CHAPITRE HUITIÈME
la bannière de l'indépendance au milieu des marais du Cambridgeshire *.
La mémoire de Hereward fut long-temps chère aux Anglais. Le récit de ses exploits flattait leur vanité et leur ressentiment, et des chansons traditionnelles transmettaient sa renommée aux générations suivantes. Son père, seigneur de Born dans le Lincolnshire, ne pouvant réprimer la turbulence de son caractère , avait obtenu contre lui un ordre de bannissement d'Edouard-le-Confesseur , et l'exilé avait acquis dans les pays étrangers la réputation d'un guerrier vaillant et intrépide. Il était en Flandre à l'époque de la conquête; jnais, apprenant que son père était mort et que sa mère avait été dépossédée de la seigneurie de Born par un étranger, il revint à la hâte, rassembla les vassaux de sa famille, et chassa le Normand du domaine de son père. Le bruit de cet exploit accrut le nombre de ses partisans; tous ceux qui avaient à cœur de venger leurs propres injures ou celles de leur pays accoururent sous l'étendard de Hereward ; une forteresse de bois fut élevée dans l'Ile d'Ely pour protéger leurs trésors , et une petite bande de proscrits, poussés par la vengeance et enhardis par le désespoir, brava toute la puissance du Conquérant2.
Hereward, ainsi que plusieurs de ses compagnons, avait reçu l'épée de chevalier des mains de son oncle Brand , abbé de Peterborough. Brand mourut avant 1a fin de l'année 4069; et Guillaume donna l'abbaye à Turold , moine étranger qui , avec une garde de cent soixante cavaliers , partit pour en prendre jwssession. 14 avait déjà atteint Stamford, quand Hereward résolut de piller le monastère. Les Danois , qui avaient passé l'hiver sur le llumber, étaient alors sur le Wash; et Sbern, leur commandant, consentit à se joindre aux proscrits. La ville de Peterborough fut brûlée ; les moines furent dispersés , les trésors qu'ils avaient cachés furent découverte, et l'abbaye livrée aux flammes. Hereward se retira dans son asile. Sbern fit voile vers le Danemarck*.
Pour éloigner ces ennemis importuns Turold acheta les services d'Ivon Tailbois, à qui le Conquérant avait donné le district de Hoyland. Confiants dans le succès, l'abbé et le Normand commencèrent l'expédition avec un corps nombreux de cavalerie. Mais rien ne pouvait tromper la vigilance de Hereward. Comme Tailbois entrait
1. Ordcr., 249. ÏBg. 70. Hunt. 211. Chron. Ijimh. ad ann. 1072. Tous les antiens écrivains s'accordent à dire qu'Edwin et Morcar furent persécutés par Guillaume ; j'ai choisi celles des circonstances qui m'ont paru les plus probables.