut l'étheling Edgar , qui entreprit de conduire sa mère Agathe et ses sœurs Marguerite èt Christine en Hongrie, leur pays natal. Mais une tempête les poussa dans le frith de Forth , et Malcolm , qui jadis avait lui-même été errant en Angleterre, s'empressa de les recevoir, les conduisit à son château de Dumferline, et tâcha, par les attentions qu'il eut pour les augustes exilés , de témoigner sa reconnaissance de la protec-

l. Orderic, 213-217. Chron. Lamb. ad ann. 10G7.

1. Orderic, 221. Chron. Lamb. ibid. Githa eutseptfils du grand comte Godwin. Le lecteur a déjà vu la mort prématurée de cinq d'entre eux, Sweyn , Tosti , Harold, Gurth et Leofwin. Alfgar, après la conquête, se fit moine à Reims en Champagne ; Wulfnotli, si long- temps prisonnier de Guillaume , n'obtint sa liberté que pour embrasser la même profession à Salisbury. Orderic, 186.

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